Absent de la présidence auto proclamée, après la mort de Lansana Conté, le capitaine Dadis Camara, le nouvel homme fort de la Guinée, est toujours hospitalisé à Rabat au Maroc. Une hospitalisation résultant de la tentative d’assassinat à laquelle il a été victime, le 3 décembre 2009, par son aide de camp, Aboubacar Toumba Diakité qui lui avait tiré une balle à la tête. Le suspens continue de planer sur le rétablissement physique et mental de sa santé. Cette intervention pour laquelle, il a fait l’objet lui laisse des séquelles le frappant d’incapacité à diriger le pays.
A quoi peut-on s’attendre devant pareille situation ?
Au regard de la junte au pouvoir, l’après Dadis Camara risque de provoquer une explosion sociale et militaire. Les partisans de sa tribu minoritaire des forestiers qui veulent s’agripper au pouvoir comptent 9% d’individus, contre 40% de peuls, 30% de Malinké tribu dont était membre Sékou Touré, 20% de Sousous, éthnie de Lansana Conté.
Dans cette guerre de clan, l’actuel ministre de la défense, Sekouba Konaté qui assure l’intérim, général de surcroît de l’armée, et numéro un de la junte gère les affaires courantes d’un pays qui est au bord de l’abîme. D’autres signes de la prise du pouvoir semblent se dessiner autour de cet homme qui exerce une grande influence dans sa manière de commander les hommes de troupes.
Le nouveau gestionnaire de la république a libéré, le lundi 28 décembre 2009, une quinzaine d’officiers et sous-officiers ayant servi sous la coupe de Lansana Conté. Ce geste de liberté et de sympathie des vieilles amours d’anciens hommes de rangs ouvre la voie vers une prise de pouvoir judiciaire arraché des mains du ministre de la justice qui avait reçu la bénédiction de Dadis Camara pour les détenir jusqu’à certain terme. Ces militaires de l’ère de Lansana Conté (1984-2008) qui ont appartenu à sa ceinture de sécurité et à son giron présidentielle, ont été les mal-aimés de la junte. Et pourtant ils sont tous des hommes en uniformes avec ceux qui sont au pouvoir mais dans pareille circonstance la confiance n’existe pas entre eux.
Par ailleurs, l’heure s’égrène de minutes en secondes sur le cadran de la Guinée, le torchon continue à brûler autour du colonel ministre de la justice Siba Lolamou pro Dadis et le général Sekouba Konaté, pro Lansana Conté.
Évitant de gérer des informations rapportées et pour prendre des dispositions pratiques, le général qui assure l’intérim à éprouver le désir de s’enquérir lui-même de la situation de Dadis à Rabat, le mardi 29 décembre 2009. Étant arrivé sur place, il a constaté l’état déliquescent du président. Il a conclu en substance que: "la Guinée ne peut plus rien n’attendre de Dadis"…renforçant déjà des propos recueillis le 17 décembre lors de la visite d’un ministre qui rapportait que:" le capitaine à Rabat était dans un état déplorable". Alors que tous les messages radio-télévisés depuis le 4 décembre 2009 confirmaient toujours que le président va mieux et pourra regagner le pays. Une méthode d’information et d’apaisement qui relève du pur communisme où le mensonge est la couleuvre de la vérité que doit avaler le peuple et l’opinion internationale.
La Guinée qui ploie toujours sous les dictatures depuis Sekou Touré (1958-1984) et la mauvaise gouvernance, risque encore de connaître un 28 septembre noir où 156 citoyens ont trouvé la mort lors d’une manifestation démocratique du droit des citoyens.
A cette allure, ce pays qui regorge de nombreuses richesses naturelles comme son bassin hydrographique, faisant office de château d’eau de l’Afrique de l’ouest parce que les fleuves Sénégal, Niger et Gambie y prennent leur source. Elle possède, en outre, la plus grande réserve mondiale de bauxite derrière l’Australie mais aussi de l’or, du fer, de l’uranium, du diamant et du bois.
Malheureusement depuis les indépendances les guinéens sont toujours pauvres. Il faut que la communauté internationale vole au secours de ce pays qui risque d’éclater et de provoquer un effet de contagion dans les pays de la sous-région comme le Libéria, la Sierra Leone, la Côte d’Ivoire etc.
Bernard NKOUNKOU
