Bob Marley : « Africa Unite », « War », « Exodus »… un message universel

mai 11, 2021
Bob Marley lors d’un concert à Paris, le 4 juillet 1980.

Musicien surdoué, promoteur du mouvement rasta créé par Leonard Percival Howell, ce rebelle qui portait l’Afrique en lui continue de faire des émules partout dans le monde. Avec un message qui parle aux exclus de la Babylone contemporaine.

Décédé le 11 mai 1981, Bob Marley était un chanteur populaire dont la renommée avait dépassé les frontières de sa petite île natale, la Jamaïque, pour s’étendre au reste du monde. Son message, universel, parlait à tous les opprimés, les sans-droits, les laissés-pour-compte, du Bronx à Soweto. À l’instar de beaucoup de Caribéens et d’Africains-Américains, la question identitaire, la quête des racines, l’émancipation étaient au cœur de ses préoccupations, exacerbées par l’histoire violente de la Jamaïque.

Cette île des Caraïbes, où Robert Nesta Marley est né d’un père blanc et d’une mère noire, existe parce que des esclaves, importés d’Afrique, l’ont fertilisée de leur sueur et de leur sang. Pour l’essentiel issus du peuple ashanti, dans l’actuel Ghana, ils étaient durs à dompter et n’éprouvaient aucune peur lorsque le maître les marquait au fer rouge. Leur volonté de rentrer un jour au pays de leurs ancêtres n’a jamais disparu, le marronnage n’étant qu’un moyen de recouvrer la liberté avant le grand retour. Un rêve que l’abolition de l’esclavage n’a pas estompé.

En grandissant, Bob Marley entend parler de cette histoire. Il entend aussi parler de son compatriote Marcus Garvey, fondateur de l’Universal Negro Improvement Association (UNIA) en 1914. Mort en 1940, Garvey prônait le retour des Noirs en Afrique, convaincu qu’« aucune sécurité, aucun succès ne viendra à l’homme noir tant qu’il sera une minorité dans la communauté particulière où il pourrait devenir industriellement et commercialement fort. » Garvey mourut sans avoir mis le pied sur le continent, mais il n’en demeure pas moins l’un des précurseurs du panafricanisme et de la conscience noire. Dans l’esprit du jeune Marley, les choses sont claires : l’Afrique représente Sion, la terre promise, alors que le monde occidental oppresseur n’est autre que la Babylone biblique.

Le retour en Éthiopie

Également nourri de la ferveur des Églises qui pullulent en Jamaïque et se qualifient d’éthiopiennes pour affirmer leur africanité, Bob Marley trouve son Dieu en ras Tafari Makonnen, devenu Haïlé Sélassié Ier, empereur d’Éthiopie, et adhère au rastafarisme. Sensible au discours sur le retour en Afrique, le négus a accordé des terres aux Noirs du monde afin qu’ils participent à la reconstruction de son pays. Ce sera à Shashemene, à 250 km au sud d’Addis-Abeba. Les premiers arrivants sont des Jamaïcains. Bob Marley n’a pas la chance de voir son idole quand le négus visite la Jamaïque en 1966 : il est alors aux États-Unis. Il ne le rencontrera jamais. Reste qu’en 1968, il enregistre son premier disque de l’ère rastafarienne : Selassie Is the Chapel.

Dans les années 1970, l’engagement du chanteur pour l’Afrique s’amplifie. À peine une décennie après les indépendances, les coups d’État se sont multipliés sur le continent, les libertés individuelles ont reculé et les partis uniques triomphent. Marley est-il au courant ? Sans doute. En 1974, il ne fait pas partie des artistes venus des Amériques pour se produire à Kinshasa en marge du combat de boxe Ali-Foreman. Et quand le négus est déposé à Addis-Abeba, puis meurt en 1975, Marley compose Jah Live  pour honorer sa mémoire. On retrouve ce thème du retour en Afrique dans Rastaman Chant et dans l’album Exodus.

C’EST LORS DE SON PREMIER VOYAGE EN AFRIQUE QU’IL ÉCRIT L’UNE DE SES CHANSONS LES PLUS CÉLÈBRES, « ZIMBABWE »

L’année 1978 est importante à plus d’un titre. Elle est marquée par la sortie d’Africa Unite, chanson avec laquelle Marley exprime sa volonté de voir le continent s’unir et affirme son soutien aux combattants de la liberté. Il précise aussi que, si sa musique s’adresse à toute l’humanité, son cœur bat pour l’Afrique. Au siège de l’ONU, à New York, il reçoit la médaille de la paix « attribuée par 500 millions d’Africains ».

Dans la chanson War, il interprète même le texte d’un discours prononcé par Haïlé Sélassié Ier à l’ONU, en 1963. Mais le plus émouvant demeure sans doute son premier voyage en Afrique. Au mois de novembre 1978, il se rend en Éthiopie, à Shashemene. Même s’il n’y passe que quatre jours, il découvre la terre africaine et retrouve les Jamaïcains qui s’y étaient installés. Il n’y donne aucun concert, mais c’est là qu’il écrit l’une de ses chansons les plus célèbres, Zimbabwe, dédiée aux guérilleros en lutte contre le régime raciste de Ian Smith, en Rhodésie du Sud. En octobre 1979, Marley participe à un concert à Harvard dont les recettes, 250 000 dollars, sont versées à l’organisation Amandla pour le financement des combattants de la liberté en Afrique.

Deux ans plus tard, il est invité à Libreville par Pascaline Bongo, la fille du président du Gabon, à l’occasion de l’anniversaire de son père. Le concert qu’il donne est réservé aux dignitaires… Mais en avril 1980, Marley est à Harare, au Zimbabwe, où les nationalistes africains s’apprêtent à proclamer l’indépendance. À ses frais, il y donne, les 18 et 19 avril, ses deux uniques concerts publics en Afrique. Si le premier jour les choses se passent mal au stade Rufaro à cause de l’exclusion du peuple, le lendemain, des dizaines de milliers de Zimbabwéens viennent vibrer avec celui dont la chanson Zimbabwe est devenue l’hymne de leur armée de libération. En novembre 1980, quelques mois avant sa mort, Bob Marley se fait baptiser à l’Église orthodoxe éthiopienne de New York sous le nom de Berthane Sélassié. Ultime hommage et fidélité à l’Afrique. Ce n’est pas par hasard que, le 6 février 2005, 300 000 personnes ont assisté sur Meskel Square, la plus grande place d’Addis-Abeba, à un mégaconcert à l’occasion du soixantième anniversaire de sa naissance.

