En Égypte, l’opposition se radicalise

  • Des opposants à Mohammed Morsi, vendredi au Caire.
    Des opposants à Mohammed Morsi, vendredi au Caire. Crédits photo : MOHAMED ABD EL GHANY/REUTERS

    Malgré les appels au calme, des affrontements ont fait une victime près du palais présidentiel.

    Ils sont redescendus dans la rue. Malgré la pluie, la fatigue et les efforts des parties rivales pour tenter d’amorcer une sortie de crise. «Nos dirigeants sont des menteurs! Nous n’en voulons pas! S’il faut que le sang coule pour s’en débarrasser, alors il coulera», crie cette Égyptienne d’une quarantaine d’années, dans un des cortèges qui mène vers la place Tahrir, ralliée en ce vendredi après-midi par quelques milliers de protestataires. Elle s’appelle Rima et cette employée du tourisme dit n’avoir plus rien à perdre, «puisque de toute façon, les étrangers ne viennent plus chez nous, et que mon agence va finir par mettre la clé sous la porte».

    Dans la foule, au-dessus des têtes, des banderoles demandent «justice» pour les quelque cinquante victimes des accrochages meurtriers de ces derniers jours. Mais c’est surtout la fin du gouvernement du «guide» des Frères musulmans que réclament les manifestants. Ils accusent à l’unisson la Confrérie, dont est issu le président Morsi, d’avoir «confisqué la révolution». Un cri de colère entendu au Caire, mais aussi en province, à Alexandrie ou encore à Port-Saïd, endeuillés par de violents affrontements, où des milliers de personnes se sont rassemblées à l’issue de la prière hebdomadaire.

    La veille, l’opposition – qui avait maintenu son appel à manifester – et le parti Justice et Liberté des Frères musulmans s’étaient mis d’accord pour prévenir les violences. À l’issue d’une réunion de la dernière chance organisée sous l’égide d’al-Azhar, la plus haute autorité de l’islam sunnite, les participants avaient dénoncé «toute incitation à la violence» et souligné «la responsabilité de l’État et de son appareil sécuritaire». Initialement respecté par les manifestants, le pacte a rapidement été brisé à la nuit tombée.

    Aux environs de 18 heures, les premiers cocktails Molotov pleuvent sur le Palais présidentiel, dans le quartier de Héliopolis, où les protestataires ont convergé. Sur la chaîne ONTV, qui retransmet en direct les événements, des manifestants hurlent: «Le peuple veut la chute du régime!» – des slogans entendus il y a deux ans, dans les rassemblements anti-Moubarak. À la tombée de la nuit, un mort était à déplorer.

    Hommes encagoulés

    Sur place, des témoins évoquent des scènes de panique et d’incompréhension. Parmi les protestataires, beaucoup d’activistes appartenant au Mouvement de la jeunesse du 6 avril et de supporteurs du Front de salut national, la principale coalition de l’opposition laïque. Mais aussi de plus en plus d’hommes encagoulés de noir, les fameux «Black Blocs» se revendiquant d’un mouvement anarchiste inspiré d’Europe. Faut-il y voir le début de l’opération «Gaber» – du nom de ce jeune activiste mort sous les balles des forces de l’ordre en novembre dernier – tant promise par ces révolutionnaires d’un nouveau genre? «Ce qui est clair, c’est qu’on assiste à une radicalisation des manifestants face à un gouvernement qui reste myope à nos demandes, et à une opposition qui peine à nous représenter», lance Hiba, 24 ans. Aujourd’hui, cette jeune révolutionnaire ne se reconnaît plus dans cette opposition disparate qui vole en éclats. Ce vendredi, l’ancienne abonnée aux manifestations a préféré rester chez elle pour la première fois, «par peur du chaos», concède-t-elle.

    Car dans ce climat volatile, un autre phénomène, encore plus perfide, se généralise à l’ombre des manifestations: les agressions sexuelles de jeunes femmes. Les organisations de défense des droits de l’homme ont recensé une vingtaine de victimes pour la seule journée du 25 janvier. Fidèles à leur théorie du «retour à l’ordre», les Frères musulmans accusent l’opposition de cautionner ces attaques en continuant à manifester. À l’inverse, certains opposants y voient la main des partisans de la Confrérie dans l’objectif d’entretenir un état de pourrissement du pays qu’ils viendraient ensuite «sauver». Des accusations révélatrices d’une profonde crise de confiance entre le pouvoir et la dissidence, que la médiation d’al-Azhar est loin d’avoir résolue.

    Lefigaro.fr par Delphine Minoui

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