Conte: La Vache sacrée, l’Araignée, la Mouche et le Scarabée sacré

Une vache laitière et héritière avait été couronnée et sacrée, reine des bovins par le Roi de la forêt pour la qualité de sa production, à la grande satisfaction de la civilisation.

Un jour, devant cette élévation dans la noblesse et cette distinction remarquable dans la royauté, elle jugea nécessaire d’organiser une grande fête afin de partager cet heureux événement avec tous ses amis. Mais la Vache avait un grand problème, celui de l’indiscipline de sa queue qui, à chaque mouvement de sa marche, après un grand repos de son repas, déposait des excréments un peu partout dans la cour. Elle expliqua son mal à l’Araignée. Celle-ci lui conseilla une recette de ses grands-parents consistant à cueillir neuf feuilles de goyavier et les pilla dans un mortier puis recueillit une potion magique, après macération qu’elle plaça dans un bol blanc pour en boire: matin, midi et soir. Elle suivit la prescription du remède et fût soulagée.

Dès lors, à la suite de la bonne médication traditionnelle, elle lui demanda de jeûner souvent. Mais la Vache refusa car cela était un exercice fastidieux de diète difficile à observer pour sa condition physique qui doit manger régulièrement. Elle lui conseilla aussi d’attacher un morceau de pagne en raphia pour ralentir l’évacuation de ses excréments. Quand elle essaya de passer le linge autour de ses immenses gigots et cuisses volumineuses, le pagne se déchira aux premiers pas de sa marche. Elle renonça à cette autre proposition. Finalement aucune solution ne rencontra ses faveurs. Elle fit une rechute de son mal original de naissance. Elle décida alors de recruter une belle et gentille Mouche bleue pour lui ramasser toutes les bouses qui traînaient dans sa cour afin de réserver un cadre agréable de propreté à tous ses invités.

Vêtue de sa tenue verte, à deux bretelles passant à travers ses épaules et cousue d’une grande poche à l’avant de sa poitrine avec une petite fente derrière; la Mouche travaillait d’arrache-pied. Elle collectait et entreposait ces fientes dans un dépotoir d’ordures. Là elle prenait le soin de les brûler pour empêcher la putréfaction et la propagation de mauvaises odeurs. Elle faisait attention de peur de ne pas prendre le feu sur ses ailes car elle gardait de très mauvais souvenirs une fois quand elle travaillait chez le Roi de la forêt, elle s’était brûlée au second degré.

De sa petite corpulence, avec ses yeux rouges sang, elle arrivait au bout de sa pénible tâche. Malheureusement depuis le brûloir de la fumée se propageait dans l’air et rentrait dans la cour royale jusqu’au salon, dans la douche, dans les chambres à coucher et autres appartements.

Ne sachant pas d’où provenait cette grande fumée, la Vache qui dormait appela l’Araignée qui travaillait dans la cuisine, croyant qu’elle avait fait cramer ses marmites qui seraient à l’origine de cette pollution de l’air qui lui piquait les yeux et envahissait les narines.

  • Maître Araignée d’où vient cette fumée qui me colle à la peau, au mur et à l’ensemble de mes objets ?
  • Elle vient de l’extérieur. Quand je préparais dans la cuisine, la Mouche était venue me demander des allumettes pour brûler tous les déchets de son travail.
  • C’est bien dommage, elle a cru bien faire voilà maintenant que tout le château prend une mauvaise haleine de la nature pour une faute d’imprudence.

Je vais la sanctionner en ne lui payant pas la totalité du service rendu.

Quand la Mouche eût terminé son labeur, la Vache sacrée l’appela à la fin de la journée. Elle lui fit remarquer sa faute et ne lui paya que la moitié de son service. Elle se justifia et se défendit. Sa contestation ne rencontra pas un écho favorable dans les oreilles de la Vache. Elle lui demanda de revenir le lendemain car il y avait encore des bouses à ramasser.

Le jour suivant, après le lever du soleil, dans la chaleur mordante des premiers rayons caressant les vitres des portes et des fenêtres, la Mouche repris ses instruments de travail. Non contente de la réduction de son salaire, elle ramassa, cette fois-ci, seulement une petite partie des ordures. Friande des bouses de la Vache, elle profita aussi de pondre ses œufs sur une bonne quantité cachée à certains endroits d’où de nombreuses colonies d’asticots se reproduisirent et inondèrent la cour royale. Après leur éclosion, des mouches envahirent le château, les feuilles des fleurs du jardin, des arbres ainsi que des installations électriques et téléphoniques. C’était une grande présence honteuse dans la cour royale. Les objets prévus pour la fête étaient occupés, en premier, par des mouches indésirables qui laissaient des taches noires, peu admirables et recommandables.

