Côte d’Ivoire : secrets de guerre

La journaliste Leslie Varenne a enquêté sur les zones d’ombre  qui entourent l’installation d’Alassane Ouattara au pouvoir en Côte  d’Ivoire.

Un an après la fin de la crise post­électorale en Côte d’Ivoire, de nombreuses  zones d’ombre demeurent sur les moyens mis en oeuvre pour installer le vainqueur  de l’élection présidentielle, Alassane Ouattara, au pouvoir. Dans Abobo-la-guerre, paru en mars aux éditions Mille et Une Nuits, la  journaliste Leslie Varenne révèle certaines des coulisses de l’opération, fruit  d’une enquête sur le terrain et du recoupement de plusieurs témoignages. Cette  collaboratrice de la Tribune de Genève a passé six mois en Côte d’Ivoire en 2011 pour couvrir le conflit et s’est  rendue à de nombreuses reprises à Abobo, le premier des quartiers d’Abidjan à s’être soulevé  contre Laurent Gbagbo.

Elle y a rencontré à plusieurs reprises Ibrahim Coulibaly, le sergent « IB », l’un des  principaux auteurs des putschs de décembre 1999 et septembre 2002.  Celui-ci avait refait surface en février 2011 à Abobo, avant d’être tué au  mois de mai suivant. « Avant le premier tour de la présidentielle [le  31 octobre 2010, NDLR], IB a rencontré Francis Hurtut, l’ambassadeur de  France au Ghana », affirme-t-elle. IB, continue Leslie Varenne, lui avait  fait part de sa disponibilité pour, le cas échéant, aider le camp Ouattara à  faire respecter par les armes le résultat d’un scrutin qui ne manquerait pas  d’être contesté. Au final, IB et ses hommes n’auront pas participé à l’offensive  des Forces républicaines de Côte d’Ivoire (FRCI), mais ils ont créé des poches  de résistance au sein même de la capitale, donnant très tôt du fil à retordre  aux forces pro-Gbagbo.

Le rôle des Forces spéciales françaises

Toujours selon la journaliste, une opération classée secret, ayant pour nom  de code Restore Peace and Democracy, a été également planifiée à l’hôtel  Sebroko, QG de l’ONU en Côte d’Ivoire, entre la fin du mois de  décembre 2010 et le début du mois de janvier 2011 entre Français et  Américains sous l’égide des Nations unies.

Le GIGN est-il directement intervenu ?

Présent pour sécuriser la résidence de l’ambassadeur de France, voisine de  celle de l’ex-chef de l’État ivoirien, le Groupe d’intervention de la  gendarmerie nationale (GIGN) est-il intervenu dans la capture de Gbagbo ? Oui, à  en croire Leslie Varenne, qui affirme que le GIGN a fait sauter le mur de  séparation souterrain reliant les deux villas, avant d’arrêter Gbagbo et son  épouse. Les Français, eux, nient avoir pénétré à l’intérieur de l’enceinte  présidentielle. Ils reconnaissent en revanche avoir ouvert la voie aux Forces  républicaines de Côte d’Ivoire (FRCI), allant jusqu’à faire sauter le portail de  la résidence. Quant à savoir s’ils sont allés plus loin… Des personnes  présentes dans le bunker ce jour-là disent ne pas avoir vu ou reconnu d’hommes  du GIGN. Le mystère reste entier. P.A.

Le 20 janvier 2011, l’Onuci a établi une grande plateforme  logistique et militaire à Bouaké, des rotations quotidiennes étant effectuées  entre Entebbe, en Ouganda, base des opérations de l’ONU en Afrique, et la  capitale de la rébellion. La descente des troupes pro-Ouattara du nord vers le  sud du pays a débuté à la fin du mois de février, appuyée, selon Varenne, par  les forces spéciales françaises. Dans l’après-midi du 2 avril, l’Élysée a  convoqué un conseil de guerre. Y ont notamment participé l’amiral Guillaud, chef  d’état-major des armées, le général Puga, chef d’état-major particulier de  Nicolas Sarkozy, Alain Juppé, ministre des Affaires étrangères, et Gérard  Longuet, son collègue de la Défense. Le soir même, un régiment de légionnaires  partait pour Abidjan, ainsi que plusieurs avions-cargos emmenant du matériel de  guerre.

Le 4 avril, la France, aidée par l’ONU, a largué ses premières bombes.  Les forces fidèles à Ouattara ont alors tenté à plusieurs reprises de prendre la  résidence de Gbagbo. En vain… Jusqu’au bombardement du 11 avril, quand  les dernières positions des militaires favorables à l’ancien président et  stationnées près du bâtiment ont été mises en pièces. Les chars français sont  alors entrés en action pour sécuriser l’accès de la résidence aux rebelles. La  fin de l’histoire est connue.

Abobo-la-guerre, de  Leslie Varenne, Mille et Une Nuits, 288 pages, 19 euros.

Jeuneafrique.com

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