Avec Jeune Afrique par Tshitenge Lubabu M.K.

Mercenaire, barbouze ou agent de sécurité : qui est le Français arrêté à Bangui ?

mai 11, 2021
Le Français Juan Rémy Quignolot a été arrêté à Bangui le 10 mai 2021, en possession de nombreuses armes et munitions.

L’arrestation d’un ressortissant français détenteur d’un important stock d’armes et soupçonné « d’activités subversives » par les autorités centrafricaines met Bangui en émoi.

Coupe militaire impeccable, mâchoire carrée et visage fermé. Juan Rémy Quignolot, la cinquantaine visiblement sportive, campe son regard dans celui des policiers qui l’interrogent, et ses deux pieds dans la poussière, devant les locaux de l’Office central pour la répression du banditisme (OCRB), une unité spéciale de la police centrafricaine. A l’exception notable de la chemisette à fleur, l’homme a tout du militaire « en civil ». Et à ses pieds sont étalés, placés bien en évidence pour les besoins d’une présentation à la presse convoquée pour l’occasion, les nombreuses pièces d’un véritable arsenal de guerre. Fusils mitrailleurs, pistolets, fusil à lunettes, munitions diverses en grand nombre… Il y a là de quoi équiper une petite escouade. Du matériel de bivouac, aussi, des lampes électriques aux sacs de couchage en passant par les rangers et autres capes de pluie couleur kaki, que l’on imagine fort utile dans les forêts centrafricaines, où la saison des pluies a démarré il y a quelques semaines.

Arsenal militaire

Autour de lui, des hommes de l’Office central pour la répression du banditisme (OCRB), une unité spéciale de la police centrafricaine, qui l’ont arrêté à Bangui le lundi 10 mai. Ces images ont fait le tour des réseaux sociaux. La photographie de son passeport aussi. Un document délivré le 1er février 2017 par l’ambassade de France à Bangui, au nom de Juan Rémy Quignolot, né le 17 janvier 1966 à Tunis. Sur un autre de ces clichés très largement partagés, on peut voir un visa pour le Mali – à entrées multiples – valable du 11 novembre 2020 au 11 mai 2021.

Depuis l’arrestation de ce ressortissant français, la capitale est en émoi. A en croire une source au sein de la hiérarchie policière, l’homme avait été placé sous surveillance « depuis deux mois » et était « soupçonné d’activités subversives », ajoute ce gradé, qui refuse de s’étendre d’avantage. Il était « connu des services », assure le service de communication du ministère centrafricain de la Sécurité publique et de l’Intérieur, qui précise que du matériel informatique a également été saisi.

Juan Rémy Quignolot, le Français arrêté à Bangui le 10 mai dernier;

A en croire le récit qu’en livre notre source au sein de la police, il a été arrêté aux alentours de 13h, alors qu’il circulait sur l’avenue Boganda à bord d’un Toyota Rav-4. A l’intérieur, les policiers ont découvert « des armes et des caméras GoPro d’espionnage ». Ils l’emmènent alors jusqu’à son domicile banguissois, dans le quartier Sica 1, tout proche du centre-ville, qu’ils fouillent de fond en comble.

C’est là que l’arsenal décrit plus haut a été saisi, avant d’être ramené en même temps que Juan Rémy Quignolot jusqu’au siège de l’OCRB, a expliqué à la presse le procureur général près la cour d’appel de Bangui, Eric Didier Tambo, qui a également précisé que du matériel informatique, des cartes de la capitale et plusieurs téléphones avaient été saisis. Des francs CFA , des dollars et des euros ont également été saisis, sans que l’on sache l’ampleur des sommes concernées.

Sociétés de sécurité privée

Présenté comme un « militaire à la retraite » par le procureur Tambo, Quignolot serait « à Bangui depuis 2013 ». « Il semble qu’en 2013, il faisait partie des encadreurs de la Séléka, a assuré le procureur. Il était là avec Bernard Cousin et Renautau », a ajouté le magistrat, affirmant que ces deux derniers « en 2019, activaient les extrémistes de PK5 », le quartier musulman de Bangui. Christophe Renauteau est un chef d’entreprise français, qui se décrit comme un « expert en géopolitique africaine et en sécurisation des zones hostiles » chez Caméli Diamonds sur son compte LikedIn.

Cet ancien conseiller de François Bozizé – Renauteau revendique notamment d’avoir été décoré de la médaille du mérite Centrafricain pour « services à la nation » par ce dernier en 2004 – affirme avoir travaillé dans plusieurs pays du continent au cours des vingt dernières années. Il dit notamment avoir « collaboré avec la cellule Afrique de l’Élysée sous la présidence Chirac » et avoir été le « conseiller » de « cinq ministres africains en Côte d’Ivoire, au Bénin, au Congo », qu’il ne nomme pas. Président de la société Aruba Inc., il assure avoir collaboré avec des sociétés occidentales « dans le cadre de la sécurisation des hommes et des investissements en zone hostile ».

Ce n’est pas la première fois que Christophe Renauteau est ainsi publiquement indexé par les autorités centrafricaines, qui l’ont déjà décrit comme une « barbouze » par le passé. En 2018, déjà, dans un entretien accordé à France 24, Faustin Archange Touadéra avait évoqué un « agent », dont « le nom de code est Alpha » qui aurait « envoyé des messages de mobilisation de tous les groupes armés et de certains hommes politiques pour créer une plateforme de déstabilisation de l’État centrafricain ». Cet Alpha, « de son vrai nom Christophe Reneauteau » travaillait avec « un certain Bernard Cousin », affirmait alors le chef de l’État.

