Canada: Une publicité de Québec sur les salaires dans les CPE suscite la grogne

décembre 5, 2021
Une salle de jeu dans un centre de la petite enfance.

La CSQ, la CSN et la FTQ doivent présenter une déclaration commune dimanche matin (archives). Photo : Radio-Canada/ Gilles Munger

De nombreuses éducatrices en centres de la petite enfance (CPE) s’expliquent mal une publicité de Québec qui leur demande de régler le conflit de travail en cours.

La publicité, diffusée dans certains quotidiens, met en valeur l’expression 30 $/h, soit le salaire que le gouvernement Legault dit avoir offert aux éducatrices.

On s’occupe de gens qui s’occupent de nos enfants, peut-on lire dans la publicité. C’est pourquoi un salaire pouvant dépasser 30 $ de l’heure pour les éducatrices qualifiées leur a été offert, ce qui représente un salaire annuel pouvait dépasser 64 000 $. 

Ce sont les Québécoises et les Québécois qui paient leurs augmentations de salaire avec leurs taxes et leurs impôts, peut-on aussi lire.La publicité, diffusée dans certains quotidiens, met en valeur le terme 30$/h, soit le salaire que le gouvernement du Québec dit avoir offert aux éducatrices.

La publicité, diffusée dans certains quotidiens, met en valeur le terme 30$/h, soit le salaire que le gouvernement du Québec dit avoir offert aux éducatrices. Photo: Crédit : Ma Place au Travail

Grogne

Ces déclarations n’ont pas tardé à susciter la grogne chez des centaines d’éducatrices.

Une publication du groupe Facebook Ma place au travail, qui rassemble des milliers d’éducatrices, a provoqué de nombreux commentaires et plus de 2000 partages.

Non seulement on est en colère, mais on trouve ça complètement dégueulasse, écrit le groupe.

Est-ce que c’est comme ça qu’ils pensent valoriser les métiers de la petite enfance? En les humiliant sur la place publique comme si elles étaient ridicules de demander des conditions à la hauteur de leurs professions?

Contrairement à ce que le gouvernement indique dans la publicité, le groupe estime que pour obtenir ce fameux 30 $ de l’heure [dans quelques années], les éducatrices doivent être au douzième et dernier échelon.

La publicité a également été partagée par la députée solidaire de Taschereau Catherine Dorion. Manipulation du monde avec l’argent de nos taxes, écrit-elle.

De son côté, la présidente du Syndicat québécois des employés de service (SQEES), affilié à la FTQ, critique le gouvernement pour ce message qui ne dit pas tout.

On voudrait qu’il investisse dans les CPE plutôt que dans les publicités qui ne donnent pas toute l’information, a affirmé Sylvie Nelson.

Le premier ministre doit agir

La CSQCentrale des syndicats du Québec, la CSNCSN et la FTQFédération des travailleurs et travailleuses du Québec ont présenté une déclaration commune dimanche matin. Les trois organisations demandent au premier ministre François Legault d’intervenir.

Jusqu’à 11 000 employés de la CSNConfédération des syndicats nationaux sont en grève générale depuis mercredi matin. Les CPECentre de la petite enfance affiliés à la CSQCentrale des syndicats du Québec doivent être en grève illimitée à partir du 9 décembre.

Le gouvernement demande depuis plusieurs jours aux syndicats de régler le conflit de travail.

Vendredi, la ministre Sonia LeBel a affirmé avoir répondu aux objectifs et aux priorités des syndicats en ayant bonifié son offre.

Sonia LeBel a indiqué qu’il n’y avait aucune raison valable  pour que le gouvernement et les syndicats de travailleuses de CPECentre de la petite enfance ne puissent arriver à s’entendre.

Pour ce qui est de l’éventualité d’une loi spéciale pour mettre fin à la grève, la ministre LeBel l’a encore une fois écartée, car elle préfère en venir à une entente avec les organisations syndicales.

Avec Radio-Canada par Félix Morrissette-Beaulieu

France: Immigration, sécurité, identité, haine des médias… Pour son premier meeting, Eric Zemmour décline ses thèmes de prédilection

décembre 5, 2021

Le candidat d’extrême droite a officialisé le nom de sa formation politique, « Reconquête ». De brèves tensions ont émaillé le début de son discours devant quelque 13 000 personnes, au Parc des expositions, à Villepinte.

Des supporteurs du candidat d’extrême droite Eric Zemmour, le 5 décembre 2021, au Parc des expositions de Villepinte.
Des supporteurs du candidat d’extrême droite Eric Zemmour, le 5 décembre 2021, au Parc des expositions de Villepinte. CYRIL BITTON / DIVERGENCE POUR « LE MONDE »

Le candidat d’extrême droite Eric Zemmour entendait faire une démonstration de force lors de son premier meeting de campagne présidentielle dimanche 5 décembre à Villepinte (Seine-Saint-Denis). Ses opposants ont eux aussi fait entendre leur voix, et manifesté à Paris.

M. Zemmour a pris la parole en fin d’après-midi, au Parc des expositions, face à ses troupes rassemblées derrière son nouveau slogan, « Impossible n’est pas français », expression assortie d’un rameau d’olivier. Ce premier meeting depuis l’officialisation de son entrée en campagne, mardi 30 novembre, a rassemblé 13 000 personnes dimanche, selon les organisateurs. « Près de 15 000 Français qui ont bravé le politiquement correct, les menaces de l’extrême gauche et la haine des médias », a commencé par dire le candidat.

Plusieurs personnes exfiltrées

Le polémiste désormais candidat s’est ensuite plaint d’être attaqué par « le pouvoir et ses relais médiatiques », avant d’enchaîner : « La meute est désormais lancée à mes trousses. Mes adversaires veulent ma mort politique. Les journalistes veulent ma mort sociale et les djihadistes veulent ma mort tout court. »

Réfutant les accusations de racisme et de misogynie, le candidat s’est vanté d’être le « seul de la liberté de penser, la liberté de parole, la liberté de débattre, la liberté des mots sur la réalité pendant qu’ils rêvent tous d’interdire mon meeting et de me condamner »« Comment pourrais-je penser cela, moi, petit juif berbère venu de l’autre côté de la Méditerranée ? », s’est-il encore justifié.

Entre deux « on est chez nous » et des « vive la France » scandés par la foule, le meeting s’est déroulé dans une ambiance électrique et hostile à l’égard des journalistes, hués à plusieurs reprises par les supporteurs d’Eric Zemmour. Pendant les premières minutes du discours du candidat d’extrême droite, l’ambiance s’est considérablement tendue, ont constaté les journalistes sur place. Des échauffourées ont éclaté à l’arrière de la salle, selon les images diffusées par des journalistes de Brut et du Huffington Post. Elles montrent des altercations et des personnes lançant des chaises. Selon les journalistes du Monde présents sur place, plusieurs personnes ont été exfiltrées par le service d’ordre en charge du meeting et des dizaines de jeunes militants.

