Obama gagne le respect des militaires

Le président est en passe de surmonter la méfiance des troupes américaines grâce à sa décision audacieuse contre Ben Laden.

C’était mercredi dernier à la Maison-Blanche, à peine trois jours après le raid lancé par les forces spéciales américaines sur le repaire d’Oussama Ben Laden au Pakistan. Barack Obama était ému et souriant, tandis qu’il regardait une longue ligne de vétérans de guerre, amputés de leurs jambes installés sur des vélos et des fauteuils roulants, se préparer à prendre le départ d’une course à son signal. «Vous m’inspirez, leur a-t-il lancé avec chaleur. Vous avez gagné votre place parmi les plus grandes générations d’Américains», a ajouté le président, rendant hommage «au courage» et «à l’esprit de sacrifice» des militaires et de leurs familles, avant de souffler avec bonne humeur dans une corne.

Un président libéral face à une institution conservatrice

Deux jours plus tard, il était debout face à une mer d’uniformes, à Fort Campbell, chez les hommes de la 101 division aéroportée qui se bat en Afghanistan, exprimant son appréciation de leur «dévouement» et de leur «professionnalisme». Il venait de rencontrer en privé les Navy Seals des opérations spéciales qui avaient mené, sur son ordre, le raid d’Abbottabad contre Ben Laden. Les soldats ont applaudi avec énergie le commandant en chef qui venait de leur donner la possibilité de remporter une victoire historique contre le chef d’al-Qaida. L’atmosphère cordiale montrait le chemin parcouru par Obama dans ses relations avec les militaires pour établir une relation de confiance. «C’est, au minimum, une relation de vrai respect», confirme Andrew Exxum, un ancien officier, aujourd’hui analyste au Centre for New American Security.

Ce n’était pas si évident au départ. Le moins que l’on puisse dire est qu’Obama n’avait pas été le favori de l’armée pendant la campagne. Le cœur des militaires allait spontanément à son adversaire républicain John McCain, ancien pilote de chasse ayant servi au Vietnam, doté d’une connaissance intime des questions de sécurité. Peu versé sur les dossiers de défense, n’ayant jamais servi sous les drapeaux, le jeune sénateur démocrate était au contraire connu pour son opposition à la guerre en Irak. Il avait fait du retrait des troupes un leitmotiv de son programme.

Mais le président a su prendre «des décisions clés» dès le départ en ayant la sagesse de garder au Pentagone le secrétaire à la Défense de Bush, Robert Gates, note le journaliste du New York Times David Sanger, qui couvre la Maison-Blanche. Obama a aussi installé au Conseil de sécurité nationale un ancien des marines, James Jones, «un choix très délibéré». Son recours systématique aux drones pour frapper les positions d’al-Qaida a aussi rassuré les militaires sur ses intentions. Il a su développer une relation «basée sur la discussion», note le général Dubik, qui s’occupait de la construction de l’armée afghane au Pentagone avant de devenir l’une des têtes de proue de l’«Institut de la guerre».

«La manière dont Obama a avancé pour prendre ses décisions en Irak et en Afghanistan, confirmant le retrait dans le premier cas et approuvant l’envoi substantiel de troupes réclamé par les militaires dans l’autre», a été bien perçu, affirme l’ancien officier général. Révélant un commandant en chef plus prompt à s’engager dans les guerres «nécessaires» que sa réputation de libéral ne le laissait croire. «Un président libéral a nécessairement plus de mal pour établir sa relation avec le monde militaire, généralement conservateur, note Andrew Exxum. Mais il ne faut pas exagérer ce prisme. Bush n’était pas si populaire qu’on l’a dit, dans une armée épuisée par 10 ans de guerre. De plus, comme le montre l’officier Jason Denpsey dans son livre Notre Armée, l’institution militaire n’est pas très politisée. Si le corps des officiers est plutôt républicain, la troupe reflète largement les humeurs de la population.»

Gestion en douceur

Exxum, comme Dubik, souligne aussi que la bonne relation qu’Obama a établie avec le haut commandement, notamment le chef d’état-major interarmes Mike Mullen, a également joué en sa faveur. «C’est comme un mariage, on apprend à se connaître», dit Dubik.

Bien sûr, des tensions sont apparues. Ainsi le limogeage subit du général Stanley McChrystal de son poste de commandant des troupes en Afghanistan, après une interview controversée accordée au journal Rolling Stone, a-t-elle souligné le souci de la présidence de mettre l’institution militaire sous contrôle civil, et de ne pas lui laisser dominer la communication sur la guerre. «Mais même cet épisode a été géré en douceur, ce qui montre l’absence de tensions fondamentales entre l’institution et le pouvoir civil, dit Andrew Exxum. Le fait qu’Obama ait rappelé McChrystal pour travailler sur le dossier des familles de militaires est significatif», juge-t-il.

La prise de conscience croissante, par Obama lui-même, du rôle central des militaires dans l’équation de la nation américaine semble avoir joué. La place considérable que le «commandant en chef» accorde dans ses discours à la question du sacrifice fourni par les soldats est à cet égard révélatrice, de même que l’important programme de soutien aux familles de militaires que Michelle Obama a mis sur pied. Il ne se passe pas une semaine sans qu’Obama ne mentionne les troupes. «Il ne porte pas de treillis comme Bush, mais ce n’est pas ce qui compte», souligne le général Dubik. Ni lui ni Exxum ne se risquent à dire si la mort de Ben Laden offrira à Obama une partie du vote militaire. Mais sa capacité de prendre une décision ultrarisquée et audacieuse semble lui avoir acquis «l’admiration» de l’institution, dit Andrew.

Lefigaro.fr Laure Mandeville

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