Un « coup médiatique » ?

Juan Rémy Quignolot est « un ancien militaire qui a quitté l’armée à la fin des années 1980 », mais il « n’a pas le profil d’un soldat d’élite », tempère une source diplomatique à Bangui, qui confirme qu’il évolue à Bangui depuis 2013. Selon notre source, Quignolot a notamment travaillé comme garde du corps à la Minsuca. Il a aussi exercé ses talents d’anciens militaires au sein de Powers Sécurité, une société privée de sécurité dirigée par David Moisan, un ancien parachutiste français. Il a également travaillé pour Ecofaune, un programme de préservation des espaces naturels notamment financé par l’Union européenne. « Mais cela s’est mal passé avec certains de ses employeurs », assure notre diplomate, qui met cette mauvaise réputation sur le compte « de problème d’égo et de mythomanie ».

Cette spectaculaire arrestation intervient dans un contexte de tensions entre la France et la Russie sur l’échiquier politico-militaire centrafricain. L’un des premiers à avoir annoncé l’arrestation de Français a d’ailleurs été Valery Zakharov, conseiller de Fauston Archange Touadéré « pour la sécurité nationale », qui est à la tête du dispositif déployé par Moscou à Bangui. Selon une source sécuritaire, l’arrestation de Juan Rémy Quignolot serait un contre-feu, « un coup médiatique pour détourner l’attention des accusations contre les mercenaires russes ». Après la publication, le lundi 3 mai dernier, d’une enquête de RFI sur des exactions présumées attribuées aux « instructeurs » russes qui combattent aux côtés des forces gouvernementales, les autorités centrafricaines ont en effet annoncé l’ouverture d’une commission d’enquête pour « faire la lumière sur les présumés crimes graves ».

Avec Jeune Afrique par Mathieu Millecamps et Pacôme Pabandji

France/Thèse plagiée : pourquoi Arash Derambarsh a été radié du barreau

mai 11, 2021

« Le Point » s’est procuré l’arrêté rendu le 27 avril dernier contre l’avocat et élu de Courbevoie, lequel a tenté d’obtenir l’annulation de la procédure disciplinaire le visant.

Arash Derambarsh pose en 2015 lors d'une campagne de lutte contre le gaspillage alimentaire.
Arash Derambarsh pose en 2015 lors d’une campagne de lutte contre le gaspillage alimentaire.© BERTRAND GUAY / AFP

Un avocat peut-il rester avocat après avoir triché pour obtenir son diplôme ? Les accusations qui pèsent contre Arash Derambarsh sont connues : l’avocat et élu de Courbevoie est soupçonné d’avoir plagié une très grande partie de sa thèse soutenue en 2015 à la Sorbonne, thèse pour laquelle il avait réclamé et obtenu la confidentialité jusqu’en… 2047. Lorsque le pot aux roses est finalement découvert, début 2020, le scandale est double : pour le monde universitaire, d’abord, accusé d’offrir des thèses de complaisance ; pour le barreau de Paris, ensuite, qui ne met pas toujours beaucoup de célérité à sanctionner ses robes noires les plus influentes…

Sous la pression médiatique, les déconvenues vont cependant s’enchaîner pour l’avocat, connu médiatiquement pour son engagement contre le gaspillage alimentaire et pour être devenu le défenseur de Pierre Ménès, un journaliste de Canal+ mis en cause pour son comportement envers les femmes.

En juillet 2020, la section disciplinaire de l’université Paris-1-Panthéon-Sorbonne décide ainsi de lui retirer son doctorat – une décision dont Me Derambarsh a fait appel. « Depuis son introduction […] jusqu’à sa conclusion […], en passant par ses notes, ses annexes, sa bibliographie, le manuscrit de thèse de M. Derambarsh est quasi intégralement composé d’un assemblage de textes, produits dans un contexte académique ou publiés, par d’autres auteurs que lui-même, et recopiés selon un ou plusieurs des procédés plagiaires visant à faire accroire au lecteur que M. Derambarsh en est l’auteur », tacle l’université.

« Thèse obtenue par fraude »

Le 27 avril dernier, un conseil de discipline de l’ordre des avocats de Paris, présidé par l’ancien bâtonnier Pierre-Olivier Sur, a lui aussi sévi, ordonnant la radiation d’Arash Derambarsh, une décision dont l’intéressé a une nouvelle fois fait appel. Le Point a pu prendre connaissance du document qui reprend l’intégralité des griefs qui lui sont reprochés, et qui liste une série de manquements aux devoirs de dignité, de conscience, de probité, d’humanité, d’honneur, de loyauté et de courtoisie pour avoir, notamment, « frauduleusement dissimulé, lors de la procédure d’inscription au barreau de Paris, que son certificat d’aptitude à la profession d’avocat n’avait pu être obtenu que sur le fondement d’une thèse obtenue par fraude ».

Pour sa défense, Arash Derambarsh a commencé par pointer un conflit d’intérêts et attaquer les « liens étroits » qui uniraient, selon lui, Joël Grangé (l’avocat et auteur du rapport d’instruction disciplinaire) avec l’université Paris-1-Panthéon-Sorbonne. Un professeur de droit, Grégoire Loiseau, serait en effet à la fois consultant au cabinet de Me Grangé et enseignant à la Sorbonne. Un argument balayé par l’ordre des avocats : « L’impartialité du rapporteur ne saurait être remise en cause […] dès lors qu’il n’est pas invoqué ni établi que cet enseignant a joué un rôle dans le processus de délivrance de la thèse […] ou dans le processus ayant conduit à la remise en cause de son diplôme de docteur en droit. »

Plusieurs versions d’une même thèse

La formation disciplinaire du conseil de l’ordre de Paris revient ensuite longuement sur le contenu de la thèse, ou plutôt des thèses – Arash Derambarsh en a présenté plusieurs versions « entre lesquelles la formation de jugement [a fini] par se perdre ». L’avocat a également nié avoir demandé la confidentialité de sa thèse, alors même qu’un formulaire, signé par lui-même, et où est cochée la case « demande de confidentialité », a été retrouvé en procédure.

