Variole du singe : un premier cas suspect en France

mai 19, 2022

Un communiqué de la direction générale de la Santé, rapporté par nos confrères du « Figaro », annonce qu’un premier cas suspect a été détecté en France.

Maladie virale rare, endémique de l’Afrique de l’Ouest, la « monkeypox » inquiète. Plusieurs dizaines de cas suspects ou confirmés de variole du singe ont été détectés depuis début mai en Europe et en Amérique du Nord, laissant craindre un début de propagation. Le Royaume-Uni, qui a le premier signalé des cas, détectés depuis le 6 mai, a indiqué dans un communiqué mercredi soir en avoir identifié deux nouveaux, ce qui porte à neuf le nombre total de personnes infectées. À l’exception du premier individu infecté, qui avait récemment voyagé au Nigeria, ces malades ont été contaminés au Royaume-Uni, selon l’agence britannique de sécurité sanitaire (UKHSA). « Ces derniers cas, ainsi que les informations faisant état de cas dans divers pays européens, confirment ce que nous craignions initialement, à savoir qu’il puisse y avoir une transmission de la variole du singe au sein de nos communautés », a expliqué Susan Hopkins, médecin et principale conseillère médicale de l’UKHSA, citée dans le communiqué. Jeudi soir, selon un communiqué de la direction générale de la Santé relayé par nos confrères du Figaro, un premier cas suspect a été recensé en France, dans la région Ile-de-France. « Des cas suspects sont en cours d’investigation dans de nombreux pays », rappelle l’organisme, qui considère qu’il s’agit d’un « phénomène inhabituel ».

Les symptômes recouvrent fièvre, mal de tête, douleurs musculaires, mal de dos, ganglions lymphatiques enflés, frissons et fatigue. Des éruptions cutanées peuvent survenir, souvent sur le visage, et se répandre à d’autres parties du corps, dont les parties génitales. Il n’existe pas de traitement pour la variole du singe, qui se transmet par contact avec une personne atteinte ou ses liquides organiques, dont la salive. Cette infection virale se guérit d’elle-même.

Peu contagieuse entre humains

Mercredi, l’Espagne, le Portugal, le Canada et les États-Unis ont, tour à tour, signalé avoir repéré la présence de la variole du singe, ou ce qui semble l’être, sur leur territoire. Les deux pays de la péninsule ibérique ont rapporté avoir recensé une quarantaine de cas suspects ou confirmés de cette maladie, ce qui a conduit les autorités espagnoles et portugaises à déclencher une alerte sanitaire nationale.

Au Canada, plus d’une dizaine de cas suspects étaient mercredi en cours d’examen à Montréal, selon la chaîne publique Radio-Canada, qui cite les autorités sanitaires de la ville. Et aux États-Unis, un homme qui s’était récemment rendu au Canada a été dépisté positif à cette maladie dans l’État du Massachusetts. Les autorités se veulent globalement rassurantes, soulignant ainsi en Espagne et au Portugal que la maladie est peu contagieuse entre humains.

La multiplication des foyers apparents inquiète néanmoins, et l’Organisation mondiale de la santé (OMS) a indiqué lundi s’intéresser de près au fait que certains des cas au Royaume-Uni semblent avoir été transmis au sein de la communauté homosexuelle. « Nous observons des transmissions parmi les hommes ayant des relations sexuelles avec des hommes », ce qui est « une nouvelle information que nous devons étudier convenablement pour mieux comprendre la dynamique » de transmission, a ainsi déclaré Ibrahima Socé Fall, directeur général adjoint de l’OMS pour les interventions d’urgence, à Genève.

Mais « n’importe qui, quelle que soit son orientation sexuelle, peut propager la variole du singe », ont souligné aux États-Unis les centres de prévention et de lutte contre les maladies (CDC), principale agence sanitaire fédérale du pays.

Par Le Point avec AFP

Le compositeur grec Vangelis est mort

mai 19, 2022
L'artiste pose, pensif, devant une console de son.

Pionnier de la musique électronique, Vangelis s’est surtout fait connaître pour ses bandes-son de films populaires. Photo : Page Facebook de Vangelis

Le compositeur grec Vangelis, qui a notamment signé la musique des films Les chariots de feuBlade Runner et 1492 : Christophe Colomb est décédé à l’âge de 79 ans, selon ce qu’a annoncé jeudi l’agence de presse Athens News Agency.

C’est avec une grande tristesse que nous annonçons que le grand Grec Vangelis Papathanassiou est décédé tard dans la nuit du 17 mai, a annoncé son avocat dans un communiqué.

Les causes de son décès n’ont pas été précisées, mais selon plusieurs médias grecs, le compositeur serait décédé de la COVID-19 en France, où il partageait son temps avec Londres et Athènes.

Pionnier de la musique électronique, cet autodidacte avait trouvé son inspiration dans l’exploration spatiale, la nature, l’architecture futuriste, le Nouveau Testament et le mouvement étudiant de mai 1968.

« Sa maîtrise et son inspiration orageuse dans la création de sons, totalement originales, ont créé un public mondia. Il était oecuménique. »— Une citation de  Lina Mendoni, ministre grecque de la Culture

Sa bande originale pour Les chariots de feu a été oscarisée face à la musique de John Williams réalisée pour le premier film d’Indiana Jones, en 1982. Parmi la douzaine de trames sonores qu’il a composées figurent également celles du film de Costa-Gavras Porté disparu (Missing), de Lunes de fiel, de Roman Polanski, et d’Alexandre, d’Oliver Stone.

Il a également écrit des musiques pour le théâtre et le ballet, ainsi que l’hymne de la coupe du monde FIFA en 2002.

Un prodige qui n’a jamais étudié la musique

Evangelos Odysseas Papathanassiou est né en 1943 dans le village d’Agria près de Volos. Enfant prodige, il a donné son premier concert de piano à l’âge de 6 ans, sans avoir vraiment pris de cours.

Je n’ai jamais étudié la musique, a-t-il confié au magazine grec Periodiko en 1988 déplorant également l’exploitation croissante imposée par les studios et les médias.

Tu peux vendre un million de disques et avoir l’impression que c’est un échec. Ou tu peux ne rien vendre du tout et te sentir très heureux, avait-il dit.

Après avoir étudié la peinture à l’Ecole des Beaux-arts d’Athènes, Vangelis a rejoint le groupe de rock grec The Forminx dans les années 60. Leur succès a été stoppé net par la junte militaire en 1967 qui a mis un frein à la liberté d’expression.

Essayant de rejoindre le Royaume-Uni, il s’est retrouvé bloqué à Paris lors du mouvement étudiant de mai 1968, et avec deux autres exilés grecs, Demis Roussos et Lucas Sideras, il a formé le groupe de rock progressif Aphrodite’s Child. Le groupe a vendu des millions de disques avec des succès tels que Rain and Tears avant de se dissoudre en 1972.

Relocalisé à Londres en 1974, Vangelis a créé les studios Nemo, un laboratoire du son où il a produit la plupart de ses albums.

Une fascination pour l’espace

Vangelis, qui a eu une planète renommée à son nom en 1995, avait une fascination pour l’espace. Chaque planète chante, avait-il déclaré au Los Angeles Times en 2019.

En 1980 il a participé à la musique du documentaire scientifique Cosmos, récompensé par le prix Carla Sagan. Il a aussi écrit la musique pour la NASA de l’Odyssée sur Mars en 2001 et des missions Junon Jupiter en 2011, et a été inspiré dans un album sélectionné aux prix Grammys par la mission de la sonde spatiale Rosetta en 2016.

En 2018, il a composé un morceau pour les funérailles du scientifique Stephen Hawking qui mentionnait les derniers mots du professeur célèbre.

Vangelis a reçu le prix de musique de film Max Steiner, la Légion d’honneur en France, la médaille du service public de la NASA et la plus haute distinction grecque, l’Ordre du Phénix.

