Crise au Mali : les dessous de la médiation, une course contre la montre

C’est une nouvelle fois Blaise Compaoré que la communauté  internationale  est allée chercher pour se pencher au chevet d’une épineuse  crise  malienne à multi-facettes. Médiateur chevronné intervenu récemment en   Guinée, au Togo et en Côte d’Ivoire, personnage le plus influent de  l’Afrique  de l’ouest, le président burkinabè déploie depuis quelques  jours tous ses  réseaux, de Bamako, à Dakar en passant par Abidjan, New  York et les confins du  Sahara où ses plus fidèles émissaires sont en  mission.

À Bamako, c’est Djibril Bassolé, le ministre des Affaires étrangères, qui  tente de ramener à la raison le chef de la junte, le capitaine Amadou Haya Sanogo. La pendule tourne. Et il  faut remettre au plus vite l’ordre constitutionnel, sans lequel aucune action de  sécurisation du territoire ne pourra avoir lieu avec l’aide de la communauté  internationale.

Dans les casernes du pays, c’est la débandade. Beaucoup de militaires ont  abandonné leur poste au Nord et les assaillants ont été aperçus jusqu’à  Douentza, juste au-dessus de Mopti, et dans la région de Niono, à l’Est. Preuve  qu’ils contrôlent aujourd’hui plus de la moitié du territoire. Le rétablissement  de l’autorité à Bamako pourrait permettre de justifier le recours à une force de sécurisation de la Cedeao, alors que les chefs  d’état-major ouest-africains se réunissaient jeudi à Abidjan pour étudier le  déploiement d’une armée régionale. Celle-ci pourrait compter jusqu’à 3 000  hommes, appuyée par un soutien logistique français, pour repousser les forces  composées du Mouvement national de libération de l’Azawad (MNLA) et de  ses alliés islamistes.

« Apocalypse » à Tombouctou

« Sur le terrain on fait face à près de 5 000 hommes, explique un diplomate  africain. Les groupes islamistes, les plus solidement armés, ont recruté des  miliciens et on nous signale la présence de combattants haoussa à Tombouctou, ce  qui présage d’un lien avec les soldats de Boko Haram ». Dans la ville sainte,  Abelhamid Abou Zeid et Mokhtar Belmokhtar (dit « Le Borgne » ou « Mister  Marlboro »), qui dirigent les brigades d’Aqmi dans le désert, ont participé le 2  avril à une rencontre entre Iyad Ag Ghali, le chef du mouvement islamiste Ansar  dine, et les imams de la ville. « La situation est apocalyptique, affirme un  habitant de la ville. Les islamistes sont entrain d’imposer le voile à Tombouctou». Mokhtar Belmokhtar, récemment aperçu en Libye, y aurait fait le plein  d’armes.

La grande crainte des dirigeants d’Afrique de l’Ouest et de la communauté  internationale, particulièrement des Français et des Américains, est la  progression des forces du MNLA et des différents groupes islamistes au sud et à  l’Est du Mali.  Crainte partagée par le chef de la junte malienne qui a appelé les Occidentaux à  intervenir militairement dans le nord du pays contre les groupes islamistes  armés. Mais Paris a déjà opposé une fin de non-recevoir à cette requête.

Car dans la région, les dirigeants ne sont pas encore prêts à envoyer leurs  troupes pour un combat à l’issue très incertaine contre des éléments durement  aguerris et prêts au sacrifice suprême. L’Algérie, puissance militaire  régionale, ne souhaite pas intervenir. Seules les forces mauritaniennes du  président Abdelaziz sont actuellement prépositionnées à Nema, au bout de la  route de l’Espoir à l’ouest du pays, pour parer à toute attaque. « Abdelaziz  s’est fait avoir en faisant confiance à Mohamed Ag Najim [le chef du MNLA, NDLR], précise un  diplomate ouest-africain. Il comptait sur lui pour assurer un rempart contre  Aqmi. Or, cela se retourne contre lui, car les groupes islamistes sont des  alliés du MNLA même s’ils ne partagent pas les mêmes objectifs, les premiers  voulant imposer la charia des confins du désert jusqu’à l’Atlantique, le second  ne revendiquant que l’indépendance de l’Azawad ».

La carte de Compaoré

C’est justement dans cette brèche que souhaite aujourd’hui s’engouffrer  Blaise Compaoré en négociant actuellement avec les représentants du MNLA afin de  les inciter à quitter leurs encombrants amis. Conscient qu’une force de la  Cedeao aura du mal à déloger les terroristes islamistes, Blaise Compaoré veut  renverser les alliances. Ce qui est loin d’être acquis. Associés dans divers  trafics (drogue, cigarettes, essence, armes, otages) et ayant noué des alliances  familiales, les tribus touarègues et les combattants d’Aqmi ont aujourd’hui des  liens étroits.

En échange d’un ralliement du MNLA, le président burkinabè promet de faire  avancer le plan d’autonomisation de la région de l’Azawad sur des bases dont il  reste à définir les contours mais qui pourraient prendre la forme du « fédéralisme ». Preuve que les discussions semblent avancer : les dirigeants du  MNLA ont annoncé le 4 avril la fin de leurs opérations militaires dans le nord  du Mali « à compter de jeudi minuit ».

À Bamako, la convention nationale convoquée par la junte pour envisager le  retour de l’ordre constitutionnel, le 5 avril, a été reportée, les  putschistes invoquant des problèmes d’organisation avec les partis et la société  civile. Blaise Compaoré garde une carte en poche, le président de l’Assemble  nationale, Dioncounda Traoré, actuellement à Niamey, qu’il aimerait bien voir  assurer la transition démocratique. C’est aussi le choix d’Alain Juppé, ministre  français des Affaires étrangères : « Il faut que la junte s’écarte et que, soit  le président de l’Assemblée nationale malienne soit quelqu’un d’autre, prenne le  pouvoir constitutionnel et que ce pouvoir soit aidé pour stopper l’avance d’Aqmi ».

Mais les autres partis politiques du Mali sont-ils prêts à accepter que  Traoré, patron de l’Adema, assure la transition alors qu’il est lui-même  candidat à la prochaine présidentielle ? Les prochains jours devraient permettre  d’en savoir plus.

Jeuneafrique.com

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