Chronologie du soir de l’insurrection au Burkina Faso

Manifestants en colère, à proximité du Parlement burkinabè, jeudi 30 octobre à Ouagadougou.AFP PHOTO / ISSOUF SANOGO

Manifestants en colère, à proximité du Parlement burkinabè, jeudi 30 octobre à Ouagadougou.AFP PHOTO / ISSOUF SANOGO

Ce jeudi 30 octobre au matin, les députés du Burkina Faso devaient examiner le projet de loi portant sur la révision de la Constitution permettant une nouvelle candidature du président Blaise Compaoré après 2015. Sous la pression, le vote a été annulé. Trop tard : avant le début de la séance, des manifestants avaient réussi à pénétrer dans l’enceinte du Parlement et des affrontements mortels ont eu lieu par la suite dans le pays. Le président, qui s’est exprimé en fin de soirée, a refusé de démissionner malgré les demandes pressantes de l’opposition. Il se déclare en revanche ouvert à l’idée d’un gouvernement de transition et promet de remettre le pouvoir au prochain président élu.

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23h39 : Sur RFI, notre correspondant à Ouagadougou Yaya Boudani fait le point sur la situation. Il parle de « confusion totale ». « Quand on lit les déclarations, il y a certaines contradictions, relate-t-il. L’armée parle de  » couvre-feu « , tandis que dans la déclaration du président Compaoré, on ne parle pas de couvre-feu mais de l’annulation de l’état de siège. Le chef d’état-major ne dit pas qui va gérer cette transition, il ne répond pas à cette question. Puis le président Compaoré dit assurer la transition. »

Conclusion : « On ne sait plus qui gère quoi. L’armée va-t-elle gérer la transition et mettre en œuvre tout ce qui a été annoncé par l’état-major ? Ou est-ce le président Compaoré qui va gérer les affaires jusqu’à la fin de cette transition ? » Alors que la rue et l’opposition exigent toujours la démission de M. Compaoré.

Hypothèse : « On va visiblement vers un bras de fer, car nous avons eu avant la déclaration du président Compaoré certains membres de la société civile qui ont rencontré le président dans la matinée au palais présidentiel, et ils ont assuré avoir dit clairement au président de faire une adresse à la nation, dans laquelle il annonce son départ pur et simple. »

23h30 : Comment réagit l’opposition au discours du chef de l’Etat ? Bénéwendé Sankara, de l’Union pour la renaissance-Parti sankariste (Unir-PS), s’exprime sur RFI. « Vraiment ridicule », lance-t-il. « Blaise Compaoré n’a pas encore appris la leçon. Je crois qu’il est en train de ruser avec le peuple burkinabè. Nous attendions un message où il allait dire qu’il avait compris et rendait sa démission pour soulager le peuple, mais là, Blaise Compaoré veut purement et simplement avoir du temps. »

Et de tancer : « Je crois que la contradiction qui a existé entre les déclarations de ses généraux et lui-même dénote du fait que le président n’a plus d’autorité. (…) Blaise Compaoré doit purement et simplement tirer les leçons. Mais s’il ne comprend pas, il nous invite une fois de plus à continuer la mobilisation, notre détermination, pour l’obliger, cette fois-ci je dis bien  » l’obliger « , à partir du pouvoir. »

22h25 : Extraits de la déclaration de Blaise Compaoré à la télévision : « Les manifestations violentes qui ont endeuillé et plongé notre peuple dans la stupeur n’honorent pas le pays des hommes intègres, mais j’ai entendu le message, je l’ai compris et pris la juste mesure des fortes aspirations de changement. Aussi, voudrais-je présenter mes condoléances les plus attristées aux familles éplorées et souhaiter un prompt rétablissement aux nombreux blessés. »

« J’appelle les forces de l’ordre et l’ensemble des manifestants au respect de l’intégrité physique de tous les citoyens ainsi qu’au respect des biens publics et privés. Je demeure convaincu que le dialogue constructif pourra permettre à notre peuple de retrouver sa quiétude d’antan et regarder l’avenir avec assurance. En ce qui me concerne, je reste disponible à ouvrir avec vous des pourparlers pour une période de transition à l’issue de laquelle je transmettrai le pouvoir au président démocratiquement élu. En vue du rétablissement de ce dialogue, j’ai décidé de retirer le projet de loi contesté et de procéder à son annulation. »