Vangelis Papathanassiou n’est plus parmi nous, a écrit le premier ministre grec, Kyriakos Mitsotakis, sur Twitter jeudi. Ce dernier a aussi souligné que le deuxième prénom de Vangelis était Ulysse. Pour nous, en Grèce, cela signifie qu’il a commencé son grand voyage sur les chariots de feu. De là, il nous enverra toujours ses notes.

Radio-Canada par Le Point avec les informations de Agence France-Presse et Reuters

Ousmane Sembène, cet inoubliable monstre sacré du 7e art africain

mai 19, 2022

SOUVENIR. Quinze ans après sa disparition, l’œuvre cinématographique et littéraire de Sembène Ousmane garde toute sa force faite d’authenticité et de réalisme.

Sembene Ousmane en 2002. L'oeuvre du cineaste et ecrivain continue de baigner des generations d'Africains dans des problematiques essentielles au continent.
Sembène Ousmane en 2002. L’oeuvre du cinéaste et écrivain continue de baigner des générations d’Africains dans des problématiques essentielles au continent.© Archives du 7e Art / Photo12

Le 9 juin 2007, l’étoile d’Ousmane Sembène s’éteignait à Dakar. Homme révolté et artiste engagé, il n’a eu de cesse, à travers son œuvre, de dénoncer les injustices sociales et les travers humains qui gangrènent les sociétés africaines. Ce cinéaste – et écrivain – autodidacte, internationalement reconnu, dont les combats sont d’une étonnante actualité, demeure sans conteste à ce jour l’un des maîtres du septième art du et sur le continent africain. Rien d’étonnant alors que dix ans après sa disparition, son talent et son engagement soient célébrés à la fois au Sénégal, son pays d’origine, mais aussi dans de nombreux autres pays africains.

De l’enfance à la guerre

De son vivant, Sembène Ousmane était considéré en Afrique comme l’un des écrivains les plus importants, mais aussi comme le plus grand des cinéastes. Il écrivait et filmait la rage au ventre. Une rage puisée dans une vie marquée par les blessures. Moins personnelles que collectives. De celles qui forgent les consciences et font naître les œuvres intemporelles.

Ousmane Sembène naît le 1er janvier 1923 à Ziguinchor, en Casamance au sud du Sénégal, dans une famille léboue où les hommes sont pêcheurs de père en fils. Rien ne prédestinait alors le jeune Ousmane à devenir « Monsieur Sembène ». D’abord à l’école coranique puis à l’école française qu’il fréquente dès son plus jeune âge, il développe le goût des langues et des mots. Il étrenne également un tempérament frondeur, qui préfigure l’homme révolté qui sommeille en lui. À 13 ans à peine, il est renvoyé de l’école pour avoir giflé son professeur qui voulait l’obliger à apprendre le corse. À 15 ans, il rejoint Dakar alors capitale de l’Afrique occidentale française, Saint-Louis étant alors la capitale du Sénégal.

Ousmane Sembène dans les années 70-80. ©  DR
Rien ne prédestinait Sembène Ousmane à être le grand cinéaste et écrivain qu’il est devenu, lui, le natif de Ziguinchor dans une famille de Lébous, pêcheurs de père en fils.© DR

C’est un premier tournant dans sa vie, qui va en connaître un second, en 1942. En ces temps des colonies, l’Afrique aussi vit sa guerre mondiale à côté des puissances impériales, la France et la Grande-Bretagne, en difficulté face aux troupes de l’Axe. Alors que dans l’Europe lointaine et inconnue, le conflit fait rage, le jeune Ousmane est mobilisé au sein de l’armée coloniale. Il intègre l’un des bataillons de Tirailleurs sénégalais et participe à la guerre au Niger, au Tchad, en Afrique du Nord et en Allemagne. Un moment décisif, car c’est dans la plaie de cette expérience extrême qu’Ousmane Sembène puisera, plus tard, une partie de son inspiration pour nourrir une œuvre naturaliste, à la Balzac ou à la Zola. Une sorte de néo-réalisme africain.

Après l’Europe de la guerre, celle du travail

1948 marque un autre tournant pour cet artiste qui s’ignore encore. Rentré à Dakar à la fin de la guerre, il repart aussitôt en Europe. Il y restera douze ans. Embarqué clandestinement pour la France, il a pris la direction de Paris où il travaille comme maçon et mécanicien dans les usines Citroën ; ce sera Marseille après où il sera embauché comme docker sur le port. Ce sont des années de dur labeur. L’occasion pour lui, surtout, de se forger une conscience sur sa condition d’Africain, de noir et d’ouvrier. De quoi côtoyer des idéologies qui apparaissent à l’époque comme de résistance, résistance de classe, résistance syndicale. C’est ainsi qu’il adhère à la CGT et au Parti communiste français dans ces années 50 où les mouvements d’émancipation africains sont en pleine ébullition. Sa conscience sociale et politique s’aiguisant, le voilà qui milite contre la guerre en Indochine, pour l’indépendance de l’Algérie aussi. Quand en 1960 le Sénégal devient indépendant, c’est l’heure pour Ousmane Sembène de rentrer enfin chez lui, en Afrique. C’est le début d’une nouvelle vie où ont bourgeonné les leçons des expériences passées.

L’artiste engagé éclôt derrière l’homme

Une autre vie donc qui, en réalité, a commencé quelques années plus tôt. Sembène ressent en effet depuis longtemps la nécessité de se « raconter » afin de dénoncer des injustices dont il a été la victime – parfois –, le témoin privilégié – souvent.

En 1956, il publie son premier roman, Le Docker noir, une histoire inspirée de sa vie de prolétaire sur le port de Marseille. Une critique poignante de la condition ouvrière et des préjugés raciaux. Prolixe, il publie en 1957 Ô pays, mon beau peuple, devenu unclassique de la littérature africaine. Ousmane Sembène y relate le combat d’un homme seul, Oumar Faye, jeune Casamançais marié à une Européenne, qui lutte lui aussi, mais en Afrique cette fois-ci, contre les préjugés raciaux. Une peinture sociologique d’une vérité rare… et toujours d’actualité.

Ousmane Sembène et la couverture de son livre "Les bouts de bois de Dieu". ©  DR
Toute l’œuvre de Sembène Ousmane est engagée. Ce qui ne lui a pas toujours facilité la cohabitation avec les autorités de son pays, le Sénégal, et de son premier président, Léopold Sédar Senghor.© DR

En 1960, c’est au tour des Bouts de bois de Dieu d’être publié. Le roman raconte la grève en 1947 des cheminots africains de la ligne de chemin de fer Dakar-Niger, une ligne qui relie Dakar à Bamako. Leur objectif : accéder aux mêmes droits que leurs collègues français. Suivront un peu plus tard Voltaïque (nouvelles, 1961), L’Harmattan (roman, 1963), Le Mandat (récit, 1964), Xala (récit, 1973), Le Dernier de l’Empire (roman, 1981), Niiwam et Taaw (nouvelles, 1987).

Au total, l’œuvre littéraire d’Ousmane Sembène, humaniste et engagée, qui valorise l’histoire et la psychologie des personnages, est riche d’une dizaine de romans et d’essais dans lesquels Boniface Mongo-Mboussa, l’écrivain et critique littéraire congolais, décèle, au-delà d’une « écriture apparemment simpliste et manichéenne, une volonté de toujours donner à voir la complexité du réel, avec une lucidité et une intransigeance qui font souvent défaut aux écrivains africains contemporains ».

