Sénégal : les islamistes « sont à nos portes »

Des membres du Mujao dans les rues de Gao, au Mali. Des membres du Mujao dans les rues de Gao, au Mali. © AFP

Au Sénégal, si l’islam des confréries cultive la tolérance, il n’est pas pour autant prémuni contre une avancée de l’extrémisme.

Ndèye Khady Thiam, 20 ans, le foulard bien noué autour de la tête, arpente les escaliers de la faculté de droit de l’université Cheikh-Anta-Diop de Dakar. Cette étudiante en première année est voilée depuis bientôt deux ans. « Je n’appartiens à aucune confrérie et personne ne m’a obligée à me couvrir. Je l’ai décidé toute seule en tant que musulmane », assure-t-elle. Ce phénomène prend de l’ampleur au Sénégal. Dans les rues de la capitale sénégalaise, on rencontre de plus en plus de jeunes filles voilées ou d’hommes barbus. Et, contrairement à Ndèye Khady, la majorité des femmes qui mettent le voile appartient à des groupes religieux. De quoi susciter des interrogations quant à une éventuelle percée du fondamentalisme dans un pays connu jusqu’alors pour sa modération et sa cohabitation pacifique entre chrétiens et musulmans.

L’imam Mbaye Niang se veut rassurant : « L’islamisme radical ne peut émerger chez nous, le Sénégal récuse la violence, et l’islam tel qu’il est enseigné et pratiqué ici favorise le dialogue. » Lamine Gaye, le président de l’Association des élèves et étudiants musulmans du Sénégal (AEEMS), partage l’avis de l’imam, mais appelle néanmoins à la vigilance. « Historiquement, aucune des confréries sénégalaises n’a prôné la violence comme moyen de propagande. Le terrain n’est donc pas favorable », rappelle-t-il. Pour autant, « nous ne devons pas nous endormir sur nos lauriers et nous devons être les garants d’un islam tolérant, l’État en premier lieu », prévient-il, regardant évidemment vers le Nord-Mali. Pour toutes les capitales de la sous-région, le risque de contagion est réel.

Menace du Mujao

Sur le plan sécuritaire, les autorités de Dakar sont en alerte. La presse locale avait fait état de l’arrestation début juillet à Dagana, dans le nord du Sénégal, d’une dizaine d’activistes, dont trois Sénégalais proches d’Aqmi. Et il est à présent avéré que des ressortissants sénégalais font partie du Mouvement pour l’unicité et le jihad en Afrique de l’Ouest (Mujao), notamment. Face à cette menace, le chef d’état-major des armées, le général Abdoulaye Fall, indique que « toute stratégie doit miser sur des moyens militaires coercitifs associés à un système international de partage de renseignements sur ces mouvements terroristes ».

Le Sénégal compte plus de 95 % de musulmans, et son islam s’est développé autour des confréries Mouride, Tidiane, Layène, considérées à juste titre comme des régulateurs sociaux. Problème : « Elles ne répondent pas aux préoccupations des personnes qui ne sont pas des fidèles. C’est donc une erreur de penser que le Sénégal est à l’abri de toute influence extrémiste, d’autant que les djihadistes sont à nos portes », explique l’historien sénégalais Abderrahmane Ngaïdé. Pour lui, « la pauvreté, les défaillances de l’État et une forte déperdition scolaire » sont de puissants leviers de recrutement. 

Jeuneafrique.com par Nicolas Ly, à Dakar

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