FMI : trois candidats pour un fauteuil

Les candidatures à la direction du FMI peuvent être déposées jusqu’à minuit ce vendredi. Christine Lagarde, le Mexicain Agustin Carstens et le Kazakh Grigory Marshenko sont en lice. Revue de leurs arguments de campagne.

Apprentis globe-trotters, les candidats à la succession de Dominique Strauss-Kahn à la tête du Fonds monétaire international mènent campagne. Christine Lagarde, la ministre française de l’Économie, est partie favorite malgré sa possible mise en cause dans l’affaire Tapie. Le directeur de la Banque centrale mexicaine, Agustin Carstens, a endossé le rôle de challenger, tandis que le Kazakh Grigory Marshenko fait de la figuration. Les inscriptions clôturent vendredi. Des candidats de dernière minute ne sont pas à exclure.

Les trois candidats connus tentent de séduire les électeurs qui comptent: les grands pays comme la Chine, le Brésil ou encore l’Inde. Ces votants sont encore indécis, ou cachent habilement leur préférence. Passage en revue des arguments avancés par les candidats pour remporter leurs voix.

• Christine Lagarde: une politique prête à l’emploi

Même si elle part largement favorite, Christine Lagarde mène une campagne intense dans les pays émergents. Seul candidat dans ce cas, elle fait l’unanimité sur son continent d’origine, l’Europe. Du côté des États-Unis, Barack Obama n’a pas exprimé ses préférences, mais la secrétaire d’État Hillary Clinton soutient la Française. Le Japon devrait suivre. Europe, Amérique du Nord et Japon: cela devrait suffire à faire élire Christine Lagarde.

Reste à persuader les puissances émergentes. Aux Chinois, Christine Lagarde a laissé entendre la possibilité d’offrir un poste de directeur adjoint pour Zhu Min, conseiller économique au FMI et ancien directeur adjoint de la Banque centrale chinoise. «Elle peut aussi leur assurer une certaine communauté de vue sur la question de la réforme du système monétaire international», ajoute Christophe Destais, directeur adjoint du CEPII (Centre d’études prospectives et d’informations internationales).

À l’Inde et au Brésil, la Française peut rappeler que, comme DSK, elle n’est pas qu’une gestionnaire, mais aussi et surtout une politique. Elle peut ainsi s’engager à rééquilibrer le FMI en leur faveur, en leur proposant de leur donner le droit de verser une plus grosse cotisation -les quote-parts- à l’organisation. Surtout, Christine Lagarde apparaît comme la candidate la mieux préparée pour affronter la crise de la dette européenne aux commandes du FMI : elle a déjà les mains dans le moteur.

• Agustin Carstens: nouveau monde mais vieille école

«Carstens? C’est un «Chicago Boy», un économiste libéral formé à l’école de Chicago», souligne d’emblée Jérôme Sgard, économiste au CERI (Centre d’études et de recherches internationales). Qui plus est, un directeur de Banque centrale. «Il aurait été excellent dans les années 90, lorsque le Fonds pratiquait le consensus de Washington (une aide financière contre beaucoup de rigueur)», selon Sophie Matelly, de l’IRIS (Institut de relations internationales et stratégiques). «Mais aujourd’hui que le FMI a commencé à changer de doctrine, sa seule force, c’est de provenir d’un pays émergent.»

Et encore. Outre le Mexique, seuls les petits États d’Amérique latine se sont empressés de le soutenir (Venezuela, Bolivie, Pérou, Panama, Uruguay, Mexique, Paraguay, Bélize, Honduras, Guatemala, République dominicaine, Nicaragua, Costa Rica). Chez les «grands» de la région, la Colombie est l’unique supporter du Mexicain. Le Brésil, qui ne se prononcera qu’après la clôture des inscriptions, le juge trop proche des États-Unis. L’Argentine et le Chili estiment qu’il est trop libéral. Un jugement auquel pourrait également se ranger l’Inde, traditionnellement tiers-mondiste.

• Grigory Marchenko: à peine lancé, déjà lâché

Le candidat du Kazakhstan est un ovni. On ne sait pas trop ce qu’il fait là. Les Russes l’ont poussé à se présenter pour ensuite le lâcher en rase campagne, lorsque le président Dimitri Medvedev a choisi de soutenir Christine Lagarde lors du G8 de Deauville. «Confier une responsabilité aussi importante à un pays aussi insignifiant politiquement et financièrement, c’est inimaginable!», tranche un observateur.

Comme Carstens, Marshenko présente un profil classique de directeur de Banque centrale. «Cela montre bien que les émergents n’arrivent pas à faire proposer un leader politique pour le poste à même de propulser les réformes, alors même que ce sont eux qui luttent contre ce qu’ils appellent la pensée unique du FMI», observe Sophie Matelly.

Lefigaro par Guillaume Guichard

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