La naissance de Sembène, le cinéaste

Retour en 1960. Le cortège des indépendances africaines s’est ébranlé. Ousmane Sembène est rentré sur sa terre natale, à l’instar de nombre d’intellectuels africains qui entendent participer à la construction de leurs jeunes nations. Certains ne tarderont pas à déchanter. En attendant, Sembène parcourt le continent, de l’ouest au centre. C’est alors qu’une petite musique se met à trotter dans sa tête. Une musique faite d’images animées. Celles du cinéma. Voilà sa vocation. Ousmane Sembène sera cinéaste. Depuis ce jour, même s’il ne cessera jamais d’être écrivain, le septième art sera pour lui une obsession. Non pour lui-même – l’art pour l’art –, mais pour dénoncer – les injustices sociales et les travers humains – et donner à voir une autre image de l’Afrique, au-delà des clichés. Une Afrique paradoxale, en pleine mutation, tiraillée entre traditions et modernité. De quoi pour l’homme d’expérience qu’il est faire rimer talent artistique et engagement social et politique. Donc à près de 40 ans, sur le tard, Ousmane Sembène se lance dans la carrière – cinématographique. Dans une Afrique encore largement analphabétisée, il est convaincu que le cinéma, plus que la littérature qu’il chérit tant, lui permettra de toucher un public plus large. Il excellera dans la peinture d’un continent africain, transfiguré et révolté.

Une bourse et des films marquants

En 1962, cet autodidacte décroche une bourse pour étudier le cinéma aux studios Gorki à Moscou, en URSS. Quelques années et quelques courts métrages plus tard, il réalise en 1966 son premier long-métrage – le premier aussi à être réalisé par un cinéaste d’Afrique noire. La Noire de…, c’est son titre, raconte l’histoire émouvante d’une jeune nourrice sénégalaise qui quitte son pays et sa famille pour venir en France, à Antibes, travailler chez un couple. Celui-ci l’humiliera et la traitera en esclave, la poussant finalement au suicide.

Pour Ousmane Sembène, ce coup d’essai est un coup de maître, couronné par le Prix Jean Vigo. Suivront d’autres chefs-d’œuvre, tels que Le Mandat en 1968, une comédie qui croque avec une ironie mordante les travers de la nouvelle classe bourgeoise postcoloniale qui émerge au Sénégal au sortir de l’indépendance (Prix de la critique internationale au Festival de Venise).

Une scène du film "Ceddo" avec Tabata Ndiaye.  ©  Archives du 7e Art / Photo12
Images du film Ceddo de Sembène Ousmane. Avant Ceddo, Sembène Ousmane avait ouvert la voie des cinéastes africains avec des oeuvres remarquées comme La Noire de…, Le Mandat, etc.© Archives du 7e Art / Photo12

En 1979, Ousmane Sembène fait l’expérience de la censure. Dans son film Ceddo, il relate la révolte, à la fin du XVIIe siècle, de guerriers traditionnels (les Ceddos) aux convictions animistes qui refusent de se convertir aux religions monothéistes. Ousmane Sembène y pourfend le rôle de l’islam et du catholicisme dans le délitement des structures sociales traditionnelles avec la complicité de certaines élites locales. L’œuvre est frappée d’une interdiction de diffusion au Sénégal. Le président-normalien Léopold Sédar Senghor justifie cette décision par… une faute d’orthographe. Le terme « ceddo » s’écrirait, selon lui, avec un seul « d ». En réalité, le pouvoir sénégalais ne souhaite pas se mettre à dos les autorités religieuses du pays.

Censuré également, mais en France et de fait cette fois-ci, un autre de ses grands chefs d’œuvre, le magistral Camp de Thiaroye. Une dénonciation d’un des épisodes les plus sombres de l’armée coloniale française en Afrique : le massacre de Tirailleurs sénégalais par des gradés français le 1er décembre 1944 dans le camp militaire de Thiaroye, à la périphérie de Dakar. Un vibrant hommage à ces Africains « morts pour la France libre ». Le film, Grand Prix du Jury à Venise en 1988, ne sera finalement diffusé en France que bien des années plus tard.

En 2000, Ousmane Sembène s’attaque à la réalisation d’un triptyque sur l’héroïsme au quotidien. Les deux premiers opus sont une ode à la femme africaine, dont l’artiste dénonce la condition. Dans Faat Kiné (2000), il brosse le portrait croisé de trois générations de femmes qui luttent pour gagner leur autonomie et leur liberté. Dans Moolaadé (2004), il évoque le conflit de valeurs entre le droit à la protection et la « salindé », la pratique traditionnelle de l’excision. Quatre fillettes, qui fuient pour échapper à cette coutume, trouvent refuge auprès d’une femme qui leur offre l’hospitalité (le moolaadé) malgré les pressions conjointes du village et de son mari. Un long métrage sanctionné par une pluie de récompenses (Prix du meilleur film étranger décerné par la critique américaine, Prix « Un certain regard » à Cannes, prix spécial du jury au festival international de Marrakech, etc., le tout en 2004). Il n’aura pas eu le temps de finir le troisième tableau.

L'affiche du film "Mooladé" en 2004. ©  Archives du 7e Art / Photo12
Affiche de Moolaadé de Sembène Ousmane. À l’image de ses précédents films, cet opus  plonge dans des univers que les Africains peuvent reconnaître.© Archives du 7e Art / Photo12

Au final, l’œuvre cinématographique d’Ousmane Sembène, forte d’une quinzaine de films, s’est inscrit dans le prolongement de son œuvre littéraire dont elle est en partie l’écho. L’artiste y a dénoncé, avec la même verve, les conflits entre dominants et dominés (blancs-noirs, bourgeois-prolétaires, hommes-femmes) et a invité à une inlassable quête d’émancipation, pour les peuples comme pour les individus.

Un cinéaste, un promoteur du 7e art

Militant, Sembène l’est aussi quand il s’agit de promouvoir l’art cinématographique en Afrique. Tout au long de sa longue carrière, il prendra une part très active dans la promotion du Fespaco, le célèbre festival de cinéma africain. En remerciement, une avenue porte désormais son nom à Ouagadougou au Burkina Faso, où le festival se déroule chaque année. Sembène se rendra aussi régulièrement de village en village, de pays en pays, parcourant l’Afrique, pour montrer ses films et engager le débat avec les populations. En 2006, au crépuscule de sa vie, il reçoit les insignes d’officier dans l’ordre de la Légion d’honneur de la République française.

Le réalisateur Ousmane Sembène, 82 ans, pose le 18 février 2005 dans son bureau à Dakar.  ©  SEYLLOU / AFP

Une reconnaissance honorifique, mais hautement symbolique, qui vient consacrer le talent de l’artiste, mais aussi la bravoure du Tirailleur sénégalais.

Malgré les années, une source d’inspiration

Le 9 juin 2007, Ousmane Sembène s’est éteint à l’âge de 84 ans à son domicile de Yoff à Dakar. Clap de fin sur une vie d’une rare épaisseur. L’artiste laisse derrière lui une œuvre puissante, engagée, d’une étonnante actualité. Une œuvre magistrale, à la fois très africaine et universelle, à la liberté de ton, sans commune mesure aujourd’hui. Une œuvre sombre et joyeuse à la fois. « On rit beaucoup dans les œuvres de Sembène », dit son biographe, Samba Gadjigo, professeur de littérature africaine aux États-Unis. « Et après avoir ri, on se pose des questions et on avance ». Pas de doute, quinze ans après sa mort, Ousmane Sembène garde toute sa force d’inspiration.

Avec Le Point avec AFP

Le Congrès américain débloque 40 milliards de dollars pour l’Ukraine

mai 19, 2022
Le Congres americain debloque 40 milliards de dollars pour l'Ukraine
Le Congrès américain débloque 40 milliards de dollars pour l’Ukraine© AFP/Jim WATSON

Le Congrès américain a débloqué jeudi une gigantesque enveloppe de 40 milliards de dollars pour l’Ukraine, au moment où le Pentagone met en garde contre un conflit de longue durée.

