Archive pour la catégorie ‘Conte’

Conte : Le Brocoli et la Carotte

décembre 21, 2011

Un jeune Brocoli vert, aux cheveux crépus, rencontra une belle Carotte brune, dans un bal chaud, au fond d’une marmite bouillante.

Parfumé d’ail râpé, le Brocoli glissait et rebondissait fièrement sur les bulles chaudes. Il avait porté un pantalon jean, légèrement fendu aux genoux avec un couteau de cuisine. Il n’était pas tranquille car il gesticulait régulièrement avec son regard flamboyant et verdoyant. Quant à la Carotte, bien taillée en flûte dans sa robe de soirée, elle sentait l’oignon écrasé dans un mortier, enduite d’une faible quantité d’huile d’olive.

La boîte de nuit de la marmite qui était hermétiquement fermée ne laissait pas échapper l’air des danseurs qui transpiraient à grosses gouttes succulentes et aromatisées.

A l’extérieur du carré dansant, quand la fête avait atteint son point de bonheur de la réjouissance, un mélange d’odeurs agréables se répandait par le rythme saccadé du couvercle qui exécutait quelques pas de danse, sous la chaleur du feu de cuisson : plocoto, plocoto, ting, ting, ting, plocoto, plocoto, ting, ting, ting.

La Carotte du haut de ses escarpins roses dépassait par la taille le Brocoli, chaussé de basket vert. Il la tenait fermement à la ceinture des reins dans l’harmonie de ses formes régulières et cylindriques.

D’une allure croustillante et croquante, le Brocoli, la potrine un peu ramollie, invita la Carotte à sortir du fond de la marmite, de passer à table pour la dégustation et se faire apprécier.

C’est pourquoi,  pendant la fête de Noël, le bon Brocoli et la belle Carotte font bon ménage dans l’assiette lorsqu’ils ne sont pas trop cuits pour bien conserver encore leur doux parfum.

© Bernard NKOUNKOU

Conte : Le Chef du village, le Chien, le Fou et le Perroquet

décembre 19, 2011

Il était une fois, dans le village de Diata Nkolo, le Chef du village Mahoukou sentant sa mort prochaine, fit venir auprès de lui ses descendants naturels et légitimes pour aspirer à sa succession.

Une nuit, au soir de sa vie, dans le flamboiement des étoiles et le crépitement joyeux des étincelles autour du feu, il rassembla le Fou son héritier légitime, le Chien son fidèle compagnon et le Perroquet, l’oiseau qu’il aimait beaucoup dans la nature sauvage. Il entretint sa famille et légua sa succession au Chien à qui il avait montré toutes les limites de sa superficie car il était toujours avec lui dans tous ses déplacements pendant la chasse et la pêche. Certains habitants l’ayant appris désapprouvèrent cette désignation. Ils trouvèrent que c’était une grave offense que le Chien soit à la tête de la direction du village ne pouvant pas bien défendre les dossiers des enfants à l’école et des travailleurs pour défaut de langage. Mais le Chef du village dit qu’il pouvait se faire assister par le Perroquet pour lui servir d’interprète et les persuada que pour des raisons de fidélité et de ponctualité, il avait préféré orienté son choix sur le Chien car il lui avait montré les bornes du village. Et avant de rendre l’âme, il lui avait remis tous les documents concernant l’existence juridique donnant droit de propriété à toutes les maisons qui se trouvaient dans cette enceinte communautaire.

Quand sonna l’heure de la mort du Chef, le Chien organisa les funérailles, il reçut tous les dignitaires venus des autres villages et l’enterra selon la coutume de la tradition. A la fin de l’inhumation, il fut intronisé par les sages présents qui lui imposèrent leurs mains dans un rituel habituel et il occupa le grand fauteuil, sculpté à tête de lion avec tous les accessoires de la chefferie.

Travailleur ambitieux et bienveillant, prudent et vigilant mais aussi diligent et efficace, il gérait correctement son village comme il l’avait bien appris auprès de son maître. Il répondait présent à toutes les convocations des enseignants pour les élèves de son village. Il avait toujours à ses côtés le Perroquet qui assurait son secrétariat donnant à chaque fois de bonnes explications là où le Chien éprouvait des difficultés de compréhension. Il était un bon chef qui savait s’occuper de sa communauté, éprouvant le moindre souci chaque fois qu’une information lui tombait dans les oreilles. Il arrivait le premier sur les lieux des catastrophes naturelles, pendant les inondations et les incendies de feu de brousse ainsi que les grandes calamités pour soutenir les sinistrés. Il prenait la précaution de sonner l’alarme en cas de tremblement de terre. Il nourrissait sa famille avec les produits de la chasse, de la pêche et de la cueillette. Sa population mangeait toujours comme au beau vieux temps du défunt Chef de village.

Mais un jour les éleveurs qui s’occupaient de la ferme avicole et porcine furent victimes d’une peste mortelle qui décima plus de la moitié de la production animale. Ils partirent voir le Chien pour lui soumettre leur préoccupation afin de trouver une solution rapide à cette situation désespérante entraînant, à la fois, une rupture de stock pour le ravitaillement, provoquant la famine auprès des consommateurs de viande blanche et rouge. Il était à bout d’arguments. La foule qui suivait les manifestants envahit sa maison au point de la détruire mais elle fut retenue par le Fou qui la dissuada de commettre un tel acte de vandalisme contre un héritier de son père. Il convoqua les meneurs du groupe de se calmer. Nombreux étaient très excités et n’osaient pas lui accorder le moindre crédit et le temps d’écoute.

- Que pouvions-nous attendre d’un Fou qui n’a pas bénéficié du mérite de son défunt père qui lui a préféré un Chien ?

- Du calme, du calme, du calme parlait à haute voix un agitateur debout sur un tabouret. Notre Fou a aussi des amis dans notre société, il peut utiliser ses relations pour sauver notre bétail.

Dès que la personne eût terminé de parler, le Fou prit la parole et demanda à la Foule de le suivre.  Il les conduisit chez son ami de classe, un vétérinaire très compétent à qui il avait déjà expliqué le cas de cette maladie dévastatrice. Le médecin les reçut cordialement avec bienveillance. Il prêta attention à tout ce que les gens lui disaient. La bienvenue semblait aboutir sur une sollicitation d’espoir.

Ainsi, ils partirent tous à la ferme, le vétérinaire examina les animaux, les soigna correctement. Nombreux commençaient à retrouver leur force, à se lever, à boire et à manger. Un sourire illumina le visage des manifestants. Ils remercièrent le Fou et son ami pour leur sensibilité et leur solidarité à la cause pour laquelle la colère s’orienta vers une issue apaisée.

Face à cette heureuse surprise, la foule fabriqua un tipoye en bois de rotin et transporta, sur les épaules le Fou qui sentait une odeur forte de sueur jusqu’au village, chantant et dansant qu’il était maintenant leur nouveau Chef du village. Le Chien en voyant cette scène faillit ameuter d’autres chiens de sa garde pour arrêter les organisateurs. Mais il fut mis en minorité dans cette contestation populaire où les manifestants munis de gourdins et de pillons lui demandèrent de démissionner de sa qualité de Chef du village pour avoir manqué à son devoir élémentaire de trouver un vétérinaire qu’avait pu trouver le Fou. Il signa sa démission sans résistance pour éviter une effusion de sang.

Le Fou changea tous ses vieux habits déchirés car il ressemblait à un vieil éboueur qui passait tout son temps à fouiller dans les ordures ménagères. Il coupa ses longs cheveux, rasa sa grande barbe, tailla ses sales et vieux ongles recourbés qui avaient pris des allures des pattes de crabes. Après sa grande toilette, parfumé de fragrance agréable, il occupa le grand fauteuil de la chefferie.

