Veillée d’armes dans le camp Chirac

Le procès de l’ancien président s’ouvre lundi. Il encourt dix ans de prison et 150.000 euros d’amende. Toutefois, un rapport médical fait état de troubles sérieux de la mémoire de l’ex-chef de l’État.

Lors de ses dernières apparitions publiques, Jacques Chirac sirotait paisiblement des piña coladas en terrasse à Saint-Tropez ou savourait des moules-frites arrosées de bière en Bretagne. L’ancien chef de l’État a maintenant rendez-vous avec la justice: son procès, interrompu en mars pour des raisons de procédure, s’ouvre pour la deuxième fois lundi après-midi, au tribunal de Paris.

M. Chirac, 79 ans en novembre, paraît physiquement amoindri. Est-il en mesure de se défendre des faits d’abus de confiance, prise illégale d’intérêts et détournement de fonds publics qui lui sont reprochés, délits supposés commis lorsqu’il était maire de Paris, plus précisément entre 1992 et 1995? Il encourt théoriquement dix ans de prison et 150.000 euros d’amende ainsi qu’une peine complémentaire d’inégibilité.

Huit hommes et une femme, collaborateurs de l’ex-maire ou bénéficiaires présumés d’emplois fictifs, comparaîtront également. Parmi eux, deux directeurs de cabinet, Michel Roussin et Rémy Chardon; Jean de Gaulle, petit-fils du Général ; François Debré, fils de Michel Debré, frère de l’actuel président du Conseil constitutionnel; Marc Blondel, ancien secrétaire général du syndicat Force ouvrière.

La prévention s’articule autour de deux dossiers joints par la Cour de cassation, l’un instruit à Paris, l’autre à Nanterre. M. Chirac est le seul prévenu dans ce dernier, qui porte sur sept salariés. Selon la juge Xavière Simeoni, qui a instruit à Paris, «Jacques Chirac est en même temps le concepteur, l’auteur et le bénéficiaire du dispositif» frauduleux mis en place à l’époque. Selon l’ordonnance de renvoi, des postes de chargés de mission au cabinet du maire de Paris étaient créés sans compter et attribués à des militants RPR. De même, des emplois peu éreintants au sein de l’administration municipale étaient réservés à des amis politiques.

Juppé cité comme témoin

Selon les juges, les missions n’existaient pas, et les salariés rétribués par les contribuables parisiens mettaient en réalité leur énergie au service du RPR, présidé par M. Chirac, ou d’associations «amies». Mme Simeoni note que la plupart des vingt et un chargés de mission concernés par son ordonnance «sont dans l’incapacité de produire tous documents tangibles et vérifiables susceptibles d’apporter du crédit à leurs déclarations». Ils n’avaient «pas de bureau, pas de ligne téléphonique», mais «un salaire mensuel intégrant leurs cotisations pour retraite».

Le parquet, en l’espèce, n’a rien trouvé qu’il eût estimé digne de poursuites, et son représentant va requérir la relaxe au procès. La Ville de Paris, quant à elle, s’est désistée de sa constitution de partie civile, ayant obtenu un dédommagement financier de 2,2 millions d’euros, pris en charge par l’UMP et, dans une plus faible proportion, par Jacques Chirac.

L’association Anticor, qui s’est donnée pour but de pourfendre la corruption, s’est constituée partie civile. Elle a fait citer Alain Juppé comme témoin. Le Conseil des ministres a autorisé, mercredi, l’actuel chef de la diplomatie à se présenter à la barre du tribunal, formalité imposée par le Code de procédure pénale. Le maire de Bordeaux, jadis proche collaborateur de M. Chirac à la Mairie de Paris et au RPR, a été condamné, en 2004, dans le volet de Nanterre, à quatorze mois de prison avec sursis et un an d’inégibilité. Il n’a jamais mis en cause son mentor de l’époque.

Jacques Chirac ne sera pas présent lundi au palais de justice, l’audience étant consacrée à des questions de procédure. En revanche, l’ancien chef de l’État a fait savoir par la voix de l’un de ses conseils qu’il serait là mardi et qu’il avait la ferme intention de livrer le combat judiciaire longtemps reporté par son immunité présidentielle.

Entre-temps, selon nos informations, un certificat médical établi par un neurologue réputé et faisant état de troubles sérieux affectant la mémoire du principal prévenu aura été remis au président du tribunal, Dominique Pauthe. Dans une affaire ordinaire, la défense utiliserait ce document. Mais la configuration de ce procès n’a rien d’ordinaire: M. Chirac veut que le procès se tienne -il l’a confirmé par écrit-, mais demande à ne pas assister aux audiences et à être représenté par ses avocats. Si ces derniers étaient tentés de mettre davantage en avant des problèmes médicaux bien réels, l’opinion publique y verrait, malgré tout, une dérobade.

Lefigaro.fr par Stéphane Durand-Souffland

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