RDC : l’affaire Koffi Olomide et les obscures pratiques du monde de la musique congolaise

Mise en examen en France pour viol et séquestration, la star  congolaise a nié les faits, avant de s’envoler aussitôt pour Kinshasa. Au-delà  de la véracité de ce qu’on lui reproche, l’affaire met en lumière les pratiques  parfois douteuses du monde de la musique congolaise, notamment envers les  femmes.

Les musiciens de la République démocratique du Congo (RDC) n’en  finissent     décidément pas de défrayer la chronique judiciaire, le plus  souvent pour     des affaires de faux documents ou de trafic d’êtres humains.  Après Papa     Wemba, condamné en 2004 en France, puis récemment en Belgique  pour aide au     séjour irrégulier de clandestins, Félix Wazekwa, reconnu  coupable en 2010     par la justice belge de traite d’êtres humains puis  acquitté, ou encore     Nyoka Longo et Werrason, incarcérés en Belgique pour des  affaires de faux     visas puis libérés, c’est au tour de Koffi Olomide, 55 ans, de se     retrouver dans le  collimateur de la justice.

Mise en examen le 13 février     à Nanterre, en France, pour « viol  sur mineures, séquestration, actes de     barbarie en bande organisée et trafic  d’êtres humains », la star     congolaise est rentrée dès le lendemain à  Kinshasa sans attendre la     décision du juge des libertés de le placer ou non  en détention provisoire.     Son avocat, Me Manuel Aeschlimann, a déclaré  que son client s’était     présenté « de son plein gré » à la justice  et que le dossier d’instruction     était « complètement vide », la  plainte des trois femmes, ex-danseuses du     musicien, n’ayant pour but, selon  lui, que l’obtention d’« un titre de     séjour temporaire ».

Homme à femmes

À Kinshasa, cette affaire révèle à     nouveau certaines pratiques propres au  milieu de la musique, caractérisé     par une concurrence forcenée entre  orchestres qui tourne à la paranoïa.     « Pas question pour un membre d’un  groupe d’entrer en contact avec     l’adversaire. Si l’un d’entre eux ose  assister à un concert de l’ennemi,     c’est grave. Il encourt immédiatement les  foudres de son patron »,     explique un musicien kinois. Du coup,  notamment en période de gestation     d’un album ou de préparation d’une  tournée, chacun garde jalousement les     siens. Très jeunes et souvent issues  de la rue, danseuses et choristes     sont surveillées de près de peur qu’elles  n’aient des relations intimes     avec l’ennemi. Les leaders redoutent d’être « travaillés » par     l’adversaire, via les femmes notamment. La  troupe est donc quasiment     maintenue en isolement pour « préserver » son chef. Faute de contrats en     bonne et due forme,  tous les membres du groupe sont donc à la merci du     « patron », en  particulier à l’extérieur de la RDC.

Koffi, connu pour être un homme à     femmes, ne dérogerait pas à la règle.  Très m’as-tu-vu, il aime en outre     étaler les signes extérieurs de sa  réussite, en particulier ses voitures,     dont son Hummer. On lui reproche  aussi son arrogance et un manque de     générosité.

Disques d’or

Le « petit » de Papa Wemba n’en reste pas moins une  star     mondiale capable d’aligner une kyrielle de disques d’or et de      distinctions. Il est l’un des rares musiciens de sa génération à avoir     fait  des études supérieures, à Bordeaux (France) notamment. Au fil des     ans, ses  fans ont changé. Son style aussi. Ses textes sont de plus en plus     osés et  ses danseuses de moins en moins vêtues. Au point que des parents     éteignent  la télévision quand ses clips passent sur le petit écran.     D’autres  s’offusquent de ses chansons à la gloire du président Joseph     Kabila. Mais  ses jeunes admirateurs ne s’encombrent guère de ce genre de     considérations  et rêvent d’être reçus dans la maison du leader de Quartier     Latin  international, son orchestre, située dans le cossu quartier Mont     Fleuri, à  Kinshasa.

Reste que les déboires judiciaires en série des     musiciens congolais ont  eu pour conséquence de compliquer leur obtention     d’un visa pour se produire  en Europe, ce qui conduit parfois à     l’annulation pure et simple de concerts,  comme ceux de Fally Ipupa et de     Férré Gola prévus à Paris au début de  l’année.

Jeuneafrique.com

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