Abdelaziz Bouteflika, un destin algérien contrasté

septembre 17, 2021

NÉCROLOGIE. De l’ex-président, on retiendra un parcours contrasté à l’image d’un destin personnel et politique marqué par une quête perpétuelle de pouvoir absolu. 

La quete du mandat de trop, le 5e, a precipite la fin de la presidence d'Abdelaziz Bouteflika dans le chaos.
La quête du mandat de trop, le 5e, a précipité la fin de la présidence d’Abdelaziz Bouteflika dans le chaos.© DR

Fortement poussé à la démission par la rue algérienne déterminée à en finir avec un « système » qui a étouffé le pays durant la majeure partie des années qui ont suivi l’indépendance en 1962, Abdelaziz Bouteflika pourra difficilement se départir dans la postérité de l’image d’un homme accroché au pouvoir jusqu’à la caricature. Son image d’homme au regard hagard, sur un fauteuil roulant, pouvant à peine articuler des mots audibles pour ses interlocuteurs ne manquera pas de marquer les esprits de ceux qui visiteront l’histoire de l’Algérie de ce début de XXIe siècle, dont il faudra retenir une gouvernance marquée au fer rouge par un système politico-militaro-affairiste qui a tenaillé le pays dans une étreinte de corruption et de fuite en avant économique. Pourtant, tout aurait pu être différent pour ce jeune Algérien né le 2 mars 1937 à Oujda, dans l’Oriental marocain frontalier de l’Algérie.

Un premier pied dans l’histoire de l’Algérie auprès de Boumédiène 

C’est quand il est encore étudiant qu’en 1956, à 19 ans, il s’engage dans les rangs de l’ALN (Armée de libération nationale). C’est là qu’il rencontre Houari Boumédiène, alors responsable de l’armée des frontières côté marocain. Il devient son secrétaire particulier et son bras droit. Il ne le quittera plus jamais. Après l’indépendance, il est nommé ministre de la Jeunesse et du Tourisme d’Ahmed Ben Bella en 1962 avant de prendre le portefeuille des Affaires étrangères en 1964. Boumédiène le confirme dans sa fonction en s’installant au pouvoir en juin 1965. Car Bouteflika, membre important du « groupe d’Oujda », comme on appelait les proches de Boumédiène, a participé au putsch du ministre de la Défense contre le premier président algérien Ahmed Ben Bella. À la tête de la diplomatie algérienne, Bouteflika brille et hisse l’Algérie au firmament des pays du tiers monde qui comptent lorsque l’Algérie prend la présidence du groupe des Non-Alignés en 1973. À la mort de Boumédiène, en décembre 1978, il s’estime, en fils putatif, son successeur légitime. Erreur. L’armée lui préfère le colonel Chadli Bendjedid qu’elle considère comme plus malléable.

La traversée du désert 

Voilà qui ne va pas faciliter la suite du parcours du flamboyant ex-chef de la diplomatie algérienne, d’autant qu’il est rattrapé par l’affaire de détournement des reliquats budgétaires des ambassades. De quoi le faire tomber en disgrâce et d’être obligé de s’exiler dès 1981 à Paris, puis à Genève et aux Émirats arabes unis. C’est le début de sa traversée du désert. Elle sera longue et, selon ses détracteurs, Bouteflika ne le pardonnera jamais, ni aux décideurs de l’époque ni au pays. 1989 : retour au pays. Bouteflika entre au comité central du FLN et ne rate aucune des réunions de cette instance du parti unique. C’est un moment compliqué pour lui. Selon des témoignages, « il est alors perçu comme un personnage peu fréquentable. On l’évite ». Ceci expliquera que les rares Algériens, dans les sphères politique et économique, qui auront reconnu en lui un fin politicien bénéficieront plus tard de ses largesses.

Le retrait volontaire

En 1994, à la fin du mandat du Haut Comité d’État, mis en place après l’assassinat de Mohamed Boudiaf, l’armée lui offre enfin le poste de président de la République. L’ex-ministre des Affaires étrangères connaît l’influence des militaires à l’époque. Il sait aussi les difficultés que traverse son pays en proie à une guerre civile et dont la situation politique, économique et sécuritaire est catastrophique. Il demande à ses interlocuteurs de réfléchir. Le voilà reparti en Suisse d’où il décline l’offre qui lui a été faite.

Le tournant de 1998

Même hors d’Algérie, Bouteflika garde l’œil sur le pays qui est en plein dans sa décennie noire, qui a déjà fait 200 000 morts. En 1998, le président Liamine Zéroualdémissionne. Bouteflika est de nouveau sollicité. Face à des militaires politiquement aux abois, il est cette fois-ci plus rassuré, et ce, d’autant que la situation économique a des chances de s’améliorer parallèlement à la vie politique qui ouvre une séquence « élection ». Le voilà donc qui accepte l’offre qui lui est faite et entre en campagne. Fait important : les six candidats, dont Hocine Aït Ahmed et Louisa Hanoune, se retirent de la course pour protester contre la fraude durant les premières opérations de vote. Interrogé par la télévision française sur le sujet, Bouteflika évoque une décision « inexplicable ». « Par rapport aux enjeux de la République, c’est une absence totale de maturité », ajoute-t-il. Il n’exclut alors pas son retrait s’il n’a pas un soutien « franc et massif » du peuple algérien. « Si je n’ai pas un soutien franc et massif du peuple algérien, je considère qu’il doit être heureux dans sa médiocrité et après tout je ne suis pas chargé de faire son bonheur bien malgré lui », lâche-t-il.