Au sein de ce grand paquet d’aide: 6 milliards de dollars pour permettre à l’Ukraine de s’équiper en véhicules blindés et de renforcer sa défense anti-aérienne.

« Nous continuons à penser que ce conflit va durer », a indiqué jeudi à la presse un haut responsable du ministère américain de la Défense.

Les chefs d’état-major américain et russe, le même jour, se sont parlé au téléphone, pour la première fois depuis le début de l’invasion russe.

« Les Russes ont encore à leur disposition une part importante des capacités qu’ils avaient amassées depuis l’automne » aux frontières, a-t-il souligné, estimant que l’armée russe parvenait à renforcer son contrôle sur le Donbass et le sud du pays.

La colossale enveloppe du Congrès prévoit par ailleurs près de 9 milliards de dollars pour assurer entre autres « la continuité des institutions démocratiques ukrainiennes », ainsi qu’un large volet humanitaire.

Plus que de la « charité »

« Les mesures d’aide à l’Ukraine sont bien plus que de la simple charité », a assuré le chef des républicains au SénatMitch McConnell.

« Quand il s’agit de Poutine, on choisit soit de payer maintenant, ou de le payer plus tard », a argué le sénateur républicain Lindsey Graham, pas vraiment connu pour soutenir les politiques de Joe Biden.

Fait rare dans un Congrès si habitué aux querelles politiques: ces 40 milliards de dollars de dépenses – l’équivalent du PIB du Cameroun en 2020 — ont bénéficié d’un très large soutien transpartisan.

Le projet de loi, déjà validé par les élus de la Chambre la semaine dernière, n’a plus qu’à être ratifié par le président Joe Biden, qui réclamait depuis plusieurs semaines un vote rapide, sous peine de voir s’assécher l’aide à l’Ukraine.

Ce dernier, en route pour une tournée en Asie, a « applaudi » dans un communiqué ce vote du Congrès, qui « envoie au monde le message (…) que les Etats-Unis se tiennent aux côtés du peuple ukrainien ».

Son administration, en attendant cette nouvelle arrivée massive de fonds, a validé jeudi un nouveau volet d’assistance militaire pour un montant de 100 millions de dollars, portant à 3,9 milliards au total l’aide déjà apportée par les Etats-Unis, sous forme d’armement et d’équipement.

Au-delà de cet effort financier et logistique massif, les Etats-Unis continuent à déployer toute leur puissance diplomatique pour serrer toujours plus les rangs occidentaux face à Moscou.

Otan

Joe Biden a accueilli avec beaucoup de solennité jeudi la Première ministre suédoise Magdalena Andersson et le président finlandais Sauli Niinistö, qui viennent d’officialiser leur demande d’adhésion à l’Otan, rompant avec leur position historique de non-alignement.

Les deux pays remplissent « tous les critères » pour adhérer à l’Otan et ont « le soutien total et complet des Etats-Unis d’Amérique », a assuré le dirigeant démocrate.

Joe Biden a annoncé saisir le Congrès pour qu’il approuve « le plus rapidement possible » cet élargissement de l’alliance atlantique, que les Etats-Unis tiennent pour un triomphe tactique face à Moscou.

La ratification devrait être une formalité: comme l’aide à l’Ukraine, l’accueil de la Finlande et de la Suède dans l’Otan fait consensus auprès des parlementaires des deux bords.

Après s’être cantonné à des armes vues comme défensives, Washington envoie désormais artillerie, hélicoptères et drones à l’armée ukrainienne, dont des soldats sont formés au maniement de ces armes aux Etats-Unis ou dans des pays tiers avant de retourner au front.

Quelque 9 milliards de dollars des fonds que le Congrès a approuvés doivent aussi permettre aux Américains de regarnir leurs propres stocks d’armement.

Par Le Point avec AFP

CoM2022 : trois points saillants de la rencontre des ministres africains des Finances à Dakar

mai 19, 2022

Lors de la 54e session de la Conférence des ministres africains des Finances, de la planification et du développement économique, économistes et dirigeants ont plaidé en faveur d’une refonte complète de l’architecture financière mondiale qui replacerait l’Afrique au cœur des décisions.

Le président du Sénégal, Macky Sall, lors de son discours d’ouverture de la CoM2022, qui s’est tenue à Dakar du 11 au 17 mai. © Présidence de la République du Sénégal

Outre la pandémie, la hausse des prix des denrées alimentaires, du pétrole et des engrais entrave fortement la reprise économique africaine. D’après les dernières données compilées par la Commission économique pour l’Afrique (CEA), 29 pays africains devraient être confrontés à une « grave crise alimentaire », plus de 15 pays font face à un risque élevé d’endettement, et 55 millions d’Africains supplémentaires ont basculé dans la pauvreté.

Dans ce contexte, des experts de haut vol se sont réunis à Dakar du 11 au 17 mai, sous l’égide de la CEA, afin de tenter « d’identifier les politiques et les interventions économiques permettant de garantir une croissance des économies africaines d’au moins 10 % par an », précise le communiqué officiel.

Réformer l’architecture financière mondiale

Pour les panélistes présents lors de la CoM2022, les arrangements économiques mondiaux, censés maintenir la stabilité du système financier international, sont « dépassés et injustes pour de nombreux pays en développement ».

LES TAUX D’INTÉRÊT APPLIQUÉS À NOS PAYS SONT PLUS ÉLEVÉS QUE CEUX APPLIQUÉS À NOS PAIRS EN DEHORS DU CONTINENT

Lors de son discours inaugural, le président Macky Sall a, quant à lui, déclaré que l’Afrique se faisait désormais « dicter sa conduite alors qu’elle avait connu plus d’une décennie de bonne croissance, et qu’elle n’avait subi qu’un revers, comme le reste du monde, à cause de la pandémie de coronavirus ». D’après le président du pays hôte, les fonds sont prêtés aux pays africains à « un taux d’intérêt plus élevé que celui d’autres pays comparables », alors que leur solvabilité dépend des « décisions d’agences de notation opaques ».

« Les taux d’intérêt appliqués à nos pays sont plus élevés que ceux appliqués à nos pairs en dehors de notre continent, dont les fondamentaux économiques sont similaires ou pires », rapporte le communiqué de la CEA. Les banques centrales des économies avancées ayant relevé leurs taux d’intérêt afin de contenir la hausse des anticipations inflationnistes, ces coûts devraient encore augmenter au vu de la conjoncture économique actuelle.

Michel Camdessus, ancien directeur général du Fonds monétaire international (FMI), a, de son côté estimé qu’un changement fondamental de l’architecture financière mondiale est « crucial » pour le continent.

Créer un espace budgétaire pour les dépenses urgentes

Pour répondre à cette problématique, différentes propositions ont été émises. Rebeca Grynspan, secrétaire générale de la Cnuced, a par exemple suggéré – comme plusieurs voix avant elle – que l’Afrique obtienne un siège permanent au G20 pour « mieux se faire entendre ». D’autres experts ont, quant à eux, tablé sur une nouvelle extension de l’initiative de suspension de la dette (DSSI) de la Banque mondiale, afin de contribuer à « créer un espace budgétaire pour les dépenses urgentes ».

Pour rappel, cette initiative de suspension – lancée pour répondre aux conséquences immédiates de la crise de Covid-19 – n’a reporté que les paiements du service de la dette bilatérale des pays à faibles revenus, et les créanciers privés n’ont pas offert de traitement similaire.

Le financement des infrastructures africaines en question

Selon la dernière étude de la CEA, les dépenses annuelles des pays africains pour la seule réalisation des objectifs de développement durable (ODD) devraient augmenter de 154 milliards de dollars, et une somme supplémentaire de 285 milliards de dollars sera nécessaire au cours des cinq prochaines années pour assurer une réponse adéquate aux conséquences économiques du Covid-19. Les ministres participant à la CoM2022 ont souligné que le continent avait également besoin de « 130 à 170 milliards de dollars par an pour les projets d’infrastructure et d’environ 66 milliards de dollars par an pour investir dans les systèmes et les infrastructures de santé ».  