Aussi, alors que plus de 400 journalistes ont été accrédités, des membres de l’émission « Quotidien », de la chaîne TMC, avaient été pris à partie plus tôt dans l’après-midi, d’abord par un groupe de jeunes militants, puis par une foule de plus en plus importanteIls ont été mis brièvement « à l’abri par sécurité », selon l’équipe du candidat d’extrême droite.

Le nom du parti officialisé

Eric Zemmour a profité de ce grand raout pour officialiser le nom de son parti, « Reconquête », avec adhésion payante. « La reconquête est désormais lancée. La reconquête de notre économie, la reconquête de notre sécurité, la reconquête de notre identité, la reconquête de notre souveraineté, la reconquête de notre pays », a fait valoir le candidat d’extrême droite.

« L’immigration zéro deviendra un objectif clair de notre politique », a déclaré Eric Zemmour. Celui-ci a annoncé vouloir « renvoyer tous les clandestins présents illégalement sur le sol Français »« expulser immédiatement les délinquants étrangers »« déchoir les criminels binationaux de leur nationalité française », et a promis de soumettre ces questions au peuple français par référendum.

M. Zemmour a par ailleurs proposé un « processus de simplification administrative sous l’égide directe de l’Elysée », la création « d’un grand ministère de l’industrie chargé du commerce extérieur, de l’énergie, de la recherche et des matières premières » et que la France sorte du commandement militaire intégré de l’OTAN.

En optant pour la date du 5 décembre, le polémiste a calqué son calendrier sur le congrès du parti Les Républicains (LR), qui a choisi samedi sa candidate, Valérie Pécresse, au profil plus modéré que son rival, Eric Ciotti. « Je tends la main aux électeurs, aux cadres, aux sympathisants des Républicains, dont beaucoup ont été représentés par mon ami Eric Ciotti. Votre place est parmi nous, à nos côtés dans ce combat pour la France », a dit Eric Zemmour.

Le candidat s’en est également pris au président de la République, Emmanuel Macron, qu’il a accusé d’avoir « vidé de leur substance notre économie, notre identité, notre culture, notre liberté, notre énergie, nos espoirs, nos existences »« Il a tout vidé parce qu’il est à lui tout seul, le grand vide, le gouffre. En 2017, la France a élu le néant et elle est tombée dedans », a-t-il encore ajouté.

Faire « taire » Zemmour

Initialement prévu au Zénith, dans le 19e arrondissement de Paris, le meeting a finalement été délocalisé à Villepinte, à une vingtaine de kilomètres. L’équipe d’Eric Zemmour l’explique par « l’engouement populaire », mais admet aussi des raisons de sécurité, alors qu’une cinquantaine d’organisations syndicales, partis de gauche et associations avaient appelé à manifester de Barbès à La Villette pour faire « taire » M. Zemmour.

Quelque 2 200 manifestants selon la Préfecture de police, 10 000 selon les organisateurs, ont défilé dans les rues de Paris dimanche pour dénoncer la candidature à l’élection présidentielle du polémiste d’extrême droite. Ils sont arrivés peu avant 16 heures dans le calme à La Villette, selon notre journaliste Pierre Bouvier.

D’autres militants hostiles au candidat d’extrême droite se sont regroupés à Villepinte, où 46 personnes, qui se trouvaient dans une zone interdite aux manifestations ont été interpellées, selon la préfecture de police. L’association Action antifasciste Paris-Banlieue, qui a notamment appelé sur Twitter ses sympathisants à « saboter » le meeting d’Eric Zemmour, affirmait vouloir « maintenir la pression » ce dimanche après-midi.

Le président du conseil départemental de la Seine-Saint-Denis, le socialiste Stéphane Troussel, avait lancé une pétition pour faire annuler le meeting par les propriétaires du lieu, le groupe Viparis, en l’interpellant sur sa « charte de la diversité ». La démarche a scandalisé le camp Zemmour. Elle a aussi été contestée par Jean-Luc Mélenchon, interrogé vendredi sur BFM-TV, pour qui « la démocratie, c’est d’écouter aussi ce qui vous déplaît ». Le candidat de La France insoumise tenait, lui, meeting à La Défense, en début d’après-midi.

Des personnalités de La Manif pour tous présentes

Villepinte devait permettre de mesurer les ralliements, alors que l’organisation est critiquée en interne pour sa fragilité et que des militants plus radicaux ont intégré la campagne, comme l’ancien mégrétiste et proche des identitaires Grégoire Tingaud, qui sera chargé de coordonner les référents régionaux. Le financier Charles Gave, qui a retiré son soutien, et le souverainiste Philippe de Villiers ne seront pas présents dimanche.

En revanche, plusieurs personnalités de La Manif pour tous, qui réunit les opposants au mariage entre personnes de même sexe, sont présentes à Villepinte : l’ancien député conservateur Jean-Frédéric Poisson, qui a renoncé à sa propre candidature en 2022 et s’occupera des législatives, ainsi que Christine Boutin, qui présidait avant lui le petit Parti chrétien-démocrate (devenu VIA, la voie du peuple), et Laurence Trochu, présidente du Mouvement conservateur, associé jusqu’à présent à LR.

Une figure des « gilets jaunes », Jacline Mouraud, est aussi présente pour soutenir Eric Zemmour et « représenter la France populaire », tout comme l’ancienne conseillère régionale RN Agnès Marion. Celle-ci « espère » un discours autour du « grand déclassement » et du « grand remplacement », cette théorie ethniciste, revendiquée par Eric Zemmour, du remplacement des populations européennes par des immigrés non européens. Pierre-Jean Chalençon, homme d’affaires collectionneur d’objets liés à Napoléon, accusé d’avoir organisé des dîners clandestins pendant le confinement, et l’animateur de télévision Eric Naulleau sont également au meeting d’Eric Zemmour. A leurs côtés se trouve aussi Karim Ouchikh, un proche de l’écrivain d’extrême droite Renaud Camus.

Le Monde avec AFP

Plus de 2.000 manifestants à Paris contre le polémiste Eric Zemmour

décembre 5, 2021
Plus de 2.000 manifestants a Paris contre le polemiste Eric Zemmour
Plus de 2.000 manifestants à Paris contre le polémiste Eric Zemmour© AFP/Sameer Al-DOUMY

Quelque 2.200 manifestants, selon la préfecture de police, ont défilé dans les rues de Paris dimanche pour dénoncer la candidature à l’élection présidentielle et le discours à leurs yeux « raciste » du polémiste d’extrême droite Eric Zemmour, à l’appel d’une cinquantaine de syndicats, partis et associations.

Le poing levé et au cri de « Zemmour casse-toi, Paris n’est pas à toi », les manifestants se sont réunis dans le quartier de Barbès et pris la direction du parc de la Villette, où l’ancien journaliste devait initialement tenir sa première grande réunion publique.

Son meeting a finalement été déplacé à Villepinte (Seine-Saint-Denis), à une vingtaine de kilomètres de la capitale, à cause de « l’engouement populaire » et pour des raisons de sécurité, selon son entourage.

« Zemmour à fui Paris », s’est réjoui auprès de l’AFP Simon Duteil, porte-parole de l’union syndicale Solidaires, « c’est important de montrer qu’on ne laisse pas faire le fascisme qui avance ».