Pour la juridiction disciplinaire de l’ordre des avocats de Paris, aucun doute : Arash Derambarsh a obtenu son titre d’avocat « en fraude des principes d’honneur » et a ainsi « méconnu les principes fondamentaux de la profession, tant au moment de sa prestation de serment qu’en exerçant par la suite la profession d’avocat ». Ainsi, l’avocat aurait pillé « le travail d’autres chercheurs ou auteurs » et « procédé à des emprunts importants […] en s’appropriant des passages en intégralité, ou en remplaçant des mots, adverbes ou verbes ».

Et le conseil de conclure : « La méthode consistant à substituer marginalement un mot par un autre est regardée par la formation de jugement comme une manœuvre ayant pour objet de tromper les processus de vérification de l’absence de plagiat. » Loin, donc, de la simple « maladresse » ou « erreur de méthodologie » arguée par Me Derambarsh. Le 27 avril dernier, apprenant sa radiation, celui-ci a très vite réagi, dénonçant, par l’intermédiaire de ses avocats, une « décision incompréhensible ». « Un appel sera interjeté dans les heures qui viennent, ce qui la prive de tout effet. Me Arash Derambarsh reste avocat », prévenaient ainsi une legal team de six robes noires, l’ancien bâtonnier Francis Teitgen, Nicolas Rebbot, Thierry Vallat, Besma Maghrebi, Benoît Arvis et Yassine Bouzrou.

Par Le Point avec Marc Leplongeon

La France part grande favorite pour l’Eurovision

mai 11, 2021

La malédiction bientôt terminée ? La France, représentée par Barbara Pravi, est favorite des bookmakers pour cette édition 2021. On croise les doigts…

Barbara Pravi represente la France a l'Eurovision cette annee.
Barbara Pravi représente la France à l’Eurovision cette année.  © SADAKA EDMOND/SIPA

Enfin une bonne nouvelle du côté de l’Eurovision : le concours, annulé l’an dernier en raison du Covid, revient en force et avec de sérieux atouts du côté français. Pour la première fois depuis des années, la candidate tricolore est en effet favorite des bookmakers, à une dizaine de jours de la finale, prévue à Rotterdam le 22 mai prochain.

Sur le site officiel de l’Eurovision, qui affiche tous les jours les compteurs des favoris, la France arrive en effet première des 38 pays en lice, avec 18 % de chances de l’emporter, suivie de près par Malte (16 %) puis la Suisse (13 %), de quoi rebooster le moral de la délégation hexagonale.

La chanteuse Barbara Pravi, qui représente cette année la France, s’est empressée de partager la bonne nouvelle sur les réseaux sociaux, en gardant tout de même la tête froide : « La France numéro 1 des bookmakers, ça c’est fou ! Même si je sais que ça va encore bouger… » Choisie par les téléspectateurs français au terme d’une compétition qui s’est déroulée en janvier dernier, elle disait vouloir donner le meilleur d’elle-même : « À chaque fois que je fais quelque chose, j’essaie absolument d’être présente à moi-même et à ce que je fais. » Même Anne Hidalgo a partagé l’information en encourageant la candidate : « Vive Barbara Pravi, un espoir pour la France ! » a tweeté la maire de Paris.

Une valse 100 % française

Tout peut encore évidemment bouger, notamment lors des fameuses répétitions, pendant lesquelles la voix, le style, la scénographie, les qualités tout comme les défauts sont scrutés à la loupe… Jusqu’alors, c’était la chanteuse maltaise qui avait la cote, mais sa répétition du week-end semble avoir refroidi les bookmakers, propulsant la France en tête. Barbara Pravi peut-elle transformer l’essai ? Sa chanson « Voilà » a déjà marqué les esprits : une valse envoûtante, portée par l’artiste qui rappelle par bien des côtés la môme Piaf, un texte travaillé, des paroles pour une fois entièrement en français, une belle tessiture de voix…

Voilà qui nous change des prestations vulgaires, loufoques ou commerciales que l’on nous inflige régulièrement au concours de l’Eurovision… À 28 ans, Barbara Pravi est une autrice-compositrice, qui a déjà travaillé pour plusieurs artistes comme Yannick Noah, Florent Pagny ou encore Louane, et ne cache pas son admiration pour Brel, Barbara ou Aznavour…

Parviendra-t-elle enfin à briser la malédiction française ? On le sait, on le répète chaque année, notre pays n’a rien gagné depuis 44 ans, depuis la victoire de Marie Myriam en 1977 avec « L’oiseau et l’enfant ». On détient même un triste record : la France est le pays qui a le plus souvent terminé à la troisième et quatrième marche de la compétition – le meilleur classement récent étant celui d’Amir en 2016, à la sixième place. C’est dire si ces bons sondages rallument une petite lueur d’espoir…

Avec Le Point par Marc Fourny

France: Le philosophe Jacques Bouveresse est mort

mai 11, 2021

Figure majeure de la philosophie française, Jacques Bouveresse est décédé dimanche 9 mai, à Paris, rapporte « Libération ». Il avait 80 ans.

Jacques Bouveresse en 2002.
Jacques Bouveresse en 2002.© SELDERS/SIPA / SIPA / SELDERS/SIPA

L’ancien professeur au Collège de France et spécialiste de Ludwig Wittgenstein Jacques Bouveresse est décédé dimanche 9 mai à l’âge de 80 ans, à Paris, rapporte Libération.

Influencé par le cercle de Vienne, Jacques Bouveresse défendait une position rationaliste. Il défendait l’usage du langage ordinaire et de l’humilité, même lorsqu’il s’agissait de parler de choses compliquées.

Le philosophe français a également introduit en France l’œuvre de Ludwig Wittgenstein, pour qui « la philosophie n’est pas une théorie mais une activité » visant à éclaircir les problèmes, et a également écrit sur les écrivains autrichiens Karl Kraus et Robert Musil.