Une autre solution a été évoquée : la rétrocession des Droits de tirage spéciaux (DTS), permettant aux pays qui n’en ont pas besoin de les prêter aux États les plus vulnérables.  « La rétrocession de 100 milliards de dollars [95,15 milliards d’euros] de DTS à l’Afrique serait un moyen rentable de financer la relance du continent », a affirmé un économiste lors de l’évènement.

La Facilité de liquidité et de durabilité (FLS) a aussi été citée comme bonne alternative pour générer des fonds à moindre coût. Cet outil permettrait aux pays africains d’attirer des investissements dans des produits financiers axés sur la durabilité, notamment des obligations vertes. Dans le même contexte, Vincent Mortier, directeur des investissements de la société française de gestion d’actifs Amundi, a souligné que l’émission d’obligations vertes et durables, aujourd’hui presque inexistante en Afrique et ne représentant que 1 % des émissions mondiales actuelles, pourrait être une source de financement fiable. « D’autant plus que ces obligations alignées sur les ODD pourraient contribuer à stabiliser les économies », a-t-il ajouté.

Les ministres ont également indiqué fonder plusieurs espoirs dans la Zone de libre-échange africaine (Zlecaf), qui permettrait d’augmenter le PIB de l’Afrique « d’environ 55 milliards de dollars d’ici à 2045 ».

Enfin, les porte-voix de la CoM2022 ont pointé du doigt les surcharges imposées par le FMI aux pays ayant contracté des emprunts importants. Ces surcharges, payées en plus du versement des intérêts et des frais, sont évaluées à environ 4 milliards de dollars pour les pays africains pour cette seule année. Les ministres ont donc demandé au FMI d’y renoncer pour une période supplémentaire de deux à trois ans, et d’utiliser son fonds fiduciaire d’allègement et de limitation des catastrophes (CCRT) pour offrir un réduction du service de la dette aux pays pauvres.

Mobiliser les ressources et lutter contre les flux financiers illicites

Les ministres africains des Finances se sont engagés à accroître leurs efforts pour mobiliser les ressources nationales et à « mettre en œuvre des politiques qui créent un environnement propice » pour attirer le secteur privé. Les pays africains exportateurs de pétrole ont pour leur part été invités à utiliser la manne provoquée par la crise ukrainienne pour soutenir la reprise économique.

ON ESTIME QUE 83 MILLIARDS DE DOLLARS SONT SIPHONNÉS HORS D’AFRIQUE, PRIVANT LE CONTINENT DE RESSOURCES DONT IL A DÉSESPÉRÉMENT BESOIN

Selon la même logique, les ministres ont également promis de redoubler d’efforts pour mettre en œuvre une « politique fiscale globale et sans ambiguïté » et d’améliorer les capacités de lutte contre les flux financiers illicites (IFF). En effet, les ministres des Finances présents – parmi lesquels les ministres du Nigeria, du Maroc, du Sénégal ou encore de l’Égypte – ont avoué être « profondément préoccupés » par les flux financiers illicites (IFF).

« On estime que 83 milliards de dollars sont siphonnés hors d’Afrique, privant le continent de ressources dont il a désespérément besoin. »  Ces derniers ont également reconnu que l’Afrique avait des marchés de capitaux sous-développés, « en partie à cause d’un secteur informel important, de faibles taux d’épargne et de régimes réglementaires et de gouvernance faibles ». Il a ainsi été demandé à la CEA de continuer à apporter son aide dans la conception des politiques fiscales et dans leur mise en œuvre effective.

Avec Jeune Afrique par Yara Rizk

Ukraine : la Russie expulse 34 diplomates français, Paris condamne

mai 18, 2022

Le Quai d’Orsay présente cette décision comme une réponse de Moscou à l’expulsion, en avril, de plusieurs diplomates russes soupçonnés d’espionnage.

Le gouvernement russe a decide d'expulser 34 diplomates francais.
Le gouvernement russe a décidé d’expulser 34 diplomates français.

Moscou a annoncé, ce mercredi, l’expulsion de 34 diplomates français de Russie en représailles aux expulsions en avril par la France de 41 Russes, dans la foulée de l’offensive en Ukraine. L’ambassadeur de France à Moscou, Pierre Lévy, a été convoqué mercredi au ministère russe des Affaires étrangères et s’est vu remettre une note signifiant que « 34 collaborateurs des établissements diplomatiques français en Russie ont été déclarés personæ non gratæ  », a indiqué la diplomatie russe dans un communiqué. Ils doivent quitter la Russie d’ici deux semaines, selon la même source.

De son côté, Paris a « condamné fermement » cette annonce en estimant que cette décision ne reposait sur « aucun fondement légitime ». « Cette décision est présentée par la partie russe comme une réponse aux décisions de la France » en avril dernier où « plusieurs dizaines d’agents russes » soupçonnés d’être des espions avaient été expulsés, indique un communiqué du Quai d’Orsay. « Le travail des diplomates et des personnels de notre ambassade en Russie s’inscrit à l’inverse pleinement dans le cadre de la Convention de Vienne sur les relations diplomatiques et consulaires », ajoute-t-il.

La France a annoncé en avril l’expulsion de 41 diplomates russes qui se livraient, selon elle, à des activités d’espionnage sous le couvert de leur ambassade, précisant que la sanction s’inscrivait dans « une démarche européenne ». La Russie a « protesté fermement » mercredi contre « la décision provocatrice et infondée des autorités françaises » d’expulser les diplomates russes, a précisé le communiqué de la diplomatie russe en soulignant que cette mesure « porte un grave préjudice aux relations russo-françaises, ainsi qu’à une coopération bilatérale constructive ».

Expulsions de diplomates russes dans toute l’Europe

De nombreux autres pays européens, comme l’Allemagne, l’Italie, l’Espagne, la Slovénie, l’Autriche, la Pologne, la Grèce ou la Croatie, ont massivement expulsé des diplomates russes depuis le début de l’offensive russe en Ukraine, le 24 février. Dans certains cas, ces expulsions ont été accompagnées d’accusations d’espionnage. Moscou a promis de répondre à chacune de ces mesures et des dizaines de diplomates occidentaux ont déjà été expulsés de Russie. Selon les médias russes, les ambassadeurs d’Espagne, d’Italie et de Suède ont également été convoqués mercredi au ministère russe des Affaires étrangères.

La diplomatie russe a annoncé, mercredi, expulser 24 diplomates italiens et 27 espagnols, en représailles à celles de Russes dans la foulée de l’offensive russe contre l’Ukraine. L’Italie a qualifié mercredi d’« acte hostile » l’expulsion par Moscou de diplomates italiens, français et espagnols, mais appelé à ne pas rompre les canaux diplomatiques avec la Russie. « C’est un acte hostile, mais il faut absolument éviter de rompre les relations diplomatiques. Cela ne doit pas conduire à la rupture des canaux diplomatiques parce que, si nous parvenons à la paix, nous y parviendrons grâce à ces canaux diplomatiques », a déclaré le chef du gouvernement italien, Mario Draghi, lors d’une conférence de presse à Rome.

De son côté, l’Espagne « rejette » l’expulsion de 27 de ses diplomates en poste en Russie. « Les autorités russes justifient cette décision sur la base de la réciprocité après l’expulsion de 27 fonctionnaires de l’ambassade russe à Madrid annoncée en avril », a souligné le ministère dans un communiqué. « Mais l’expulsion décidée par les autorités espagnoles se basait sur des motifs de sécurité dûment justifiés, qui n’ont pas eu lieu » dans le cas de l’expulsion des diplomates espagnols, a poursuivi le ministère, assurant que ses diplomates en Russie avaient « toujours respecté pleinement les obligations prévues par la Convention de Vienne sur les relations diplomatiques ».