« Les idées d’extrême droite sont banalisées. Nous, on porte des idées humanistes », a estimé Jean-Luc Hacquart, un responsable de la CGT pour l’Ile-de-France. « On s’engage contre les discours racistes (…) Paris n’appartient pas à ces idées-là », a renchéri Raphaël Arnault, porte-parole de la Jeune Garde.

Le cortège a terminé son parcours dans le calme à la Porte de la Villette. La manifestation, qui était considérée comme « à risque » par les autorités, a rassemblé 2.200, selon la préfecture de police, près de 10.000 selon les organisateurs.

La police a procédé à deux interpellations.

D’autres militants hostiles au candidat d’extrême droite se sont regroupées à Villepinte, où 46 personnes, qui se trouvaient dans une zone interdite aux manifestations ont été interpellées, selon la préfecture de police.

Après une longue tournée, parfois houleuse, de promotion de son dernier livre, Eric Zemmour, 63 ans, a déclaré sa candidature mardi.

Par Le Point avec AFP

Bob Dole, figure historique de la politique américaine, est mort

décembre 5, 2021

L’ancien sénateur est décédé dans son sommeil à l’âge de 98 ans, a annoncé dans un communiqué la fondation Elizabeth Dole, dimanche 5 décembre.

L'ancien senateur est decede dans son sommeil a l'age de 98 ans, a annonce dans un communique la fondation Elizabeth Dole, dimanche 5 decembre.
L’ancien sénateur est décédé dans son sommeil à l’âge de 98 ans, a annoncé dans un communiqué la fondation Elizabeth Dole, dimanche 5 décembre.© CHERISS MAY / NurPhoto / NurPhoto via AFP

La scène politique américaine vient de perdre une de ses plus anciennes légendes. Dans un communiqué publié dimanche 5 décembre, la fondation Elizabeth Dole a annoncé le décès de l’ancien sénateur républicain Bod Dole, mort « dans son sommeil » à l’âge de 98 ans. « Il avait servi les États-Unis fidèlement pendant 79 ans », a écrit la fondation.

Dès l’annonce de son décès, sa mémoire a été saluée par l’ancien vice-président de Donald Trump, Mike Pence : « Le sénateur Bob Dole était un grand homme qui a vécu une vie extraordinaire au service de l’Amérique et il manquera profondément à tous ceux qui ont eu le privilège de le connaître. »

Trois fois candidat à la candidature républicaine pour la Maison-Blanche, Bob Dole sera écarté par Ronald Reagan en 1980, puis par George Bush père en 1988, avant de l’emporter en 1996. Mais le sortant Bill Clinton s’imposera facilement face à cet homme de 73 ans, qui semblait dépassé à l’ère de la politique télévisée.

Rentré médaillé mais gravement blessé de la Seconde Guerre mondiale, il réapprend à marcher et retrouve la maîtrise de son corps, à l’exception du bras droit. Il entre au Congrès en 1961, d’abord comme représentant, puis comme sénateur du Kansas.

Il était marié à Elizabeth Dole, qui a elle-même connu une brillante carrière politique en occupant les fonctions de secrétaire aux Transports, secrétaire au Travail, et sénatrice de Caroline du Nord.

Par Le Point avec AFP

Les pays du Sahel s’unissent pour l’accès universel à un enseignement de qualité

décembre 5, 2021
Une école du village de Dori, au Burkina Faso, le 20 octobre 2020. © Sam Mednick/AP/SIPA

Réunis dimanche 5 décembre à Nouakchott, les dirigeants sahéliens, accompagnés de la Banque mondiale, promettent « une action concertée et courageuse » sur le front de l’éducation.

Par Mohamed Ould Ghazouani, président de la République islamique de Mauritanie, Roch Marc Christian Kaboré, président de la République du Burkina Faso, Mohamed Bazoum, président de la République du Niger, et Ousmane Diagana, vice-président de la Banque mondiale pour l’Afrique de l’Ouest et centrale.

Conformément à la règle et à l’esprit de chacun de nos pays sahéliens, et convaincus que la prospérité des nations tout comme l’inclusion sociale dans nos environnements fragiles en dépendent, l’éducation pour tous a toujours été au centre de nos stratégies de développement.

Ces 15 dernières années, grâce à des politiques volontaristes, nous avons enregistré des avancées significatives, qui fondent notre espoir que, aujourd’hui, tout enfant né au Sahel peut et doit avoir accès à l’école. Ce faisant il accomplira son rêve pour un avenir meilleur. Il deviendra un citoyen modèle et contribuera à la prospérité de la nation.

Entre 2005 et 2018, le nombre d’enfants scolarisés dans le Sahel a quasiment doublé dans l’enseignement primaire passant de 5,9 à 10,8 millions d’enfants. Dans le secondaire, les effectifs ont plus que triplé, passant de 1,4 à 4,6 millions.

Ce sont sur les frêles épaules de ces enfants et de ces jeunes sahéliens qui ont fini leur scolarité ou leur apprentissage que repose l’avenir de notre espace commun. Il est important de relever, pour s’en féliciter, que ce groupe comprend un nombre croissant de jeunes filles et de femmes, qui non seulement sont moins exposées aux mariages précoces et aux violences sexuelles, mais qui deviennent également des actrices du développement au sein de leurs communautés.

Contexte de pression démographique

Ces progrès dans la scolarisation de nos enfants ont bien sûr des coûts budgétaires importants, mais ils sont nécessaires. Ils ont malheureusement induit une baisse de la qualité des apprentissages. Cela nous interpelle, et nous sommes mobilisés pour la redresser.

Répondre à la demande de scolarisation dans un contexte de pression démographique requiert des investissements continus dans la construction des infrastructures, dans le recrutement et la formation de davantage d’enseignants et dans l’acquisition d’équipements et d’instruments pédagogiques. Dans la région du Sahel, avec près d’un million de nouveaux enfants à scolariser chaque année, la course contre la montre est permanente.

NEUF ÉLÈVES SUR DIX N’ONT PAS LE NIVEAU DE LECTURE ET D’ÉCRITURE REQUIS À LA FIN DU PRIMAIRE

Le livre blanc de la Banque mondiale sur l’éducation au Sahel publié aujourd’hui souligne qu’environ neuf élèves sur dix n’ont pas le niveau de lecture et d’écriture requis à la fin du primaire. Deux écoliers sahéliens sur cinq n’arrivent pas jusqu’au bout de leurs études primaires. Ceci pose le problème lancinant de la déperdition scolaire, facteur aggravant des inégalités dans un contexte où une majorité de nos concitoyens doit faire face à des situations de précarité extrême et pour qui scolariser les enfants induits des coûts à ne pas négliger même quand l’école est gratuite.

Le défi sécuritaire, les effets du changement climatique et l’impact de la pandémie de Covid-19 n’ont fait qu’amplifier les enjeux d’apprentissage et de développement d’un système scolaire de qualité, inclusif et équitable pour tous.

Redoubler d’efforts

Face à ce constat, nous, dirigeants sahéliens, nous réunissons le 5 décembre 2021 à Nouakchott, accompagnés de la Banque mondiale, afin de prendre les décisions nécessaires pour faire avancer les réformes éducatives au cours des cinq prochaines années.

