L’affaire DSK se clôt entre frustration et indifférence

Seule une minorité d’Américains s’est intéressée au procès de Dominique Strauss-Kahn.

Que restera-t-il au bout du compte, dans la conscience américaine, de la tornade médiatique et judiciaire qui a soufflé sur New York pendant les trois longs mois qu’aura duré l’affaire DSK? Un vieux relent de préjugés antifrançais sur nos mœurs jugées sulfureuses et supposément «incompatibles» avec les valeurs américaines – susceptible de rejaillir à chaque nouvel épisode des guerres «culturelles» entre nos deux pays? Sans doute. Une forme de mea culpa pour avoir jugé et brisé la carrière de Dominique Strauss-Kahn devant le tribunal de l’opinion, en dépit de la présomption d’innocence? Certainement pas, vu le déballage des aventures sexuelles du politicien français, rapportées ici au fil des semaines, choquant une Amérique à la fois puritaine et profondément voyeuriste.

Alors que l’affaire DSK a occupé la une des journaux français pendant tout l’été, il ne faut pas exagérer l’impact qu’elle a eue de ce côté-ci de l’Atlantique. Si le scandale a fait grand bruit les premiers jours – parce qu’il rassemblait jusqu’à la caricature tous les éléments d’un scénario bon marché, le sexe, l’argent, le pouvoir, la race -, il a rapidement cédé la place à d’autres sujets plus pressants.

Haro sur le «pervers»

Comme le montre une enquête du Pew Center, dès la fin mai, alors que la presse consacrait encore 15% de sa couverture à l’affaire DSK, ce sujet n’était plus suivi en Amérique que par 2% de la population. En juillet, le sujet DSK représentait 7% de la place accordée à l’actualité, mais seulement 1% s’y intéressait encore de près.

Pour cette minorité, pas question de tirer de quelconques leçons générales d’une affaire, dont la conclusion en queue de poisson laisse les Américains frustrés et remplis de doutes sur ce qui s’est vraiment passé dans la chambre 2806 de l’hôtel Sofitel, le 14 mai dernier.

Après avoir crié haro sur le «pervers français» et pris fait et cause pour la femme de chambre guinéenne qui avait accusé l’ancien directeur du FMI de violence sexuelle, les Américains expliquent aujourd’hui «ne plus savoir que penser», comme Alice Wallis, retraitée croisée mardi au centre commercial Wildwood à Bethesda. «S’il n’y a pas de preuves, le procureur Vance a raison de clore le dossier», dit-elle. Mais «cela ne veut pas dire que DSK soit pour autant sympathique». «Nous ne saurons jamais ce qui s’est passé.»

Deux jeunes femmes attablées au Starbucks du même centre commercial, dont l’une est noire et avocate, l’autre spécialiste des questions d’éducation, n’ont pas vraiment plus d’empathie à l’égard de DSK. Elles reconnaissent qu’il a été jugé hâtivement par les médias américains, mais ajoutent que «cela n’a rien de nouveau». «De plus, il avait la puissance, l’argent. Dès le début, clairement, il estimait que cette femme n’était pas importante. Il a eu une relation avec elle, même s’il ne l’a pas violée. Or il est marié! Non, je ne le plains pas. Ce qui m’intéresse, c’est ce qui va se passer en France. Il va devoir s’expliquer devant les Français. Eux décideront s’il peut ou non rester dans la vie publique. Je suis curieuse de ce débat-là», dit Stéphanie Thomas, l’avocate afro-américaine, 43 ans.

Lefigaro.fr par Laure Mandeville, correspondante à Washington

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