Le village avait repris son fonctionnement. Les enfants partaient à l’école. Les femmes se rendaient aux champs. Elles cultivaient, plantaient et récoltaient. Les hommes retrouvaient leurs activités, d’aucuns l’abattage des arbres, d’autres la chasse, la pêche et l’élevage.

L’économie du village prospérait car la croissance était bonne du fait de la qualité de la production dans tous les domaines de l’activité sociale. La population mangeait à sa faim. Le Fou commençait à plonger dans un luxe insolent en s’achetant des chaussures, des vêtements, des ustensiles, des fauteuils, des chaises, des tables importés et autres objets que pouvaient fabriqués les menuisiers du village qui n’avaient pas beaucoup d’ouvrages à réaliser. Il était critiqué pour son opulence. Il gaspillait beaucoup d’argent pour de petites choses sans une grande utilité. La pharmacie manquait dans le village. La lumière était absente dans la plupart des maisons alors qu’avec les noix de palme, il pouvait produire de l’électricité. Le barrage inauguré par l’ancien Chef du village ne produisait toujours pas l’énergie attendue par la population du village. Il ressemblait à un monument de fer mais aussi à un logement de chauve-souris et d’hirondelles. L’argent dépensé pour cet investissement était perdu comme s’il avait été jeté à la fenêtre. Autant de maux minaient le village et il lui était reproché de manquer à son devoir de bonne gestion.

De temps en temps, il se prévalait d’être le successeur légitime du Chef du village à qui revenait la véritable autorité. Et pourtant de nombreux dossiers qui faisaient la fierté du bon jugement de son travail étaient toujours traités par le Perroquet. Il agissait en lieu et place du Fou quand il s’agissait de défendre les cas sociaux des enfants de l’école combien même d’autres situations qui nécessitaient une compétence et une bonne maîtrise lorsqu’il retombait dans sa folie. Il vendait à certaines occasions dans sa perte de lucidité, les richesses du village aux mauvais coopérants étrangers qui profitaient de son manque de scolarité, de son précédent médical. Il bradait l’héritage du village comme un mauvais sage. Il coupait les arbres fruitiers lorsqu’il était en contradiction avec un membre de la communauté. Il brûlait les campements des agriculteurs et des éleveurs. Il exploitait certains enfants de l’école obligés d’aller travailler dans les mines de cuivre, de diamant et d’or pour son propre compte sachant bien que cela est interdit par le règlement du village. Cette attitude ne plaisait pas aux parents, aux maîtres et à la population qui se soulevèrent.

Une nuit pendant qu’il dormait profondément dans son lit masseur, qui fonctionnait à l’aide d’une batterie; il fut attrapé, ligoté et destitué. Une marche pacifique dont le fer de lance était le Perroquet fut organisée pour asseoir le nouveau chef qui prit la parole en de termes très solennels, plein d’éloquence et de verve remarquable à la place publique du marché devant une foule immense.  Le Perroquet venait d’être investi à l’unanimité, nouveau Chef du village en remplacement du Fou qui avait trahi la cause véritable de la population.

Fier de son ascension pour cette belle promotion, il avait la chance car il avait travaillé avec tous ses successeurs. Il connaissait très bien ses dossiers. Il intervenait à temps utile chaque fois que l’occasion se présentait et que sa présence était nécessaire. Il bénéficiait de l’estime auprès des élèves qui le considéraient comme un excellent intervenant, un défenseur respecté qui suscitait de l’admiration à l’endroit des maîtres de l’école.

Lors des rencontres avec les chefs des autres villages, son discours était écouté et suivi avec une grande attention car il avait la maîtrise de son langage. C’était un chef courtois, distingué et respecté. Il avait une parfaite mémoire. Il avait enregistré depuis le premier Chef du village tous les dossiers concernant la limitation du village. Il participait éloquemment à toutes les conférences et à tous les séminaires, obtenant de nombreuses bourses pour les enfants de son village parce qu’il voulait leur donner une instruction de qualité. Il avait réussi à placer durant son mandat le village à un bon niveau de considération. Il l’avait sorti du dernier rang qu’il occupait. La propreté était son champ de bataille ainsi que l’excellence et la compétence. Il avait mis hors de tout circuit de corruption la médiocrité, sanctionnant tous les auteurs coupables de la mauvaise gestion des biens du village. Les contrats mal négociés de ses prédécesseurs étaient pour la plupart révisés car il voulait procurer les avantages à la population détentrice et bénéficiaire pour lui accorder la pleine jouissance et la satisfaction entière de la richesse du sol.

Le Perroquet qui n’aime pas vieillir au pouvoir, de peur d’y mourir la tête baissée et déplumée, à la fin de son mandat, remit le pouvoir à la population du village. Celle-ci lors d’une cérémonie avec tous les anciens dans le bois sacré suivie de rituels de libation au son du Tam-tam et des danseuses traditionnelles, badigeonnée de kaolin, le déposa sur la tombe du premier chef puis désigna en transe un successeur capable de conduire dignement le destin du village pendant la transition. Celui-ci obtint un consensus et organisa des élections attendues par tout le peuple.

C’est ainsi que le pouvoir exista dans sa forme démocratique avec des élections libres et transparentes, dans le respect scrupuleux des règles élémentaires du droit avec de bons juges, en toute vérité, dans l’élégance et l’alternance du choc des idées, de tous les candidats pour un bon village inscrit dans la dynamique du développement.

© Bernard NKOUNKOU

Un Festival de contes, danses, musique et théâtre se prépare à Yamoussoukro

décembre 15, 2011

Yamoussoukro, Un festival de contes, de danses et musique modernes et traditionnelles, et de théâtre va se tenir de vendredi à samedi au siège de l’Alliance franco-ivoirienne (AFI) à Yamoussoukro et au Lycée mixte, a annoncé mercredi l’artiste comédien ‘Akowé’, initiateur dudit festival.

La première édition du festival dénommé ‘’AfrikColorfestival’’ va recevoir des artistes de la sous région, notamment du Bénin, du Burkina-Faso, du Mali, et des artistes nationaux. Il est placé sous le haut patronage de la grande chancelière de l’Ordre national, Henriette Dagri-Diabaté.

Au dire de l’initiateur, ce festival va démarrer par une parade dans la ville avant les prestations d’artistes à la mi-journée, pour se poursuivre dans la soirée avec ‘’La nuit du théâtre’’.

Samedi, il est prévu gratuitement dans la matinée, des spectacles de théâtre et danses contemporaines puis dans l’après-midi, des danses et musiques traditionnelles, avant la clôture à l’AFI, sis aux 220 logements, Zone Z.

« Pour cette première édition, nous faisons ce festival sur fonds propres, juste pour nous faire connaître. C’est dur mais on y va quand même… Et du fait de la solidarité artistique, nous attendons environ cent festivaliers », a relevé l’initiateur qui a en outre déploré le manque de soutien de la tutelle, en l’occurrence le ministère de la Culture et de la Francophonie.

(AIP)

Conte : L’Écureuil, la Corneille et l’Érable

novembre 14, 2011

Il était une fois, un jeune Écureuil gris, à la queue touffue et belle mais aussi dansante et remuante, aux grands bonds, s’amusait entre les branches d’un vieil Érable qui venait de perdre tous ses vêtements des feuilles de l’automne.