La réponse que nous devons apporter doit être coordonnée et intégrée, depuis la petite enfance jusqu’à la formation continue des jeunes adultes. Certains succès au sein de nos pays nous rappellent que la réussite est à notre portée. Au Burkina Faso comme au Niger, des stratégies de scolarisation accélérée ont remis des milliers de jeunes en échec scolaire sur le chemin de l’école pour y acquérir des compétences fondamentales.

En Mauritanie, la mise en place des comités de gestion scolaire permet une implication plus forte des parents. Au Tchad, un mécanisme de paiement mobile a été lancé en 2018, avec l’accompagnement de la Banque mondiale, pour les maîtres communautaires qui représentent 60% du personnel enseignant du primaire. Cette innovation a non seulement permis d’améliorer la présence mais aussi l’implication des enseignants dans leur métier. Au Mali, le taux de scolarisation du secondaire a été multiplié par 2,5 depuis 2000, en s’appuyant sur un modèle dynamique de partenariat public-privé.

De tels dispositifs ont démontré leur efficacité. Nous devons donc redoubler d’efforts pour trouver des solutions pérennes sur la question de la qualité de l’enseignement. Nous devons également aller plus loin en matière d’équité et accorder une plus grande place aux femmes, encore faiblement représentées dans les postes de décision dans nos écoles.

Nos interventions d’urgence ne doivent pas occulter une vision de long-terme, avec une meilleure gouvernance du système éducatif pour renforcer durablement nos écoles.

Soutenir les enseignants

Le premier levier d’actions portera sur la qualité de l’enseignement. Pour ce faire, nous soutiendrons davantage nos enseignants, en les formant et en améliorant leur statut. Ils disposeront d’outils technologiques et pédagogiques et de programmes scolaires actualisés et adaptés. Nous accompagnerons également les éducateurs en perfectionnant le développement de la petite enfance, afin que les enfants arrivent à l’école primaire avec tous les prérequis.

Ces investissements ont pour but ultime d’améliorer l’apprentissage des élèves, permettant le suivi de tous les enfants sahéliens. Plus concrètement, le système d’évaluation des apprenants devra être capable de repérer en amont les potentiels cas de défaillance et de décrochage scolaire. Les équipes gouvernementales seront accompagnées pour qu’elles garantissent l’inclusivité et la sécurité des écoles. Un système d’inspection indépendant observera l’évolution des conditions scolaires.

LA REFONDATION DE L’ÉCOLE DOIT PASSER PAR UNE APPROCHE INTÉGRALE IMPLIQUANT TOUS LES ACTEURS

Le deuxième levier doit être budgétaire. Malgré une hausse des dépenses éducatives au cours des dernières années, il faut aller plus loin que les 3% de notre PIB qu’elles représentent, un chiffre encore trop faible comparé aux 4% de moyenne sur le continent ou au standard international de 6%.

La réforme de nos écoles passera nécessairement par un soutien accru aux familles, afin que l’éducation soit perçue comme un investissement et non plus comme une dépense. Il est aussi de notre devoir, en concertation avec les différents échelons territoriaux, de nous assurer que les filles comme les garçons scolarisés soient des enfants qui bénéficient d’une nutrition de qualité, d’un suivi scolaire personnalisé et d’infrastructures et d’outils pédagogiques adaptés.

Les jeunes Sahéliens passent aujourd’hui environ six années de leur vie à l’école, contre plus de huit ans pour un enfant en Afrique subsaharienne ou 13 en Europe. Ces six années de scolarisation se déroulent dans des conditions si difficiles qu’elles ne représentent que l’équivalent d’un peu plus de trois ans d’école dans un système éducatif de qualité. Ce chiffre doit augmenter significativement et rapidement.

C’EST EN ADDITIONNANT NOS FORCES QUE NOUS MULTIPLIERONS NOS RÉSULTATS

Enfin, la refondation de l’école doit passer par une approche intégrale impliquant tous les acteurs de l’administration, du secteur privé, des communautés, des parents et des enseignants, et examinant le système scolaire dans son ensemble.

Les financements viendront encourager les bonnes pratiques dans un cercle vertueux qui poussera chaque école à mettre en place les meilleures conditions éducatives possibles. C’est ce même sens de la communauté qui rassemble les gouvernements de nos cinq pays et nous incite à agir de manière coordonnée. Nos instituts d’enseignement technique ont beaucoup à apprendre les uns des autres, et c’est en additionnant nos forces que nous multiplierons nos résultats.

De nombreux pays émergents ont démontré que l’école était le premier lieu dans lequel investir pour préparer l’avenir. Une action concertée et courageuse de notre part, et en étroite collaboration avec les partenaires internationaux dans ce secteur, mènera à des effets positifs immédiats et de long terme : une jeunesse bien formée, qui a confiance en elle-même, est garante d’une prospérité partagée.

Avec Jeune Afrique

Sexisme, menaces, agressions… La dure vie politique des députés africaines

décembre 5, 2021
Manifestation contre les violences faites aux femmes à Johannesburg, en septembre 2019 © REUTERS/Marius Bosch

Sur le continent, de plus en plus de femmes parviennent à se faire une place sur la scène politique. Mais elles y sont la cible de nombreuses discriminations et même de violences.

« Au moment de l’attribution des postes de responsabilité à l’Assemblée, témoigne une élue, un collègue de mon parti m’a bousculée et a menacé de me frapper. » « On a essayé de m’enlever, des coups de feu ont visé ma voiture. Il y a eu un mort », affirme une candidate à propos de sa campagne électorale. D’autres encore évoquent des menaces via les réseaux sociaux – « On m’a menacée en disant qu’on avait une sextape de moi » – ou par des biais plus traditionnels – « J’ai reçu un message d’un marabout à qui l’on avait demandé de m’éliminer ».

Scènes de violence ordinaire d’une vie politique africaine trop souvent marquée par la brutalité ? Possible. Mais ce qui ressort des témoignages, c’est aussi que les agressions, qu’elles soient physiques ou verbales, directes ou plus insidieuses, touchent particulièrement les femmes engagées dans la vie politique.

« Au lit et à la cuisine »

« Pendant longtemps, les hommes du parti ont essayé d’imposer le fait qu’une femme doive coucher avec eux pour pouvoir être candidate », résume l’une d’elles. « J’ai été attaquée à mon domicile. Je suis allée voir un officier de police. Il m’a promis son aide en échange de faveurs sexuelles », poursuit une deuxième tandis qu’une autre indique que « [son] mari est devenu violent et [elle] a commencé à [la] frapper lorsque [elle a] été élue à l’Assemblée. »

MON ADVERSAIRE ME TRAITE DE PROSTITUÉE, IL RACONTE QUE JE COUCHE AVEC N’IMPORTE QUI

« On m’attaque parce que je suis célibataire, mon adversaire me traite de prostituée, il raconte que je couche avec n’importe qui », renchérit une autre élue, alors qu’une collègue résume le discours tenu par nombre de ses voisins de banc à l’Assemblée : « Vous les femmes, votre place est au lit et à la cuisine. »

En matière de représentation politique des femmes, l’Afrique n’est pourtant pas la plus mal lotie. Le pourcentage d’élues siégeant dans les parlements du continent est passé, depuis le début du siècle, d’un peu moins de 10 % à plus de 20 %, grâce parfois à des lois introduisant des quotas obligatoires. L’exemple le plus connu reste le Rwanda, où plus de 60 % des députés sont des femmes, mais quelques autres pays approchent progressivement de la parité et on recense aussi des présidentes de parlements, des ministres en nombre croissant et occupant de plus en plus de postes régaliens ainsi que des dirigeantes de gouvernement.