1999 : le premier mandat 

« Bouteflika a une personnalité complexe et compliquée. L’homme est éminemment narcissique et revanchard. Il se voyait comme le président élu au sens religieux du terme [qui devait succéder naturellement à Houari Boumédiène, NDLR] », pense le sociologue Zoubir Arous. Quoiqu’il en soit, Bouteflika va jusqu’au bout et est élu à la tête du pays le 15 avril 1999 avec 73,8 % des voix. Fraîchement élu, il doit assumer les conséquences politiques du printemps noir de la Kabylie et ses 126 morts qui ne manquent pas d’écorner l’image qu’il a mise en avant de président venu réconcilier les Algériens.

Ce second mandat que l’on n’attendait pas

Arrive 2003. Une partie des personnalités influentes s’oppose à sa volonté de briguer un second mandat. Le général Mohamed Lamari, tout puissant chef d’état-major depuis 1993, s’exprime pour le changement. Il soutient discrètement le chef de gouvernement et ancien directeur de campagne de Bouteflika, Ali Benflis, qui se présente aux élections. « Pour cette partie [des décideurs, NDLR], Bouteflika devait être juste une parenthèse », indique le sociologue Nacer Djabi. Le fin manœuvrier qu’était Bouteflika ne l’a pas entendu de cette oreille et s’est fait réélire pour un second mandat, notamment grâce au soutien du patron de la Direction de renseignement et de sécurité (DRS), le général Mohamed Médiène, dit Toufik. Il rafle près de 85 % des suffrages. Conséquence : le général Mohamed Lamari démissionne quelques mois après la réélection d’Abdelaziz Bouteflika et est remplacé par le général Ahmed Gaïd-Salah. C’est le moment choisi pour proposer son projet de charte pour la réconciliation nationale. Le texte qu’il propose passe mal auprès d’une partie de l’opinion algérienne, qui voit d’un très mauvais œil que des islamistes, auteurs d’exactions pendant la Décennie noire, soient amnistiés. C’est le moment où l’odeur du Nobel de la paix rôde autour de lui. C’était sans compter avec la nature qui est venue se rappeler au président, qui doit de plus en plus se préoccuper de sa santé. 

2005 : les problèmes de santé s’en mêlent

À la suite d’un ulcère à l’estomac, Bouteflika est transféré à l’hôpital du Val-de-Grâce à Paris, en novembre 2005. Officiellement, il doit se faire opérer. Plus tard, par le biais des télégrammes de la diplomatie américaine diffusés par WikiLeaks, on apprendra qu’il s’agissait en fait d’un cancer de l’estomac. De retour en Algérie en décembre, il poursuit normalement son mandat. En 2007, il échappe de justesse à un attentat terroriste à Batna. Le voilà qui diminue ses sorties sur le terrain ainsi que les bains de foule qu’il apprécie pourtant particulièrement. Parallèlement, les mesures de sécurité sont renforcées autour de lui. La question de la suite est néanmoins posée, car il en est quand même à deux mandats, le maximum prévu par la Constitution à ce moment-là.

Révision constitutionnelle et manne pétrolière : les astuces pour durer

C’est le moment où l’obsession du pouvoir de Bouteflika s’affiche au grand jour. En 2008, il impose une révision de la Constitution, sans passer par un référendum. L’article de loi qui ne prévoit que deux mandats consécutifs à la tête de l’État doit être supprimé. L’opposition dénonce une violation de la constitution, mais le président peut toujours compter sur le soutien du général Toufik. La révision de la Constitution est validée par le Parlement. Conséquence : Bouteflika peut ainsi se faire réélire pour un troisième mandat en avril 2009.

Près de deux ans plus tard, il doit faire face à des manifestations sans précédent depuis son retour au pays en 1999. C’est le début du printemps arabe. Pour tenir face à ce puissant vent de contestation, il choisit de jouer à fond la carte de la manne pétrolière. Des fonctionnaires dans plusieurs secteurs bénéficient d’augmentations conséquentes tout au long de l’année. De quoi tenir jusqu’au discours de Sétif prononcé en mai 2012, dans lequel il assure que sa génération « a fait son temps ». Les « jeunes doivent prendre le témoin », dit-il. « Les gens qui ont libéré le pays vous disent que nous n’avons plus la force de continuer », poursuit-il. Le voilà donc qui envoie au pays le signal d’un départ prochain…

Avant le 4e mandat, une manœuvre de plus

La voie serait donc ouverte pour un changement à la tête de l’État ? En apparence seulement, car la suite va révéler qu’il s’agissait là d’une manœuvre de plus. La soif de pouvoir encore. L’objectif était ici, au-delà de neutraliser les opposants au troisième mandat, de repérer ceux qui seraient contre le quatrième. Le message était donc surtout à l’endroit des décideurs qui auraient pu lui mettre des bâtons dans les roues. « Il voulait mourir président. Il est convaincu que l’Algérie, c’est lui. Souvenez-vous de ce qu’il disait il y a quelques années », rappelle Zoubir Arous. C’était au moment de la tenue du Forum de Crans Montana dans son intervention sur une télévision suisse : « Je suis le président du peuple algérien et aucune institution de la République, fut-elle l’armée nationale populaire, ne peut faire une bouchée de moi. Je suis l’Algérie tout entière. Je suis l’incarnation du peuple algérien. Alors dites aux généraux de me bouffer s’ils peuvent le faire », a-t-il lâché devant la caméra. Une parole à usage interne prononcée sur un média étranger car, faut-il le rappeler, l’ex-président algérien n’aura accordé aucun entretien à une télévision (même publique) ou un journal algérien durant ces quatre mandats. L’illustration dans le meilleur des cas d’une mésestime profonde. 

On le voit, pour se maintenir au pouvoir, Abdelaziz Bouteflika a pensé à tout, mais il ne pouvait évidemment pas prévoir son AVC, qui change sa donne présidentielle. En avril 2013, c’est encore au Val-de-Grâce qu’il est amené d’urgence. Un séjour prolongé par quatre mois de convalescence à l’hôpital des Invalides. Il ne s’en remettra jamais complètement. Il est donné pour mort à plusieurs reprises avant de rentrer au pays sur un fauteuil roulant. On le croit prêt à quitter le pouvoir, mais la suite va montrer combien l’homme s’accroche au pouvoir.

