Crise en Tunisie: les islamistes au pouvoir campent sur leurs positions

TUNIS – Le chef du parti islamiste au pouvoir en Tunisie a exclu jeudi toute démission du gouvernement et dissolution de la Constituante, qualifiant d’anarchistes ces revendications de l’opposition, trois semaines après l’assassinat d’un opposant qui a déclenché une grave crise politique.

Rached Ghannouchi a une nouvelle fois balayé les appels du Front de salut national –hétéroclite coalition d’opposition– qui manifeste et milite depuis trois semaines pour la mise en place d’un gouvernement de technocrates.

Ennahda refuse le gouvernement proposé par le Front de salut national, ce serait un danger pour le pays, le pousserait vers le vide, l’anarchie et achèverait l’expérience démocratique en Tunisie, a-t-il dit.

Il y a un quasi-consensus pour le maintien de l’Assemblée (nationale Constituante), les appels anarchistes à sa dissolution sont devenus minoritaires, a-t-il ajouté.

M. Ghannouchi a de nouveau proposé des négociations pour élargir le gouvernement actuel à d’autres partis et former un cabinet d’union nationale.

Il a aussi insisté sur le calendrier défendu par son parti, prévoyant la fin des travaux de la Constituante le 23 octobre 2013, deux ans après son élection et avec un an de retard, ainsi que des élections avant la fin de l’année.

Dans les démocraties, les gouvernements ne tombent pas à cause de sit-ins ou de manifestations mais à l’issue d’élections ou d’un retrait de confiance par le parlement, a également déclaré le chef d’Ennahda.

La coalition d’opposition a rejeté l’ensemble des propositions des islamistes, jugeant qu’un dialogue ne pouvait débuter qu’avec la mise en place d’un gouvernement formé d’indépendants.

Elle a dès lors annoncé mardi le début d’une campagne dégage –mot d’ordre de la révolution de 2011– visant les autorités locales, et qui doit culminer avec la chute du gouvernement la semaine du 24 août.

L’opposition est parvenue à mobiliser à deux reprises des dizaines de milliers de personnes à Tunis les 6 et 13 août, mais la participation aux manifestations quotidiennes devant l’ANC s’est largement réduite depuis la fin du ramadan le 7 août.

M. Ghannouchi a par ailleurs indiqué que des pourparlers avec le puissant syndicat UGTT doivent reprendre lundi, après une première réunion en début de semaine qui n’a permis aucune avancée.

L’UGTT s’est retrouvée à contrecoeur dans le rôle de médiateur entre Ennahda et l’opposition après que le président de la Constituante a gelé le 6 août les travaux de l’assemblée, et demandé à la centrale syndicale d’assumer son rôle historique en parrainant des pourparlers.

Le syndicat, fort de 500.000 membres et capable de paralyser le pays, milite jusqu’à présent pour un gouvernement de technocrates et le maintien de l’ANC.

Le gouvernement actuel est accusé d’avoir failli sur le plan sécuritaire, l’essor de la mouvance salafiste déstabilisant régulièrement le pays depuis la révolution de janvier 2011.

Un premier cabinet dirigé par Ennahda avait déjà dû démissionner après l’assassinat d’un opposant en février.

Romandie.com avec (©AFP / 15 août 2013 14h41)

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