C’est un progrès, mais est-ce assez ? L’accession équitable de personnes des deux sexes aux fonctions politiques règle-t-elle l’ensemble des problèmes, compense-t-elle toutes les discriminations que les femmes peuvent encore subir ?

Violences physiques et économiques

Pas si l’on en croit l’étude publiée récemment par l’Union interparlementaire (UIP), institution basée en Suisse et qui réunit des représentant de 179 parlements nationaux. De juin 2020 à juin 2021, elle a interrogé, avec l’appui de l’Union parlementaire africaine, 137 femmes siégeant dans les parlements de 50 pays africains et 87 y travaillant comme fonctionnaires, afin de dresser un état des lieux des formes de discrimination qu’elles rencontrent dans leur activité, d’en mesurer la fréquence et d’élaborer des solutions.

CELA VA DES PROPOS SEXISTES JUSQU’À DES AFFAIRES DE HARCÈLEMENT ET DE VIOL, DES MENACES DE MORT

La palette des problèmes rencontrés est large, explique Martin Chungong, le secrétaire général de l’UIP : « Cela va commencer par des propos sexistes relativement anodins que la plupart des hommes vont juger tout à fait normaux, mais ça va aussi jusqu’à des affaires de harcèlement et de viol. Des menaces de mort. » Quant à la proportion de femmes se disant victime de telles pratiques, elle n’a rien d’anecdotique : 80 % assurent avoir subi des violences psychologiques, 67 % des remarques ou comportements sexistes, 46 % ont été victimes d’attaques en ligne.

42 % ont en outre fait l’objet de menaces de mort, de viol, ou d’enlèvement les visant elles-mêmes ou leurs proches. 39 % évoquent intimidations ou harcèlement. Enfin, 39 % affirment avoir subi des violences sexuelles, 23 % des violences physiques et 29 % des violences économiques, c’est-à-dire des pressions les empêchant d’exercer leur mandat ou de mener leur campagne en les privant d’aides financières auxquelles elles avaient droit.

Des formes de violences très variées, qui s’exercent à n’importe quel moment de la vie politique des élues interrogées, et en n’importe quel lieu. « Les agressions peuvent venir des membres du parlement, survenir lors des meetings, quand les femmes viennent d’être élues… », égrène Nkhensani Kate Bilankulu, députée sud-africaine issue des rangs de l’ANC, qui dirige le Multi-Party Women’s Caucus, au Cap.

Un problème mondial

« Dans les réunions ou dans l’hémicycle, on a en théorie le même temps de parole que les hommes. Mais si on ne se lève pas pour demander la parole, personne ne nous la donne, complète la députée béninoise Mariama Baba Moussa Soumanou. Parfois aussi, les journalistes se retirent avant qu’on parle. Pendant la campagne, l’équipe d’un candidat est venue au dernier moment tenir une réunion exactement à l’endroit où mes partisans avaient préparé un meeting. On a préféré aller ailleurs… Les hommes ne tolèrent pas qu’on soit en concurrence avec eux. »

À discuter avec les femmes élues, d’un bout à l’autre du continent, on se fait vite l’image d’une vie politique africaine particulièrement violente, d’une corporation excessivement misogyne où rôdent machos décomplexés et prédateurs sexuels à l’affût. Erreur d’analyse, corrigent les témoins interrogés : l’UIP a mené le même type d’enquêtes au niveau mondial, puis européen, en 2016 et 2018, posant les mêmes questions aux élues et obtenant des résultats extrêmement comparables. Les parlementaires européennes sont même plus nombreuses que leurs consœurs africaines à se dire victimes de violences psychologiques (85 %) et 25 % d’entre elles évoquent des violences physiques.

La patronne des députées sud-africaines ne se dit « pas surprise » par la similarité des chiffres observés d’un continent à l’autre : « Nos sœurs ont des problèmes dans le monde entier. D’ailleurs, je pense que les chiffres réels sont encore plus élevés car beaucoup n’osent pas se signaler. » Le sujet des violences que subissent les femmes engagées en politique a d’ailleurs fait l’objet, en 2018, d’une étude de la Rapporteuse spéciale des Nations unies en charge de ces questions, l’universitaire croate Dubravka Šimonović.

« En Afrique les femmes sont victimes de discrimination dans la société en général. Elles n’ont pas le droit de prendre la parole en public, surtout devant des hommes, souligne  Oumo Sanogo, membre du parlement malien. Mais les chiffres sont presque les mêmes partout dans le monde donc ce n’est pas qu’une question de culture locale. »

39 % de victimes de violences sexuelles

« Dans l’ensemble, les niveaux sont les mêmes, confirme Martin Chungong. La principale spécificité africaine, c’est l’ampleur des violences physiques – 40 % des femmes interrogées en ont été victimes, contre 17 % en Europe – mais je pense que c’est lié au fait que plusieurs pays sont en situation de crise, de conflit… Vous retrouvez alors au parlement des représentants de groupes qui étaient en conflit sur le terrain et ces oppositions se transportent dans l’hémicycle. Sans compter les raisons religieuses, culturelles… »

BEAUCOUP DISENT : LES FEMMES, IL FAUT QU’ON LES VOIT MAIS QU’ELLES NE S’EXPRIMENT PAS

Selon les femmes ayant témoigné, les violences sexuelles sont sensiblement plus fréquentes en Afrique (39 %) qu’en Europe (25 %) et au dessus de la moyenne mondiale (22 %). Martin Chungong tente prudemment d’analyser le phénomène : « Souvent, et sans vouloir sombrer dans le cliché ou être condescendant, les hommes africains veulent renvoyer une image de force et ça doit se traduire à tous les niveaux. Tous les moyens sont bons. Beaucoup disent : les femmes, il faut qu’on les voit mais qu’elles ne s’expriment pas. »

Le sujet est d’autant plus délicat que beaucoup de victimes d’agression sexuelle préfèrent ne pas se manifester. La honte, comme souvent, les pousse à rester muettes, confirme la Béninoise Mariama Baba Moussa Soumanou : « Quand une femme dit qu’un homme l’a attaquée, on va lui dire qu’elle l’a provoqué. Quant à parler de viol… c’est très difficile, socialement. Une femme qui dit “on m’a violée” peut en pâtir toute sa vie. » Le problème est même décuplé dans le milieu politique, où une femme qui déclare avoir été agressée va souvent se voir répondre que « de toute façon », elle est arrivée au poste qu’elle occupe en jouant de ses charmes voire, plus crûment, en couchant avec le chef de son parti…

« Elle n’a pas le niveau »

À ce préjugé vient fréquemment s’en ajouter un autre, présent chez beaucoup d’hommes mais aussi chez certaines femmes : celui d’être illégitime, de ne pas posséder les compétences requises pour occuper des fonctions politiques et, donc, de « voler » les postes aux hommes, qui à l’inverse sont a priori supposés compétents et « naturellement supérieurs ».

