Conte : Le Malafoutier, le Colibri et la Calebasse

Le Malafoutier

Le Malafoutier récoltant le vin de palme

Le Malafoutier

Le Malafoutier avec sa corde et son régime de noix de palme sur la tête

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

 

Samba le Malafoutier embaucha Tsongui le Colibri de l’aider à certaines occasions d’indisponibilité de récolter son vin de palme, à l’aube et au crépuscule. Il avait montré à Nzoumba la Calebasse la photo du Colibri seul agent pouvant l’approcher et avait placé secrètement sur son ventre un miroir magique attaché avec de vieux chiffons pour filmer d’éventuels étrangers qui pourraient voler le fruit de son cru.

Certains jours, de bon matin, il appelait son employé pour aller vérifier si la Calebasse était pleine et d’en rapporter le contenu. Il volait le cœur en joie émettant son « chip, chip, chip » aigu, lancé pendant son parcours accompagné de quelques bourdonnements sortant de ses ailes. Il ramenait toujours de bonnes nouvelles à Samba qu’il pouvait continuer à lui rendre efficacement ce service sans la moindre désobéissance.

Tsongui avait élu domicile dans le jardin fleuri de Samba qui lui avait accordé la permission de se délecter du suc de toutes les fleurs et d’en manger les insectes et autres chenilles qu’il trouverait dans cette belle flore domestique. Il exécutait sa mission dans la pleine confiance de son engagement. C’était un travailleur exemplaire, courtois et discipliné qui bénéficiait de nombreux avantages.

Au mois de juillet, pendant la saison sèche, Samba tomba malade. Il avait marché sur une épine de palmier qui lui avait enflé le pied et il éprouvait des difficultés à se lever et à se déplacer. Il demanda à Tsongui le Colibri de partir à la récolte du vin de palme puis de passer au marché, vendre la production tout en lui réservant deux verres à déguster car il aimait boire son bon vin sucré de ses jeunes palmiers. Il lui versait une maigre recette prétextant que la Calebasse n’était jamais pleine. Il buvait une bonne partie de vin avec ses amis au pied des palmiers, la main saisissant le goulot de la Calebasse, chantant et dansant.

Les amis de Tsongui le Colibri ayant trop bu, selon le rythme de leur avidité et de leur soif, tombaient, un à un, en chute libre puis s’évanouissaient par terre, chiant des pâtés de fientes qui mouillaient leurs plumes. Pendant ce temps il récupérait le vin destiné à la vente. A chaque inclinaison de la Calebasse celle-ci photographiait les images jusqu’au sol dans la grande discrétion du miroir magique.

Samba le Malafoutier sortit de sa convalescence et pour trouver la solution au doute des recettes, fit un tour aux champs et trouva endormis deux Colibris soûls qu’il attacha sur la branche de l’arbre voisin au palmier. Il rentra chez lui pour attendre le Colibri de retour du marché.

Quand il arriva dans la joie habituelle de rendre-compte à son patron, le versement n’avait pas changé d’augmentation. C’était le même refrain que la production du palmier avait baissé car selon lui l’arbre était devenu trop vieux. Il cacha la vérité en trouvant sa justification dans le mensonge. La recette fut déposée et enregistrée dans le cahier des charges et de la comptabilité.

Par conséquent, pour accélérer le soulagement en cette période de convalescence, il demanda au Colibri durant ce beau passage de la brise de la vallée d’aller faire la rééducation en marchant, profitant de prendre de l’air frais aux champs.

Quand ils arrivèrent dans le carré des terres cultivables où se trouvait le palmier; les Colibris qui étaient attachés aux pattes proféraient des injures à leur ami de les avoir attachés et trahis pendant qu’ils étaient encore ivres à la fin de la récolte du vin de palme. Il ne reconnut pas les faits qui lui étaient reprochés. Sa surprise fut grande et son étonnement aussi. Le Malafoutier sortit de son silence pour adresser des paroles d’accusation au Colibri d’avoir introduit dans son patrimoine des personnes étrangères. Voulant approcher les malfaiteurs, ceux-ci sentaient une forte odeur de vin de palme. Par la ressemblance de leur plumage, il établit la complicité de son travailleur d’avoir montré le chemin à ses délinquants mineurs. Son refus d’être de la même compagnie avec ces derniers était toujours catégorique.

Pour la manifestation de la vérité, Samba le Malafoutier lui demanda d’appeler Nzoumba la Calebasse de descendre pour trancher cette affaire de ses amis Colibris découverts dans une ivresse de forte propagation d’odeur buccale.

Quand Nzoumba la Calebasse arriva au pied de l’arbre, elle témoigna que la voix des colibris présents au sol était la même que celle qu’elle entendait du haut du palmier chaque fois que le Colibri venait extraire le vin de palme. Le Colibri le traita de gros menteur, au prix de ce témoignage non fondé qui était de nature à lui souhaiter son expulsion et à lui faire perdre son travail. Elle répliqua que chacun d’eux avait sa tâche à exécuter auprès du patron. Elle ne trouvait pas de raison valable à l’envier même si il avait gagné toute la confiance du Malafoutier.

Ainsi l’accusation ne s’arrêta pas là, il invita la Calebasse de déballer ses vieux chiffons afin de vérifier les images filmées et contenues dans son miroir magique. Le Malafoutier souffla son haleine sur le miroir couvert de buée puis essuya d’un revers de sa main l’ombre formée qui dévoila les photographies des deux colibris. Il prit la décision de les libérer pour faute de délinquants mineurs. Quant à son employé, il lui dit : on ne fait pas rentrer dans le secret du patrimoine de la société des étrangers qui peuvent vous voler votre richesse.

Le Malafoutier renvoya le Colibri pour faute lourde professionnelle, sans indemnités de préavis retenant uniquement à son service la Calebasse. Ainsi depuis lors redevenu chômeur, il avait regagné ses amis volant et goûtant désormais sans autorisation le vin sucré du Malafoutier.

© Bernard NKOUNKOU

Note: Malafoutier, récolteur de vin de palme

Malafou en langue Kongo: (vin, alcool)

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