Mali – OIF : Dioncounda Traoré, le lièvre de Bamako

En avril 2012 il avait pris les rênes du pays après le coup d'État de la junte. © PIUS UTOMI EKPEI / AFP

En avril 2012 il avait pris les rênes du pays après le coup d’État de la junte. © PIUS UTOMI EKPEI / AFP

Après des mois d’hésitations, l’ancien chef de l’État malien se lance enfin dans la course pour succéder à Abdou Diouf à la tête de l’OIF. Le soutien du président IBK suffira-t-il à compenser ce départ tardif ?

La rumeur a couru des mois avant de s’éteindre, et son nom avait rejoint la cohorte des successeurs fictifs, pour ne pas dire fantasmés, d’Abdou Diouf à la tête de l’Organisation internationale de la francophonie (OIF). Finalement, c’est quand on ne l’attendait plus que Dioncounda Traoré, 72 ans, a fait acte de candidature au poste de secrétaire général de l’institution basée à Paris.

Dans une lettre adressée le 31 juillet à Abdou Diouf, l’ambassadeur du Mali en France a notifié la décision de Bamako de faire concourir celui qui eut à gérer la transition après le coup d’État de mars 2012, avant de transmettre le pouvoir à Ibrahim Boubacar Keïta (IBK) en septembre 2013. Des notes verbales ont également été envoyées aux ambassadeurs du Mali en poste dans les pays membres de l’OIF, afin qu’ils « vendent » sa candidature.

Mais curieusement, IBK n’en a pas parlé à ses pairs lors du sommet États-Unis – Afrique, au début du mois à Washington, et certains de ses proches n’étaient même pas informés quand la nouvelle est tombée, le 6 août. « Une équipe est en train de se mettre en place à la présidence », explique pourtant un conseiller de Traoré. Elle devrait être coordonnée par Mohamed Alhousseyni Touré, le directeur de cabinet d’IBK. Selon cette même source, « le président a promis son aide à Dioncounda » lors d’un tête-à-tête, en juillet.

Encore président par interim, Il en parlait avec Fabius

Keïta n’est toutefois pas très à l’aise avec cette candidature, qu’il n’a pas suscitée. C’est Traoré qui a décidé d’y aller. La maturation fut longue. En avril 2013, alors qu’il était encore président du Mali par intérim, il en parlait déjà avec Laurent Fabius, le chef de la diplomatie française. Puis, après la fin de la transition, certains chefs d’État africains l’ont sondé sur ses ambitions : « L’OIF, ça t’intéresse ? »

Le Mali lorgne déjà deux postes importants en ce moment : la présidence de la BAD et la direction Afrique de l’OMS.

C’est en juin dernier que Traoré a franchi le pas. Il a d’abord envoyé un émissaire en Côte d’Ivoire pour sensibiliser l’entourage du président Alassane Ouattara, puis a mandaté l’un de ses proches à Paris. Reçu par Hélène Le Gal, la conseillère Afrique de François Hollande, l’émissaire est revenu avec ce message : « Pas de problème avec votre candidature, mais attention, le temps file ! »

C’est alors que Traoré, qui fut membre du gouvernement Keïta dans les années 1990, a demandé son soutien au président. « IBK ne pouvait pas dire non », explique l’un de ses proches. Reste que le Mali lorgne deux postes importants en ce moment : la présidence de la Banque africaine de développement (BAD) et la direction Afrique de l’Organisation mondiale de la santé (OMS). À trop courir de lièvres…

Fabius se démène pour dénicher la perle rare

Pour que le Mali l’emporte lors du sommet de Dakar, en novembre, IBK devra pourtant mouiller la chemise. Certes, Traoré répond à l’attente de Paris de voir un candidat de poids émerger du continent. Depuis des mois, Fabius se démène pour dénicher la perle rare. Jean Ping et Blaise Compaoré ont refusé. Le Malien dispose d’un CV solide : ancien chef d’État, ancien président de l’Assemblée nationale, ancien ministre, ancien opposant sous la dictature de Moussa Traoré et – atout non négligeable – homme de gauche…

Mais il s’est lancé tard dans la course. Rien ne dit qu’il obtiendra le soutien du continent ni même de Paris, où l’on semble s’être fait une raison après avoir tout tenté pour trouver un candidat qui ferait l’unanimité en Afrique. Officiellement, « aucune décision n’a été prise », indique-t-on à l’Élysée, mais la candidature de la Canadienne Michaëlle Jean est étudiée de très près.

Autre handicap : Traoré est discret, peut-être trop. « Il n’a ni l’envergure d’Abdou Diouf ni son autorité », estime un diplomate français. Le 14 août, après un séjour à Séoul (à l’invitation de l’Église de l’unification, fondée par le révérend Moon), il sera de passage en France pour y lancer sa campagne. Il lui reste moins de quatre mois pour montrer qu’il est un meilleur candidat que Michaëlle Jean, aujourd’hui favorite, et que trois autres Africains : le Mauricien Jean Claude de l’Estrac, le Congolais Henri Lopes et le Burundais Pierre Buyoya.

Jeuneafrique.com par Rémi Carayol

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