Grand Prix de philosophie de l’Académie française

En 1995, Jacques Bouveresse a été élu au Collège de France et a intitulé sa chaire Philosophie du langage et de la connaissance. Depuis 2010, il était professeur honoraire de cette institution.

Le philosophe laisse derrière lui une œuvre majeure, qui a en effet exercé une influence considérable sur plusieurs générations de philosophes et qui devrait continuer dans les années à venir. Il a également reçu en 2019 le Grand Prix de philosophie de l’Académie française pour l’ensemble de ses ouvrages.

Jacques Bouveresse avait par ailleurs refusé la Légion d’honneur. En 2010, lorsqu’il est fait chevalier de Légion d’honneur, sans être consulté au préalable, le philosophe avait immédiatement réclamé l’annulation de cette distinction.

Avec Le Point

Québec/Un emploi en sol québécois: la CCIHSM veut attirer les immigrants à La Tuque

mai 11, 2021

La Chambre de commerce et d’industrie du Haut Saint-Maurice (CCIHSM) continue de multiplier ses efforts en matière d’attraction et de rétention de main-d’œuvre en sol latuquois. La CCIHSM s’est jointe au programme «Un emploi en sol québécois», un projet d’intégration à l’emploi des personnes immigrantes initié par la Fédération des chambres de commerce du Québec (FCCQ).

Karine Rochette est directrice générale de la Chambre de commerce et d’industrie du Haut Saint-Maurice.

© ARCHIVES Karine Rochette est directrice générale de la Chambre de commerce et d’industrie du Haut Saint-Maurice.

Ce programme vise dans un premier temps à faire connaître aux nouveaux arrivants les attraits des différentes régions du Québec ainsi que les emplois qui y sont offerts, facilitant ainsi leur intégration sociale et professionnelle.

«Ce programme permet à la Chambre de poursuivre dans sa lancée pour aider concrètement ses entreprises à traverser cette période difficile pour le recrutement de main-d’œuvre», mentionne la directrice générale de la CCIHSM, Karine Rochette.

«Nous sommes confiants de réussir à conquérir de nombreux immigrants, déjà installés à Montréal, parfois laissés-pour-compte, sans emploi, dans un environnement qui ne reflète pas ce qu’on leur avait dépeint de notre beau Québec», ajoute-t-elle.

Au cours des prochaines semaines, la CCIHSM souhaite recruter une vingtaine d’entreprises. Elle invite les entrepreneurs du Haut Saint-Maurice qui sont en recherche de main-d’œuvre à s’inscrire gratuitement. Ils pourront y afficher leurs postes vacants et identifier les caractéristiques des candidats recherchés. Par la suite, la FCCQ s’assurera de l’arrimage par le biais de cette plateforme de maillage intelligent.

La Chambre de commerce et d’industries de Trois-Rivières (CCI3R) participe depuis déjà quelques mois au programme, elle représente également les autres Chambres de la région. 

«Au final, on veut que les gens viennent en Mauricie et il y a une belle collaboration dans la région par rapport à ça», note la directrice générale de la CCI3R, Andréanne Guilbert.

Jusqu’à maintenant, 35 entreprises se sont inscrites au programme sur un objectif de 50. Il est toutefois un peu tôt pour en tirer des conclusions selon la CCI3R.

«Ils se sont inscrits sur la plateforme et le maillage est en cours entre le bassin de candidats et les employeurs […] Le nombre de postes offerts est très variable, il y a des entreprises qui en ont 1 ou 2 et il y en a d’autres qui en ont 80. C’est assez variable! C’est dans tous les secteurs d’activités aussi», explique-t-elle.

«Dans d’autres régions du Québec, il y a eu des résultats concluants. Il y a eu de belles histoires […] On a hâte de faire une annonce pour présenter une histoire concluante!», note-t-elle.

Tout comme pour la CCI3R, une vidéo de charme sera tournée dans le Haut Saint-Maurice afin de faire découvrir la région aux nouveaux arrivants.

La CCCIHSM veut donner une première impression réaliste du milieu de vie local afin de les aider à se projeter dans la communauté, et ainsi répondre à leurs appréhensions.

La Chambre a fait affaire avec l’équipe du Complexe Culturel Félix-Leclerc afin d’assurer le tournage et le montage de cette production, qui sera dévoilée en juin prochain. L’équipe du Carrefour Emploi a aussi apporté son soutien au projet pour la production vidéo, et s’impliquera à promouvoir les avantages de s’inscrire à cette activité.

En plus d’y découvrir de magnifiques paysages, il sera possible d’entendre plusieurs intervenants du milieu ainsi que les témoignages de personnes immigrantes qui ont fait le choix de s’installer en Haute-Mauricie.

Avec Audrey Tremblay – Le Nouvelliste

Centrafrique : Simplice Mathieu Sarandji, un fidèle de Touadéra au perchoir

mai 11, 2021
L’ancien Premier ministre Simplice Mathieu Sarandji a été élu à la tête de l’Assemblée nationale centrafricaine.

Face à Martin Ziguélé, c’est l’ancien Premier ministre qui a pris la tête de l’Assemblée nationale. Très actif lors des dernières campagnes électorales, Simplice Mathieu Sarandji est le véritable bras droit du chef de l’État.

Est-ce une manière de le remercier pour services rendus ? Soutenu par la majorité présidentielle à laquelle il appartient, Simplice Mathieu Sarandji a été élu à la tête de l’Assemblée nationale, devenant ainsi le deuxième personnage de l’État par ordre protocolaire. L’opposant Martin Ziguélé convoitait également le poste, mais Sarandji s’est largement imposé, obtenant 69 voix contre 17.

Facteur apaisant ?

Âgé de 66 ans, le nouveau président de l’Assemblée est un fidèle du président Faustin-Archange Touadéra. En 2016 déjà, il lui avait apporté son soutien pour le second tour de l’élection présidentielle, lors duquel Touadéra avait affronté Anicet-George Dologuélé. Une fois cette séquence refermée, Sarandji avait été nommé Premier ministre, fonction qu’il exercera durant près de trois ans avant de démissionner, en février 2019, après la signature d’un accord de paix entre Bangui et quatorze groupes armés. Il était depuis conseiller spécial du président centrafricain, avec rang de ministre d’État.