2014 : le ménage dans les services de renseignements…

Bouteflika entame une vaste opération de restructuration des services de renseignements, dont le patron, le général Toufik, serait contre un éventuel quatrième mandat. Ce sont aussi ces services qui ont lancé dès 2010 plusieurs enquêtes sur la corruption, notamment au sein de la Sonatrach. Des figures du clan présidentiel sont concernées, comme Chakib Khelil. En août 2013, l’ancien ministre de l’Énergie et des membres de sa famille ont même fait l’objet de mandats d’arrêt internationaux lancés par le parquet d’Alger dans le cadre de l’affaire dite de Sonatrach 2. Jusqu’au début 2014, la candidature de M. Bouteflika à un quatrième mandat n’était pas encore une certitude. Les interrogations tournaient autour du successeur qu’il aurait choisi.

… pour préparer le 4e mandat

Il met fin au suspense en février quand il demande à son Premier ministre, Abdelmalek Sellal, qui se voyait sans doute comme potentiel successeur, d’annoncer la nouvelle de sa candidature depuis Oran. Il n’animera aucun meeting. Pour sa campagne, il peut compter sur les chefs des partis de l’alliance présidentielle et ses anciens Premiers ministres. Des manifestations contre ce quatrième mandat sont organisées. Celles-ci ne sont pas imposantes. Mais pour les Algériens, c’était déjà le mandat de trop. Sans aucune surprise, Abdelaziz Bouteflika est réélu pour un quatrième mandat avec 81,53 % des voix. Il arrive péniblement à prêter serment et prononce une brève allocution qu’il n’achève pas. Durant ce mandat, les apparitions du président deviennent extrêmement rares.https://www.youtube.com/embed/PKYTSpCe198

Doute, affairistes, crise : l’incertitude s’installe

Conséquences : ses longs discours après le JT de 20 heures à la télévision nationale et ses visites de travail et d’inspection au cours desquelles des ministres et des responsables locaux étaient sermonnés, voire humiliés, font désormais partie du passé. Des personnalités politiques, dont certaines étaient alors proches du chef de l’État, commencent à s’interroger. Est-ce lui qui prend les décisions ? Est-ce lui qui nomme et dégomme ? Est-il conscient ? Sait-il ce qui se passe dans le pays ? Des doutes autour de la paternité des décisions prises commencent à voir le jour. M. Bouteflika pouvait encore prendre les grandes décisions, mais il devenait évident qu’il était dans l’incapacité d’arbitrer, dans le détail, les choix sectoriels de mise en œuvre de son programme. Le quatrième mandat est aussi celui de l’émergence d’une caste d’hommes d’affaires ultra-puissants. Proche du clan présidentiel, ils sont craints et très influents. L’arrestation de certains d’entre eux après le départ de Bouteflika montre que la corruption avait bien gangréné ce milieu. La chute des cours du baril de pétrole, au début du mandat, a compliqué la situation dans un pays où les hydrocarbures représentent 98 % des recettes extérieures. Faisant le dos rond, le gouvernement a choisi d’ignorer la crise avant de lancer des réformes en urgence, mais sans succès, critiquant les « alarmistes » et tentant d’imputer la crise à des facteurs extérieurs. De quoi illustrer une navigation à vue et une irresponsabilité à bien des égards.

Un épilogue politique chaotique

Parallèlement, il y a lieu de noter que durant ces cinq dernières années, Bouteflika s’est déplacé à l’étranger à plusieurs reprises pour se faire soigner en secret, car les Algériens ont presque tout ignoré de l’évolution de son état de santé. Seules des images lors des cérémonies officielles les ont renseignés sur sa détérioration. Celles du 1er novembre 2018 étaient particulièrement frappantes. En effet, les Algériens ont découvert abasourdis un président toujours sur un fauteuil roulant mais auquel il est, cette fois-ci, attaché à l’aide d’une ceinture de sécurité. Ces images comme celles du « cadre » de M. Bouteflika honoré par ses laudateurs ont fait mal, et ce, d’autant qu’elles ont fait le tour des médias nationaux et internationaux. « Ces images, dont certaines sont reprises par des émissions françaises [dont le Quotidien de TMC avec Yann Barthes, NDLR] ont fait mal aux Algériens. Ils ont exacerbé le sentiment d’humiliation », souligne Nacer Djabi. À ce moment, beaucoup doutent, jusqu’à la dernière minute, que Bouteflika ose présenter sa candidature. Pas ses partisans, qui se préparaient depuis plusieurs mois à cette échéance.

22 février : le début de la descente aux enfers

L’annonce faite le 10 février d’une nouvelle candidature a alors provoqué une onde de choc sans pareil dans la société algérienne. Du coup, des appels anonymes ont été diffusés sur les réseaux sociaux pour une marche le 22 février. L’ampleur des manifestations surprend le monde entier. Un mouvement populaire sans précédent voit le jour dans le pays. Abdelaziz Bouteflika et ses partisans vont tenter plusieurs manœuvres. Le clan résiste un peu plus d’un mois avant d’abdiquer. Le 2 avril, le président démissionne.

« Cette décision que je prends en mon âme et conscience est destinée à contribuer à l’apaisement des cœurs et des esprits de mes compatriotes pour leur permettre de projeter ensemble l’Algérie vers l’avenir meilleur auquel ils aspirent légitimement », assure-t-il. Il publie une lettre le lendemain, dans laquelle il demande pardon aux Algériens. Elle passe pour un non-événement. Trois jours plus tard, les Algériens sont redescendus manifester pour exiger le départ des autres figures du système. À ce moment-là, Abdelaziz Bouteflika n’imaginait sans doute pas que son frère cadet, Saïd, allait aussi être placé sous mandat de dépôt pour « complot contre l’autorité de l’État et de l’armée » pour avoir usurpé la fonction de président et le sceau de la République.