« Ce sont des choses qu’on entend lors de réunions et qui nous visent mais sans avoir l’air de nous être destinées directement : “vous n’avez pas le niveau”, “vous réagissez avec vos émotions”…, confirme Mariama Baba Moussa Soumanou. La question du niveau intellectuel revient toujours quand il faut nommer une femme à un poste, mais jamais à propos des hommes ! Quand il y a des postes à pourvoir aussi c’est difficile, il y a lutte pour le pouvoir et pour beaucoup, la lutte c’est pour les hommes. Intellectuellement, on est pourtant aussi bien pourvues qu’eux, mais ces arguments reviennent toujours et créent un malaise. La politique reste considérée comme un milieu d’hommes. On entend : elle n’a pas le niveau, ou c’est une femme légère… »

CERTAINES DISENT “ON VA SE BATTRE”, MAIS C’EST UNE MINORITÉ. LA PLUPART TROUVENT ÇA INVIVABLE

« Les femmes sont aussi considérées comme insuffisamment productives, ajoute Oumo Sanogo. Si leur enfant tombe malade elles ne vont pas travailler, même chose si elles tombent enceintes… » « Tout ça est fait avant tout pour les décourager, soupire le secrétaire général de l’UIP. Certaines disent “on va se battre”, mais c’est une minorité. La plupart trouvent ça invivable. »

Les attaques sont souvent encore plus marquées lorsque les élues sont célibataires ou veuves, défenseuses des droits des minorités, membres de l’opposition, ce qui amène l’UIP à évoquer des « discriminations croisées » rendant le quotidien de certaines représentantes parfois insupportable. La question de l’incompétence supposée des femmes est d’ailleurs instrumentalisée à tous les niveaux, souligne Martin Chungong : « Parfois nous interpellons les autorités de certains pays sur le manque de parité et on nous répond : “qu’est-ce qu’on peut faire, il y a trop peu de femmes à qui on peut confier des responsabilités ?” »

Quotas et lieux d’écoute

Le plus triste, témoignent certaines élues, c’est que les agressions viennent souvent de collègues parlementaires que les victimes côtoient au quotidien (dans 49 % des cas), et même de camarades du même mouvement politique (41 %). « On a pourtant milité ensemble, mené les mêmes campagnes, on est tous là par la volonté du peuple », souligne avec amertume Oumo Sanogo.

LA TUNISIE, LA SIERRA LEONE, L’OUGANDA, LE BURKINA FASO, LE RWANDA, L’AFRIQUE DU SUD ET LA ZAMBIE S’ATTAQUENT AU PROBLÈME

Une part croissante des hommes occupant des fonctions politiques semble toutefois avoir identifié le problème et, dans plusieurs pays, la législation évolue, des mesures sont prises. Réservation d’une proportion de sièges ou de circonscriptions aux femmes, lutte plus active contre les discriminations ou les actes et propos sexistes, mise en place d’instances permettant aux victimes d’être entendues, parfois de façon anonyme… La situation évolue. La Tunisie, la Sierra Leone, l’Ouganda, le Burkina Faso, le Rwanda, l’Afrique du Sud et la Zambie ont ainsi choisi de s’attaquer au problème et adopté des règles protégeant mieux les femmes victimes de violences sexistes, qu’elles soient ou non des responsables politiques.

Pour Oumo Sanogo, la création de lieux permettant de déposer plainte est sans doute la première priorité mais il y en a d’autres : « Il faut des lieux d’écoute. Les quotas sont aussi une bonne chose : au Mali, les femmes sont plus nombreuses que les hommes donc il faut les encourager à intégrer les instances de décision. Après tout, ce sont elles qui subissent les conséquences des décisions que les hommes prennent à leur place ! »

Mais le problème des violences et du harcèlement que subissent les femmes politiques du continent ne se résoudra qu’avec une évolution des mentalités. Chantier long et ambitieux, conclut la Sud-Africaine Nkhensani Kate Bilankulu : « Il faut éduquer les gens, ça prendra du temps. Il faut expliquer l’impact négatif que ces violences ont sur nos enfants, sur nos sociétés, sur nos pays… Dans beaucoup de familles, les enfants grandissent dans une atmosphère de domination des hommes qui peut être abusive, brutale… Ce sera difficile de changer ça. Et ce sera long. Mais c’est impératif. »

Avec Jeune Afrique par Olivier Marbot

France: Zemmour et Le Pen à l’assaut de l’électorat de Ciotti

décembre 4, 2021

Après la victoire de Valérie Pécresse lors du congrès LR, les deux candidats à la présidentielle ont appelé les électeurs « déçus » à les rejoindre.

Dans la foulee de la victoire de Valerie Pecresse lors du congres LR, Eric Zemmour et Marine Le Pen tentent de seduire les electeurs d'Eric Ciotti.
Dans la foulée de la victoire de Valérie Pécresse lors du congrès LR, Eric Zemmour et Marine Le Pen tentent de séduire les électeurs d’Eric Ciotti.© Quentin reix / MAXPPP / PHOTOPQR/ECHO REPUBLICAIN/MAXPPP

Le malheur des uns fait-il le bonheur des autres ? Quelques heures après la victoire de Valérie Pécresse, désignée samedi comme candidate du parti Les Républicains à l’élection présidentielle, Marine Le Pen puis Éric Zemmour ont appelé les adhérents LR partisans de son rival malheureux à les rejoindre.

À l’annonce des résultats du second tour, samedi, le député des Alpes-Maritimes a immédiatement rallié Valérie Pécresse, mais parmi les milliers d’adhérents qui lui ont apporté leur suffrage, certains pourraient s’en détourner. Avec un peu plus de 39 % des suffrages exprimés : Éric Ciotti dispose d’un joli butin qui a immédiatement attiré les convoitises de Marine Le Pen et d’Eric Zemmour, tous deux bien déterminés à chasser sur les terres du député, à la ligne plus « dure » que Valérie Pécresse sur les questions de sécurité et d’immigration notamment.

Samedi en fin d’après-midi, Eric Zemmour a donc adressé une lettre aux sympathisants d’Éric Ciotti, sur les réseaux sociaux. « Je partage la déception d’Eric [Ciotti] et de ses sympathisants », écrit l’ancien journaliste, qui salue dans le candidat battu « un indiscutable patriote (…) droit, fiable et sincère » dont il « s’enorgueillit d’entretenir avec lui une réelle amitié ». Surtout, le candidat souligne partager toutes les valeurs portées par Éric Ciotti : « la fierté nationale, la sauvegarde des piliers essentiels de notre civilisation, la liberté d’esprit, la grandeur de notre culture, la profondeur du legs chrétien, la puissance de notre armée, de notre industrie, de notre paysannerie, de notre commerce (…) ».

