Conte : La Cultivatrice, le Singe vervet et l’Aigle

Une Cultivatrice vivait son veuvage dans l’’île de Barbade peuplée de Singes vervets.

Un jour dans le rythme quotidien de ses activités hebdomadaires, Koumba partit aux champs avec son bébé Mathy pour cultiver ses plantations d’agrumes et d’épices.

Elle prit la précaution d’allaiter son bébé au pied d’un grand arbre. Celui-ci avait un beau feuillage car il étalait majestueusement son ombre jusqu’au sol à la belle et grande dimension de ses branches opulentes et robustes comme une reine des bois. Quand elle eût fini de satisfaire le besoin alimentaire de Mathy, elle la plaça sur une petite natte, la couvrant de son pagne indigo.

Koumba se dirigea vers la surface cultivable pour piocher, bêcher, sarcler pendant des heures, prenant de la cendre, par endroits, sous le fumoir d’herbes mortes, afin de la saupoudrer en guise d’engrais naturel. Elle prenait dans sa pépinière des jeunes pousses qu’elle transplantait sur le dos arrondi de ses sillons.

Un moment dans la régularité de ses mains de Cultivatrice, chargée de remplir ses nombreuses tâches, Mathy commença à pleurer dans la solitude de sa présence sous le bel arbre. Sa maman faisait la sourde oreille, la blâmant à distance tout en priant de lui demander de se taire.
-Tu ne peux pas la fermer. Je sais que c’est ton heure de l’allaitement. Patiente un peu, je vais venir te prendre dans mes bras.

Le bébé redoubla ses pleurs qui produisirent un fort écho d’alerte dans la nature sauvage. Un Singe vervet, à la barbe jaune aux poils verts et à la queue longue, qui jacassait du haut de l’arbre avec sa guenon, descendit rapidement, se balançant entre les branches dans une agilité experte jusqu’à se tenir en face de Mathy. Il la prit dans ses bras et monta avec elle pour la donner à sa femelle afin de l’allaiter. Celle-ci accueillit le bébé avec joie, le colla à sa poitrine et lui donna à sucer son sein qui était chargé de lait maternel de mammifère. Mathy trouva plaisir dans la substance et cessa de pleurer. La Guenon caressait la nouvelle-venue dans leur famille tout en fouillant des poux dans sa chevelure touffue et abondante.

Quand Koumba n’entendait plus les pleurs de son bébé, elle croyait qu’elle s’était endormie dans le désespoir de ne voir venir sa mère. Elle continuait tranquillement son activité champêtre sans un brin d’inquiétude et une pointe d’intuition.

Un Pigeon sauvage roucoulait pour annoncer le temps, à l’approche du crépuscule. Elle arrosa ses plants et se dirigea sous l’arbre d’où elle avait laissé son bébé.

Grande était sa stupéfaction et sa désolation ! Elle cria désespérément, en tenant sa tête et en frappant ses pieds au sol : « Ah, mama mwané, Ah, mon enfant ! »

Soudain, elle entendit au sommet de l’arbre, un couple de singes qui jacassait. Levant ses yeux en leur direction, elle vit dans les bras de la femelle, Mathy qui était collée à sa poitrine dans la douceur de la chaleur maternelle avec de nombreux câlins d’affection.

Koumba proféra aux singes d’énormes insultes, ramassa ses effets personnels et rentra en pleurant au village.

Arrivée à la limite et à l’entrée du rayon d’habitation, elle éclata en sanglots. Toute la population accourut vers elle, lui demandant ce qu’elle avait vécu aux champs. Elle expliqua sa mésaventure en suffoquant qu’un couple de singes lui avait volé son bébé humain Mathy.

Reçue par le chef du clan qui la consola. Celui-ci leva les yeux au ciel, fit un oracle et prédit que le bébé était sans danger. Il ajouta : « ne crains rien, car il passera une bonne nuit comme leur propre enfant. Ils ont voulu te donner une bonne leçon puisque tu avais laissé pleurer sans assistance, le fruit de tes entrailles, très cher dans la vie des animaux ».

Le chef calma les esprits à ne point céder à la panique et demanda à son cousin Mâ Paulo, le chasseur, de l’accompagner le lendemain, après le lever du soleil, sans aucun attroupement.