Après son départ sous la pression de la rue algérienne, la disparition d’Abdelaziz Bouteflika ouvre une nouvelle page de l’histoire algérienne : celle où le pays va devoir compter avec la volonté de la population de tourner définitivement le dos à une partie du « système » qui s’est servi de l’Indépendance pour se servir et pas pour la servir.

Avec Le Point/Afrique

Algérie: l’ex-président Abdelaziz Bouteflika est mort

septembre 17, 2021

Algerie: l'ex-president Abdelaziz Bouteflika est mort
Algérie: l’ex-président Abdelaziz Bouteflika est mort© AFP/Archives/RYAD KRAMDI

L’ancien président Algérien Abdelaziz Bouteflika, chassé du pouvoir en 2019 après des manifestations massives contre sa volonté de briguer un nouveau mandat, est décédé vendredi à l’âge de 84 ans, a annoncé la télévision publique.

« Décès de l’ancien président Abdelaziz Bouteflika », a indiqué un bandeau déroulant à la télévision nationale, qui cite un communiqué de la présidence de la République.

Depuis sa chute spectaculaire en avril 2019 sous la pression de l’armée et de la rue, M. Bouteflika était resté retranché dans la solitude dans sa résidence médicalisée de Zeralda, à l’ouest d’Alger.

Sa chute était devenue inéluctable après des semaines de manifestations massives contre sa volonté de briguer un cinquième quinquennat, après 20 ans au pouvoir, malgré sa maladie.

M. Bouteflika est décédé à « 22H00 (21H00 GMT) à son lieu de résidence », selon la chaîne privée El Hayet TV.

Omniprésent dans la vie politique algérienne durant des décennies, mais devenu quasi-invisible depuis un accident vasculaire cérébral (AVC) en 2013, M. Bouteflika n’avait donné aucun signe de vie depuis que le mouvement de contestation populaire du « Hirak » et l’armée l’ont contraint à la démission.

Ce jour-là, il était apparu pour la dernière fois à la télévision pour annoncer qu’il jetait l’éponge. Il avait fait officiellement parler de lui pour la dernière fois lorsque son frère Nacer avait voté par procuration en son nom pour la présidentielle du 12 décembre 2019 qui avait permis l’élection de son successeur, le président Abdelamadjid Tebboune.

Par Le Point avec AFP

France: Vanhoenaker dessine des moustaches à Zemmour et provoque un tollé

septembre 17, 2021

L’humoriste de France Inter a affublé le polémiste de la moustache de Hitler sur une affiche, s’attirant les commentaires outrés de nombreux internautes.

Charline Vanhoencher a suscite la polemique, jeudi 16 septembre, en grimant Eric Zemmour de moustaches hitleriennes.
Charline Vanhoencher a suscité la polémique, jeudi 16 septembre, en grimant Éric Zemmour de moustaches hitlériennes. © /NCY / MAXPPP / PHOTOPQR/L’EST REPUBLICAIN

Charline Vanhoenacker espérait marquer les esprits en s’opposant jeudi 16 septembre, à la potentielle candidature d’Éric Zemmour. Dans une vidéo diffusée sur ses réseaux sociaux, l’humoriste se montre en train de Dégrader des affiches du putatif candidat lui appliquant notamment une moustache « hitlérienne » et écrivant le mot « Zob » sur les visuels présentant un grand « Z ». Une initiative qui a immédiatement fait polémique. Florian Philipptot, président fondateur des Patriotes, a été l’un des premiers à réagir, dénonçant « la nazification cool, chic, autorisée car payée par vos impôts sur le service public audiovisuel ».

Un dérapage antisémite

De nombreux internautes ont été choqués par la chroniqueuse de France Inter, ne goûtant pas le grimage hitlérien du polémiste. C’est ce qu’a fait remarquer Pascal Praud au moment d’ouvrir L’Heure des pros du vendredi 17 septembre : « Hier, jour de Kippour, sur les réseaux, elle a cru bon dessiner les moustaches d’Adolf Hitler sur le visage d’Éric Zemmour qui, comme chacun sait, est de confession juive », explique le journaliste de CNews, confiant « rester sans voix devant tant de bêtise ». Une attaque contre Éric Zemmour qui, selon Pascal Praud, illustre l’ambiance qui animera la campagne présidentielle de 2022 : « Elle sera violente, brutale, agressive. 

Par Le Point avec AFP

Afghanistan-Kaboul : Le ministère des affaires féminines, supprimé

septembre 17, 2021

Les Afghanes ne pourront plus compter sur un ministère qui avait, depuis 2001, grandement libéralisé leurs conditions de vie.

(C)Adrien Vautier / Le Pictorium/MAXPPP - Adrien Vautier / Le Pictorium - 05/09/2021  -  Afghanistan / Mazar-e Charif  -  Des jeunes talibans armes patrouillent dans la ville de Mazar-e Charif le 5 septembre. / 05/09/2021  -  Afghanistan / Mazar-e Charif  -  Armed Taliban youths patrol the city of Mazar-e Sharif on September 5. (MaxPPP TagID: maxnewsworldfive540461.jpg) [Photo via MaxPPP], (C)Adrien Vautier / Le Pictorium/MAXPPP - Adrien Vautier / Le Pictorium - 05/09/2021 - Afghanistan / Mazar-e Charif - Des jeunes talibans armes patrouillent dans la ville de Mazar-e Charif le 5 septembre. / 05/09/2021 - Afghanistan / Mazar-e Charif - Armed Taliban youths patrol the city of Mazar-e Sharif on September 5. (MaxPPP TagID: maxnewsworldfive540461.jpg) [Photo via MaxPPP]
©Adrien Vautier / Le Pictorium/MAXPPP – Adrien Vautier / Le Pictorium – 05/09/2021 – Afghanistan / Mazar-e Charif – Des jeunes talibans armes patrouillent dans la ville de Mazar-e Charif le 5 septembre. / 05/09/2021 – Afghanistan / Mazar-e Charif – Armed Taliban youths patrol the city of Mazar-e Sharif on September 5. (MaxPPP TagID: maxnewsworldfive540461.jpg) [Photo via MaxPPP], ©Adrien Vautier / Le Pictorium/MAXPPP – Adrien Vautier / Le Pictorium – 05/09/2021 – Afghanistan / Mazar-e Charif – Des jeunes talibans armes patrouillent dans la ville de Mazar-e Charif le 5 septembre. / 05/09/2021 – Afghanistan / Mazar-e Charif – Armed Taliban youths patrol the city of Mazar-e Sharif on September 5. (MaxPPP TagID: maxnewsworldfive540461.jpg) [Photo via MaxPPP]© Adrien Vautier / Le Pictorium / MAXPPP / Le Pictorium/Maxppp