L’ambassade américaine de retour à Kiev

De leur côté, les États-Unis ont rouvert mercredi leur ambassade à Kiev, fermée mi-février avant même le début de l’invasion russe de l’Ukraine, a annoncé le chef de la diplomatie américaine Antony Blinken. « Aujourd’hui, nous reprenons officiellement les opérations à l’ambassade des États-Unis à Kiev. Le peuple ukrainien, avec notre aide sécuritaire, a défendu sa patrie face à l’invasion irresponsable de la Russie, et, en conséquence, la Bannière étoilée flotte à nouveau sur l’ambassade », a-t-il déclaré dans un communiqué après la levée du drapeau américain.

À la suite d’une visite à Kiev le 24 avril, Antony Blinken et le ministre américain de la Défense Lloyd Austin avaient annoncé le retour progressif d’une présence diplomatique américaine en Ukraine, au regard de l’amélioration de la situation sur le terrain, notamment à Kiev et dans sa région. La chargée d’affaires Kristina Kvien était revenue à Lviv le 2 mai et avait dit espérer un retour dans la capitale avant la fin du mois. Elle y a fait un bref passage le 8 mai pour commémorer le 77e anniversaire de la victoire des Alliés sur l’Allemagne nazie. Antony Blinken a précisé avoir pris des « mesures additionnelles pour renforcer la sécurité » des diplomates américains, sans plus de détails.

Par Le Point avec AFP

Les grands argentiers du G7 au chevet de l’Ukraine

mai 18, 2022
Les grands argentiers du G7 au chevet de l'Ukraine
Les grands argentiers du G7 au chevet de l’Ukraine© AFP/Ina Fassbender

Maintenir à flot les finances de l’Ukraine, contrer la hausse des prix alimentaires, soutenir les pays vulnérables: les grands argentiers du G7 n’auront pas assez de leur réunion en Allemagne pour s’atteler à l’ensemble des répercussions économiques de la guerre lancée par Moscou.

La première urgence de ce rendez-vous, jeudi et vendredi, des ministres des Finances des sept puissances industrielles (Etats-UnisJaponCanada, France, Italie, Royaume-Uni, Allemagne) est de boucler un nouveau tour de table pour couvrir le budget ukrainien du trimestre en cours.

Pour faire tourner l’économie du pays, Kiev évalue ses besoins à 5 milliards de dollars par mois.

« Nous demandons un soutien financier élevé, mais le prix est également élevé. C’est pour nous un moyen de survivre », avait récemment expliqué à l’AFP le ministre ukrainien des Finances Serguiï Martchenko.

Sur la colossale rallonge de 40 milliards de dollars pour l’Ukraine mise sur les rails la semaine dernière par le président américain Joe Biden, quelque 7,5 milliards devraient à court terme abonder le budget ukrainien, selon des sources ministérielles du G7

« Je demanderai à mes homologues de se joindre à nous pour accroître leur soutien financier à l’Ukraine. L’Ukraine a (…) besoin de notre aide et ils en ont besoin maintenant », a martelé la secrétaire au Trésor, Janet Yellen, à son arrivée à Königswinter, banlieue verdoyante de Bonn (ouest) où se tient la réunion.

Mercredi, la Commission européenne a de son côté proposé une « nouvelle assistance macrofinancière » à l’Ukraine pour cette année d’un montant « allant jusqu’à 9 milliards d’euros ».

Faire payer la Russie ?

La proportion de prêts et d’aides directes dans ce nouveau paquet de soutien sera au menu des discussions du G7.

Il s’agit d’assurer la solvabilité de l’Ukraine « pour les prochains jours, les prochaines semaines », a commenté le ministre allemand des Finances, Christian Lindner, à la veille des principales réunions.

« (…) Nous avons tous la responsabilité d’apporter une contribution visible », a ajouté le ministre dont le pays préside le G7 cette année.

Alors que la guerre continue de ravager une large partie du territoire ukrainien, des réflexions sont déjà en cours sur l’aide à la reconstruction du pays.

Les discussions « ne font que commencer », a souligné Mme Yellen à Königswinter, mais des pistes de financement sont évoquées comme celle d’utiliser des actifs russes gelés dans le cadre des sanctions occidentales.

Si l’Allemagne juge cette hypothèse « politiquement concevable », elle souligne, à l’instar de la France, que les obstacles juridiques sont nombreux.

« Il faut bien regarder les contraintes qui s’imposent à nous », souligne-t-on au ministère français des Finances.

« Nous devons respecter l’État de droit, même si nous avons affaire à des oligarques russes », observe le ministre allemand.

La guerre lancée par la Russie devrait provoquer une contraction massive de l’économie ukrainienne, évaluée à 30 % par la Banque européenne pour la reconstruction et le développement (Berd), et même 45 % par la Banque mondiale.

Créancier chinois

A des degrés divers, toute l’économie mondiale est affectée par cette offensive et les sanctions contre Moscou qui ont en découlé.

Sur fond d’inflation aggravée et de menace de crise alimentaire dans certains pays, le FMI a ramené sa prévision de croissance mondiale à 3,6 % cette année, contre 4,4 % projetés en janvier. Et un enlisement de la guerre en Ukraine ainsi que de nouvelles sanctions dégraderaient davantage les perspectives mondiales.

« Nous assistons à de graves conséquences économiques, en particulier pour les pays à faible revenu, en raison de la hausse des taux d’intérêt et de la hausse des prix mondiaux des produits agricoles. Nous devrons travailler ensemble sur la manière dont nous pouvons stabiliser l’économie mondiale », a exhorté le ministre allemand des Finances.

Alors que 60 % des pays à faible revenus sont en surendettement ou risquent de l’être prochainement, Christian Lindner appelle la Chine, « l’un des principaux créanciers mondiaux », à être « plus transparente » sur ses pratiques de prêts aux pays pauvres.

« Pékin a toujours été très réticent à cet égard. Ce n’est plus justifiable : nous devons savoir rapidement qui est endetté et comment », afin de mieux coordonner l’aide à ces pays.

Par Le Point avec AFP

Mondial 2022 au Qatar : Amnesty exhorte la Fifa à indemniser les ouvriers

mai 18, 2022

L’ONG demande à la Fifa de verser 440 millions de dollars aux migrants « maltraités » afin de « réparer les dommages », notamment les accidents de travail.

Le centre d'entrainement du club sportif Al-Shamal, dans la ville portuaire d'Al Ruwais au Qatar, pays hote du Mondial 2022.
Le centre d’entraînement du club sportif Al-Shamal, dans la ville portuaire d’Al Ruwais au Qatar, pays hôte du Mondial 2022. 
 © CHRISTIAN CHARISIUS / DPA / dpa Picture-Alliance via AFP

Jeudi 19 mai, l’ONG Amnesty International a demandé à la Fifa de verser une compensation d’au moins 440 millions de dollars aux ouvriers migrants « maltraités » au Qatarpays hôte du Mondial 2022 de football, accusé de ne pas suffisamment respecter leurs droits.

Soutenue par d’autres organisations de défense des droits humains, la demande d’Amnesty intervient à la suite de critiques répétées contre la lenteur de l’instance dirigeante du football à réagir contre les mauvaises conditions de travail des ouvriers qui ont afflué sur les chantiers liés au Mondial dans le riche État du Golfe. « La Fifa devrait consacrer au moins 440 millions de dollars (environ 418 millions d’euros) à la réparation des dommages subis par les centaines de milliers de travailleurs migrants victimes de violations des droits humains au Qatar pendant les préparatifs de la Coupe du monde 2022 », a déclaré l’ONG dans un communiqué.