Son élection peut-elle contribuer à apaiser la scène politique centrafricaine ? En plus d’avoir été le directeur de campagne de Touadéra, ce géographe de formation est le secrétaire exécutif du Mouvement cœurs unis (MCU), la formation du chef de l’État.

SI LES DÉPUTÉS LUI ONT FAIT ASSEZ CONFIANCE POUR LE PORTER AU PERCHOIR, C’EST QU’ILS SAVENT QU’IL EST À LA HAUTEUR DE LEURS ATTENTES

À l’annonce de sa défaite, Martin Ziguélé a dénoncé « un accaparement de l’espace politique par le parti au pouvoir ». Une critique qu’écarte Évariste Ngamana, porte-parole du MCU et premier vice-président de l’Assemblée nationale. « Si les députés lui ont fait assez confiance pour le porter au perchoir, c’est qu’ils savent qu’il est à la hauteur de leurs attentes, assure-t-il. Il n’est pas là pour ne représenter que le MCU ; il est là dans l’intérêt du peuple centrafricain. »

Réseaux étendus

« Sarandji a une très grande influence au sein du parti au pouvoir et auprès du président Touadéra, analyse un diplomate en poste à Bangui. Il a su l’utiliser et a réussi à soigner ses relations avec la communauté internationale. Politiquement, il s’est bien préparé. »

De fait, le nouveau président de l’Assemblée nationale dispose de nombreuses connexions au-delà de son parti d’origine. En 2020, il a mis ses réseaux au service de Touadéra pour le faire réélire et a largement contribué à la conclusion d’alliances, y compris avec des formations se revendiquant de l’opposition.

IL EST HUMBLE, IL SAIT ÉCOUTER ET IL EST RESPECTÉ

« C’est un rassembleur, insiste Timoléon Mbaikoua, coordonnateur de la plateforme des partis politiques de la majorité présidentielle. Il est humble, il sait écouter et il est respecté au sein de la classe politique. »

À son poste, Sarandji va contribuer à l’organisation d’un dialogue politique, auquel plusieurs figures de l’opposition ont déjà annoncé qu’elles n’avaient pas l’intention de participer. « Les membres de la plateforme de l’opposition ont effectivement dit qu’ils ne prendraient pas part aux concertations, mais la porte n’est pas pour autant fermée et Sarandji peut être celui qui les ramènera autour de la table », veut croire Timoléon Mbaikoua.

Le nouveau président de l’Assemblée nationale ne compte toutefois pas que des amis, à l’international notamment. En 2018, alors qu’il était encore à la primature, Simplice Mathieu Sarandji s’est illustré par des propos peu diplomatiques, accusant la Minusca (la mission des Nations unies déployée dans le pays) d’être incapable d’aider la Centrafrique – un reproche formulé vertement que les chancelleries n’ont pas oublié.

Avec Jeune Afrique par Pacôme Pabandji

France: Il y a 40 ans, Mitterrand devenait le premier président socialiste de la Ve République

mai 10, 2021
Il y a 40 ans, Mitterrand devenait le premier president socialiste de la Ve Republique
Il y a 40 ans, Mitterrand devenait le premier président socialiste de la Ve République© AFP/Archives/JEAN-CLAUDE DELMAS

Il y a quarante ans, François Mitterrand accédait à l’Elysée, offrant à la gauche la première alternance de l’histoire de la Ve République après vingt-trois ans de règne de la droite.

Le 10 mai 1981, le candidat socialiste est élu avec près de 52 % des voix face au sortant Valéry Giscard d’Estaing, qui aura cru jusqu’au bout à sa réélection.

Sa victoire est, entre autres, le fruit de dix ans d’une stratégie patiente: d’abord reconstituer un grand parti socialiste, en prendre la direction, marginaliser ses concurrents, notamment Michel Rocard, puis faire alliance avec les communistes, sans qui rien n’est possible. Au début des années 70, le PCF pèse 20 % de l’électorat et est le plus grand parti de l’opposition.

En 1972, PS et PCF signent le « programme commun de la gauche ». Cinq ans plus tard, le PCF décide de rompre son accord avec le PS. Il y aura quand même quatre ministres communistes, entre 1981 et 1984.

Paradoxalement, c’est à la fois l’union puis la désunion de la gauche qui a permis la victoire de 1981. Selon l’historien Michel Winock, « l’union a été le tremplin de la victoire, mais la rupture avec les communistes a rassuré les centristes », frange de l’électorat indispensable à toute victoire de la gauche.

La « Mitterrandie » s’est retrouvée dimanche au Creusot (Saône-et-Loire), à l’invitation du maire PS, David Marti, pour célébrer cette anniversaire: l’ancien président François Hollande, les anciens Premiers ministres Lionel Jospin et Bernard Cazeneuve, la maire de Paris Anne Hidalgo…

Le premier secrétaire du PS Olivier Faure, qui participe à la marche pour le climat à Paris, n’y était pas. Le 10 mai 1981, « c’était bien plus que l’alternance, c’était un moment de basculement, tout était possible », a affirmé M. Faure à l’AFP. « Il y avait un grand vent de liberté, on changeait d’époque ».

Réélu en 1988, François Mitterrand restera quatorze ans au pouvoir (dont quatre de cohabitation avec la droite). C’est un record, puisque le seul président, Jacques Chirac, à avoir lui aussi accompli deux mandats, y restera 12 ans, après un septennat et un quinquennat.

« L’Algérie, c’est la France »

Début 1981, quasiment personne ne croit à la victoire de la gauche. Le magazine Le Point titre même « Giscard peut-il perdre ? ».

« La gauche n’arrivait au pouvoir que dans des périodes exceptionnelles et quand elle y parvenait – en 1936 avec le Front Populaire, au lendemain de la Seconde guerre mondiale ou avec Guy Mollet, en 1956 – elle n’y restait que deux ans à peine », rappelle l’ex-président François Hollande.

