La nouvelle Libye s’échafaude à Paris

La conférence qui se tient ce jeudi doit notamment se pencher sur le sort des avoirs gelés à l’étranger.

La question des avoirs gelés à l’étranger sera au centre de la conférence des «amis de la Libye», organisée jeudi par la France. Une soixantaine de délégations, dont 13 chefs d’État, sont attendues. «L’occasion pour les Libyens d’exprimer leurs besoins en aide d’urgence», souligne-t-on à l’Élysée, où se déroulera la rencontre.

Pour faire face aux premières nécessités d’un pays frappé par six mois de guerre, manquant d’eau et d’électricité, le Conseil national de transition (CNT), l’organe politique de la rébellion, a souhaité disposer rapidement de 5 milliards de dollars sur les fonds à l’étranger dont disposait le régime de Mouammar Kadhafi. L’ONU a d’ores et déjà donné son feu vert pour débloquer 1,6 milliard de dollars immobilisés en Grande-Bretagne et 1,5 milliard aux États-Unis. La France, pour sa part, a demandé le déblocage de 1,5 milliard d’euros avant la fin de la semaine, sur les 7,6 milliards d’euros détenus dans ses banques. Par ailleurs, l’Union européenne a indiqué mercredi qu’elle comptait lever dès demain une partie des sanctions prises contre des sociétés pétrolières et des ports libyens.

N’est donc concernée à ce stade qu’une petite partie d’une manne bien difficile à évaluer, compte tenu de sa diversité (participations, investissements, biens immobiliers…) et de sa répartition sur tous les continents, en Europe, dans le Golfe, en Asie et aux États-Unis. Dans ce pays, l’argent libyen représenterait quelque 40 milliards de dollars. Là comme ailleurs, la transparence reste à faire autour de la traçabilité de ces fonds et de tous leurs bénéficiaires.

Des dizaines de milliards

Hors de Libye, les avoirs sur lesquels Kadhafi et son clan avaient la haute main oscillent entre 50 et 180 milliards de dollars, selon les sources. «On peut raisonnablement parler de plusieurs dizaines de milliards de dollars», estime-t-on dans l’entourage de Nicolas Sarkozy. «Les chiffres que nous ont livrés les pays avec lesquels nous avons travaillé aboutissent à une cinquantaine de milliards de dollars.» «Toutefois, ajoute-t-on, il y a aussi tout ce que l’on ne nous a pas révélé.»

La libération de tous ces avoirs passera nécessairement par une nouvelle résolution, assure-t-on à l’Élysée. Les sanctions financières prévues par les résolutions 1970 et 1973 du Conseil de sécurité de l’ONU doivent en effet être «annulées» par une décision inverse. Le Comité des sanctions, qui s’est prononcé ces derniers jours, ne peut agir qu’à la marge, pour raisons humanitaires.

À quand une résolution ? À Paris, on ne souhaite manifestement pas trop se hâter. Car le levier financier, essentiel, s’inscrit aussi dans le cadre plus large de la gestion politique et militaire de la transition. C’est la toile de fond de la réunion de Paris. «Nous voulons nous garder la possibilité de recourir aux frappes militaires tant qu’il le faudra», concède-t-on à Paris. Des pays, comme la Chine, digèrent toujours mal leur nihil obstat à l’intervention militaire et traînent les pieds pour appuyer à fond le CNT. «Il faut les cajoler», dit-on à Paris, où l’on veut s’en remettre à une résolution plus générale qui, le moment venu, précisera le rôle de l’ONU dans la remise sur pied du pays. Un sujet dont Ban Ki-moon s’entretiendra avec les représentants libyens et les cinq membres du Conseil de sécurité, tous présents à Paris jeudi.

Lefigaro.fr par Alain Barluet

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