Clap de fin. Après vingt ans d’existence, le ministère afghan des Affaires féminines vient d’être fermé par les talibans. Ce dernier avait vu le jour en 2001, après que les talibans ont été une première fois chassés du pouvoir. Selon plusieurs témoignages locaux, les locaux désormais désaffectés accueillent à présent le ministère de la Promotion de la vertu et de la Prévention du vice. Vendredi 17 septembre, des ouvriers ont même été vus en train d’installer une plaque faisant état de ce changement d’affectation.

La veille déjà, jeudi 16 septembre, plusieurs manifestations d’anciennes salariées du ministère des Affaires étrangères avaient été signalées devant leurs anciens bureaux. Désormais sans emploi, ces femmes ont tout à redouter du nouveau ministère taliban. « Personne n’entend nos femmes », s’est insurgée une internaute sur Twitter, tandis qu’un autre s’interrogeait : « Que pouvons-nous attendre d’autre de ces animaux ? »

Vingt ans après

Aucun responsable taliban n’a répondu vendredi aux demandes de commentaires de l’AFP sur cette affaire. Bien qu’ils aient insisté sur le fait qu’ils gouverneraient de manière plus modérée qu’en 1996-2001, les talibans n’ont pas autorisé la plupart des femmes à reprendre le travail. Ils ont introduit des règles concernant ce qu’elles peuvent porter à l’université. Aucune femme ne faisait partie des ministres du nouveau gouvernement taliban annoncé il y a deux semaines.

Bien que toujours marginalisées, les femmes afghanes ont acquis des droits fondamentaux ces vingt dernières années, notamment dans les villes, devenant parlementaires, juges, pilotes ou encore policières. Des centaines de milliers d’entre elles ont intégré le marché du travail – souvent par nécessité, car nombreuses sont devenues veuves ou soutiennent des maris désormais invalides après deux décennies de conflit.

Mais depuis leur retour au pouvoir le 15 août, les talibans n’ont montré aucune volonté de garantir leurs droits. Les islamistes affirment que les femmes ont reçu l’ordre de rester à la maison pour leur propre sécurité, mais qu’elles seront autorisées à travailler une fois qu’une ségrégation adéquate aura été mise en place. Pendant le premier règne des talibans, les femmes étaient largement exclues de la vie publique. Elles ne pouvaient quitter leur domicile que si elles étaient accompagnées d’un chaperon.

Les agents du ministère de la Promotion de la vertu et de la Prévention du vice étaient connus pour avoir fouetté des femmes qui marchaient seules. Ils étaient également chargés d’appliquer strictement d’autres interprétations strictes de l’islam, telles que l’obligation d’assister aux prières et l’interdiction pour les hommes de se raser.

Par Le Point avec AFP

Madagascar: L’île verte, peut-on espérer ?

septembre 17, 2021

Madagascar, l’île rouge veut reprendre son ancienne couleur verte. Un objectif très dur à atteindre si on ne change pas certains comportements de tous ceux qui habitent à Madagascar.

L’Etat fait de son mieux pour sensibiliser les citoyens à procéder au reboisement. Il a un objectif de 60000 hectares à cultiver. Ceci dans le but de redonner cette couleur verte à notre île bien-aimée. L’Etat va entreprendre des luttes contre les feux de brousse après les plaintes des différents acteurs environnementaux à propos des feux de brousse dans diverses régions protégées ou non, comme ce qui vient de se passer à Ankarafantsika.

Madagascar est devenu l’île rouge car les forêts qui le décoraient auparavant sont exploitées naïvement et brûlées. Les feux de brousse est un facteur qui détruit massivement et continuellement les forêts. De plus, ceux qui exploitent les forêts ne pensent pas à reboiser, mais continuent à détruire les arbres, en plus ce sont des arbres qui ne grandissent qu’après des années. Sans parler des exportations illicites de bois précieuses qui nuisent au développement environnemental, économique et donc social. La destruction de l’environnement affecte la vie de toute la Nation.

De plus, il y a les grandes sociétés qui produisent des effets chimiques et qui contribuent à la pollution de l’air, ce qui engendre des sècheresses car elles empêchent les pluies de tomber, ainsi il est impossible que les plantes puissent évoluer. Reboiser est une belle initiative mais ce n’est pas suffisant pour atteindre l’objectif. Il faudra des suivis, ce sont ce qui manquait dans tous ceux qui font des reboisements auparavant car reboiser est devenu une simple habitude. Les différents départements ministériels ou les entreprises ont l’habitude d’organiser des reboisements, mais ils se contentent tout simplement de planter quelques pieds par personne et rares sont ceux qui suivent vraiment l’évolution de leurs arbres.