Furieuse de ce spectacle peu honorant, la Vache qui ne comprenait pas l’ampleur de cette prolifération appela l’Araignée. Celle-ci se présenta devant elle. Elle lui demanda d’où provenait cette grande quantité de mouches. Elle lui expliqua, suite à la réduction de salaire, la Mouche avait promis de gâcher ta fête. Elle ordonna à l’Araignée de l’attraper mais celle-ci prit la fuite. Elle lui intima l’ordre de la retrouver. Elle promit de la ramener vivante connaissant ses heures de promenade dans le bois, surtout durant cette belle floraison des manguiers qui est son moment privilégié de la multiplication des passages sans arrêt. Elle tissa, en outre, une belle toile sur l’une des branches mortes puis repartit dans la cuisine.

Au moment où la Vache visitait la cour dans la douceur de sa marche, l’innocence de sa conduite, la pureté de sa conscience et la générosité de sa sagesse, elle découvrit, par endroits, des restes d’excréments. Elle parlait seule dans sa langue maternelle, beuglant, frappant ses sabots au sol et se cogna la tête de colère contre un avocatier qui perdait ses écorces: « Nianzi bu ni mu baka, bô ka ku nzaba (la mouche quand je vais l’attraper, elle saura de quel bois je m’échauffe) »

Interpellée par un Scarabée qui passait au milieu de la cour, celui-ci lui demanda l’objet de sa colère. Elle répondit qu’elle avait recruté une Mouche bleue qui lui a rendu de très mauvais services de propreté, à la veille du repas de fête après son sacre alors qu’elle attend des invités de marques et de très hautes personnalités.

Le Scarabée accepta de l’aider gratuitement, en sa qualité de bénévole, à la condition de participer à la fête. Elle acquiesça de sa tête pesante, bougea le museau et écarquilla les yeux tout en lui réservant une belle surprise. Travailleur organisé et efficace, il délimita, d’abord son champ de ramassage ensuite plaça un drapelet de reconnaissance devant chaque point de passage enfin il rassembla, arrondit et déroula chaque bouse en petites boules avec ses pattes arrière qu’il roula jusqu’au dépotoir de la vidange.

Le soir quand il eût terminé son travail, il vint rendre compte à la Vache qui le remercia et lui remis une carte d’invitation. Content d’être dans la liste des hôtes de marque, il se déplaça avec son manteau noir, les pattes écartées comme s’il souffrait des hémorroïdes. La Vache regagna son palais en secouant ses fesses charnues, gauche, droite, gauche, droite. Elle fit part de sa joie du bon travail accompli par le Scarabée à l’Araignée.

Avant la fin de leur conversation, pendant qu’elle surveillait sa marmite au feu, elle vit son fil bouger pour lui signaler que son piège venait de retenir une quelconque victime. Remontant rapidement sa toile jusqu’à l’endroit de la capture, à son arrivée, elle découvrit que c’est finalement la Mouche qui s’était fait prendre. Elle l’attrapa par la tête, la neutralisa sans l’étouffer jusqu’à un certain moment avant de la conduire vivante chez la Vache. Dès qu’elle vit cet agent insolent d’une impolitesse démesurée et sans retenue, elle exprima sa joie sur son arrestation. Elle récompensa l’Araignée, en plus de son salaire de la manger. Elle vida la substance de ses yeux rouges sang ainsi que toutes ses entrailles et ne laissa que la carapace de son enveloppe, bon pour le musée de la Vache sacrée qui l’exposa dans son château, en souvenir et en mémoire de son acte devenu un fait historique.

Le jour de la fête, la Vache reçut ses invités : le Lièvre, l’Éléphant, le Zèbre, le Cheval, le Rhinocéros, l’Hippopotame, le Papillon, l’Abeille, à la grande table des convives, mangeant, buvant et dansant.

A la fin de la cérémonie, la Vache demanda à tous ses invités d’être autour d’elle, elle enleva sa couronne et la déposa sur la tête du Scarabée qu’elle sacra pour de bons et loyaux services de propreté rendus à la Couronne royale, travaillant désormais dans sa cour, mangeant et dormant avec elle pour veiller à chaque dégât matériel de ses fesses.

Depuis ce jour, le Scarabée, travailleur consciencieux et soigneux mais aussi prudent et excellent, est devenu sacré, méritant respect et considération.

© Bernard NKOUNKOU

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