L’Europe a mis dix ans à guérir les plaies du 11 Septembre

11 SEPTEMBRE, 10 ANS APRÈS – Très rapidement après les attentats, les Européens en ont éprouvé l’effet de souffle, dans les domaines sécuritaire, diplomatique et militaire.

Les deux tours de New York pulvérisées par al-Qaida et, dix ans plus tard, la Libye, qui fut un vivier pour le djihad, libérée par une coalition emmenée par la France, la Grande-Bretagne, l’Otan et certains pays arabes. Vu d’Europe, ce raccourci illustre une évolution majeure qui l’a conduite de la sidération face aux attentats à son enrôlement, au prix de profonds déchirements, dans la guerre américaine contre le terrorisme, jusqu’à son retour progressif à une position plus équilibrée à l’égard du monde musulman. Entre-temps, l’hyperpuissance américaine a vécu, tout comme l’idée d’un «choc des civilisations» que les Européens ont été les premiers à dénoncer, avant même la conflagration du 11 Septembre. Mais il n’aura pas fallu moins d’une décennie au Vieux Continent pour digérer l’événement.

Très rapidement après les attentats, les Européens en ont éprouvé l’effet de souffle, dans les domaines sécuritaire, diplomatique et militaire. Dès le 21 septembre 2001, le Conseil européen se dote d’une «feuille de route antiterroriste». Cette dernière s’est traduite par la mise en place, à des degrés divers dans les pays de l’UE, de mesures policières et judiciaires largement inspirées par la logique préemptive venue d’outre-Atlan­tique. En France où l’antiterrorisme est une préoccupation ancienne, il y a une «vigilance particulière», a souligné hier le directeur de la police nationale, Frédéric Péchenard, en indiquant que 914 «terroristes islamistes» présumés ont été interpellés depuis 2001. En Es­pagne et en Grande-Bretagne, les efforts antiterroristes sont devenus des priorités après les attentats de Madrid, en mars 2004, et de Londres, en juillet 2005, perçus comme des répliques européennes des Twin Towers. Mais dans ceux des pays de l’UE où l’immigration musulmane est importante, l’onde de choc du 11 Septembre est encore plus profonde en s’agrégeant au cocktail déjà explosif de la progression du chômage, de la montée de l’extrême droite et du défi de l’intégration.

La fracture irakienne

C’est pour capturer Ben Laden et détruire son organisation que les Européens emboîtent le pas aux États-Unis en Afghanistan, dès octobre 2001. Il n’en va pas de même, deux ans plus tard, lorsque George W. Bush s’émancipe de la légitimité internationale pour intervenir en Irak. Profondément fracturée, l’Europe est la première victime collatérale du conflit. Selon les sondages d’opinion de l’époque, deux thèmes clés, le leadership américain et le recours à la force, creusent le fossé transatlantique. Ils séparent surtout le front non interventionniste, France et Allemagne, du Royaume-Uni et des «nouveaux pays», surtout à l’Est, qui comptent plus que tout sur le lien avec l’Amérique. Refusant de «céder à la guerre», Dominique de Villepin, le 14 février 2003 à l’ONU, invoquait la «voix d’une vieux pays, la France, d’un vieux continent (…), l’Europe»… Toutefois, même au creux de la relation franco-américaine, la coopération en ma­tière de lutte antiterroriste ne sera pas interrompue. À partir de 2005, la brouille s’apaise. Pas les tensions sur le Vieux Continent, attisées par les «croisés» américains du 11 Septembre, les ­néoconservateurs qui inspiraient encore la diplomatie de Washington. Le manque d’Europe en matière de défense n’en est alors que plus flagrant. La France y apportera une réponse en relançant sa coopération avec Londres et en réintégrant pleinement l’Otan en 2009.

Rester «vigilant»

S’il a fallu des années pour que se referment certaines plaies du 11 Septembre, cela ne s’est pas fait sans accès de fièvre. L’affaire des caricatures de Mahomet a été l’un des accès les plus sérieux, lorsqu’en octobre 2005 la presse danoise publie douze dessins dont l’un représente le Prophète coiffé d’un turban en forme de bombe. D’autres dessins seront aussi manipulés pour apparaître gravement injurieux. Invoquant la xénophobie et l’intolérance religieuse, le monde musulman s’enflamme et des manifestations éclatent de la Palestine au Pakistan, la colère étant attisée par les franges islamistes radicales.

Une décennie après le 11 Septembre, les révolutions arabes tournent-elles définitivement la page du 11 Septembre? Ce «printemps» constitue «la plus forte réponse» à la «haine» et au «fana­tisme » qui ont conduit aux attentats de New York, a déclaré hier le président de l’UE, Hermann Van Rompuy, en soulignant que l’Europe restait néanmoins «vigilante». L’Union a également qualifié de «honte» la non-fermeture de Guantanamo. Un stigmate du 11 Septembre auquel les Européens, avec les vols secrets de la CIA, ont pourtant apporté leur contribution, discrète mais active.

Lefigaro.fr par Alain Barluet

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