L’une des résistantes les plus décorées s’est éteinte

Membre éminente de la Résistance française, Nancy Wake avait figuré en tête de la liste des personnes recherchées par la Gestapo. Les nazis, auxquels l’Australienne ne cessait d’échapper, l’avaient surnommée la souris blanche.

C’était l’une des résistantes les plus décorées de la Seconde Guerre mondiale avec une dizaine de médailles du monde entier à son actif. Nancy Wake s’est éteinte dimanche à Londres, à quelques jours de son 99e anniversaire. Son nom est moins connu en France que celui des Aubrac mais cette Australienne fut une figure éminente de la Résistance. Elle fit sortir de l’Hexagone plus de 1000 soldats alliés, résistants et juifs puis intégra un réseau de 7000 résistants chargé d’affaiblir les lignes allemandes en préparation du débarquement.

Les nazis la placèrent en tête de la liste des personnes les plus recherchées par la Gestapo. Devant la capacité de Nancy Wake à leur échapper, ils la surnommèrent «la souris blanche». L’Australienne s’est enfuie à ski, a semé en voiture l’avion qui la canardait, a sauté d’un train en marche, parcouru en trois jours 430 km à vélo en plein territoire occupé pour transmettre des codes radios ou encore tué un soldat à mains nues … «Nancy était une femme sublime et les nazis ont longtemps cru avoir affaire à un homme, comme eux, agressif et bardé de révolvers», a noté, lundi, son biographe. Ses exploits ont inspiré au romancier britannique Sebastian Faulks son héroïne Charlotte Gray, portée à l’écran en 2002, avec Cate Blanchett dans le rôle titre.

Toute l’existence de Nancy Wake fut romanesque. Dernière d’une fratrie de six enfants, sa famille quitte, en 1914, alors qu’elle n’a que deux ans, sa Nouvelle-Zélande natale. Son père, journaliste, s’installe à Sydney avant de retourner seul à Wellington, soi-disant pour y tourner un film sur les maoris. Il ne reviendra jamais. Elevée «sans amour» par sa mère, l’Australienne fugue alors à 16 ans et devient infirmière. Un héritage imprévu d’une tante lui permet quelques années plus tard d’accomplir son rêve d’évasion. Nancy Wake part à New York puis à Londres où elle apprend le journalisme. Elle se fixe finalement à Paris au début des années 30 et devient correspondante européenne du groupe de presse américain Hearst.

Elle désire que ses cendres soient dispersées en France

En reportage à Vienne, elle interviewe Hitler et voit, selon ses dires, des juifs enchaînés à une roue, fouettés par des soldats. La scène fera d’elle une opposante acharnée au IIIe Reich. En 1936, elle rencontre son futur mari, Henri Fiocca, un riche armateur. «J’aimais cette vie. Caviar au petit déjeuner, champagne, j’étais toujours élégante», dit-elle. Dès la capitulation française de 1940, le couple s’engage en résistance. Elle aide des soldats britanniques à regagner le Royaume-Uni via l’Espagne et devient un messager. Repérée par les nazis, elle est obligée, elle-même, de fuir. Après une tentative avortée à travers les Pyrénées, qui n’aboutit miraculeusement qu’à une brève arrestation, elle gagne l’Angleterre en 1943. Les services secrets britanniques la forment à l’espionnage et au sabotage puis la parachutent en France au printemps 1944. Elle établit des stocks d’armes et de munitions et met sur pied un système de communication par radio puis guide un réseau de résistance chargé d’affaiblir les lignes allemandes en préparation du débarquement.

«La liberté est la seule chose pour laquelle on mérite de vivre. Je déteste la guerre mais je ne vois pas pourquoi les femmes se contenteraient de tricoter à leurs maris, partis sur le front, des bonnets. J’ai tué beaucoup d’Allemands et je regrette de ne pas en avoir assassiné davantage», racontait Nancy Wake, qui a refusé toutes les avances de ses collègues résistants. Elle ne découvre le sort de son mari qu’après la guerre. Torturé à mort en 1943, ce dernier ne l’a jamais dénoncée.

La paix revenue, l’ancienne résistante regagne l’Australie. Elle se présente sans succès aux législatives de 1949 et 1951 puis repart en Angleterre épouser un pilote de la Royal air force. Le couple revient en Australie dans les années 60. Veuve, Nancy Wake s’installe en 2001 dans un hôtel londonien. Disposant de maigres ressources, la vielle dame, qui consomme six gins tonics quotidiens, reçoit une aide du prince Charles pour payer ses frais. En 2003, une crise cardiaque la conduit en maison de retraite. Chevalier de la Légion d’honneur, médaillée de la Liberté des Etats-Unis, Nancy Wake a été décorée tardivement, en 2004, par l’Australie. L’ancienne résistante a longtemps été en conflit avec Canberra sur la question des droits des anciens combattants. Elle a demandé que ses cendres soient dispersées au-dessus de Montluçon, en France, où elle avait combattu en 1944.

Lefigaro.fr par Constance Jamet

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