Un jour, pendant que le soleil caressait son doux pelage, pour changer d’air, l’Écureuil prit la décision de descendre et rencontra, au carrefour du tronc des branches jumelles, d’une longueur identique, une Corneille noire, venant du Parc des pins qui, tantôt croassait, tantôt babillait. Elle visitait le bois sec, picorant entre les écorces de l’arbre. Elle attrapait, à la première apparition, des larves d’insectes par sa fine bouche qui se reposaient mortellement dans son jabot. Elle s’en régalait copieusement et s’essuyait le bec frottant les parois des branches comme si elle embrassait la vieille peau de l’arbre. Pour lui accorder l’entière tranquillité à son repas, il lui laissa manger à sa faim et partit se promener plus loin.

Pendant ce temps, l’Érable qui surplombait la vaste cour était content du service gratuit rendu par la Corneille consistant à le débarrasser de ces nuisibles agents indésirables qui rongeaient sa peau et le vidaient de sa substance. Il la remercia malgré son exposition aux intempéries du vent, de la poussière et de la pluie qui l’avaient dénudé. Il lui dit :

- Chère Corneille, je t’envie que ton plumage te serve de protection avec le mauvais temps qui arrive. Quant à moi, je vais prendre sur tout mon corps la neige tombante. Elle va me couvrir dans la pureté de sa plénitude et la blancheur éclatante de sa fraîcheur. Je vais grelotter et je n’aurais pas de quoi me réchauffer. Je ne peux pas me cacher nulle part comme toi car je suis condamné au sol de mon enracinement.

- La nature a voulu que tu souffres un peu pendant la dure saison sans pourtant mourir car tu as l’assistance humaine de la création. Tu n’es pas le seul à vivre ces moments difficiles et désagréables de l’hiver. Mais la neige fait du bien dans l’entretien et de la conservation à toute forme d’existence.

Certes! Je ne peux plus changer le fil conducteur de mon destin.

Quand ils marquèrent la pause dans la conversation, l’Écureuil arriva et s’approcha de la Corneille se balançant sur l’un des bras effeuillé de sa multitude, admirant la migration des canards et des oies qui fuyaient l’arrivée, à pas doux de l’hiver, voyageant et émettant des cris fugitifs désespérés en d’interminables sons : coin, coin, coin. Et l’Écureuil souleva et lui montra sa patte veloutée, en direction, des colonnes argentées des palmipèdes formant des rais au ciel, se déplaçant et dessinant un beau paysage linéaire. L’Érable leva aussi ses yeux et goûta à cette sensation oculaire semblable à un film documentaire riche en découverte de belles images du monde.

A la fin du spectacle lorsque les colonnes de ces autres amis du ciel s’éloignèrent, à la limite du regard et au-delà de l’horizon, l’Érable demanda à l’Écureuil et au Corneille de ramasser ses feuilles de plusieurs couleurs de l’automne qu’il avait fait tomber dans la cour de récréation de l’école. Les deux amis acceptèrent la proposition comme une agréable sollicitation de propreté et de salubrité. Ils demandèrent du matériel nécessaire pour charger ces débris inutiles mais bon pour le compost. Il leur dit de descendre et de regarder au pied de son tronc, à l’endroit où les enfants de l’école avec la direction avait placé une boîte d’argent servant à son entretien quand son feuillage devient trop abandon, de prendre quelques pièces pour le bon usage de leur achat.

A cet effet, ils prirent l’argent et partirent acheter des sacs noirs au supermarché. Quand ils revinrent avec lesdits objets, ils ramassèrent toutes les feuilles jaunes, oranges, rouges et violettes de l’automne puis les entassèrent dans les sacs. L’Écureuil se servait parfaitement de ses pattes à la fourrure soyeuse tandis que la Corneille utilisait son bec au maigre plumage pour une utilité exemplaire. Mais durant ce ramassage n’ayant pas de cache-nez, la Corneille qui avalait et respirait constamment la poussière fut grippée alors que son ami l’Écureuil, étant plus malin, avait coupé une partie de ses poils et s’était bouché les narines. Il n’attrapa pas la grippe. Une grippe qui lui provoqua la toux. L’Érable informé du travail bien fait au grand plaisir de la direction et de tous les enfants de l’école, leur demanda de prendre la totalité restante de l’argent contenu dans sa boîte de générosité. Ils eurent cent dollars qu’ils se partagèrent.

Cependant, la Corneille tomba malade avec sa quinte de toux qui devint grasse. Préoccupé, l’Érable rédigea une petite note qu’il remit à l’Écureuil pour aller chercher du sirop dans le magasin du fabricant pouvant soulager la grippe de la Corneille. Dès que le vendeur vit seulement la note portant la signature de l’Érable, il le servit rapidement sans hésiter puis il ramena le sirop. Il passa au supermarché et acheta encore du miel, des citrons et de l’ail pour fabriquer une bon mélange de tisane. Il jugea bon de l’interner chez-lui sous le plafond de l’école, sa résidence principale et le soigna pendant deux semaines en l’administrant la dose selon son mode d’emploi : matin, midi et soir.

Durant son séjour, ils mangeaient ses provisions de noix, de champignons et d’insectes. A son départ, il lui remit encore des graines de pin et des chenilles à emporter. Ils sortirent et partir dire au revoir à l’Érable avant de prendre la route du Parc des pins.

Heureux et comblés de joie, ils s’embrassèrent sautillant des pattes et des ailes pour exprimer, à la fois, leur rapprochement et leur attachement.

Depuis lors, l’Écureuil et la Corneille avaient tissé une fidèle amitié sur les branches de l’Érable sans se battre comme deux ennemis car chaque fois, ils se séparent toujours bien dans la différence de leur genre.

La couleur des poils, des plumes et de la peau ne peut pas être un obstacle pour l’amitié et la compagnie dans le monde des êtres vivants.

© Bernard NKOUNKOU

Conte : Le Malafoutier, le Colibri et la Calebasse

octobre 29, 2011

Samba le Malafoutier embaucha Tsongui le Colibri de l’aider à certaines occasions d’indisponibilité de récolter son vin de palme, à l’aube et au crépuscule. Il avait montré à Nzoumba la Calebasse la photo du Colibri seul agent pouvant l’approcher et avait placé secrètement sur son ventre un miroir magique attaché avec de vieux chiffons pour filmer d’éventuels étrangers qui pourraient voler le fruit de son cru.

Certains jours, de bon matin, il appelait son employé pour aller vérifier si la Calebasse était pleine et d’en rapporter le contenu. Il volait le cœur en joie émettant son « chip, chip, chip » aigu, lancé pendant son parcours accompagné de quelques bourdonnements sortant de ses ailes. Il ramenait toujours de bonnes nouvelles à Samba qu’il pouvait continué à lui rendre efficacement ce service sans la moindre désobéissance.

Tsongui avait élu domicile dans le jardin fleuri de Samba qui lui avait accordé la permission de se délecter du suc de toutes les fleurs et d’en manger les insectes et autres chenilles qu’il trouverait dans cette belle flore domestique. Il exécutait sa mission dans la pleine confiance de son engagement. C’était un travailleur exemplaire, courtois et discipliné qui bénéficiait de nombreux avantages.

Au mois de juillet, pendant la saison sèche, Samba tomba malade. Il avait piétiné une épine de palmier qui lui avait enflé le pied et il éprouvait des difficultés à se lever et à marcher. Il demanda à Tsongui le Colibri de partir à la récolte du vin de palme puis de passer au marché vendre la production tout en lui réservant deux verres à déguster car il aimait boire son bon vin sucré de ses jeunes palmiers. Il lui versait une maigre recette prétextant que la Calebasse n’était jamais pleine. Il buvait une bonne partie de vin avec ses amis à la base des palmes et devant le goulot de la Calebasse, chantant et dansant.

