La banque du Vatican à l’heure de vérité

 
Des cardinaux, au Vatican, pendant une audience du pape Benoît XVI au mois de juin.
Des cardinaux, au Vatican, pendant une audience du pape Benoît XVI au mois de juin. Crédits photo : Maria Grazia Picciarella/INSIDE / PANORAMIC

Dans la tourmente, l’Institut pour les œuvres religieuses attend un quitus du Conseil de l’Europe.

La banque du Vatican, plus qu’à un coffre-fort, ressemble à un château fort. Un vrai, de forme ronde, avec d’épaisses murailles. Disgracieux, il rompt l’harmonie des lignes architecturale du palais apostolique mais il est sous les fenêtres du Pape, comme protégé par la solide caserne des gardes suisses. Il faut être prélat, prêtre, religieux, religieuse ou laïc salarié du Vatican pour y pénétrer et avoir le droit d’y détenir un compte. Il y en a 33 000: l’immense majorité des clients de cette banque sui generis– dont le chiffre d’affaires avoisine 6 milliards d’euros – ne vit pas à Rome mais dans le monde entier.Personne d’ailleurs ne parle à Rome de «banque du Vatican». On dit «IOR». Prononcez «or» en y ajoutant un «i». Plus sérieusement: Institut pour les œuvres religieuses. Discrète, cette vénérable institution fut fondée, il y a soixante-dix ans, le 27 juin 1942, par Pie XII. Elle n’apparaît au grand public que lors du scandale retentissant, dit «affaire Marcinkus» et «Banco ambrosiano», dans les années 1980. Jean-Paul II lança alors un premier train de réformes pour mieux contrôler l’activité de cette institution en créant un haut conseil de surveillance composé de cardinaux.

Mais l’IOR vient de revenir cette année sur le devant de la scène avec le spectaculaire limogeage, en mai dernier, de son président Ettore Gotti Tedeschi. Complexe, cette décision est en partie liée à un second train de réformes lancé cette fois pour adapter cette institution financière, non plus à un meilleur contrôle interne, mais aux critères internationaux qui délivrent un label antiblanchiment d’argent sale. Gotti Tedeschi, banquier italien de bonne renommée, avait précisément été appelé à ce poste il y a trois ans pour mener à bien cette réforme.

Deux alertes rouges avaient déclenché cette volonté de mettre la banque en conformité avec certaines règles internationales. L’une est actuellement traitée par la magistrature italienne et concerne le diocèse sicilien de Trapani. Son évêque – il a été remercié depuis -, aurait été abusé par un prêtre peu scrupuleux et escroc qui aurait utilisé le compte de son supérieur à l’IOR pour faire transiter de l’argent suspect…

L’autre alerte touchait un transfert de fonds, l’an passé, de 23 millions d’euros entre l’IOR et une banque italienne. Il fut gelé par les autorités italiennes parce que celles-ci doutaient de l’origine de cet argent. Tout soupçon a été levé depuis. Les fonds ont été libérés.

Informé de ces problèmes, Benoît XVI a exigé que la banque du Vatican soit «irréprochable» et Ettore Gotti Tedeschi était l’homme clé de la réforme. Mais cet hiver, l’accord sur cet objectif de transparence s’est heurté à deux visions opposées.

Les uns insistaient sur la transparence à mettre en place au plus vite. Les autres sur l’indépendance à préserver à tout prix, car le Saint-Siège est aussi une entité internationale souveraine. Le banquier italien, laïc, a sans doute bousculé des habitudes et a notamment fait les frais de cette querelle de méthode.

L’épilogue du dilemme entre souveraineté et transparence devrait toutefois intervenir au cours de cet été, probablement à la mi-août. La «banque du Vatican» va revenir dans l’actualité car l’organisme Moneyval, basé à Strasbourg et qui dépend du Conseil de l’Europe, publiera le rapport (260 pages) disant si l’IOR a obtenu son certificat de banque propre.

Quarante-neuf critères

Cette «évaluation» menée par Moneyval – à la demande explicite du Saint-Siège – repose sur deux semaines d’audit approfondi au Vatican, en novembre 2011 et en mars 2012. Et sur une étude en séance plénière de cet organisme européen qui s’est déroulée à Strasbourg, mercredi dernier.

Samedi, le Saint-Siège n’avait toujours pas reçu le rapport. Il est toujours tenu secret car le Vatican doit, selon la procédure, y répondre par des commentaires qui seront ajoutés au texte final. Il aura un mois pour le faire. L’ensemble sera ensuite publié de concert à Rome et à Strasbourg et le verdict de Moneyval sera enfin connu…

Au plus haut niveau du Saint-Siège, on ne s’inquiète pas outre mesure, car la «banque du Vatican» devrait obtenir un blanc-seing de la part de l’organisme européen. Sur les 49 critères imposés pour délivrer le label de banque propre, l’IOR en satisferait 41. Il lui serait donc demandé de corriger huit points dans un délai raisonnable. S’il y avait eu plus de dix points à corriger, l’IOR aurait été classé dans les banques non fréquentables.

Une heureuse conclusion probable d’un dossier financier très technique qui devrait aussi apporter un peu de baume à une maison Vatican encore profondément blessée par la fuite et la publication de documents personnels du Pape. Mais cette crise-là est encore loin d’être résolue.

Lefigaro.fr par Jean-Marie Guénois

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