« Pour permettre à chacune des parties, l’opposition politique, la société civile et la majorité de renouer le fil du dialogue dans la sérénité, je décide ce qui suit : le gouvernement est dissout ; à compter de ce jour, 30 octobre, je déclare annulé l’état de siège sur toute l’étendue du territoire national. J’exprime ma reconnaissance à tous ceux qui ont cru en moi et qui ont sacrifié de leur bien et quiétude. Ma reconnaissance va aussi à l’opposition pour l’attitude républicaine de ses dirigeants. » Le texte complet est disponible ici.

21h50 : Le président burkinabè a pris la parole sur la chaine de télévision Canal 3. Blaise Compaoré n’a pas démissionné. Le chef de l’Etat appelle à des pourparlers avec les acteurs politiques et invite à un gouvernement de transition à la fin duquel il annonce qu’il transmettra le pouvoir au président démocratiquement élu. Le chef de l’Etat annonce par ailleurs la levée de siège sur toute l’étendue du territoire national. Et de saluer l’attitude républicaine des forces de l’ordre et de l’opposition politique.

21h17 : Des scènes de pillages ont été observées à Ouagadougou, rapporte notre envoyée spéciale Maureen Grisot.

20h50 : Les manifestants de la place de la Nation, à Ouagadougou, entendent passer la nuit dehors malgré le couvre-feu. Selon un journaliste burkinabè présent sur place, « ils resteront dans la rue tant que Blaise n’aura pas démissionné ». Pour l’opposition et les manifestants, les décisions annoncées par le chef d’état-major ne sont pas suffisamment précises quant à l’avenir du président, qui ne s’est toujours pas exprimé.

20h15 : Sur son site internet, l’hebdomadaire Jeune Afrique publie une lettre de François Hollande, datée du 7 octobre et adressée à Blaise Compaoré. Le chef de l’Etat français écrit que le Burkina Faso pourrait être « un exemple » s’il évitait « les risques d’un changement non consensuel de Constitution ». Plus d’informations sur le site du magazine.

20h10 : A Bobo Dioulasso, les manifestants sont toujours à la recherche de partisans du CDP, le parti au pouvoir, allant de maison en maison pour les retrouver, y mettant parfois le feu. Dans les violences de la journée, il y aurait eu cinq morts selon Idrissa, un professeur de lycée de la ville contacté par RFI. « A l’heure où je vous parle, les gens ne sont toujours pas totalement rentrés (…) Mais ce n’est plus comme ce matin, ça s’est un peu calmé », relate-t-il.

19h55 : Adama Sosso, député  de l’UPC (opposition), sur RFI : « Nous avons une certitude : si le président refuse de partir, nous donnerons cette fois-ci d’autres mots d’ordre qui l’obligeront. Et là, je vous garantis que ce ne sera pas la chose la plus facile, ni pour lui, ni pour nous. Mais nous arriverons au bout de notre lutte, parce qu’il n’est plus question qu’on recule, il n’est plus question d’un gouvernement d’union nationale. »

19h40 : Notre correspondant à Ouagadougou Yaya Boudani rapporte qu’à la question de savoir si la transition se ferait avec ou sans le président Compaoré, et si ce dernier restait chef de l’Etat, le chef d’état-major de l’armée n’a pas répondu. « Personne ne sait ce qu’il va faire, ou dire », confie notre correspondant au sujet de M. Compaoré. Selon notre envoyé spécial Frédéric Garat, le président pourrait rapidement prendre la parole.

19h10 : Lors d’une conférence de presse, alors qu’une foule était massée devant son quartier général, le chef d’état-major des armées burkinabè Gal Honoré Traoré a décrété la dissolution de l’Assemblée nationale, l’installation d’un organe de transition pour diriger le pays, et a informé la population qu’un couvre-feu était désormais en vigueur de 19h (TU) à 6h du matin (TU) dans l’ensemble du Burkina Faso. Le général Traoré explique que l’équipe de transition sera installée, dans le cadre de consultations avec tous les partis politiques, pour une durée de 12 mois maximum, le temps que l’ordre constitutionnel soit rétabli. Mais il ne précise pas qui en prendra la tête.

Rfi.fr

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