Les amis de Tsongui le Colibri ayant trop bu, selon le rythme de leur avidité et de leur soif, tombaient, un à un, en chute libre puis s’évanouissaient par terre, chiant des pâtés de fientes qui mouillaient leurs plumes. Pendant ce temps il récupérait le vin destiné à la vente. A chaque inclinaison de la Calebasse celle-ci photographiait les images jusqu’au sol dans la grande discrétion du miroir magique.

Samba le Malafoutier sortit de sa convalescence et pour trouver la solution au doute des recettes, fit un tour aux champs et trouva endormis deux colibris soûls qu’il attacha sur la branche de l’arbre voisin au palmier. Il rentra chez-lui pour attendre le Colibri de retour du marché.

Quand il arriva dans la joie habituelle de rendre-compte à son patron, le versement n’avait pas changé d’augmentation. C’était le même refrain que la production du palmier avait baissé car selon lui l’arbre était devenu trop vieux. Il cacha la vérité en trouvant sa justification dans le mensonge. La recette fut déposée et enregistrée dans le cahier des charges et de la comptabilité.

Par conséquent, pour accélérer le soulagement en cette période de convalescence, il demanda au Colibri durant ce beau passage de la brise de la vallée d’aller faire la rééducation en marchant, profitant de prendre de l’air frais aux champs.

Quand ils arrivèrent dans le carré des terres cultivables où se trouvait le palmier; les Colibris qui étaient attachés aux pattes proféraient des injures à leur ami de les avoir attachés et trahis pendant qu’ils étaient encore ivres à la fin de la récolte du vin de palme. Il ne reconnut pas les faits qui lui étaient reprochés. Sa surprise fut grande et son étonnement aussi. Le Malafoutier sortit de son silence pour adresser des paroles d’accusation au Colibri d’avoir introduit dans son patrimoine des personnes étrangères. Voulant approcher les malfaiteurs, ceux-ci sentaient une forte odeur de vin de palme. Par la ressemblance de leur plumage, il établit la complicité de son travailleur d’avoir montré le chemin à ses délinquants mineurs. Son refus d’être de la même compagnie avec ces derniers était toujours catégorique.

Pour la manifestation de la vérité, Samba le Malafoutier lui demanda d’appeler Nzoumba la Calebasse de descendre pour trancher cette affaire de ses amis Colibris découverts dans une ivresse de forte propagation d’odeur buccale.

Quand Nzoumba la Calebasse arriva au pied de l’arbre, elle témoigna que la voix des colibris présents au sol était la même que celle qu’elle entendait du haut du palmier chaque fois que le Colibri venait extraire le vin de palme. Le Colibri le traita de gros menteur, au prix de ce témoignage non fondé qui était de nature à lui souhaiter son expulsion et à lui faire perdre son travail. Elle répliqua que chacun d’eux avait sa tâche à exécuter auprès du patron. Elle ne trouvait pas de raison valable à l’envier même si il avait gagné toute la confiance du Malafoutier.

Ainsi l’accusation ne s’arrêta pas là, il invita la Calebasse de déballer ses vieux chiffons afin de vérifier les images filmées et contenues dans son miroir magique. Le Malafoutier souffla son haleine sur le miroir couvert de buée puis essuya d’un revers de sa main l’ombre formée qui dévoila les photographies des deux colibris. Il prit la décision de les libérer pour faute de délinquants mineurs. Quant à son employé, il lui dit : on ne fait pas rentrer dans le secret du patrimoine de la société des étrangers qui peuvent vous voler votre richesse.

Le Malafoutier renvoya le Colibri pour faute lourde professionnelle, sans indemnités de préavis retenant uniquement à son service la Calebasse. Ainsi depuis lors redevenu chômeur, il avait regagné ses amis volant et goûtant désormais sans autorisation le vin sucré du Malafoutier.

© Bernard NKOUNKOU

Note: Malafoutier, récolteur de vin de palme

Conte : La Princesse, le Papillon et l’Abeille

octobre 27, 2011

Une jeune Princesse brune, à la beauté piquante et ravissante, après son mariage, était partie en lune de miel au soleil des Caraïbes avec son Prince. Elle y avait apporté beaucoup de cadeaux à distribuer aux enfants qui l’approchaient au bord de la mer. Ceux-ci lui souhaitaient la bienvenue et la possibilité d’une famille nombreuse, en compensation des bienfaits reçus. Car ces marques réciproques de gentillesse avaient laissé dans l’esprit des uns et des autres de très bonnes impressions et elle en gardait d’excellents souvenirs.

Dès son retour, le couple princier se disputait souvent. L’atmosphère dans le foyer était brûlante. Les paroles échangées étaient insupportables. A table, le silence régnait en maître pendant le repas. La nuit, la vie du couple devenait difficile entre les époux. Le face à face disparaissait pour donner lieu au dos à dos. Un rythme inhabituel de colère éclatait à chaque conversation jusqu’à la séparation de chambre où la Princesse préférait, de temps en temps, occuper une place dans le poulailler pour plus de tranquillité afin de causer avec un coq veuf qui avait perdu sa femme, une belle poule blanche, mordue par un chien de la cour. Les poussins orphelins qui étaient restés, profitaient de ses caresses, quand elle les réchauffait affectueusement dans ses mains, leur enlèvant des puces sous le regard bienveillant et paternel, dormant parfois avec eux sous sa couverture pour bien les materner. Un bel apprentissage de sa féminité.

La famille du Prince s’était mêlée des querelles intestines et lançait à certains moments des mots blessants de femme stérile à l’endroit de la Princesse. Ce climat dosé d’humeur désagréable la poussa de prendre ses distances pour se reposer au jardin public. Elle s’y rendait tous les jours dans la nonchalance du désespoir sentimental.

Un jour pendant qu’elle pleurait, assise sur le banc, le visage couvert au contact de sa paume; un Papillon bleu des tropiques maritimes vint tourner sur sa majestueuse silhouette, lui demanda pourquoi versait-elle cette quantité de larmes qui inondait sa belle robe blanche alors qu’elle portait sur la tête une belle couronne de sa dignité de femme de la grande Cour royale. Elle répondit qu’elle n’était pas heureuse auprès de son Prince. Le Papillon lui essuya les larmes qui ne cessaient de tomber abondamment au point où elle coupa un bec de perroquet pour en recueillir et en conserva précautionneusement. Il n’arriva pas à la consoler si bien que le choc sentimental qu’elle éprouvait lui causait de nombreux soucis. Il constata même qu’elle ne s’occupait plus de sa beauté. Il examina sa coiffure, celle-ci était défaite, sans soins capillaires. Ils se fixèrent rendez-vous un autre jour dans le jardin et lui demanda d’apporter si possible un œuf de coq pour lui préparer des lotions de beauté qu’il mélangerait avec ses larmes. Il descendit au niveau des ongles et constata qu’elle avait des points noirs qui tachaient des parties de son corps. Elle appela une « Fourmi-docteur », Mâ Kami, pour la consulter. Celle-ci découvrit que la Princesse avait des chiques et lui fixa un rendez-vous dans son cabinet médical. Elle s’y rendit pour retrouver la perfection idéale de sa peau.

La Princesse prit la première occasion pour s’y rendre et arriva au lieu du rendez-vous. Elle rentra dans la salle, échangea ses habits et s’allongea sur la civière de la clinique. La Fourmi magna palpa son pouls, ausculta son cœur, stérilisa ses mandibules, les ajusta pour enlever toutes les chiques qui avaient pris place dans sa chair se développant au grand plaisir de leur bon séjour. Elle désinfecta les plaies d’où coulait un peu de sang puis la conduisit dans la salle d’attente où se trouvait déjà le Papillon. Celui-ci avait appelé, entre temps, l’Abeille pour une rencontre après la clinique au jardin public.

