La fin du nucléaire menace 11.000 postes en Allemagne

La décision du gouvernement de sortir du nucléaire contraint le géant E.ON à des restructurations drastiques.

Les temps sont très durs pour les groupes énergétiques allemands. Cette semaine, coup sur coup, les deux géants, E.ON et RWE, ont officialisé de sévères contre-performances financières. Le premier, en particulier, a publié ce mercredi la première perte nette trimestrielle de son histoire, à hauteur de 1,4 milliard d’euros. De son côté, RWE a enregistré une perte de 229 millions d’euros au deuxième trimestre, contre un bénéfice de 486 millions en 2010. Les deux entreprises ont été contraintes de réviser leurs prévisions pour l’ensemble de l’exercice.

Mais surtout, E.ON a provoqué un véritable cataclysme outre-Rhin en annonçant des restructurations qui pourraient concerner jusqu’à 11.000 personnes sur un total de 79.000. Pour justifier à la fois cette décision et «la forte détérioration des résultats», l’entreprise invoque d’abord la décision de la chancelière Angela Merkel de sortir du nucléaire.

Cette réforme majeure décidée après la catastrophe de Fukushima est déjà effective puisque les sept plus vieux réacteurs du pays – dont deux directement exploités par E.ON ainsi que deux dont il est actionnaire – ont cessé de fonctionner depuis plusieurs semaines. «Ce virage décidé par Berlin montre un désalignement complet entre les intérêts de ces entreprises et ceux des autorités publiques. Le gouvernement ne tient aucun compte des objectifs industriels des groupes en question», commente Stanley Nahon, directeur au sein du cabinet de conseil en stratégie Booz & Company. Pour ce dernier, les conséquences sociales s’annoncent dramatiques car «si le seul E.ON supprime 10.000 emplois, cela signifie un chiffre de près de 50.000 pour l’ensemble du secteur en Allemagne».

Renégociations laborieuses avec Gazprom

Le nucléaire n’est pas le seul dossier délicat auquel sont confrontés les énergéticiens allemands. La problématique du gaz se révèle également très aiguë. E.ON et RWE, dans le cadre de leurs contrats d’approvisionnement à long terme, continuent d’acheter cette source d’énergie à des montants élevés alors que les prix du gaz sur le marché se sont écroulés. Une situation due en particulier à l’essor de la production des gaz de schiste aux États-Unis, qui a bouleversé une partie du commerce du gaz.

Là encore, E.ON est le plus exposé via ses échanges très importants avec Gazprom. Certes le numéro un allemand tente de renégocier avec son partenaire russe mais les discussions peinent à aboutir. D’une manière générale, tous les gaziers européens subissent actuellement une forte dépréciation de leurs ventes, avec des marges de manœuvres ténues.

Comment E.ON pourra-t-il émerger de cette tourmente ? «Le groupe va devoir très largement réorienter ses activités. Il s’appuiera notamment sur les centrales à cycle combiné gaz de même que sur les énergies renouvelables mais ces deux branches sont gourmandes en investissements. En taillant ses effectifs dans le vif, E.ON espère retrouver de la flexibilité », poursuit Stanley Nahon. En attendant, le temps semble très loin où E.ON partait avec vigueur à la conquête de l’Europe.

En France, le groupe allemand est présent à travers la Société nationale d’électricité thermique (Snet) – devenue E.ON France, une filiale à 100 % rachetée à l’espagnol Endesa.

Lefigaro.fr par Frédéric De Monicault

Étiquettes : , , , ,

Votre commentaire

Entrez vos coordonnées ci-dessous ou cliquez sur une icône pour vous connecter:

Logo WordPress.com

Vous commentez à l’aide de votre compte WordPress.com. Déconnexion /  Changer )

Photo Google

Vous commentez à l’aide de votre compte Google. Déconnexion /  Changer )

Image Twitter

Vous commentez à l’aide de votre compte Twitter. Déconnexion /  Changer )

Photo Facebook

Vous commentez à l’aide de votre compte Facebook. Déconnexion /  Changer )

Connexion à %s


%d blogueurs aiment cette page :