Conte : La Princesse, le Perroquet et le Martin pêcheur

Une Princesse éblouissante et étincelante, au teint hâlé et épuré, à la voix métallique et sympathique, au goût raffiné et stylé était restée seule au château pendant le voyage en mission d’exploration marine de son Prince.

Un jour durant ses occupations quotidiennes et sereines, elle donna à manger aux animaux qui peuplaient sa cour, sans détour : au chien, au chat, au paon et au perroquet. Tous furent rassasiés à leur faim, sauf le perroquet qui commençait à chanter et à jaser.

Dans l’après-midi, après sa noble sieste, sur le confort de l’auvent de son divan royal, le téléphone, d’un ton monotone, sonna. Le Perroquet se précipita de décrocher avec son bec sec, et, répondit aussitôt : allô, allô ! La Princesse lui ravit le combiné, s’excusa à son interlocuteur et poursuivit la conversation. Il se mit à côté d’elle et l’écoutait attentivement, dans ses faits et gestes, car celle-ci était riche en bonnes nouvelles. A la fin de la conversation, le Perroquet, aux grands maux de sa faim, promit de rapporter tous les propos de la conversation au retour du Prince dans la fidélité de sa mémoire.

Excédée et excitée, le lendemain, la Princesse punit le Perroquet et refusa de lui servir son repas de midi. Elle l’enferma dans sa cage. Tout fou de rage, il regardait les autres animaux mangés. Sa colère devenait de plus en plus rouge, virant à l’orange pour adoucir ses nerfs, au contact du plumage de sa toge rouge d’ara macao. Il prit le courage de remuer la cage avec les forces de son bec, crochu et cornu, balançant sur le perchoir, sans trottoir, de son appui. Son bruit qui, s’amplifiant dans tout le château, devenait dérangeant, au point où elle le sortit pour prendre un air de liberté, afin de lui coller la paix et la laisser tranquille.

Au cours de cette belle journée ensoleillée, elle sortit son coffret doré et nettoyait ses bijoux de mariage. Elle les exposa sur une belle tablette sculptée et vernissée : bagues, boucles d’oreilles, bracelets, colliers et autres perles précieuses. Elle alla s’asseoir au perron, admirant et surveillant son trésor de beauté.

Compulsant les pages de plusieurs magazines d’éducation, de tourisme et de beauté, prenant le plaisir de déguster un bon cocktail de jus de fruits composé d’ananas, de banane et de kiwi. Elle s’offrait le plaisir à la limite d’un singulier désir, promenant son regard qui s’évadait entre les belles et riches fleurs du jardin mondain.

Le Perroquet qui se tenait sur la branche d’un pommier verdoyant se dirigea sur la tablette puis caressait la bague. Voyant l’oiseau s’intéressé à son objet, elle se leva rapidement pour le chasser. Celui-ci l’avait déjà accroché à son bec, le ramenant à ses pattes griffues et s’envola, émettant un cri de victoire qui l’accompagnait sur la cime des arbres. Elle se lamentait et pleurait. Les autres animaux entouraient la Princesse dans ses plaintes interminables et déplorables. Le chien aboyait. Le chat miaulait. Le paon braillait. Les papillons du jardin voltigeaient d’une fleur à une autre en signe de détresse et tristesse.

Au même moment, un Martin pêcheur qui venait d’une longue migration dans les airs vint se reposer dans les arbres. Il entendit les cris de désespoir noir de la Princesse. Il comprit qu’un événement fâcheux et malheureux venait de se passer au château. Il chanta une fois, deux fois et trois fois. Le paon qui comprenait son langage lui répondit. Il descendit les branches des grands arbres centenaires, ombrageux et venteux. Il tendit bien son oreille et vit que le problème était sérieux et désastreux. Il leur dit avoir vu, en passant sur la cime des arbres, un Perroquet qui caressait un objet brillant avec des éclats dorés. La Princesse affirma que c’était sa bague de mariage offerte par la Reine. Le Martin pêcheur promit de la ramener connaissant très bien l’arbre sur lequel il était juché. Il demanda à la Princesse de cesser de pleurer et qu’il lui apporterait sa bague sans difficulté.

Le chien doutait de ses capacités tandis que le chat lui faisait confiance dans la pleine assurance d’une possible réalisation. Quant au paon, il ne disait mot, attendant le retour de l’objet emporté. La Princesse, après avoir essuyé ses larmes, esquissait un bon sourire qui s’étendait jusqu’à ses pommettes graciles avec un brin d’espérance et de croyance.