Satisfaits des soins reçus, ils remercièrent la Fourmi magna, puis ils retournèrent au lieu de l’autre rendez-vous.

Dehors, le temps était beau. Le soleil glissait ses rayons entre des fleurs de roses, de jasmins et de lys. Au même moment, l’Abeille qui était déjà arrivée au lieu du rendez-vous butinait entre les pétales parfumés des fleurs dans la joie du nectar d’où s’exhalaient d’agréables effluves.

Le Papillon présenta la Princesse à l’Abeille et ils échangèrent très rapidement la bienvenue de l’invitation. Il s’excusa un instant, les laissant toutes les deux sur le banc du jardin et se retira derrière un Saule pleureur au bord du ruisseau à qui il s’adressa, lui demanda de prendre quelques unes de ses gouttes pour les mélanger avec l’œuf du coq et les larmes de la Princesse contenues dans son bec de perroquet, à portée de la main. Après avoir fini de préparer sa lotion magique, elle revint vers ses deux amies. Il expliqua la nécessité de la composition de son produit obtenu à partir des larmes de la Princesse et de celles du Saule pleureur pour une application sur tout son corps. Il lui demanda de se déshabiller sur le gazon, versa une fine quantité sur sa tête puis il la frottait avec un léger massage. Il sollicita l’Abeille de lui apporter du miel et celle-ci partit à la ruche mais ne trouva pas le produit sur place, elle revint avec toute une colonie d’Abeilles qui tournait dans le jardin et alla se reposer dans le Saule pleureur.

Dès que le Papillon eût fini, l’Abeille lui proposa que toute sa famille puisse venir se déposer sur le corps étendu de la Princesse sans la piquer afin d’y déposer directement du miel frais. Aussitôt, elle appela sa colonie qui vint couvrir le corps de la Princesse bourdonnant et se disputant la place quand il s’agit bien de rendre un grand service à une Princesse. Elles firent très bien leur travail et à la fin, elle était remplie de miel sur tout son corps. Ensuite elle alla se laver dans le ruisseau près du Saule pleureur et en sortit toute reluisante de beauté dans sa belle robe blanche. Le Papillon arracha dans le jardin des pétales de roses et lui fabriqua un beau chapeau qui répandait une bonne fragrance au centre duquel rayonnait une fleur blanche de jasmin. Il lui promit qu’à son retour au palais, le Prince serait irrésistible à son approche. La grande famille des Abeilles retourna à la ruche et la Princesse demanda au Papillon et à l’Abeille de l’accompagner.

Dans la douceur du soleil couchant, le Papillon, l’Abeille et la Princesse prirent le chemin du palais royal. Marchant à pas lents comme pendant un mariage; le Prince qui se tenait à la devanture du balcon, vit au loin, une belle femme qui arrivait avec un éclat scintillant d’une pureté exceptionnelle loin d’imaginer que c’était sa femme mais déjà le parfum des roses, du jasmin et autres mélanges se bousculait dans son nez, il se frottait les yeux pour bien voir. En vain! Il courut dans son salon prendre ses jumelles, les colla à ses yeux et distingua finalement que sa belle, douce et tendre Princesse revenait avec un autre plan de beauté aux formes harmonieuses et radieuses : c’était une silhouette d’un autre rêve. Il n’eût pas le temps de prendre les escaliers et sauta depuis le balcon pour courir en direction de sa femme qu’il prît au cou, l’embrassa fortement. Il boitillait un peu. Il fit un effort pour bien se tenir à côté de sa femme et rentrèrent dans la joie du bonheur retrouvé.

La Princesse donna de nombreux cadeaux au Papillon et à l’Abeille pour leur attention et assistance dans la consolation durant cette épreuve sentimentale. Heureux d’avoir réussi leur mission, ils repartirent dans leur habitation respective. Le Prince et la Princesse se réconcilièrent et retrouvèrent l’ambiance cordiale, la chaleur affective et leurs vieux souvenirs se remplissant de câlins jour et nuit. Elle tomba enceinte et accoucha des triplés comme un bon vœu souhaité par les enfants des Caraïbes maintenant exaucé, remplissant du coup le palais et la famille.

Le bonheur dans la vie conjugale se construit avec tous les ingrédients de la sensibilité naturelle et humaine.

© Bernard NKOUNKOU

Conte : La Carpe et la Sardine

septembre 1, 2011

Tsimpété la Carpe et Tsangui la Sardine vivaient toutes les deux dans le Djoué, un affluent du fleuve Congo.

Un jour, une coupure d’eau intervint dans la ville et les enfants du quartier de Ya Mamba (le frère des eaux) vinrent solliciter les deux amies s’ils pouvaient se laver avant de partir à l’école de Kingouari. Elles acceptèrent et leur offrir la gentillesse d’utiliser le bord du cours d’eau à proximité des roseaux leur interdisant de ne pas partir au large.

Pendant qu’ils jouaient à la surface du Djoué se jetant des mains de fines quantités d’eau et produisant des sons en tapotant la belle peau de l’affluent, entre joie et éclats de rire, Tsonga se détacha des autres en se faufilant sous les herbes et atteignit le milieu de l’eau où la profondeur devenait importante. Il commençait à boire des gorgées, se débattait dans un effort de dernier espoir, agitant la main; ses collègues de classe qui le virent ne purent l’approcher de peur de les emporter et il se noya. Ils regagnèrent tous le rivage, le visage triste, pleurant et s’essuyant la morve qui leur coulait des narines provoquée par la frayeur de l’événement.

L’écho des pleurs se fit entendre auprès de Tsimpété la Carpe et de Tsangui la Sardine qui s’amusaient entre les jacinthes se cachant sous les larges feuilles vertes invitant l’un et l’autre à la découverte du point de refuge.

Quand elles approchèrent le groupe d’écoliers, celui-ci leur fit part de la triste nouvelle de la disparition de Tsonga qui venait de se noyer.

- Chers écoliers pourquoi n’avez vous pas respecté l’interdit qui vous a été dicté gratuitement de ne pas aller au large car certains endroits sont trompeurs à l’œil et réservent des surprises dangereuses ?

La Carpe et la Sardine promirent de retrouver le corps de Tsonga et partirent à sa recherche. Elles longèrent le Djoué d’un bout à l’autre, sans suite favorable. Elles repartirent en fouillant sous l’eau, aucun résultat de satisfaction ne fut rapporté. Ils se séparèrent avec les écoliers qui partirent chez-eux pour annoncer la nouvelle aux parents et aux maîtres de l’école. C’était la grande consternation.

Tsimpété et Tsangui continuaient leur investigation sous les folles herbes et les jacinthes et prirent la décision de la poursuivre jusqu’au-delà du Djoué dans le fleuve Congo. Emportées par le courant des cascades passant entre les grosses pierres rocheuses, elles se retrouvèrent dans le puissant et majestueux Congo qui exhalait son souffle aquatique devant l’œil chaud du soleil tropical qui caressait par ses rayons sa belle peau douce. Les recherches consistant à retrouver Tsonga furent vaines.

Fatiguées, elles eurent faim. Ni la Carpe, ni la Sardine, aucune des deux ne trouva à manger. Tsimpété se retourna contre la bonté et la docilité de son amie la Sardine lui montra ses dents pour la croquer. La Sardine effrayée, prit la fuite et dans sa persécution, elle se cogna contre un objet au corps mou ne sachant pas quelle était sa nature. Elle recula, fit un bond pour bien le regarder. Elle se retrouva au-dessus d’un ventre ballonné. Or c’était celui du cadavre de Tsonga qui flottait à la surface de l’eau. Elle n’eût pas le temps d’exprimer sa joie devant la furie de la Carpe. Et pour détourner l’attention de Tsimpété la Carpe, elle rentra rapidement par les portes ouvertes des narines du noyé et se cacha dans la grande chambre de son ventre. La Carpe en arrivant devant le corps flottant ne vit pas sa proie mais seulement celui qu’elle cherchait depuis les eaux du Djoué. Elle contourna le cadavre dans une interrogation sans mots.