« J’étais déçu » par la victoire de la gauche, « mais aujourd’hui, je pense que c’était nécessaire à la respiration de la démocratie française. Vraiment ! », confie l’ancien ministre de droite François Léotard dans un documentaire que doit diffuser France 2 le 11 mai.

Adversaire résolu à la politique de De Gaulle qu’il dénonçait dans son livre « le coup d’Etat permanent », Mitterrand va pourtant se fondre dans les institutions voulues par le père de la Ve République. « Les institutions de la Ve étaient mauvaises avant moi, elles le seront après moi », disait-il. « Mais soyons lucides, s’il n’y avait pas eu les institutions de la Ve, est-ce que ça aurait tenu sous un régime parlementaire ? Sans doute pas », affirme M. Hollande.

Elu pour la première fois en 1946 avec l’appui de la droite dans la Nièvre, Mitterrand sera onze fois ministre sous la IVe République, évoluant vers des positions de centre gauche. Mais s’il est partisan d’une décolonisation progressive (Indochine, certains territoires africains, Tunisie), il se montre « impitoyable », selon Michel Winock, pendant la guerre d’Algérie.

Lors de son passage au ministère de la Justice, entre février 1956 et mai 1957, 45 militants de la cause algérienne sont guillotinés. C’est pourtant lui qui, parvenu au pouvoir en 1981, fera abolir la peine de mort.

Il va faire ensuite sa mue politique en s’opposant radicalement en 1958 à de Gaulle, devenant le principal représentant de la gauche non communiste, et réussissant le premier exploit de mettre le général en ballottage en 1965.

Par Le Point avec AFP

France/Esclavage: personne ne demande de « repentance », s’agace Taubira

mai 10, 2021
Esclavage: personne ne demande de "repentance", s'agace Taubira
Esclavage: personne ne demande de « repentance », s’agace Taubira© AFP/Archives/Jewel Samad

L’ancienne ministre de la Justice Christiane Taubira s’est agacée lundi « du monologue furieux » de ceux qui s’inquiètent d’une « culture de la repentance », à l’occasion de la journée des mémoires de la traite, de l’esclavage et de leur abolition.

« J’avais entendu ça à l’époque des débats » autour de la loi de 2001 qui a reconnu l’esclavage et la traite comme des crimes contre l’humanité, a déclaré sur France Culture l’ancienne députée de Guyane.

« Vous avez des gens qui sont perchés sur leurs balcons et qui disent +on en a assez de la repentance+. Personne ne leur en demande et c’est en ce sens que j’appelle ça un monologue furieux », a-t-elle ajouté.

« Ce n’est pas le sujet, à la limite ce serait trop facile la repentance, on n’en veut même pas. Moi je n’entre pas en discussion avec des gens qui se disputent avec eux-mêmes », a poursuivi Mme Taubira. « C’est une affaire extrêmement sérieuse. La repentance qu’ils croient qu’on leur demande, pour nous qui prenons ça très au sérieux c’est juste du pipi de chat et ça ne sent pas bon ».

Revenir sur son passé, « si on le fait dans l’esprit de la loi Taubira » permet de « renforcer la cohésion nationale », a souligné pour sa part le président de la Fondation pour la mémoire de l’esclavage Jean-Marc Ayrault sur RFI.

La loi de 2001 « nous montre le chemin, le chemin c’est d’abord la reconnaissance. Nier ce n’est pas un acte de liberté et de responsabilité », a poursuivi l’ancien Premier ministre socialiste, insistant également sur l’importance de la transmission à l’école.

Concernant Haïti et les sommes exigées par Paris en échange de l’indépendance de son ancienne colonie en 1804, « il y a quelque chose à construire de plus juste », a estimé M. Ayrault à l’heure où la question de la réparation de l’esclavage reste épidermique.

« Ce n’est pas forcément quantifiable mais ça doit être traduit dans des politiques publiques dans des choix que l’on fait, qui ne doivent pas être faits dans un esprit paternaliste mais dans un esprit de coopération et d’égalité », a-t-il ajouté.

Par Le Point avec AFP

Pourquoi la librairie est essentielle

mai 10, 2021

INTERVIEW. Christian Thorel (Ombres blanches) et Benoît Bougerol (Privat), deux acteurs historiques de la profession, défendent une aide à la transmission.


Vitrine culturelle. La librairie Ombres blanches, une institution toulousaine.
Vitrine culturelle. La librairie Ombres blanches, une institution toulousaine.

Le Point a réuni deux anciens présidents du Syndicat de la librairie française (SLF) pour évoquer l’avenir post-Covid du secteur. Christian Thorel a transmis Ombres blanches en 2018 à des salariées et Benoît Bougerol a installé sa fille, Anne, à la tête de la librairie Privat, rachetée en 2013.

Le Point :Les librairies sont désormais considérées comme des commerces essentiels, mais ce ne fut pas le cas au début de l’épidémie. Avez-vous craint de ne pas remonter le rideau ?

Benoît Bougerol : Oui, j’ai eu peur, comme tout chef d’entreprise, je crois. Le premier confinement a été un grand moment de doute. Heureusement, nous avons pu rapidement créer un groupe de travail à l’initiative de Bruno Le Maire avec plusieurs libraires pour tenter de chiffrer nos pertes. Nous avons bénéficié des aides du gouvernement rapidement.

Benoît Bougerol (librairie Privat).

Christian Thorel : Désormais retraité, j’ai vécu ce confinement dans une certaine sidération. J’avais régulièrement au téléphone Emmanuelle Sicard [gérante d’Ombres blanches depuis 2018, NDLR], qui m’a rapidement rassuré sur la solidité de la librairie. Elle a su gérer rationnellement la crise. Je m’interroge toutefois sur sa durée. J’ai paradoxalement mieux vécu le premier confinement que cette sorte d’hypothèque qui plane sur nous constamment. Je trouve que ça commence à devenir inquiétant.