Selon Amnesty, cette somme, qui correspond à la dotation que se partageront les 32 équipes participantes, est le « minimum nécessaire » pour indemniser les travailleurs et les protéger de futurs abus. L’organisation cite notamment les salaires impayés, le paiement de frais de recrutement « illégaux » et « exorbitants » ainsi que les dommages causés par les accidents du travail. L’ONG basée à Londres a exhorté la Fifa à « travailler avec le Qatar » pour mettre en place un programme de réparation complet avec la participation des ouvriers, des syndicats, de l’Organisation internationale du travail (OIT) et la société civile.

Les réformes sociales du Qatar

Depuis 2010, date à laquelle la Fifa a attribué le Mondial 2022 au Qatar, une « litanie d’abus » entache les préparatifs sans que l’instance n’ait exigé « la moindre amélioration des conditions de travail », selon Amnesty. L’ONG a néanmoins salué les réformes sociales décidées par le Qatar depuis 2018 et l’amélioration des conditions sur les chantiers officiels de la Coupe du monde initiée en 2014. Mais selon l’ONG, ces règles ne sont pas toujours respectées et les abus persistent.

Dans un commentaire envoyé à l’Agence France-Presse, la Fifa a dit « procéder actuellement à l’évaluation de la proposition d’Amnesty » et d’autres ONG, affirmant qu’elle « implique un large éventail d’infrastructures publiques construites (au Qatar) depuis 2010 qui ne sont pas nécessairement liées à la Coupe du monde ». Critiqué depuis qu’il s’est vu attribuer le premier Mondial de football dans un pays arabe, le Qatar a mené d’importantes réformes, abolissant le système de parrainage faisant des salariés des quasi propriétés de leur employeur et instaurant un salaire minimum horaire. Le pays rejette fermement les bilans des morts sur les chantiers avancés par des médias internationaux.

Par Le Point avec AFP

RDC : « La loi électorale consacre le tripatouillage et la fraude »

mai 18, 2022

Les députés congolais ont examiné la proposition de loi électorale, et le texte qu’ils ont retenu est bien loin de celui qu’avait proposé le G13, qui espérait des garanties en matière de transparence. Résultat, explique l’un de ses membres, le député Claudel André Lubaya, le groupe ne reconnaît aucune de ses dispositions et se dit très préoccupé par la suite du processus.

Le Palais du peuple, où siège le Parlement, à Kinshasa, en décembre 2012. © JUNIOR D.KANNAH/AFP

La loi électorale a-t-elle été expurgée de ses garde-fous ? Réunis en session plénière le 13 mai, les députés congolais ont, en l’absence de l’opposition, adopté un texte très largement remanié par rapport à sa version initiale. Oubliées donc la plupart des réformes proposées par le G13, ce groupe de parlementaires et de membres de la société civile qui espéraient trouver un consensus sur l’organisation des prochaines élections.

Certes, la suppression du seuil électoral a été actée, et Jean-Pierre Bemba, déclaré inéligible pour la présidentielle de 2018, est pour l’instant autorisé à concourir s’il le souhaite. Mais il n’y aura pas de sanction contre le président de la commission électorale si celui-ci ne publie pas les résultats bureau de vote par bureau de vote – une mesure emblématique censée garantir la transparence du scrutin. À Kinshasa, les membres du G13 ne cachent pas leur déception et leur amertume, à l’instar de Claudel André Lubaya, qui dit refuser « de servir de caution à une mascarade savamment planifiée ».

Le député congolais Claudel André Lubaya. © Udaordc/CreativeCommons
Le député congolais Claudel André Lubaya. © Udaordc/CreativeCommons

Jeune Afrique : Pourquoi le G13 n’a-t-il pas participé au vote ? Cela lui aurait permis d’essayer de défendre ses propositions…

Claudel André Lubaya : Le G13 n’a pas délibérément quitté l’hémicycle. C’est le bureau de l’Assemblée nationale qui l’y a contraint : il nous a formellement interdit de prendre la parole au motif que le texte et nos 18 propositions étaient débattus lors d’une procédure spéciale, mais c’est contraire au règlement. Nous n’allions pas rester alors que l’on nous interdisait de nous exprimer, qui plus est sur un texte dont nous étions les initiateurs ! C’était une manière de marquer notre désaccord et de refuser de servir de caution à une mascarade savamment planifiée.

LA FOLIE C’EST DE FAIRE TOUJOURS LA MÊME CHOSE ET DE S’ATTENDRE À UN RÉSULTAT DIFFÉRENT

Le G13 souhaitait que les résultats soient publiés bureau de vote par bureau de vote, mais l’Assemblée nationale a dit non. Quel est le problème ?

Une citation attribuée à Albert Einstein dit : « La folie c’est de faire toujours la même chose et de s’attendre à un résultat différent ». Compte tenu de notre expérience passée et de la manière dont se sont déroulés les trois derniers cycles électoraux dans ce pays, il était de notre devoir d’empêcher que l’histoire se répète et que l’on ait de nouveau des scrutins chaotiques.

Qui a oublié à quel point les élections de 2006, 2011 et 2018 ont été critiquées ? Qu’en 2006, le président de la commission électorale s’est barricadé dans un char de combat pour annoncer les résultats de la présidentielle ? Qu’en 2011 et 2018, la Ceni a surpris tout le monde en publiant les résultats nuitamment, bien après les délais prévus ?

Il fallait réformer pour obtenir un processus transparent et garantir la traçabilité des résultats. C’est à cela que devait servir la publication bureau par bureau : des résultats compilés devant des témoins et des observateurs ; des procès-verbaux bruts, remis immédiatement et publiés le soir même des élections. Fini les centres locaux de compilation, réputés pour leur habileté à manipuler les résultats. Fini aussi l’hypertrophie du bureau de la Ceni [Commission électorale nationale indépendante]. Voilà ce que le G13 proposait.

Mais l’Union sacrée [majoritaire à l’Assemblée] n’a aucun souci de transparence, bien au contraire, puisqu’elle consacre l’opacité comme règle, en faisant de la consolidation préalable des résultats un principe électoral. C’est un recul majeur, et notre crainte, c’est que cela permette de duper les électeurs et de choisir des dirigeants sans légitimité. Il y a quelques jours encore, le président de la Ceni, Denis Kadima, promettait qu’il n’y aurait plus d’élus nommés et que seule prévaudrait la volonté du peuple. Mais dans sa forme actuelle, la loi électorale consacre le tripatouillage et la fraude.

Le G13 espérait aussi que les suppléants des députés ne pourraient plus appartenir à la même famille que les titulaires. Et sur ce point aussi, il n’a pas été entendu…

C’était pourtant une question d’éthique et de moralité de la vie publique. Il fallait aider le Congo à rompre avec des pratiques rétrogrades. Interdire à un élu de choisir son suppléant parmi ses parents permettait selon nous de restaurer la confiance. Les électeurs n’auraient plus eu le sentiment d’être représentés par des gens soupçonnés de travailler pour leur propre intérêt ou celui de leur famille plus que pour celui du peuple. Cela aurait permis d’empêcher certains acteurs politiques de rendre patrimoniale la fonction parlementaire. Imaginez un clan qui a les moyens de s’accaparer tous les mandats dans une circonscription donnée et de se les partager… Cela jette le discrédit sur l’ensemble de notre système politique.

Si le texte a été amendé et donc affaibli, est-ce selon vous la volonté du président Félix Tshisekedi ?

Je me garderais de l’affirmer. Le chef de l’État a maintes fois exprimé son souhait d’un processus électoral fiable. Je ne doute pas qu’il soit préoccupé par la tournure des événements et, qu’en temps opportun, en sa qualité de garant de la nation, il n’hésitera pas à prendre ses responsabilités. En juillet 2020, au lendemain de l’appel lancé par le G13, il a lui-même lancé des consultations nationales. Il sait le besoin de réformes électorales.