La Carpe alla appeler les pêcheurs du village de Mafouta pour venir l’aider à sortir Tsonga. Ceux-ci rafistolaient leur filet au moment de la sollicitation et prirent leur pirogue pour la suivre jusqu’au lieu de la découverte. Ils placèrent le corps de Tsonga dans leur embarcation. Arrivés sur la berge, ils étalèrent le noyé sur de grandes feuilles de bananier et le dépecèrent pour vider la quantité d’eau qu’il avait bue. A la grande surprise, ils virent comme d’habitude, une belle petite Sardine qui gesticulait et remuait ses nageoires. Encore toi ! Lui demandèrent les pêcheurs ce qu’elle faisait dans le ventre d’autrui. Elle leur répondit cette fois-ci qu’elle avait trouvé refuge à la suite de la persécution de Tsimpété la Carpe qui voulait la manger lorsqu’elles cherchaient depuis le Djoué le noyé et en arrivant dans le fleuve Congo, la faim se transforma en violente inimitié, en rupture d’amitié. Ils eurent pitié d’elle car tous les moyens de protection sont bons même dans le cadavre d’un corps humain.

Les pêcheurs du village Mafouta libérèrent Tsangui la Sardine en la renvoyant dans l’eau et celle-ci repartit informer la famille de Tsonga. Aussitôt, ils jetèrent le filet à Tsimpété la Carpe pour l’attraper afin de la manger. Elle se fit prendre dès le premier contact et alla terminer sa vie dans la cuisson des vieilles marmites des pêcheurs.

L’amitié rompue à l’amiable vaut mieux que celle de la rancœur consistant en la disparition de l’autre car la méchanceté peut se retourner contre son auteur par la loi de la justice naturelle et sociale.

© Bernard NKOUNKOU

Conte : La Sardine et le Silure

juillet 8, 2011

Martine la Sardine blanche du fleuve Congo vivait dans un palais majestueux au toit vert de jacinthes des bois.

Plongée dans l’ennui d’absence de loisirs, un jour elle partit se promener et rencontra aux cataractes, dans la turbulence et le tumulte des eaux, Arthur le Silure, au teint d’ébène qui jouait au cerf-volant. Elle lui demanda si elle pouvait se joindre à lui. Celui-ci accepta sans un brin d’hésitation. Ils s’amusèrent à pleine joie, rigolèrent en suivant le cerf-volant qui dansait aux caresses du vent. Ils se cognèrent parfois contre de petits cailloux et roulèrent sur le sable fin du fleuve. Le vent qui était au rendez-vous dans ce beau jeu du ciel redoubla de vigueur et de vitalité et le cerf-volant se propulsait plus haut dans les airs accompagnés de nombreux cris de salutation dans son mouvement. Pendant que les deux amis jubilaient sur le sable, le cerf-volant s’accrocha dans son voyage au sommet d’un palmier.

Martine la Sardine commençait à se lamenter pour cet espoir ludique suspendu dans les bras verts du palmier. Arthur le Silure lui rassura qu’il réussirait à descendre le jouet de son arrêt momentané. Il ramassa des cailloux et commençait à les jeter pour faire tomber le cerf-volant. Il invita aussi sa campagne à cet exercice d’adresse. Mais dans cet acte de décision, un gros caillou lancé par Arthur le Silure traversa le palmier et alla cogner un tombeau en un bruit assourdissant, rebondit et se morcela. Soudain, une fumée grise s’échappait et prenait une forme humaine dressant debout une vieille dame qui dormait depuis une éternité : c’était Bertille l’Anguille.

- Mes enfants : pourquoi aviez-vous dérangé mon sommeil ?

Ses simples paroles faisaient trembler le sable et l’herbe sauvage produisant un tourbillon aux alentours remuant fortement leurs habits et leurs cheveux tandis que les poils de leur peau se dressaient comme des aiguilles rigides.

- Mémé, Mémé ! nous n’avons pas fait exprès. On voulait tout simplement descendre notre cerf-volant par le jet des pierres c’est pourquoi maladroitement un caillou est tombé sur ta demeure. Veuille bien nous en excuser.

- Alors que puis-je faire pour vous mes petits-enfants ?

- Si tu peux nous aider à décrocher notre cerf-volant. Nous savons que tu en es capable.

- Merci de la certitude que vous reposiez sur moi.

Bertille l’Anguiille s’approcha de l’arbre, se concentra un moment, ses yeux devinrent rouges, dégageant du feu et elle retrouva les souvenirs de son vivant lorsqu’elle grimpait sur les palmiers pour aller manger les noix mûrs d’un goût exceptionnel lui donnant une peau luisante. Elle s’enroula le long du tronc, arriva au sommet et descendit le cerf-volant. Ils remercièrent Bertille l’Anguille qui regagna son tombeau pour retrouver sa paix de l’âme.

Cependant, le jouet de Martine la Sardine et d’Arthur le Silure était perforé par les aiguilles du palmier, il n’était plus bon et ne pouvait plus s’envoler. Ils le prirent, l’enroulèrent d’une pierre et le jetèrent au-dessus du fleuve Congo. Le cerf-volant s’ouvrit quand même et se déposa comme un parachute en perte de vitesse, tomba droit à la surface de l’eau.

Par ailleurs, le soleil au zénith balançait sa férule de rayons de plein fouet. Ils eurent faim et soif. Mangèrent des tiges de roseaux. Ils creusèrent des vers de terre et firent la pêche pour avoir du poisson à manger. Durant toute la partie de la pêche, seule Martine la Sardine capturait le poisson. Pourquoi? Quand ceux-ci remontaient à la surface de l’eau, au temps chaud, par la clarté rayonnante et blanchâtre de Martine, les poissons exprimaient une grande joie pour mordre son appât. Mais au moment où ils émergeaient et qu’ils découvraient la présence d’Arthur le Silure, le trouvant trop noir, ils fuyaient son approche et n’osaient pas mordre à son hameçon. Pauvre de lui ! il rentra bredouille. Un peu confus. La compagnie ne pouvait pas se limiter à l’unique gain d’une partie.

Pour le consoler, Martine l’invita chez-elle dans son palais. Elle prépara le poisson. Ils mangèrent ensemble, burent du bon vin. A chaque fois, il terminait toujours goulûment sa part de nourriture. Il mangeait, mangeait, mangeait. Il ne cessait de demander à manger à Martine la Sardine. Celle-ci lui dit un moment qu’elle ne pouvait pas opérer un miracle de la multiplication de poisson.

Fâché, il saisit le couvercle, regarda et constata effectivement que plus rien n’y était, il renversa toute la marmite, brisa les verres de table, renversa les chaises puis s’en prit à Martine la Sardine qui de sa petite taille s’étant débattue mais en vain, il la mangea pour assouvir sa faim. II en raffola bestialement la chair de Martine qui lui procura un appétit supérieur. C’est pourquoi depuis lors, le Silure quand il est dans le même étang que la sardine, il finit toujours par la manger. Leur cohabitation n’est plus amicale et recommandée chez les pisciculteurs.

Le service d’un bonheur dans l’amitié peut parfois se transformer dans le malheur.

