Mourir, oui mais dignement

Le scénario est identique : fuite et traque, tunnels et grottes, espoir insensé d’une victoire jusqu’à la dernière minute. Mouammar, Hussein, Kaddafi, Saddam : même combat, même défaite, mêmes images de corps extraits de terre et de membres sanguinolents exhibés aux yeux du monde entier. Les chefs d’État arabes se succèdent et se ressemblent. Quand ils ne fuient pas comme des lapins, on les attrape « comme des rats »… Le prochain est déjà sur la liste, il est déjà à moitié brûlé mais ne lâche pas prise : Ali Saleh.

Mais pourquoi donc ces messieurs se comportent-ils de cette façon ? Souffrent-ils d’un déni de réalité, comme certaines mères souffrent de déni de grossesse ? La déroute est là, ils savent très bien qu’ils ne disposent plus que de quelques sympathisants en guenilles et de cent mètres carrés de territoire, ils n’ont plus que quelques branches de tribus sur lesquelles se raccrocher, aucun espoir de s’en sortir, ils savent que les Américains ont appris la devise de leur ancêtre Tarek Ibn Zyad, qui fonçait sur l’armée ennemie en criant : « Votre heure a sonné, la mer est derrière vous et devant vous l’ennemi ! ». Pourtant ils ne cèdent pas.

Croient-ils au miracle alors qu’ils n’ont ni l’aura ni la vertu des prophètes ?

L’ennemi possède en l’occurrence le visage des grandes puissances, au premier rang desquelles les États-Unis, l’ONU et l’Otan ; il avance au milieu d’une nuée de drones et de Mirage, de robots armés jusqu’aux dents ; il parraine les chababs et autres rebelles nourris d’idéaux allant quelques fois de paire avec des envies de dictature. Nos chefs pensent qu’ils vont s’en sortir, persuadés qu’ils sont invincibles et qu’ils reprendront le pouvoir en un tour main. Croient-ils au miracle alors qu’ils n’ont ni l’aura ni la vertu des prophètes ?

En plus du « déni de réalité », ils font un « déni d’Histoire » : ils se battent encore à coup d’épées et à dos de chameaux, ils brandissent leurs poignards au ciel en criant Allah akbar ! ayant oublié que Dieu est censé soutenir les justes et non les bourreaux, les faibles et non les puissants.

Est-il écrit dans le destin des chefs d’État arabes actuels de régner comme des tyrans et de mourir dans des trous ? Moi, j’aurais tellement voulu que les miens s’en aillent dignement, tout dictateurs qu’ils fussent. Qu’il s’administrent un poison comme les rois de l’Antiquité ou qu’ils se tirent un coup de revolver ! Au moins, il ne nous saliront pas par leur mort comme ils nous ont sali de leur vivant.

Jeuneafrique.com par Fawzia Zouari

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