Ce qu’il s’est passé à l’Assemblée annihile tous les efforts fournis jusqu’à présent et hypothèque dès aujourd’hui l’intégrité des prochains scrutins. Ainsi modifiée, la loi électorale n’engage ni de près ni de loin le G13, qui ne se reconnaît en aucune de ses dispositions.

Et en admettant que cette question de la loi électorale soit résolue, les scrutins peuvent-ils se tenir dans les temps ?

Le respect des délais dépend uniquement de la volonté politique, même s’il est vrai que l’absence de consensus sur la réforme électorale ne contribue pas à faire avancer le processus.

Avec Jeune Afrique par Stanis Bujakera Tsiamalala

Canada-Variole du singe : au moins 13 cas en cours d’examen à Montréal

mai 18, 2022

Des éclosions similaires ont récemment été recensées dans plusieurs pays d’Europe.

Des éruptions cutanées sur les mains d'un homme.

Des éruptions cutanées peuvent apparaître chez les personnes atteintes de la variole du singe. Photo : Brian W.J. Mahy

La santé publique de Montréal confirme que plusieurs cas de variole du singe sont à l’étude dans la métropole. Tout comme ce qui se passe en ce moment en Europe, cette éclosion touche surtout la communauté homosexuelle, du moins pour l’instant.

La variole du singe est une maladie virale, aussi appelée orthopoxvirose simienne ou monkeypox en anglais, qui se manifeste généralement par de la fièvre, des maux de tête ou de dos, des douleurs musculaires, des ganglions lymphatiques enflés et des éruptions cutanées similaires à celles provoquées par la varicelle.

Endémique en Afrique de l’Ouest, cette maladie est plutôt rare en Europe et en Amérique du Nord. Elle se transmet généralement au contact d’animaux infectés, mais elle peut aussi être propagée par les humains. Aucun traitement n’existe, mais elle se guérit généralement d’elle-même.Une image en noir et blanc captée au microscope.

Cette image captée au microscope montre des virions matures de forme ovale de la variole du singe (à gauche) et des virions immatures sphériques (à droite), obtenus à partir d’un échantillon de peau humaine associé à l’épidémie américaine de 2003. Photo: Cynthia S. Goldsmith et Russel Regner

Or, des éclosions ont récemment été recensées au Royaume-Uni, en Espagne et au Portugal. En tout, plus de 50 cas suspects ou confirmés ont été signalés jusqu’à maintenant. Et les communautés homosexuelles et bisexuelles seraient particulièrement touchées.

Selon l’Organisation mondiale de la santé (OMS), le premier cas de variole du singe détecté en dehors de l’Afrique a été confirmé par les autorités britanniques le 6 mai. La personne infectée revenait d’un voyage au Nigeria.

Depuis, le Royaume-Uni a recensé huit autres cas, tous contaminés à l’intérieur du pays, ce qui fait craindre aux autorités une transmission communautaire du virus.

La variole du singe semble se propager, constate la Dre Angela Rasmussen, virologue et chercheuse à l’Université de la Saskatchewan.

Cela signifie ou bien qu’il s’agit d’une variante plus transmissible [de la maladie] que toutes celles que nous avons vues auparavant, ou bien qu’il existe des comportements associés à une transmission accrue, dit-elle.

Du Massachusets au Québec?

Mercredi, un premier cas a également été détecté aux États-Unis par le département de la Santé publique du Massachusetts, qui a indiqué que l’homme en question avait récemment voyagé au Canada. Le site web spécialisé en santé STAT News a par la suite précisé qu’il s’était rendu au Québec.

Le cas ne présente aucun risque pour le public, et la personne est hospitalisée et en forme, ont indiqué dans un communiqué les autorités du Massachussetts, qui collaborent avec les Centres de prévention et de lutte contre les maladies (CDC), la principale agence sanitaire fédérale du pays.

De son côté, le ministère québécois de la Santé et des Services sociaux (MSSS) affirme avoir été avisé qu’une personne ayant eu un diagnostic [de la variole du singe] a voyagé au Québec.

Pour le moment, le Québec n’a aucun cas confirmé, a déclaré une porte-parole par courriel, mais nous enquêtons sur une dizaine de cas de lésions ulcéreuses génitales, a-t-elle précisé, sans donner davantage de détails.

Jointe par CBC, le réseau anglais de Radio-Canada, l’Agence de la santé publique du Canada a déclaré pour sa part qu’aucun cas de variole du singe ne lui avait encore été signalé.

Une annonce de la santé publique de Montréal jeudi ou vendredi

À Montréal, tous les patients ayant potentiellement contracté la maladie ont été vus dans des cliniques où on diagnostique des infections transmissibles sexuellement et par le sang (ITSS) : quatre à la clinique L’Actuel, cinq à L’Agora et quatre à La Licorne.

Les résultats de leurs tests ont été envoyés dans des laboratoires pour y être analysés. Une annonce devrait être faite d’ici la fin de la semaine.

On a eu quelques cas qui sont en investigation, parce que ce n’est pas facile à diagnostiquer, explique le Dr Réjean Thomas, de la clinique L’Actuel.

« Ça peut ressembler à une syphilis, ça peut ressembler à un herpès. Ça donne des ulcères avec de gros ganglions, et là, il faut faire un prélèvement, et c’est long – avec la COVID, tout est long – avant d’avoir les résultats. »— Une citation de  Le Dr Réjean Thomas, fondateur et PDG de la clinique médicale L’Actuel

Le Dr Robert Pilarski, de la clinique La Licorne, affirme que ses patients infectés ne réagissent pas aux antibiotiques. Deux d’entre eux auraient eu des contacts avec un patient des États-Unis qui est présentement hospitalisé, dit-il.

L’infection, présentement, nous croyons qu’elle se transmet presque uniquement par le contact direct avec des personnes, explique le Dr Pilarski, soit par des lésions, soit par des vêtements contaminés.

Le temps d’incubation, précise-t-il, est de deux à trois semaines, et les symptômes peuvent [tous] apparaître en même temps.

Une maladie généralement bénigne

En 2003, une épidémie de variole du singe avait frappé les États-Unis. Quelque 70 cas avaient été recensés, mais aucun d’eux n’avait mené à un décès.Une femme touche un chien de prairie dans une cage.

Une épidémie de variole du singe, causée par des contacts entre des humains et des chiens de prairie infectés, avait frappé les États-Unis en 2003. Photo : Getty Images/Mike Roemer

La variole du singe est généralement bénigne. Il existe deux souches principales : la souche du Congo, qui est plus grave – jusqu’à 10 % de mortalité –, et la souche ouest-africaine, dont le taux de létalité est d’environ 1 %.

Selon les précisions apportées par l’OMSOrganisation mondiale de la santé mercredi, tous les cas confirmés au Royaume-Uni cette année ont été infectés par la souche ouest-africaine.

La variole du singe a été détectée pour la première fois dans les années 1950 lorsque deux épidémies se sont produites dans des colonies de singes utilisés à des fins de recherche. Le premier cas humain a été signalé en 1970 en République démocratique du Congo.

Cette maladie est souvent assimilée à une forme plus bénigne de variole, aussi appelée petite vérole, une maladie déclarée éradiquée en 1980, notamment grâce à une campagne de vaccination internationale pilotée par l’OMSOrganisation mondiale de la santé.

Le vaccin contre la variole est également efficace contre la variole du singe, mais les programmes de vaccination systématique ont pris fin au Canada au début des années 1970, ce qui a laissé les Canadiens de moins de 50 ans vulnérables à l’infection.

Radio-Canada par Jérôme Labbé et René Saint-Louis avec les informations de CBC, Reuters et Agence France-Presse