© Bernard NKOUNKOU

Conte : Le Grillon, la Luciole et l’Escargot

juin 30, 2011

Un Grillon des champs, aux antennes fines et sensibles, aux yeux luisants, à l’allure robuste, cultivait des épinards pour sa subsistance.

Travailleur diurne, assidu et résistant, il avait étalé de longs sillons de légumes que la nature arrosait par des petites pluies douces dans un relais permanent du soleil qui apportait la lumière et la chaleur pour leur bonne croissance.

Une fois les légumes à maturité, les trois sillons qu’il avait préparés donnèrent une bonne production. Il en récolta un pour sa ration personnelle. Il garda les deux autres pour la vente afin d’avoir un peu d’argent.

Quand arriva le jour le plus favorable pour réaliser son profit monétaire, il se rendit aux champs avec sa corbeille d’osier. Il marchait fièrement en chantant pour exprimer sa joie :  “crin, crin, crin ». Cette cueillette devrait lui procurer un bonheur complémentaire.

Jetant au loin son regard sur l’étendue en série de ses sillons; le doute des images gagnait le reflet de la perception. Vint soudain la surprise la plus étonnante, il ne retrouva pas la totalité des épinards car mangés, par segments, lui laissant de simples tiges debout sur les deux sillons comme de vieux soldats effeuillés, sans galons sur les épaulettes.

Il pleura toute la journée devant ses sillons dévastés; la fonte de ses larmes avaient mouillé tous ses habits. Il avait perdu tout espoir. Il maudit celui qui lui avait causé un tel préjudice.

A la tombée de la nuit, il chercha à rentrer chez-lui. A mi-chemin, il fit égarer au point de ne plus reconnaître l’emplacement de son domicile. Il se mit encore à chanter et à pleurer. Soudain, une belle petite Luciole, aux yeux noirs vint lui tourner trois fois émettant sa lumière verte sous ses ailes et lui montra la direction de sa maison sous le bois sacré.

La Luciole lui posa la question :
- Pourquoi, pleures-tu cher Grillon à cette heure-ci ?
- Je pleure parce qu’une partie de mes épinards a été mangée
- Ah, bon ! Ne connais- tu pas l’auteur de ce mauvais acte ?
- Point du tout.

La Luciole l’accompagna chez-lui. Il ne cessait en cours de route de lui expliquer avoir été victime dans son champ d’épinards d’une razzia de sa production vivrière. Après une brève escale dans sa maison, elle lui demanda d’aller lui montrer, en pleine nuit, ses sillons endommagés.

La Luciole le devança pour illuminer le chemin avec ses phares arrière que suivait gentiment le Grillon.

- Tu vois mes sillons qui ont été pris d’assaut maladroitement?
- Bien sûr !

La Luciole dit au Grillon :  « Je vais monter la sentinelle ici ». Il le remercia pour cette bonne proposition consistant à retrouver la piste du voleur. Il ajouta, en outre : « Comme tu as laissé une moitié d’épinards, je suis sûr que le malfaiteur reviendra sur le lieu de sa consommation ».

Le Grillon courut en dansant, sautant, vola et rentra dans sa maison aux multiples galeries.

Pendant ce temps, la Luciole était aux aguets, perchée sur la branche de l’arbuste en bordures des sillons. Elle vit, en pleine nuit, un Escargot marron, à la coquille rondelette, aux nombreux enfants, qui envahissait la portion congrue d’épinards. La Luciole décolla, sillonna les épinards, torcha l’Escargot de sa lumière de laser. Effrayé et ébloui, il se cacha avec tous ses enfants sous les feuilles vertes des épinards. Trop tard, la Luciole les avait déjà vus. Il partit rendre compte chez le Grillon. Celui-ci ne croyait pas un seul instant que l’Escargot pouvait lui causer un quelconque préjudice d’une si haute méchanceté. Je ne m’en reviens pas, dit-il : à peine trois mois, nous étions ensemble au mariage du Crapaud, à l’île Tsoukoula, et que nous étions assis sur la même table.

Eh, ben ! C’est bien ton ami que j’ai vu et surpris entrain de manger tes épinards.

La Luciole promit au Grillon une solution rapide et efficace. EIle repartit aux champs, pondit ses œufs sous les pieds des épinards. A leur éclosion ceux-ci devinrent des larves protectrices des légumes.

Voulant récidiver son acte dévastateur, l’Escargot repartit la nuit, comme à son habitude, pour racler le reste des épinards. Malheureusement, au même moment les larves de la Luciole qui patrouillaient entre les sillons, attrapèrent l’Escargot et toute sa famille; les mangèrent copieusement comme un régal de bon goût. L’information arriva dans les oreilles de la Luciole que le sort de l’Escargot était réglé. Elle partit chez le Grillon pour lui apporter la nouvelle. Celui-ci n’en croyait pas de ses yeux et demanda d’y faire un tour pour vivre la réalité de la mort de l’Escargot et de sa famille. Il l’embrassa, le félicita et lui offrit une coupe de vin pour célébrer ce grand événement de la victoire sur le malfaiteur et sa cohorte.

Après la dégustation du fruit de leur solution, ils se rendirent au champ et le Grillon trouva parsemé, par endroits, de nombreux cadavres d’Escargots, au contenu vide de leur coquille, car ils étaient dévorés par des larves de Luciole. Il était finalement convaincu de ce qui était arrivé. Il a cru au bon service reçu de la part de la Luciole, faisant de lui son meilleur ami pendant la saison de son existence.

La Luciole réitéra sa disponibilité auprès du Grillon, en lui disant : «  A chaque fois que tu seras dans le besoin, tu pourras compter sur moi ». Le souci du Grillon fut soulagé et réglé pour ses épinards. Je ne savais pas que tes larves avaient la particularité de manger des Escargots ce que toi-même ne sait pas faire.

Chacun de nous dans la nature a son rôle et la nature s’est réglée les choses devant le désespoir d’une situation alarmante.

© Bernard NKOUNKOU

Conte : Le Cheval et le Zèbre

juin 26, 2011

Un Cheval fatigué de tourner en rond dans la forêt dit à son cousin le Zèbre d’aller chercher du travail chez le fermier du village.

Très tôt le lundi pendant que les moineaux friquets chantaient dans la joie l’hymne de l’aube aux sons d’interminables pépiements saluant le lever du jour dans la beauté de l’aurore; ils prirent une toilette sobre et rapide, firent quelques ablutions pour se nettoyer la bouche avec un morceau de liane et mangèrent les restes de la nourriture de la veille. Le Cheval et le Zèbre se placèrent au bord de la route pour attendre le fermier qui a l’habitude de passer par là pour lui suggérer de lui rendre la bienveillance d’un quelconque service de portage entre la ferme et le marché.

Interpellé par leur hennissement nasillard, il se tourna vers eux, ralentit ses pas pour les attendre. Il crut voir des jumeaux car leur ressemblance était fort identique. Mais tel ne fut pas le cas, ils étaient des simples cousins de la même famille. Quand ils furent à son approche, ils exprimèrent leur désir dans une pensée fort claire consistant à la quête d’un travail saisonnier par rapport à la corpulence de leur constitution physique. Le fermier pensant aussitôt à ses lourdes charges et aux moyens dérisoires à sa disposition, saisit l’opportunité de cette belle sollicitation des manœuvres. Ils cheminèrent avec ses ouvriers à la ferme, les embaucha, signa un contrat et leur montra les différentes tâches à exécuter.

Le Cheval chargea sur son dos des gigots de viande de bœuf tandis que le Zèbre porta sur lui des barres de fromage. Il leur expliqua l’emplacement de son magasin au marché d’où ils déposeraient les colis. Il les paya et prirent rendez-vous le lendemain devant la porte de la ferme.