Un large tronc commun de valeurs, selon Eric Zemmour, qui le pousse à appeler les militants LR à le rallier : « Nous sommes si proches et avons tant en commun ! (…) Nous pouvons faire ensemble des choses inoubliables. (…) Vous pouvez compter sur moi et je sais que c’est réciproque. Je vous attends, demain [une référence au meeting que tiendra le candidat dimanche 5 décembre], bientôt ».

Pécresse, « la plus macroniste »

Quelques heures plus tôt, la candidate du RN à la présidentielle Marine Le Pen a également appelé samedi les électeurs LR « déçus » par la désignation de Valérie Pécresse, « la plus macroniste », à la rejoindre.

« Je suis malheureuse pour les électeurs LR » car Valérie Pécresse, qui a remporté la compétition interne face à Éric Ciotti au second tour, est « la plus macroniste » des prétendants de la droite dans la course à l’Élysée, a affirmé Mme Le Pen devant la presse, en marge d’une réunion à Varsovie des partis européens souverainistes d’extrême droite et conservateurs.

Selon elle, Mme Pécresse a « quasiment exactement le même profil qu’Emmanuel Macron » et a « très certainement sur un nombre considérable de sujets les mêmes positions », à tel point que se posait la question qu’elle devienne son Premier ministre, a-t-elle accusé.

« C’est triste pour les électeurs LR » qui « ont exprimé leur souhait de sortir de ce côté Macron compatible » et « n’auront pas réussi à faire cela », d’après la candidate du Rassemblement national. « Ils ont toujours la possibilité de venir participer à ma campagne où ils trouveront une défense assumée, décomplexée, de la Nation, de l’identité, des frontières », a-t-elle enchaîné.

« Le positionnement qu’a exprimé Éric Ciotti sur beaucoup de points correspond à la fermeté que nous souhaitons voir mettre en œuvre dans le domaine de l’insécurité et de l’immigration », a-t-elle appuyé au sujet du très droitier député des Alpes-Maritimes, qui a été défait avec 39 % des voix contre 61 % à la présidente de l’Ile-de-France.

Par Le Point

Agence française de développement : Christian Yoka à la direction du département Afrique

décembre 4, 2021

Passée sous silence, la nomination du Congolais Christian Yoka au poste de directeur du département Afrique de l’Agence française de développement ( AFD) a été annoncée le 6 juillet dernier par Rémy Rioux, directeur général du groupe AFD.

Christian Yoka

Christian Yoka / AFD

En remplacement de Rima Le Coguic, nommée directrice exécutive adjointe d’Expertise France chargé des opérations de la future filière d’expertise technique du groupe AFD, Christian Yoka, vingt ans après avoir intégré cette agence et ancien directeur régional pour l’Afrique de l’est depuis août 2018, dispose d’une longue expérience de terrain sur le continent africain.

Avant d’être à la tête de cette direction régionale comptant une dizaine de pays, il fut directeur régional pour le Cameroun, la République centrafricaine et la Guinée équatoriale entre 2016 et 2018 et auparavant directeur régional pour l’Éthiopie, le Soudan, le Sud-Soudan, l’Érythrée et la Somalie, de 2013 à 2016. Il fut également directeur de l’AFD en République démocratique du Congo, de 2009 à 2013.

Il a pris les rênes du département Afrique, qui représente à lui seul plus de 40 % des engagements de l’Agence. C’est le premier dirigeant d’origine subsaharienne nommé à ce poste désormais à la tête d’un pôle composé de cinq cents personnes.

À propos du cursus du Congolais, notons qu’il est juriste de formation, diplômé d’un DESS en droit et fiscalité de l’Université Paris Panthéon-Sorbonne et d’un master en droit bancaire et financier de l’Université de Boston. 

Avec Adiac-Congo par Marie Alfred Ngoma

Macron et le prince héritier saoudien ensemble pour aider le Liban

décembre 4, 2021
Macron et le prince heritier saoudien ensemble pour aider le Liban
Macron et le prince héritier saoudien ensemble pour aider le Liban© Saudi Royal Palace/AFP/Bandar AL-JALOUD

Le président français Emmanuel Macron a terminé samedi sa tournée express dans le Golfe en lançant une initiative pour aider le Liban avec le prince héritier saoudien Mohammed ben Salmane, avec lequel il affirme avoir eu une discussion « sans tabou » sur les droits de l’Homme.

Les retrouvailles avec l’homme fort de Ryad, « MBS », étaient très attendues, trois ans après le choc provoqué par l’assassinat du journaliste saoudien Jamal Khashoggi dans le consulat du royaume à Istanbul.

« Nous avons parlé de tout sans aucun tabou. Et nous avons pu évoquer évidemment la question des droits de l’Homme (…) et cela a été un échange direct », a déclaré Emmanuel Macron. « Les prochaines semaines et les prochains mois nous permettront de voir si nous avançons sur ce sujet. »

Ryad avait affirmé que l’assassinat de Khashoggi avait été commis par des agents saoudiens ayant agi seuls mais un rapport des services de renseignement américains accuse le prince héritier de l’avoir « validé », une accusation rejetée avec force par l’Arabie saoudite.

Emmanuel Macron a justifié sa rencontre avec le prince héritier, l’une des premières pour un dirigeant occidental depuis cette affaire, parce que « le dialogue avec l’Arabie saoudite est une nécessité » en raison de son « poids démographique, économique, historique et religieux ».

Les deux dirigeants ont, a rapporté M. Macron, « longuement parlé » du Liban au cours de leur entretien au palais royal de Jeddah (ouest) avant d’appeler ensemble au téléphone le Premier ministre libanais, Najib Mikati, pour tenter de trouver une issue à la brouille diplomatique entre Beyrouth et Ryad.

« Réengagement »

« L’Arabie saoudite et la France veulent s’engager pleinement » en vue d’un « réengagement de la relation » entre Beyrouth et le royaume.

L’Arabie saoudite a rappelé fin octobre son ambassadeur à Beyrouth et expulsé l’ambassadeur libanais à la suite de propos du ministre de l’Information George Kordahi critiquant l’intervention militaire menée par le royaume saoudien, à la tête d’une coalition, au Yémen et défendant les rebelles Houthis pro-iraniens dans ce pays.

M. Kordahi a depuis annoncé sa démission vendredi, en soulignant que c’était un souhait de la France.

Ryad a également interdit les exportations en provenance du Liban, et trois autres pays du Golfe –Bahreïn, les Emirats arabes unis et le Koweït– ont pris des mesures de rétorsion à l’égard de Beyrouth. Ce qui a encore aggravé la sévère crise économique libanaise.

MM. Macron et Ben Salmane ont également exprimé leur « volonté que le gouvernement (libanais) puisse travailler de manière normale, se réunir au plus vite, et mener les réformes utiles », a ajouté le président français, précisant qu’il appellerait dimanche son homologue libanais Michel Aoun.