Christian Thorel (librairie Ombres blanches).

B. B. : Nos librairies ne sont pas seules en jeu. J’ai bien entendu, en tant qu’élu à la chambre de commerce, que d’autres chefs d’entreprise étaient désemparés. Lors du déconfinement, il a aussi fallu faire face à des salariés qui avaient peur de tomber malades en venant travailler. Rassurer les clients, également.

Finalement, le plus rassurant, ce sont les ventes : l’objet livre demeure essentiel à l’époque des tablettes numériques et des objets connectés ?

B. B. : On a effectivement battu des records de ventes lors de la réouverture. Et ça continue… À Rodez, on a vu davantage d’hommes, traditionnellement moins lecteurs que les femmes. On a aussi vu revenir avec plaisir les jeunes dès que les établissements scolaires ont été rouverts. Pour une ville comme la nôtre, c’est important d’avoir 5 000 élèves dans notre périmètre. Ils viennent beaucoup pour les mangas, mais on en voit aussi tourner autour du rayon des livres de poche : Hugo, Camus, des classiques…

C. T. : C’est quand même de plus en plus compliqué de vendre des livres réputés « difficiles ». Je constate que, même dans une ville universitaire comme Toulouse, la diffusion des savoirs est à la peine. Comme si l’université, qui a vocation à ouvrir les horizons, avait tendance à les refermer. Il en va de même de la culture. J’en parlais avec un ancien d’Ombres qui a ouvert une librairie à Auch, à propos d’un superbe bouquin de 700 pages publié par Verdier : il ne pense pas en vendre plus de deux ou trois exemplaires !

B. B. : C’est clair, le niveau d’exigence a beaucoup baissé. Mais je ne vais reprocher aux jeunes de lire des mangas alors que mon père, qui était aussi libraire, m’interdisait de lire des BD quand j’étais jeune. Aujourd’hui, le rayon BD, c’est ce qu’on appelle un « point d’entrée » dans le métier. Mais un point d’entrée, c’est fait pour être dépassé.

Pendant le confinement, on a vu se développer le « click and collect » et les livreurs à deux-roues ont envahi les villes. Peut-on imaginer se faire livrer un livre demain comme une pizza ?

C. T. : À Toulouse, on fait appel à une start-up qui facture le service environ 5 euros. Pour un livre qui coûte en moyenne entre 10 et 20 euros, ça fait cher. Mais pas question de passer par des sociétés type Uber, qui exploitent des jeunes gens même pas salariés. Ce ne serait pas politiquement correct. À mon sens, une librairie n’a pas à offrir ce genre de service. Si on intègre la livraison dans le prix, le risque est d’en arriver à un système de remise déguisée qui irait contre le principe du prix unique du livre pour lequel nous nous sommes impliqués à quelques-uns, dont le père de Benoît, il y a quarante ans. Nous étions minoritaires, mais nous avons gagné parce qu’on a milité, avec Jérôme Lindon. Ce dernier a su convaincre Jack Lang contre le conservatisme de la profession, qui ne voyait pas le péril que représentait alors la Fnac, remplacé aujourd’hui par le danger Amazon.

B. B. : À Rodez, on fait appel à un livreur à vélo qui travaille aussi pour d’autres commerces, mais uniquement dans le centre-ville. Il facture la course 3,90 euros, mais c’est un service marginal. En réalité, on faisait déjà du « click and collect » bien avant le confinement avec notre site en ligne, qui permet de réserver un livre ou de se le faire expédier par Colissimo. Avec la poste, on peut avoir des clients à Dunkerque comme à Toulouse… C’est quand même bizarre, alors que, dans le même temps, les consommateurs se veulent désormais « locavores ». Peut-être que le Covid aura fait prendre conscience qu’on a besoin de commerces de proximité, pas de plateformes logistiques situées dans des entrepôts périphériques.

Le prix unique du livre est une chose, mais le prix des loyers et des baux commerciaux grimpe dans les villes, entraînant la fin d’institutions comme Castéla, place du Capitole. Christian Thorel dénonce dans son « Tract » la gentrification*, qui a causé tant de fermetures dans le quartier historique des éditeurs et des libraires parisiens. Une fatalité ?

C. T. : Quand j’ai commencé dans le métier dans les années 1980, il y avait une quarantaine de libraires à Toulouse, dont une dizaine rien que dans la rue du Taur, mais pas de « grands paquebots ». Beaucoup de petites librairies ont fermé, d’autres ont ouvert. La loi sur le prix unique a favorisé l’implantation de librairies un peu partout. Il y en a peut-être moins, mais elles sont plus sérieuses, avec un fonds de qualité. On le voit à Figeac, à Agen, parfois même dans des villages. C’est formidable ! On a la chance dans le Sud-Ouest d’avoir trois grandes libraires indépendantes à Toulouse, Montpellier et Bordeaux.

B. B. : C’est vrai que nous disposons d’un maillage de librairies de qualité dans la région, mais il y a tout de même des trous dans la raquette. Regardez Narbonne ou Tarbes, deux villes où les anciennes librairies Privat ont disparu. C’est quand même triste de constater que, dans une préfecture comme Albi, ce sont les centres Leclerc qui sont devenus les principaux point de vente de livres.

C. T. : Benoît a raison, c’est préoccupant. Les librairies sont aussi dépendantes de la fréquentation commerciale des centres-villes. Quand elle chute sous l’effet des implantations de grandes surfaces en périphérie, comme à Villefranche-de-Rouergue, c’est plus compliqué de se maintenir.

B. B. : Il faudrait peut-être inventer un système de soutien pour aider à la transmission des librairies. La profession dispose paradoxalement de beaucoup d’aides à la création de nouvelles librairies, mais pas pour leur reprise par de nouvelles générations. C’est lourd financièrement de racheter une librairie, surtout avec un fonds important. On l’a vu récemment quand un « gros paquebot », comme Sauramps, à Montpellier, a commencé à tanguer.

Par Le Point propos recueillis par Stéphane Thépot