Le Martin pêcheur émit son cri de départ, déploya ses ailes et fila dans les airs jusqu’au sommet des arbres. Il repéra le Perroquet et le trouva dans un état de somnolence. Il retint son souffle et subitement, il fonça dans sa direction. Soudain, celui-ci, effrayé par le bruit des feuilles et des ailes, se réveilla, en sursaut, prit la fuite avec son objet. Il le pourchassa dans une course effrénée entre les peupliers et de vieux chênes centenaires.

Essoufflé, au-dessus d’un lac, il l’effraya entre ses pattes, le Perroquet prit peur, lâcha la bague qui tomba dans l’eau. Baissant la tête, le Martin pêcheur vit le point central de l’onde qui s’étendait à la surface du lac. Il rassembla ses plumes, chuta en pointe acérée et ajustée, en une plongée rapide qui déchira la peau de l’eau. Il s’infiltra et descendit dans les profondeurs d’où la bague progressait lentement, et, à l’approche des coraux, un poisson des fonds marins le mangea tranquillement. L’oiseau l’ayant aperçu, le rattrapa et le saisit par son bec puis remonta avec le trophée agité de son poisson à la surface, sans le manger.

Victorieux, le Martin pêcheur ramena le poisson auprès de la Princesse, battant ses ailes, à la fenêtre de son bureau, où elle jouait au piano, une douce mélodie chère à ses moments de solitude. Levant les yeux à sa fenêtre, elle le reconnut, sortit, par la grande porte pour le rencontrer. Il ne cessait de tournoyer avec son poisson qui dansait à son bec, la queue ouvert au vent, le plumage encore humide. La Princesse appela vite le paon pour lui parler. Celui-ci déposa son poisson, le chat voulu le croquer, il fut intimidé par le chien.

– La Princesse lui demanda : où est la bague ?

– Il répondit : elle se trouve dans le ventre du poisson. Il ajouta : je n’ai pas voulu manger ce poisson pour la simple raison que ma mission consistait à ramener la bague et me comporter autrement, manquerait à mon devoir d’un service accepté et qui ne serait pas accompli pour le plus grand honneur et bonheur d’une Princesse, vivant dans la noblesse, chargée d’immense grâce.

Il remit ce beau poisson, une espèce rare par le reflet luisant des écailles qu’elle ne voulait pas tuer aussitôt. Mais faute de mieux, elle finit par le dépecer, retrouva la bague dans ses entrailles, maculée de matière gluante. Elle remit le poisson au Martin pêcheur et autorisa de le manger puis lui demanda de se reposer avant de s’en aller.

Au crépuscule somnolent, sous le manteau vespéral, le Perroquet revint furtivement au château et demanda pardon à la Princesse. Il lui promit de ne rien rapporter au retour du Prince. La Princesse lui pardonna et s’interdit de ne rien dire à son Prince de peur d’être sévèrement sanctionné. Ils se réconcilièrent devant tout le monde sous l’assistance du Martin pêcheur. Ils prirent le souper ensemble dans la joie commune de tous les habitants de la cour.

Ainsi, à la fin du repas la Princesse, en guise de reconnaissance, ordonna au Martin pêcheur, de manger désormais tous les poissons des océans, des fleuves, des lacs, des rivières et des ruisseaux pour les bons et loyaux services rendus à sa dignité princière.

© Bernard NKOUNKOU

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4 Réponses to “Conte : La Princesse, le Perroquet et le Martin pêcheur”

  1. histoirescecile13 Says:

    Un joli conte avec des animaux qui ne manquent pas de panache ! Le Martin pêcheur est vraiment loyal envers sa Princesse. Belle idée que cette bague soit engloutie par un poisson puis néanmoins sauvée par l’intelligent Martin pêcheur qui a bien veillé à ne pas manger le dit poisson. J’ai vraiment bien aimé ce conte rempli de couleurs et d’exotismes. Merci beaucoup pour ce partage.

    • Bouesso Says:

      Merci, Cécile de votre appréciation qui me donne encore plus de force dans la création littéraire. Votre soutien est si précieux à mon endroit.

      • histoirescecile13 Says:

        Et d’autant plus que je suis sincère. La franchise est une autre valeur que j’affectionne particulièrement. Vous avez une plume fine et fluide ! Vous avez tous mes encouragements !

      • Bouesso Says:

        Merci pour vos encouragements qui ressemblent à un baume réconfortant et redynamisant toute mon énergie créatrice!

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