Conte : Le Roi de la basse-cour

Joh le Canard était le roi de la basse-cour. Il avait un plumage tout blanc de la tête jusqu’aux bas de ses pattes de palmipèdes. Il était très arrogant, fier et opulent. Il commandait à tout le monde aussi bien à ses deux femmes qui étaient des cannes, de la même nature que lui. Des femelles qui lui avaient donné de nombreux enfants, des petits : des cannetons de toute beauté identique.

Joh le Canard, ce grand Roi de la cour régnait aussi sur l’autre partie de la volaille composée d’un grand Coq, Kati, qui avait cinq poules comme femmes et de nombreux enfants, des poussins.

En sa qualité de Roi, imbu d’une grande autorité qui lui conférait le prestige et le respect; il marchait majestueusement avec son port royal orné de plumes luisantes, toujours entouré de sa famille de palmipèdes et des gallinacées.

Le Roi avait sorti un règlement dans la cour royale qui était affiché au pied de l’avocatier,  interdisant au Coq de chanter. Alors que dans la vie des gallinacées, une fois ayant atteint l’âge de la maturité, devenu grand, le coquelet a le plein droit de chanter.

Cependant dans la cour voisine du village environnant se trouvait un coq qui avait l’habitude de chanter. C’est lui qui réveillait son village, aussi bien que la cour royale de Joh. Il avait un grand champ de liberté à tel point qu’il pouvait chanter à tout moment, comme il voulait. Il se donnait du plaisir pour faire entendre sa voix et son chant au-delà des frontières villageoises.

Joh le Canard avait ordonné à toute la maisonnée, sa basse-cour de surveiller Kati, le Coq de chanter. Kati ne comprenait pas l’ordre auquel il obéissait lui interdisant de faire éclater, résonner sa voix, son chant aux confins de son gosier. Chaque fois qu’il voulait s’exprimer librement, chanter comme ses amis coqs, il était toujours persécuté et poursuivi devant la cour du Roi puis condamner à de lourdes peines, des sanctions affligées contre lui consistant à gratter le sol pour manger et picorer. Cette punition qui était à la fois un sort pour sa condition d’animal inférieur, résonnait mal dans sa conscience. Cela commençait à le faire réfléchir.

Et à chaque fois que Kati, le Coq se promenait avec ses cinq femmes, quand il arrivait derrière la maison du Roi, au moment où sa famille picorait, lui, il s’entraînait à la boxe devant le miroir qui était placé derrière la maison royale. Dans ce miroir, il voyait son propre double, croyant que c’était un autre coq. Ses femmes et ses enfants le traitaient de mari stupide qui se battait seul, comme un fou, parlant parfois seul : gauche, gauche, droite, droite, K.O.

Toutes ses femmes se moquaient de lui en disant : »Regardez Kati qui se bat seul, il croît être en face d’un rival, un autre coq alors qu’il est en présence de sa propre image. Il ne connaît pas le pouvoir qu’à le miroir de nous refléter notre image, de nous découvrir ».

Un jour Kati le Coq se promenait dans la cour, entendit chanter le coq voisin. Quand il tenta de chanter par une réplique pour manifester sa présence; Joh le Canard l’effraya de son puissant bec, grand ouvert, articulé par des gestes de combat, des mouvements  devenus familiers à Kati.

Cette fois-ci, Kati n’était point intimidé, il n’avait plus peur. Il s’éloigna un peu en courant. Aussitôt, il se braqua, s’arque bouta et sauta sur la face de Joh avec tous ses griffes : Plouf ! Prouf ! Prouf !

Le combat de Kati le Coq et de Joh le Canard débuta sur une violence inattendue à la grande surprise et stupéfaction de tous. Il dura pendant une heure. Les deux familles des palmipèdes et des gallinacées se séparèrent. Chacune dans son coin, regardait admirablement le combat qui se déroulait au milieu de la cour royale.

Kati le Coq malgré son poids plume, devant un poids lourd de Canard, menait le combat, à plusieurs reprises, sur le ring de la basse-cour, avec des crochets de son bec, des envolées de ses pattes et des uppercuts de ses ailes.

Joh le Canard n’en pouvait plus, il était fatigué et essoufflé. Ne pouvant plus faire face au combat, il prit la fuite. Et Kati courait derrière lui avec ses cuisses bicyclettes entraînant toute la basse-cour qui les suivait par des acclamations : Vive Kati ! Vive Kati ! Vive Kati !

Après trois tours de ring, Kati rattrapa Joh le Canard.

Au douzième round, Kati assena un coup fatal, de grand retentissement public, qui le mit à genoux.

Et dès que le combat fut terminé, Kati le coq chanta : j’ai gagné, j’ai gagné : coquerico, coquerico.

Je suis devenu le Roi de la basse-cour.

Le coq voisin répliqua aussi par un chant : coquerico, coquerico.

Les femmes de Kati coururent vers lui, le couvraient de doux baisers et des câlins sur ses plumes rouges mais aussi le long de son bec. Ses enfants le tenaient par les pattes, époussetaient ses plumes couvertes de la poussière du combat.

Kati ne cessait de continuer à chanter : coquerico, coquerico pour dire j’ai gagné, j’ai retrouvé ma liberté de chant.

Depuis ce jour, pour éviter des problèmes de cohabitation, les gallinacées se séparèrent des palmipèdes et Kati prit toute sa famille pour aller fonder son foyer dans l’autre village, créant sa république où il pouvait chanter au gré de son loisir et au plaisir de son bec.

© Bernard NKOUNKOU

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