Conte : La Corneille et le Lézard

Mireille la Corneille noire d’Ottawa, du pays des Algonquins, avait fait la rencontre sur internet de Lazare le Lézard brun d’Abidjan du territoire des Ébriés.

Un jour pendant qu’ils se correspondaient, Lazare le Lézard émit à son ami le vœu de voyager pour découvrir son beau pays. Le sujet de la conversation n’était pas tombé dans les oreilles d’une sourde. Celle-ci dans la rapidité de l’échange virtuel trouva la demande intéressante et lui proposa  de l’inviter au mariage de sa fille, reporté de l’été pour l’automne.

Quand arriva la belle saison, au moment où feuilles se maquillent et changent de couleur avant leur mort. Elle envoya une prise en charge à son ami. Celui-ci la reçut joyeusement et fièrement puis partit à l’ambassade. Il présenta la lettre d’invitation et retira le formulaire pour remplir les informations d’usage : d’une part celles de son identité, d’autre part celles concernant la raison et le motif de son voyage.

La demande de Lazare le Lézard fut examinée dans un court délai et obtint un avis favorable. Mireille la Corneille envoya le billet à son correspondant. Il se présenta à la chancellerie pour déposer sa demande de visa. Il la reçut sans difficulté au regard du motif évoqué. Il portait la mention pour une durée de trois mois, renouvelable une fois.

Lazare le Lézard acheta des cadeaux à donner pour son ami et d’autres à offrir à la mariée : des statuettes sculptées en bois brun et noir, représentant l’escargot, le lion et l’éléphant ainsi qu’une belle robe bleu de bazin brodé de fils bancs, à manches longues et une montre, en argent, pour le gendre.

Le jour du voyage, il se présenta à l’aéroport, remplit ses formalités de voyage et prit le vol du soir qui marqua une brève escale à Paris où il continua la destination jusqu’à Ottawa.

Arrivée à l’aéroport, Mireille la Corneille qui était partie accueillir son ami, demanda aux autorités un panneau où il dessina Lazare le Lézard avec sa belle queue, ses petits yeux, à fleurs de peau. A la sortie de chaque passager, elle le brandissait du haut de sa main ailée. Dès que l’image de sa forme physique frappa à ses yeux, il s’orienta vers eux, en s’écriant: « me voici, chère amie! ». Ils s’embrassèrent, prirent sa valise pour les dernières formalités douanières et de la police des frontières. Elle le conduisit dehors et montèrent dans sa voiture noire.

Sur l’itinéraire de la route, Lazare le Lézard avait le regard constamment levé sur les immeubles de la ville. Il ne cessait de poser des questions de curiosité à son amie. Il se plut aussi à dire que chez-lui à Abidjan, des constructions analogues se trouvent au Centre-ville de la capitale.

Lorsque la voiture s’arrêta devant le garage de la maison, ils descendirent. Il retira ses bagages, à l’arrière puis rentrèrent dans la maison. Mireille la Corneille présenta son ami Lazare le Lézard à son oncle Thibault le Corbeau qui les attendait au salon. Lazare le Lézard en regardant son oncle douta de son appellation. Il répliqua :

–         « Ton oncle n’est pas un Corbeau ».

–         Pourquoi ?

–         En Afrique, le Corbeau porte un bandeau de plumage blanc à l’avant du cou.

–         Ah, bon ! mais chez-nous, il me ressemble de la tête jusqu’aux pieds à la seule différence qu’il est un peu plus gros que moi.

Ils s’embrassèrent et se photographièrent pour aller montrer les images, à son retour, en Afrique.

Ils dormirent, se réveillèrent et se promenèrent pour une belle tournée en la découverte de certains sites touristiques. Il était émerveillé par la beauté des feuilles des érables qui offraient à sa vue toutes les belles couleurs du feuillage. Il dit que ces arbres avaient des mains artistiques et techniques comme celles des fabricants de pagnes kita, tissés de fils de coton et de soie aux multiples couleurs (or, jaune, blanc, argent, rose, violet, marron, bleu, vert, noir), spécialités du peuple Akan, originaire de Côte d’Ivoire et du Ghana.

Le jour du mariage, avant le départ, à la cérémonie, il offrit à son amie ses cadeaux emballés d’objets d’art puis après la cérémonie nuptiale, il remit ceux de la mariée et une belle montre bracelet au gendre. L’ambiance était à la hauteur de la fête. Tous les parents des deux familles venaient le saluer car il était l’étranger venu d’un autre continent pour assister à cette heureuse fête des époux.

A l’approche de la fin de son séjour, son ami lui proposa de le prolonger et de renouveler son visa pour trois mois encore car celui-ci arrivait à son terme d’expiration. Il obtint facilement le renouvellement du visa pour goûter aux joies de l’hiver.

