Congo-Brazzaville: La désaffection électorale a atteint un niveau préoccupant

 
Le vote du dimanche 15 juillet dernier a un trait caractéristique: le faible taux de participation. Dans certains bureaux de vote, la rareté des électeurs était telle qu’on peut penser à un mouvement organisé de protestation électorale, comme si les électeurs se sont entendus pour ne pas aller voter. Pourtant, l’opposition n’a pas appelé au boycott. Mais, dans leur grande majorité, les électeurs sont restés chez eux et les bureaux de vote étaient déserts. Les votants arrivaient au compte-gouttes. «Selon des relevés de l’A.f.p (Agence France-presse), à Brazzaville, au bureau de l’hôtel de ville, 200 des 527 inscrits ont voté, et à l’école des filles du quartier Plateau, seulement 76 sur 647 inscrits. Dans un bureau d’Impfondo (extrême Nord), 100 votants se sont déplacés sur 447 attendus», a dit son envoyé spécial au Congo.
La désaffection électorale est, sans doute, un grand problème de notre démocratie. Les pouvoirs publics semblent ne pas s’en préoccuper, pour ne mettre en avant que le caractère serein du déroulement du vote. De nombreuses causes sont à l’origine de la chute du taux de participation au vote, durant ces dernières élections. Il y a le problème récurrent de la constitution du corps électoral. Le procédé qui consiste à appeler les électeurs pour aller se faire enregistrer sur les listes électorales ou revoir leurs noms lors de l’opération de révision des listes dans les mairies et les sous-préfectures ne marche pas. En réalité, la grande majorité de la population ne se déplace pas. Du coup, quand arrive le vote, beaucoup de Congolais n’ont pas leurs noms sur les listes électorales. Le procédé du recensement électoral, qui consiste à faire circuler des agents recenseurs de quartiers en quartiers et de villages en villages, est nettement mieux, pour notre contexte, car il permet de toucher tous les citoyens en âge de voter.
La deuxième cause est liée à l’organisation. Des électeurs qui ne reçoivent pas leurs cartes d’électeurs et qui donc, ne peuvent pas accomplir leur devoir civique, alors que leurs noms sont sur la liste électorale; d’autres qui ont leurs cartes d’électeurs, mais qui, curieusement, ne retrouvent pas leurs noms sur les listes électorales ou ne savent pas à quel bureau voter; enfin, il y a la lancinante question de la pièce d’identité: beaucoup d’électeurs n’en disposent pas et même quand on autorise de voter avec un acte de naissance en présence de deux témoins, on n’est pas toujours au bout du tunnel.
Les autres causes sont, probablement, liées au manque de confiance dans le système électoral. Qui organise les élections au Congo? Les opérations pré-électorales jusqu’à l’impression des bulletins de vote, sont assurées par le gouvernement, par le biais du Ministère de l’intérieur et de la décentralisation, à travers sa structure sous tutelle, la direction générale des affaires électorales. L’organisation du vote est faite par la Conel, à travers ses démembrements locaux, qui s’appuient sur l’administration publique. Les résultats sont proclamés par le gouvernement. La responsabilité de l’organisation des élections est, en réalité,  partagée entre la Conel, le Ministère de l’intérieur et de la décentralisation et la direction générale des affaires électorales. Un tel système est difficile à saisir, lorsque, surtout, le non respect de la loi électorale par des agents commis aux différentes tâches de l’organisation des élections s’en mêle. Les électeurs congolais boudent aussi les urnes pour une histoire d’équité sociale. Le décalage entre l’opulence affichée par certains candidats et une population, dont la moitié des quatre millions d’habitants ploie sous le joug de la pauvreté, influence largement la perception des élections. «Je ne vois pourquoi je vais me déranger pour aller voter des gens qui vont me narguer demain dans leurs véhicules luxueux, alors que dans les hôpitaux, on ne nous donne que des ordonnances», a lancé un jeune cadre qui a, comme beaucoup de ses compatriotes, préféré rester chez lui, au lieu d’aller voter. Malgré des manifestations de campagne électorale qui ont, parfois, drainé du monde, le taux de participation des électeurs était très faible, dimanche 15 juillet, au point de toucher à la crédibilité des élections. Une situation qui devrait préoccuper tout le monde et surtout, les pouvoirs publics.

Lasemaineafricaine.com par Joachim MBANZA

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