La nuit égrena ses heures au rythme du temps, bouscula Koumba dans son sommeil jusqu’à lui provoquer des cauchemars de monologue : « je reconnais mon tort…pardonne-moi Mathy de t’avoir laissé toute seule quand tu pleurais ». Elle sursauta de son lit. S’agenouilla et pria pour retrouver sain et sauf son bébé.

L’aube pointa ses premiers pas, au seuil du jour, dans la belle mélodie des moineaux enchanteurs dont le pépiement accostait les oreilles des habitants pour annoncer le réveil.

Koumba et son cousin, le chasseur, se rendirent aux champs, au lieu du rapt. Elle lui montra l’arbre des singes ravisseurs. Il scruta le feuillage et découvrit le couple qui prenait soin de Mathy. Connaissant le comportement des Singes vervets, il demanda à sa cousine de se cacher sous le bosquet d’en face car à cette heure de la journée, ils descendent souvent pour chercher leur nourriture.

Épiant dans l’impatience les hominidés, le mâle descendit, suivi de sa femelle qui portait précautionneusement Mathy. Ils vinrent s’étendre sur l’herbe baignant au soleil doux du matin.

Le Singe, après cette détente ludique, partit à la cueillette des fruits pour nourrir sa guenon et la petite Mathy.

Affamée, elle commença à pleurer et ses cris attirèrent l’attention d’un aigle royal, brun sombre, à la nuque jaune doré, à sang chaud, qui venait du mont Hillaby de Barbade, le sommet le plus élevé de l’île. A leur vue, le rapace se cacha. La Guenon prit sa progéniture d’adoption dans ses bras pour l’allaiter jusqu’au point culminant de sa satisfaction. Elle se calma et dormirent collées dans la chaleur réciproque de la poitrine sur l’herbe grasse.

Koumba et son cousin, Mâ Paulo le chasseur, surveillaient tous leurs mouvements et gestes. Les rayons du soleil apportèrent leur dose d’ivresse dans le sommeil profond. L’Aigle royal dans un élan de décision, déploya ses ailes, fonça sur sa multiple proie endormie, les captura dans la puissance de ses griffes, emportant en l’air la guenon qui criait et tenait fermement Mathy. Mais le pincement du prédateur, dans sa chair, augmenta sa douleur, au point où elle lâcha son bébé qui vint tomber dans un grand nid de grue couronnée. Abasourdie, Koumba se voila le visage d’émotion de ses dix doigts. Et son cœur battait la chamade.

Grands témoins de ce spectacle ahurissant plein de désolation, le chasseur tira un coup qui effraya l’Aigle, laissant tomber, cette fois-ci, la Guenon qui, à sa chute, s’enfuie dans la brousse avec les marques de ses griffes.

Les pleurs de Mathy orientèrent ses parents et ils le virent perché dans le creux du nid du grand échassier.

Mâ Paulo monta sur l’arbre avec un pagne de sa cousine, prit sa nièce et descendirent dans la grande joie des retrouvailles. Elle donna le bébé à Koumba qui la couvrit de mille baisers, ses yeux larmoyaient avec une coulée de morve du dépit d’affection. Elle changea ses habits sales, trempés d’urine et sentant une odeur de matières fécales. Mathy esquissait un sourire qui illumina le visage de sa mère. Elle regarda son bébé si elle avait des traces de blessures mais n’en avaient point. Elle leva ses yeux en l’air pour une action de grâce céleste.

Ils rentrèrent au village, chantant et dansant d’avoir retrouvé Mathy vivante.

Ils racontèrent au village leur témoignage et leur aventure à toute la communauté.

Le chef du clan remercia la bonté de la nature – tant du Singe que de l’Aigle – d’avoir restitué le bébé comme le révélait sa vision d’oracle. Il appela tous les enfants du village pour saluer le retour de Mathy. Il organisa une petite fête pour la circonstance dans la joie parfaite de la communion entre les humains et les animaux.

Dans notre existence terrestre, tous les animaux qui nous entourent, méritent du respect car chacun d’eux joue un rôle utile à la dimension de sa présence.

© Bernard NKOUNKOU

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