Le Zèbre qui avait la mission de transporter la marchandise la plus précieuse – peureux et imprévisible – par manque d’assurance de l’équilibre de son dos fit tomber les morceaux de fromage qui se couvrirent de terre. Il s’arrêta un instant, les ramassa, les essuya et les remit dans leur emballage. Quant au Cheval il avait réussi à faire arriver la viande à destination dans les meilleures conditions de son obligation et en toute responsabilité dans la parfaite conscience du travail le mieux accompli.

Le fermier après voir fini les quelques activités de contrôle et de surveillance de sa ferme, partit rejoindre sa marchandise pour commencer la vente auprès de ses nombreux clients qui étaient déjà en file indienne connaissant l’heure d’ouverture de son magasin. L’achalandage avait augmenté en quantité du fait de la modernité de la fabrication mais aussi de la bonne réputation de sa qualité au regard de la publicité qui produisait depuis belle lurette une large répercussion dans le périmètre d’habitation et au-delà des frontières. Le monopole aidant, il avait tout vendu en peu de temps. Heureux de sa recette, il comptait son argent au grand sourire de ses lèvres qui illuminaient son visage.

Le lendemain comme convenu, le fermier retrouva ses ouvriers à la ferme. Il leur demanda de charger cette fois-ci des bidons de lait, de la volaille et de la viande de porc. Il partit ensemble avec eux monta sur le dos du cheval dandinant sur le cuir soyeux de sa colonne vertébrale, prenant soin de caresser sa crinière. Le Zèbre qui marchait à côté introduisait quelques bonnes petites phrases dans la conversation :
• « Monsieur le fermier vous ne regretterez pas nos services tant que vous comprendriez combien de fois nous pourrions être utiles dans la société des hommes »
• Le fermier répondit sans hésitation : « Il me faut encore un petit temps d’essai avec vous pour bien apprécier la qualité de votre rendement car il est trop tôt que je puisse porter un jugement hâtif sur vous».

Dès leur apparition à la place du marché des clameurs de protestation les accueillirent accompagnées des huées qu’ils ne comprenaient pas du tout. Jetant le regard, en biais, à gauche et à droite, la mine des clients était grise et peu joyeuse. Après qu’il eût descendu du cheval, il vit devant sa porte les paquets de fromage vendus la veille entassés barrant toute la porte pour l’empêcher de rentrer marqués d’écrits à l’encre noire : « Remboursement! ». Il demanda le secours de ses ouvriers pour dégager la porte et il accéda dans son magasin avec la nouvelle marchandise. Le zèbre à la vue du retour de cette marchandise bougea ses épaules et ses nasaux pour avoir compris.

Aussitôt, il était rejoint par des agents du service de la santé publique, du service des consommateurs ainsi que du service d’hygiène qui engagèrent des pourparlers pendant quelques minutes afin de trouver une solution à la colère de sa clientèle. Ceux-ci lui dirent que son fromage contenait des grains de sable et qu’il était impropre à la consommation raison pour laquelle tous les clients sont venus le rendre. Il poussa un cri d’étonnement : ce n’est pas vrai, grommela-t-il, c’est du jamais vu chez-moi, c’est pour la première fois. Il prit par hasard quelques paquets de fromage, les ouvrit pour s’en apercevoir. Effectivement, il sentit lui-même la présence du sable dans son fromage. Il sortit et s’excusa auprès de ses nombreux clients et les remboursa pour asseoir la confiance et maintenir leur fidélité. Il promit qu’une inspection des services habilités devrait se rendre sur le lieu de la fabrique d’après l’entente pour vérifier les conditions dans lesquelles il produit son fromage.

Le fermier demanda au Cheval et au Zèbre s’ils pouvaient lui rendre ce service de prendre chacun sur son dos deux personnes jusqu’à la ferme. Ils acceptèrent. Par groupe de deux, ils montèrent et partirent. Le fermier et un agent de la santé publique qui étaient transportés par le Cheval arrivèrent sans difficultés alors que l’agent de l’hygiène publique et celui des consommateurs furent exposés aux caprices et nombreuses chutes par le zèbre. Ils tombèrent dix fois en route, les membres endoloris, plein de torticolis, fatigués et épuisés. Ils jurèrent de ne plus se faire transporter par lui.

Confus et honteux d’apprendre le mauvais service rendu, le fermier donna en aparté un avertissement solennel au Zèbre et invita les inspecteurs d’effectuer leur enquête. Ils trouvèrent la fabrique dans un état de propreté irréprochable. Ils firent un essai de fabrication du fromage sans pouvoir détecter du sable. Ils conclurent une origine étrangère dans la survenance de l’incident fâcheux découvert par les consommateurs. Ils poussèrent la réflexion de la recherche vers les transporteurs c’est-à-dire du côté du Cheval et du Zèbre. En revoyant le film de la journée du lundi, ils constatèrent que la viande transportée par le cheval n’avait pas de problème, seul le fromage qui en présenta.

Dès lors ils interrogèrent les ouvriers si, par hasard, en cours de route, la marchandise était tombée. Les deux ouvriers refusèrent. Au regard du précédent du Zèbre, des soupçons commençaient à peser sur lui. Une commission repartit avec le Cheval sur la route pour inspecter et découvrit à un endroit quelconque un indice révélateur d’herbe couchée qui attira leur attention où un paquet de fromage avait été abandonné. Celui-ci faisait partie du lot transporté par le Zèbre. On le prit et le ramena comme moyen de preuve pour confondre le transporteur de la marchandise.

La commission se réunit dans la ferme, appela le Zèbre si par mésaventure, il avait fait tomber le fromage. Dès qu’il vît le paquet, il tremblait dans toute sa chair, au point de faire des pertes d’urine salissant le sol et il accepta d’avoir fait tomber tout le fromage en route pendant que le Cheval était à une bonne distance de lui. “Il s’arrêta, le ramassa, l’essuya et le remit dans leur emballage respectif”, dit-il.

Furieux de cette déclaration d’aveu à caractère de grand malaise et d’extrême gravité pouvant entacher sa réputation après un long refus à reconnaître son acte. Le fermier prit une charrette, l’ajusta et demanda au cheval de raccompagner la délégation des trois membres chargés de l’inspection de son milieu de travail.

Le Cheval les conduisit au galop de sa course et revint rapidement. Le fermier le remercia de son dévouement, de son exemplarité et le recruta pour un contrat à durée indéterminée. Il appela le Zèbre pour lui réprimander de lui avoir caché cette information. Celui-ci répliqua que chez-eux, ils mangent même de la nourriture couverte de terre. Le fermier fâché lui infligea un blâme au dossier et lui dit que les hommes et les animaux n’ont pas développé les mêmes aptitudes de goût. Il voulut encore se justifier que son dos n’était pas fait pour transporter des lourdes charges. Excédé, il lui remit une lettre de licenciement lui demandant de repartir dans son milieu vital des savanes pour plaire à la nature sauvage car il n’est bon à rien. Il prit de la peinture et lui traça des zébrures, des raies indélébiles comme marques à vie sur sa peau pour facilement le reconnaître entre lui et son parent. Alors que le Cheval qui est son cousin est un travailleur consciencieux, ayant un bon comportement, une bonne locomotion et avec qui il peut réaliser de nombreux projets de métiers dans la société des humains allant des travaux champêtres en passant par l’équitation jusqu’au tourisme voire à la communication.

Depuis ce temps, le Cheval est devenu un ami et un employé de l’homme qui partage avec lui une intime complicité vitale pour des moments heureux et paisibles passés ensemble depuis des millénaires.

Le travail bien fait peut vous apporter une récompense excellente pour honorer vos qualités.

© Bernard NKOUNKOU


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