Marcel Gotène, un homme généreux

 

Marcel Gotène

Marcel Gotène

Quand j’ai rencontré Gotène pour la première fois, à Poto-Poto dans le lieu qui lui tenait de salle d’exposition, j’ai eu la plus grosse surprise de ma vie : Gotène avait offert un tableau à mon fils. Et Dieu seul sait combien coûte un Gotène! Je suis restée baba ne sachant que faire. Mon merci avait-il la grandeur de ce tableau que mon œil de néophyte trouvait bizarre à cause du mouvement rapide et tumultueux des couleurs qui faisaient de cette peinture, une œuvre rare, unique?

Rare et unique est Gotène, cet enfant de Yaba, venu étudier à Brazzaville et qui dessinait avec des bouts de charbon découvrant ainsi son talent mais ne sachant pas encore que c’était là, la plus grande de ses passions : le tourbillon passionné de sa vie dans une mer immense de couleurs étonnantes, vivifiantes, éclatantes, vibrantes. Des couleurs qui dansent, chantent, rient, courent, brûlent, s’enivrent. Des couleurs d’une extrême existence sans pareille, à apprivoiser.

Comme de nombreux peintres de Brazzaville (Hengo, Tango, Zigoma, Bonguila), Gotène passe par l’École de Peinture de Poto-Poto, un terrain d’éclosion de talents où le maître-fondateur, Pierre Lods, lui disait alors: Tu imagines tout ce qui te vient à la tête et tu peins, comme ça, sans modèle.

Et Gotène devint l’enfant prodigue de l’École de peinture de Poto-Poto qui voit ses dessins émerveiller le public. On les achète. Le Président Fulbert Youlou par le biais de son  ministre de l’information fait exposer les dessins de Gotène à Paris, au Cercle de la France d’Outremer. Nous sommes en 1954! Les expositions se suivent à travers le monde surtout en Europe et en Afrique : Belgique, France, Italie, Togo, Gabon, Sénégal et bien entendu de nombreuses expositions émerveillent au Congo, son pays natal. De nombreuses distinctions de 1972 à l’heure de sa mort jalonnent ce parcours étonnant de cet homme au sourire enjôleur, au rire sonore, sans gras de trop.

Gotène, un artiste qui a su donner ses lettres de noblesse au Congo.

De Yaba à Rabat : quel voyage!

La palette du peintre a brillé de ses mille feux : qu’il peigne un Vieux et son vin, La danseuse, La grosse femme et son poisson, Feuilles d’arbre dans l’eau, Les singes dans la forêt qui brûle, pour ne citer que ces tableaux-là, et il y en a eu plusieurs. Gotène de Yaba a su donner son cœur à sa passion, sa joie de créer à la jeunesse, la dynamique du travail bien fait à ses publics. Car, malgré la misère des artistes, les piratages, le silence des lois pour mieux les protéger, les exploitations, du fumier sont sortis des toiles merveilleusement inoubliables, des livres exceptionnellement étonnants, des chants divinement enchanteurs, des sculptures indiscutablement incomparables. Les artistes portent haut le flambeau de leur pays. Gotène a écrit par sa passion des couleurs, des êtres et des choses, un hymne indescriptible pour son pays. Ainsi le petit Congo, par ses artistes, rayonne. Et sa lumière brille, brille sur la cape trouée de la vie.

De Rabat à Brazza : Le dernier check up. Le dernier appel du dernier vol. La dernière passerelle. Le  dernier vol de la douleur. Le vol du non retour.  

Ohééé, solitaire voyageur! Que ton âme repose en paix.

Marie Léontine  Tsibinda Bilombo

Écrivain

 

 

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