Le Premier ministre libanais Najib Mikati a de son côté évoqué sur Twitter un « pas important vers la reprise des relations fraternelles historiques avec l’Arabie saoudite » après l’entretrien téléphonique.

Les autorités saoudiennes n’avaient, elles, pas communiqué sur cette initiative commune après le départ de M. Macron pour Paris.

« Voyage utile »

Ce dernier s’est déclaré satisfait de sa tournée qui l’a mené en deux jours aux Emirats, au Qatar et en Arabie Saoudite.

« C’était un voyage utile » car  » notre présence ici, dans ce moment géopolitique, était importante », a-t-il déclaré, alors que les pays du Golfe cherchent à diversifier leurs interlocuteurs avec l’attention américaine désormais tournée vers l’Asie.

Son escale à Dubaï lui a permis d’acter un accord historique pour l’acquisition par les Emirats de 80 avions de combat Rafale –commande record pour l’avion de chasse entré en service en 2004– pour 14 milliards d’euros. D’autres contrats militaires (hélicoptères et armements) ont fait grimper le total à 17 milliards d’euros.

En Arabie, Airbus fournira 26 hélicoptères civils à une société saoudienne, tandis que Veolia a remporté un contrat de gestion des services d’eau potable de Ryad, ont annoncé samedi les deux groupes.

Veolia a aussi étendu ses liens avec le géant pétrolier Saudi Aramco. Il devient son « partenaire exclusif » pour le traitement de ses déchets industriels et banals, soit 200.000 tonnes par an venant s’ajouter aux 120.000 tonnes de déchets dangereux déjà pris en charge par le groupe français.

A Doha, Emmanuel Macron a « remercié » le Qatar d’avoir organisé l’évacuation de 258 Afghans de leur pays, désormais aux mains des talibans, et « menacés en raison de leurs engagements » ou « de leurs liens avec la France ». Ces réfugiés doivent être rapatriés vers l’Hexagone après être passés par l’émirat.

Par Le Point avec AFP

Les Gambiens élisent leur président pour panser les plaies de la dictature et du Covid

décembre 4, 2021
Les Gambiens elisent leur president pour panser les plaies de la dictature et du Covid
Les Gambiens élisent leur président pour panser les plaies de la dictature et du Covid© AFP/JOHN WESSELS

Les Gambiens se sont rendus en masse samedi dans les bureaux de vote pour élire leur président, vote crucial pour une jeune démocratie qui cherche à surmonter son passé dictatorial et les effets du Covid-19 sur une économie fragile.

Des files de centaines de personnes s’étaient déjà formées devant les bureaux de vote de la capitale Banjul et de ses environs avant même leur ouverture à 8H00 (locales et GMT).

Alice Jarjue, 27 ans, qui travaille dans la restauration, est arrivée à 5H00 au marché de Manjakunda. Quatre heures plus tard, son tour est venu alors que plus de 500 personnes, hommes, femmes, jeunes et personnes âgées, faisaient la queue sans impatience sous les halles vidées de leurs vendeurs, mais où couraient encore poules et poussins.

Après vérification de son identité, les agents de vote en tee-shirt blanc lui ont fait tremper l’index dans une encre violette indélébile plusieurs heures pour qu’elle n’aille pas voter ailleurs, et lui ont remis une bille puisée dans un sac en tissu. Elle est entrée dans l’isoloir drapé de noir et a glissé la bille à travers un tuyau dans un des bidons aux couleurs et à l’effigie de chacun des candidats, technique de vote propre à la Gambie instituée sous la colonisation à cause d’un illettrisme répandu.

Comme les autres, elle souligne l’importance du vote et espère surtout qu’il se déroulera dans le calme. « La Gambie est un pays pacifique. Il faut qu’elle le reste. Si c’est un autre qui gagne (que votre candidat), il faut le respecter ».

Environ un million de Gambiens, sur une population de deux millions, étaient appelés à choisir parmi six candidats, tous des hommes, celui qui dirigera pendant cinq ans le plus petit pays d’Afrique continentale, qui est aussi un des plus pauvres au monde.

Il n’y a qu’un tour. Les premiers résultats pourraient être connus dès dimanche.

Des dizaines d’électeurs s’alignaient encore 30 minutes avant la fermeture devant les isoloirs de l’école préélémentaire de Kololi à Serekunda près de Banjul, où l’on votait encore passé l’horaire prévu.

Le sortant Adama Barrow a affirmé sa foi dans la victoire en votant près du palais présidentiel. « Ce sera le plus grand raz de marée électoral dans l’histoire de ce pays (…) Dans 24 heures, nos électeurs feront la fête dans les rues ».

Celui qui est présenté comme son principal concurrent, Ousainou Darboe, 73 ans, venu voter appuyé sur un déambulateur à Serekunda, près de Banjul, a remercié Dieu de lui avoir « donné la force de diriger ce pays ».

Il y a cinq ans, Adama Barrow, ancien promoteur immobilier aujourd’hui âgé de 56 ans et alors quasiment inconnu, avait déjoué les pronostics et battu le dictateur Yahya Jammeh après plus de vingt ans de régime caractérisé par une multitude d’atrocités commises par l’Etat et ses agents: assassinats, disparitions forcées, viols, actes de torture…

M. Jammeh, qui refusait de reconnaître sa défaite, a finalement été forcé à s’exiler en Guinée équatoriale sous la pression d’une intervention militaire ouest-africaine.

La présidentielle de 2021 est la première sans lui depuis 1996.

L’éventualité qu’il ait à rendre des comptes est un des enjeux de l’élection, avec la crise économique.

Adama Barrow revendique le retour des libertés, la construction de routes et de marchés, et la pacification des relations avec la communauté internationale.

Eternel second

Ousainou Darboe, avocat défenseur des droits humains, quatre fois deuxième derrière Yahya Jammeh à la présidentielle, accuse M. Barrow d’avoir manqué à tous ses engagements pour rester au pouvoir.

M. Barrow est revenu sur sa promesse initiale de ne rester que trois ans au pouvoir. Il a beaucoup atténué ses engagements passés à faire rendre justice aux responsables des crimes des années Jammeh.

Son parti nouvellement créé a au contraire noué une alliance avec celui de l’ancien autocrate.

Le prochain président devra décider s’il suit ou non les recommandations d’une commission chargée d’enquête sur la période Jammeh, qui a demandé que les responsables des crimes commis à cette époque soient jugés.

Les Gambiens interrogés samedi exprimaient l’espoir que les résultats du vote soient acceptés et que leur démocratie s’en trouve consolidée. D’autres évoquaient une autre préoccupation.

Près de la moitié des Gambiens vivent sous le seuil de pauvreté. Le pays a été durement touché par le Covid-19. En dehors de l’agriculture, le pays, avec ses plages sur l’Atlantique, vivait du tourisme, dont les flux se sont taris. Les Gambiens souffrent du chômage, de l’augmentation des prix du riz, du sucre ou de l’huile, mais aussi des coupures d’eau et du manque d’accès aux soins.

Babacar Diallo, 48 ans, commerçant, est lui aussi allé voter très tôt. « C’est très important, parce que nous voulons le changement. Les temps sont très durs ».

Par Le Point avec AFP