La température à l’automne commençait à descendre peu à peu. Rien qu’à 11 degrés, il grelotait. Les arbres qu’il admirait avaient perdu toutes leurs feuilles. Il pensait qu’ils étaient devenus du bois sec comme il les voit chez-lui qui sont désormais bons pour l’abattage et le chauffage. Mais on lui dit que c’était une simple phase de mutation pour accueillir l’hiver sur leurs bras valides à la sève cachée dans l’attente d’une renaissance végétale.

Le journal de la météo annonça pour cette année la tombée de la neige au cours du mois de novembre. Mireille la Corneille lui avait acheté des manteaux à fourrure, des combinaisons d’esquimaux, des mitaines, des tuques à oreilles, des bottes, des bas en laine, pour bien affronter la saison à venir.

Ce jour-là pendant qu’il ronflait dans un sommeil profond avec ses narines au point d’éclater; dehors, la neige tombait furtivement à son insu. Le matin au réveil, en tirant les rideaux et levant les stores, des flocons tout blancs avaient tracé une ligne de délimitation après leur projection sur la baie vitrée. Le sol était d’une blancheur éclatante. Il courut au salon dans la joie d’en parler à son amie Mireille la Corneille qui partagea ce bon moment de sa surprise par une accolade amicale : j’ai vu ma première neige, hourrah, hourrah, hourrah ! Que c’est beau. Mireille la Corneille d’ajouter : c’est de toute beauté, tu vois maintenant ce que je voulais te faire découvrir. Ils s’approchèrent tous les deux de la fenêtre et regardaient ensemble la neige qui continuait de s’amonceler au sol, au balcon et un peu partout. Il demanda s’il pouvait ouvrir la porte pour toucher la neige et vivre les sensations dans ses mains. Il éprouva le plaisir de laisser ses empreintes dans la peau blanche de la neige pour marquer sa présence. Une photo souvenir fut prise de cette gravure éphémère.

Chaque fois quand on lui demandait de s’habiller, il passait plus de temps à porter tous ses accessoires qui rentraient lentement dans ses membres pour sa protection contre le froid. A la fin en se plaçant devant le miroir, il s’écriait : je ressemble à un Michelin et ma démarche a même changé. 

Au fur à mesure que les mois passaient, dans la soudure de fin janvier à mi-février, le froid redoublait d’intensité atteignant des records de -38 degrés. Il ne le supportait pas. Son amie Mireille la Corneille l’invita à une petite promenade pour un baptême afin d’aller y témoigner, à son retour, au pays natal. Malgré qu’il fût vêtu comme un esquimau, la morve qui coulait régulièrement de ses narines, lui collait au contact de l’air, formant des crottes de glace, à la pointe de son nez. Voulant essayer de laisser ses oreilles, sans rabats, il sentit comme si elles avaient perdu de sensibilité.

Au dîner comme au souper, ils mangeaient souvent de la soupe aux pois, des rôtis de lard aux pommes de terre avec des carottes et poireaux, de la bouillie aux légumes aromatisés et du grand-père au sirop d’érable. Ils avaient aussi d’autres provisions qu’ils prenaient pendant le goûter comme des raisins secs, des amandes, des graines de citrouilles, de pacanes et d’abricots. Il constatait durant cette saison que les gens mangeaient beaucoup et gagnaient du poids.

L’ennui du manque d’activités le hantait. Il se plaignait que chez-lui, il était toujours entrain de travailler ou plonger dans une mobilité permanente. Le chauffage dans la maison était constamment augmenté. La nuit il transpirait à grosses gouttes. Se métamorphosant, par des mues sans arrêt, changeant continuellement de peau. Il devenait de plus en plus clair. Il n’en pouvait plus car il trouvait la situation de mélange entre le froid et le chaud très contradictoire. Il avoua lui-même que chez-lui en Afrique, des chaleurs de 38 degrés poussent aussi les habitants à dormir dehors car les briques des murs qui emmagasinent la chaleur le jour, la répandent la nuit tout en la rendant insupportable auprès des humains. Des bébés pleurent dans les bras de leurs mamans. Pour ceux qui osent dormir dans les chambres, ils placent des serviettes en-dessous qui finissent par être trempées de sueur. Ils sont poussés à boire de l’eau au rythme de la transpiration. Il conclut avant son retour que dans toute saison des inconvénients extrêmes de climat existent toujours causant des maux d’inadaptation aux uns et aux autres.

Mireille la Corneille heureuse d’avoir réservé un accueil chaleureux à son correspondant, organisa un repas de famille et l’accompagnant à l’aéroport avec une forte délégation. Lazare le Lézard repartit le cœur en joie, plein de bons souvenirs pour son long séjour au pays du froid boréal.

Les bons amis sont ceux qui vous accueillent sans un calcul de bénéfice à récupérer à court ou moyen terme.

© Bernard NKOUNKOU

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