La France restitue des trésors à la Chine

Les deux bronzes chinois de la collection Pierre Bergé - Yves Saint Laurent.

Les deux bronzes chinois de la collection Pierre Bergé – Yves Saint Laurent.

Lors de la visite de François Hollande en Chine, François-Henri Pinault, président du groupe PPR, a annoncé la restitution des deux bronzes chinois de la collection Bergé – Saint Laurent, provenant du sac du Palais d’été.

Faisant partie d’une délégation d’une soixantaine de patrons accompagnant François Hollande pour sa première visite officielle en Chine, François-Henri Pinault, président du groupe PPR, a annoncé, lors du dîner d’État avec le président Xi Jinping, qu’il allait restituer à la Chine deux pièces appartenant à sa famille. Il s’agit de deux rares bronzes provenant du sac du Palais d’Été, le «Versailles chinois» pillé en 1860 par l’armée franco-anglaise. Il faisaient autrefois partie d’une série de douze éléments ornant une horloge à eau. Sur les douze têtes de la clepsydre, Pékin en a déjà récupéré cinq. La dernière a été acquise en 2007, avant sa mise aux enchères, par Stanley Ho, l’empereur des casinos de Macao. La Chine sait qu’elle peut compter sur ce type de mécènes très riches et très dévoués. Le bronze a rejoint ses pendants au Poly Art Museum de Pékin, un musée qui, via China Poly Group Corporation, un conglomérat étatique, se porte acquéreur quand il le peut.

Avant leur rachat par la famille Pinault, ces deux superbes têtes d’animaux en bronze, datant de l’époque de l’empereur Quianlong (1736-1795), avaient déclenché une vive polémique. En 2009, lors de la dispersion de la collection de Pierre Bergé et Yves Saint Laurent, sous le marteau de Christie’s au Grand Palais, ces deux pièces avaient été adjugés 15,75 millions d’euros pièce. Caché pendant la vente derrière le téléphone de Thomas Seydoux, à l’époque chef du département monde impressionniste et moderne de Christie’s, l’acheteur avait finalement tombé le masque. Cai Mingchao, collectionneur d’art chinois, familier des sauvetages d’antiquités de son pays et dirigeant d’une petite maison d’enchères de Xiamen, dans le Sud-Est, avait révélé son identité avec la bénédiction des autorités chinoises.

Collectionneur «grillé» sur le marché

On découvrait au fil du temps que ce coup médiatique semblait avoir été orchestré par les responsables du National Treasure Funds of China (NFTC), organe contrôlé par le ministère de la Culture chinois et chargé de retrouver les objets d’art du patrimoine national partis à l’étranger. Celui ci estimait que les quelque 31 millions d’euros engagés pour l’achat des bronzes ne pouvaient pas être payés, l’acquéreur excluant de verser quoi que ce soit pour récupérer un bien revenant de droit à la Chine. Avant la vente, la Chine avait d’ailleurs engagé, sans succès, une action en justice contre Christie’s pour empêcher la vente. En clair, Pékin avait profité de ce collectionneur, aujourd’hui totalement «grillé» sur le marché, pour pouvoir enchérir et obtenir ce que les tribunaux français n’avaient pas voulu accorder aux 90 avocats dépêchés sur l’affaire, à savoir la suspension de la vente jugée «illégale» par la Chine.

Dans l’impossibilité d’une quelconque action contre cet acheteur ni français ni américain, Pierre Bergé, qui n’avait pas manqué d’attiser la colère des Chinois en évoquant la question des droits de l’homme au Tibet, avait repris sans sourciller ses deux bronzes. «Ces têtes étaient chez moi, elles y retourneront, et nous continuerons à vivre ensemble, elles et moi, de chaque côté de mon Picasso, que je suis aussi ravi d’avoir gardé», avait déclaré celui qui fut le compagnon d’Yves Saint Laurent. Il avait ajouté, «si c’est une manœuvre pour me faire baisser le prix de ces têtes pour que l’État chinois les rachète ensuite en sous-main, je ne marche pas!». Quelle fut la nature de la transaction entre la famille Pinault et Pierre Bergé? Toujours est -il qu’après cette affaire diplomatique entre la Chine et la France, ces bronzes ne pouvaient être vendus que de gré à gré. Leur restitution par François-Henri Pinault a son importance au moment même où Christie’s, propriété de la famille, s’apprête à ouvrir une antenne à Shanghaï, là où elle n’avait qu’un bureau de représentation. Il y a deux semaines, en effet, Steven Murphy, président de Christie’s, annonçait pouvoir désormais «traiter avec ses clients à Shanghaï de la même façon qu’à Londres, Paris, New York et Hong Kong».

Nombreux obstacles

La loi chinoise restreint en effet la possibilité pour les maisons de vente étrangères d’exercer leurs activités en direct sur le continent, alors qu’elles ont pourtant des ventes florissantes à Hong Kong. Il a fallu donc étudier tous les moyens possibles pour contourner les limitations et les taxes lourdement pénalisantes pour les enchères dans ce pays. En septembre 2012, Sotheby’s avait décoché ses flèches en premier en officialisant son association avec le groupe culturel d’État chinois, Beijing GeHua Art, pour accéder au marché en Chine continentale. En mars, la Tefaf (The European Fine Art Fair) de Maastricht avait annoncé, à l’ouverture de la foire, son intention d’exporter son label à Pékin, en s’associant avec Sotheby’s pour la logistique des transactions. L’initiative a déclenché la fureur de nombreux marchands ne voulant pas voir leur profession, synonyme d’années de travail et de confidentialité, associée au nom d’une maison de ventes aux enchères. La Tefaf devra aussi faire face à de nombreux obstacles, comme l’interdiction de vendre des antiquités telles que les céramiques ou les calligraphies anciennes. Elle devra donc se concentrer sur d’autres domaines, comme la peinture contemporaine, les bijoux ou les montres. Devant l’extraordinaire poussée des maisons chinoises fortement implantées à Pékin ou dans d’autres villes, comme Beijing Poly et China Guardian, il étaient temps d’ouvrir le marché à la concurrence des autres maisons internationales.

Lefigaro.fr par Béatrice De Rochebouet

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