D’un autre côté, il faut beaucoup plus de sensibilisation dans la société en général afin que chacun prenne conscience de l’importance des arbres dans la vie quotidienne et qu’il faut en planter. Il faudra aussi que l’Etat pourchasse ceux qui font des gestes qui nuisent au développement environnemental. Ce qui est bien, c’est de créer des pépinières. Il faut que chacun de son côté prenne sa responsabilité et ce qui lui correspond afin que l’on puisse accomplir le rêve vert.

Avec La Gazette de la Grande Ile par Riri

Afrique du Sud : La Cour constitutionnelle confirme la peine de prison de Zuma

septembre 17, 2021

AFRIQUE DU SUD: LA COUR CONSTITUTIONNELLE CONFIRME LA PEINE DE PRISON DE ZUMA

© Reuters/Rogan Ward

JOHANNESBURG (Reuters) – La Cour constitutionnelle d’Afrique du Sud a confirmé vendredi la condamnation de Jacob Zuma à 15 mois de prison pour outrage à la justice, rejetant un recours de l’ancien président qui jugeait cette peine excessive.

Jacob Zuma a été condamné après son refus de comparaître devant une commission d’enquête sur des soupçons de corruption sous sa présidence, de 2009 à 2018.

Incarcéré le 8 juillet, l’ancien chef de l’Etat, âgé de 79 ans, a été hospitalisé en août pour une opération chirurgicale et s’est vu accorder une remise en liberté conditionnelle début septembre.

Il avait saisi la Cour constitutionnelle en arguant que la peine de 15 mois de prison était excessive et dangereuse pour sa santé et pour sa vie. Une majorité de magistrats ont rejeté son recours.

L’emprisonnement de l’ancien président a été à l’origine de violentes émeutes en juillet, pendant lesquelles plus de 300 personnes ont été tuées et des milliers de commerces pillés, poussant le président Cyril Ramaphosa à dénoncer une « tentative d’insurrection ».

Avec Reuters par (Wendell Roelf, version française Tangi Salaün, édité par Sophie Louet)

Canada: Bourse d’études canadienne Pierre-Marchand

septembre 17, 2021

L’université Laval a le plaisir de vous annoncer l’ouverture des bourses d’études au sein de ses facultés pour étudiants étrangers. Le but est de reconnaître l’excellence dans le rendement scolaire des étudiantes et des étudiants inscrits au master en informatique à l’Université Laval.

Données sur la bourse

  • Année de la bourse : 2022
  • Pays : Canada
  • Organisme : université Laval
  • Niveau d’étude : master
  • Spécialité de la bourse : informatique
  • Montant de la bourse : 2000$
  • Date limite pour postuler : 15 octobre 2021

Organisme d’accueil

  • Nom de la bourse : bourses Pierre-Marchand
  • Organisme : université Laval

Critères d’admissibilité

  • Être inscrit(e) à temps complet;
  • Avoir un bon dossier universitaire;
  • Avoir acquis et réussi 15 crédits dans le programme au moment du dépôt de la demande ;
  • Ne pas avoir été récipiendaire de la bourse Pierre-Marchand dans le passé.

Critères d’évaluation

  • Excellence du dossier universitaire;
  • Qualité du curriculum vitae;
  • Qualité de la lettre de présentation.

Comment postuler

Pour postuler à ces bourses d’études, merci de postuler via le lien 

Avec Adiac-Congo par Concoursn

Crise au Liban: « Il faut établir des listes de noms et sanctionner les responsables »

septembre 17, 2021

Emmanuel Macron à Beyrouth, le 31 août 2020

Le Parlement européen a voté une résolution pour accélérer la prise de sanctions contre les dirigeants libanais à l’origine de la situation très préoccupante du pays. Entretien avec le député français Christophe Grudler, qui appelle à maintenir la pression internationale.

Condition préalable à l’octroi de l’aide internationale, le Liban s’est doté le 10 septembre d’un nouveau gouvernement tant attendu, avec une répartition des postes égales entre chrétiens et musulmans, conformément au système confessionnel. Mais la pression internationale ne faiblit pas. Le parlement européen a voté, ce 16 septembre, une résolution non contraignante réclamant un durcissement des sanctions contre des responsables de la grave crise politique et économique que traverse le pays.

Le texte déposé par le groupe du Parti populaire européen (PPE), l’Alliance progressiste des socialistes et démocrates (S&D), les Conservateurs et réformistes européens (CRE), le groupe Verts/ALE et la liste centriste Renaissance – ou Renew Europe, qui regroupe La République en marche (LREM), le Mouvement démocrate (Modem), Agir et le Mouvement radical –, a bénéficié d’un consensus, avec 575 voix sur 685 députés présents.

Enquête entravée

Effondrement des institutions, corruption endémique, crise financière exacerbée depuis fin 2019, hausse du taux de pauvreté, protestations populaires, manque de redevabilité des hauts responsables, cette résolution souligne la situation extrêmement préoccupante que traverse le pays, exacerbée par la crise du Covid-19 et l’accueil des réfugiés syriens. Les auteurs du texte dénoncent le rejet par les députés, motivés par des intérêts privés, du plan de sauvetage gouvernemental soutenu par le FMI. Ils reprochent également à des figures politiques libanaises clés d’avoir entravé l’enquête sur l’explosion du port de Beyrouth du 4 août 2020 et refusé la demande de levée d’immunité de certains membres du parlement. Accusant directement une poignée de personnalités d’être responsable d’un « désastre », ils pointent notamment du doigt le gouverneur de la banque centrale, Riad Salamé, et son frère.

Dans ce contexte, les députés européens appellent à la mise en œuvre de réformes profondes, proposent l’ouverture d’une enquête internationale indépendante et  exhortent le Service européen pour l’action extérieure à établir clairement des listes de personnalités et d’entités responsables. Entretien avec le député français Christophe Grudler, membre de Renew Europe et porteur de ce texte.

Jeune Afrique : Le 16 septembre, le Parlement européen a réclamé un durcissement des sanctions contre les responsables libanais. Quels pays ont été à l’initiative de cette résolution ?

