À Sarcelles, le père de l’ex-maîtresse de DSK parle

André M’Bissa, le père de Marie-Victorine, a été contacté par l’avocat de Nafissatou Diallo, Kenneth Thompson.

Quand il évoque Dominique Strauss-Kahn, qu’il a connu lors de ses années de militantisme à la mairie de Sarcelles, André M’Bissa, père de Marie-Victorine, la jeune femme qui a publiquement expliqué cet été avoir eu une «liaison» avec l’homme politique, prononce du bout des lèvres: «ce monsieur».

L’homme, âgé de près de 65 ans, qui vient de porter plainte pour «subornation de témoin», visant un adjoint du maire de Sarcelles, jette un regard amer sur l’ensemble des années écoulées depuis ce 10 février 1998, le jour où sa fille aînée a effectué une tentative de suicide. André M’Bissa est alors veuf, depuis près de deux ans. En rentrant chez lui un peu avant 13 heures, il trouve sur la table une lettre de sa fille, l’aînée de ses trois enfants. «Cher Papa, écrit alors Marie-Victorine, quand tu liras cette lettre je serai partie. Je vais connaître enfin la paix de l’esprit. Je tiens à te dire que tu n’es pas responsable de mon départ. En tant que père, je crois que tu as fait ce que tu as pu pour me protéger, alors ne te reproche rien.» De son écriture régulière et soignée, la jeune fille âgée de près de 22 ans tente d’expliquer à son père son choix, «celui de cesser de vivre et je te demande de le respecter et d’essayer de le comprendre (…) Je suis épuisée de faire semblant d’être heureuse alors qu’à l’intérieur de moi, je me sens comme un oiseau mort.» Marie-Victorine raconte à son père sa rencontre avec DSK lors d’une cérémonie de vœux un an auparavant, puis sa souffrance depuis «le silence» entre eux. «Je crois qu’il me déteste», confie-t-elle, expliquant ne pas en comprendre la raison. «J’aurais tout accepté de cet homme, le silence, la clandestinité, tout. Oui, je l’ai accepté, et si c’était à refaire, je recommencerai.» «Je souhaite que tu me rendes un dernier service, demande la jeune fille à son père: je veux que tu dises à Dominique qu’il m’a rendue très heureuse et que je lui souhaite d’être heureux, que la vie soit généreuse avec lui.»

À la fin de cette missive figurait un numéro de téléphone, raconte le père. André M’Bissa raconte qu’après avoir alerté les secours il a composé le numéro… et serait tombé sur DSK. «Il m’a écouté quelques instants, puis m’a raccroché au nez», détaille André M’Bissa. «Quand je suis arrivé à l’hôpital, tout le gratin de la mairie était là, le premier adjoint du maire, son chef de cabinet… mais pas lui. » «Plus tard, quand elle est sortie de l’hôpital, j’ai tenté de lui demander: pourquoi? Elle m’a seulement répondu: “Il m’a menti.” «À l’époque, poursuit André M’Bissa, j’ai fait exactement comme la mère de Tristane Banon, j’étais militant socialiste de longue date, ma fille suivait de bonnes études, je ne voulais pas de scandale. Sans l’épisode américain, tout cela serait encore derrière moi. L’histoire était finie pour moi.»

5 millions d’euros

Mais depuis, le retraité a été contacté par les équipes de Kenneth Thompson, l’avocat de Nafissatou Diallo, qui étaient à la recherche de Marie-Victorine, partie vivre près de deux ans après ce drame aux États-Unis. Puis, affirme André M’Bissa, qui est passé depuis du PS à l’UMP, est apparu à son tour, courant août, l’un des adjoints du maire de Sarcelles. «Tonton, ta fille parle trop, m’a-t-il expliqué. Il voulait ses coordonnées pour ses chefs.» Lors d’un second rendez-vous, le 11 août, selon la déposition d’André M’Bissa, Youri Mazou-Sacko lui aurait proposé une monnaie d’échange. André M’Bissa avance un chiffre: 5 millions d’euros. Selon lui, l’homme écrit le chiffre sur un papier, puis s’en va. Il ne donnera plus de nouvelles.

Une enquête a été ouverte par le parquet de Pontoise pour subornation de témoin et Mazou-Sacko devait être entendu dans la semaine. François Pupponi, le maire de Sarcelles a démenti ces accusations. Mais André M’Bissa est allé plus loin : aux enquêteurs de la police judiciaire, il a raconté ses déboires des dix dernières années : la vente, qu’il estime irrégulière, de son pavillon (il a déposé une autre plainte), les refus de la mairie de lui attribuer un logement social. «Depuis l’histoire de ma fille, j’étais devenu indésirable à Sarcelles.»

Lefigaro.fr par Laurence De Charette

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