Christophe Grudler :  Les francophones, et les députés français en premier lieu, sont à la pointe du sujet du fait de leurs attaches culturelles et amicales avec le Liban. Mais quand j’ai porté ce texte, nous avons aussi bénéficié de la solidarité de nombreux collègues allemands, suédois, belges et italiens. Il y a eu un consensus autour d’un objectif : aider concrètement le peuple libanais.

TOUS LES PAYS DOIVENT COOPÉRER POUR CONCLURE L’ENQUÊTE SUR L’EXPLOSION DU PORT DE BEYROUTH

Le Conseil de l’Europe a déjà adopté fin juillet un cadre légal pour sanctionner les responsables de la crise. Vous appelez désormais à la création d’un tribunal spécial chargé des affaires de corruption et à la mise en œuvre de réformes structurelles. En quoi ce texte peut faire évoluer concrètement la situation ? 

Nous réclamons une enquête et des sanctions contre les responsables, il faut établir des listes de noms et se donner les moyens de contrôler ces personnalités. Nous parlons au nom du peuple européen, notre but est d’obtenir des actes forts rapidement. Nous appelons à la coopération de tous les pays afin d’identifier les biens mal acquis et de conclure l’enquête sur l’explosion du port de Beyrouth. Nous demandons également la mise en place d’une commission de suivi des élections de 2022 et nous sommes convaincus que le Service européen pour l’action extérieure s’en saisira.

En quoi votre démarche peut-elle accélérer la contribution des États européens sur ces dossiers ?

Les listes de noms seront établies sur la base d’une enquête internationale indépendante, sachant qu’il existe déjà des investigations en Suisse ou en France sur le gouverneur de la Banque du Liban et une enquête indépendante autour du blanchiment d’argent en Europe. Nous souhaitons que les États membres échangent des informations, en association également avec la Suisse et la Grande-Bretagne. Cette cohérence entre pays est nécessaire.

La Hongrie s’est certes opposée à l’enquête d’un juge international sur des personnalités libanaises mais nous sommes parvenus à créer un courant transversal englobant presque tous les groupes parlementaires, mis à part ceux de l’extrême gauche et de l’extrême droite. Chacun pourra influer sur les décisions des responsables de son État. Au-delà de cette résolution, nous avons créé des liens entre collègues de différentes nationalités et partis. Nous comptons ainsi suivre le dossier et nous rendre sur place s’il le faut pour constater les réalités du terrain.

À PARTIR DU MOMENT OÙ DES RESPONSABLES ONT ÉTÉ IDENTIFIÉS, ILS POURRONT ÊTRE SANCTIONNÉS

Pour quelles raisons soulignez-vous dans ce texte l’implication du Hezbollah et d’autres factions dans la crise politique et économique que traverse le pays ?

Quelles que soient les factions, notre objectif principal est la lutte contre la corruption. À partir du moment où des responsables ont été identifiés, ils pourront être sanctionnés, leurs biens mal acquis gelés, et une fois ces groupes affaiblis, nous pourrons parler de nation libanaise. Ce qui tue le Liban, c’est l’enfermement autour du communautarisme.

S’agit-il de remettre en cause un autre point sensible du Liban, le système confessionnel ?

L’objectif est de développer un système d’appartenance nationale au Liban. Il s’agit d’une nation et non pas d’une fédération. Tout ce qui renforcera ce sentiment fera du bien à tout le monde.

Le pays ayant été placé sous perfusion économique par les bailleurs, la responsabilité internationale est-elle engagée dans la faillite structurelle d’un État corrompu ?

L’enquête indépendante permettra d’établir toutes les responsabilités, mais elles sont avant tout celles des gouvernants. Les financeurs ne sont pas responsables du refus du précédent gouvernement de libérer des éléments d’enquête autour du port de Beyrouth, ni de l’opposition de la commission des finances à la levée de l’immunité parlementaire.

SI CE GOUVERNEMENT NE VEUT PAS COOPÉRER, IL SERA REJETÉ COMME SES PRÉDÉCESSEURS

En pleine déroute économique, doublée d’une crise sanitaire, le pays doit négocier un accord avec le FMI. Faut-il maintenir la pression internationale et européenne dans ce contexte ?

C’est nécessaire car si ce gouvernement ne veut pas coopérer, il ne pourra pas réussir et sera rejeté comme l’ont été ses prédécesseurs. La pauvreté, la grande précarité énergétique et alimentaire du pays lui imposent de reconnaître les erreurs passées et d’agir de manière positive. Ce sont des conditions préalables à l’aide internationale et au retour de l’argent de la diaspora. Il faut que ce gouvernement fasse ses preuves. La pression internationale permet de montrer que tout ne lui est pas dû.

L’UE a apporté une assistance économique au Liban et des aides d’urgence. Mais vous appelez à faire en sorte que ces fonds parviennent réellement dans les mains des acteurs de terrain…

Nous ne pouvons pas nous permettre de voir l’argent destiné à aider les Libanais aller dans la poche de quelques oligarques. C’est ce qui a pu se produire par le passé et l’enquête pourra le prouver. Il y a déjà des présomptions soulignées par l’enquête d’Amnesty International et par des juges européens. Nous demandons plus de moyens européens humains pour contrôler le bon usage de ce qui a été envoyé, avec la mise en place d’une task force internationale.

Avec Jeune Afrique par Camille Lafrance

Urgent : Exil de ALPHA Condé par Mamady Doumbouya en France/Brazzaville..

septembre 16, 2021

Avec Nouvelles du Monde

Cannabis : le Maroc devrait aller plus loin dans la dépénalisation

septembre 16, 2021

Un agriculteur surveille sa plantation de cannabis près de Chefchaouen (illustration).

Sur le continent, le royaume a montré la voie en légalisant la consommation de cannabis à usage médical. Il est temps désormais de s’occuper de l’usage récréatif, car la criminalisation des usagers n’apporte de bénéfice à personne.

La légalisation du cannabis pour usage médical au Maroc, incluant des contrôles stricts de l’offre et de la demande, ainsi que de l’usage industriel du chanvre, en juillet dernier, a fait le tour du monde. En effet, les montagnes du Rif sont connues pour être le premier producteur illicite mondial de la plante, avec 47 500 hectares cultivés en 2018 – et une production souvent saisie par les autorités européennes.

Protéger les paysans

Loin d’être le seul grand pays de production traditionnelle du cannabis, dont les origines se trouvent dans les confins de l’Asie centrale et de l’Asie du Sud, le royaume choisit le chemin pragmatique d’une réponse plus équilibrée à la culture de la plante, tentant de réduire les nuisances des trafiquants et de développer une filière juridiquement et financièrement protectrice des paysans du Rif.

Cette légalisation, un des derniers grands chantiers du gouvernement sortant, est le fruit d’une décennie de plaidoyers portés par les associations de cultivateurs et de paysans, par les ONG de droits humains et de santé publique, de chercheurs et de juristes, ou encore par des élus du Rif. Quelques semaines après la promulgation de la loi, le très attendu rapport de la Commission spéciale sur le modèle de développement (CSMD), nouveau cadre de déploiement des futures normes légales au Maroc, recommandait également cette même légalisation pour usages médical et industriel afin de valoriser ce secteur économique et protéger les paysans.

Dans une vision de long terme, la CSMD recommande également une forme de dépénalisation de l’usage récréatif personnel, en passant de peines de prison à des sanctions civiles et administratives tout en renforçant les mesures préventives. Elle recommande surtout un changement de paradigme, en remplaçant une approche dissuasive basée sur la répression par une logique de réinsertion via le soutien de la jeunesse marocaine. Cette position, qui semblait révolutionnaire il y a encore quelques mois, est somme toute juste, pragmatique et ancrée dans l’environnement politique, social et culturel local. Elle est surtout alignée sur le droit international et les meilleures pratiques mondiales.

En 2001, le Portugal du Premier ministre António Guterres adoptait un modèle de dépénalisation de facto, créant des commissions de dissuasion devant lesquelles les consommateurs pouvaient recevoir une sanction pécuniaire pour usage occasionnel, ou avoir un premier contact avec les services sanitaires en cas d’usage problématique. Ce dernier a ainsi connu une baisse significative grâce à ce modèle, ce qui a réduit la surpopulation carcérale, conférant par là même un prestige mondial au Portugal.

Réduire la surpopulation en prison

Fin 2018, le même António Guterres, devenu secrétaire général des Nations unies, faisait adopter au système onusien tout entier à travers ses trente entités – incluant les offices : ONUDC [Office des Nations unies contre la drogue et le crime], HCDH [Haut-Commissariat des Nations unies aux droits de l’homme], les fonds : UNICEF [Fonds des Nations unies pour l’enfance], les programmes : ONUSIDA [Programme commun des Nations unies sur le VIH/sida] et les agences spécialisées : OMS, FMI – une position commune sur les questions liées aux drogues illégales. Afin de combattre ce marché, cette position recommande clairement aux gouvernements nationaux de dépénaliser l’usage et la consommation personnelle des drogues, et de concentrer leurs efforts sur le crime organisé.

SUR 11 MILLIONS DE PERSONNES INCARCÉRÉES DANS LE MONDE, 2,5 MILLIONS LE SONT POUR DES DÉLITS LIÉS AUX DROGUES

Si cette dépénalisation est possible sous les trois conventions internationales de contrôle des drogues, elle devient nécessaire pour réduire l’explosion de la surincarcération et de la surpopulation carcérale, en augmentation globale de 8 % depuis 2010. Selon les dernières données collectées, sur les 11 millions de personnes incarcérées dans le monde, 2,5 millions le sont pour des délits et crimes liés aux drogues, dont 22 % pour simple usage de drogues.

FADEL SENNA/AFP

Au Maroc, il est difficile de connaître les données désagrégées pour possession de petites quantités ou de consommation de drogues illégales ou celles liées au cannabis seul, mais il ressort globalement que les délits liés à la possession et à l’usage des drogues restent les premières causes d’incarcération, avec une surpopulation qui peut atteindre plus de 240 % dans certaines prisons.

Lutter contre les trafics

Aucune preuve n’a confirmé l’effet dissuasif de la pénalisation dans la prévention de la consommation, le démantèlement des filières d’offre illégale et de trafic. Pas plus que n’a été prouvé un quelconque effet disruptif sur le marché illégal géré par le crime organisé. La dépénalisation représente une politique de réduction des risques permettant des investissements orientés vers la prévention, l’éducation et l’intégration sociale. Comme le disait feu Kofi Annan, « le bien-être d’un jeune est bien plus menacé par un casier judiciaire lié aux drogues que par un usage occasionnel de ces mêmes drogues ».

Pour le prochain gouvernement, qui base son action sur l’efficacité des politiques publiques, « supprimer les peines de prison et mettre en place des peines alternatives pour la consommation illicite du cannabis », comme le recommande justement la CSMD, n’est pas une gageure. C’est un outil de lutte contre le trafic de drogues, une façon de préserver la jeunesse et ses intérêts, mais aussi un moyen de protection des communautés appauvries et marginalisées, et une avancée vers la mise en place d’un nouveau modèle de contrôle des drogues basé sur les droits humains de chaque citoyen, quels que soient ses choix personnels.

Il est temps que le Maroc devienne un modèle d’efficacité inspirant pour le reste de l’Afrique, comme l’est le Portugal depuis vingt ans pour l’Occident.

Par  Khalid Tinasti

Secrétaire exécutif de l’ONG suisse GCDP (Global Commission on Drug Policy), Khalid Tinasti est chercheur invité au Global Studies Institute, à l’Université de Genève.