Francophonie : l’élan du Canada

Michaëlle Jean à Ottawa en 2014
Michaëlle Jean à Ottawa en 2014 © Blaire Gables/Reuters

La participation d’Ottawa au budget de l’Organisation internationale de la francophonie (OIF) augmente, alors que celle de Paris ne cesse de diminuer. Est-ce la clé de l’élection de Michaëlle Jean ?

« Qui paie commande », dit-on. Et si l’explication de l’élection de la Canadienne Michaëlle Jean à la tête de l’Organisation internationale de la francophonie (OIF), le 30 novembre, était aussi simple que cet adage ? Selon des documents internes obtenus par Jeune Afrique, cela fait en effet plusieurs années que le Canada monte en puissance parmi les bailleurs de cette organisation.

Avec 20,7 millions d’euros de contribution en 2014, le Canada talonne désormais la France (premier bailleur avec 23,2 millions d’euros) et pourrait même la dépasser dans les prochaines années. Pour un pays presque deux fois moins peuplé et qui n’est que partiellement francophone, cet effort financier paraît important. Mais il l’est plus encore au regard de la baisse de la contribution « volontaire » (par opposition aux contributions « statutaires », fixées en fonction de la richesse nationale) de Paris.

De 18,3 millions d’euros en 2010, elle est descendue à 9,2 millions d’euros cette année, quand celle du Canada passait de 8,2 à 10,1 millions d’euros. « Je ne pense pas que cela soit l’explication principale de l’élection de Michaëlle Jean, estime, beau joueur, l’un de ses anciens rivaux au poste de secrétaire général.

Mais certains Africains déplorent que la France se détourne ainsi de l’OIF, soit par désintérêt, soit par manque de moyens. » « En réalité, notre contribution volontaire va être réévaluée à 10,5 millions d’euros d’ici à la fin de l’année car nous venons de dégeler cette ligne budgétaire », nuance-t-on au secrétariat d’État français au Développement et à la Francophonie. Il n’empêche, la contribution de la France devrait continuer de baisser au cours des prochaines années.

Qatar, mauvais élève

Quant à celle de l’Afrique, elle est presque insignifiante, en proportion : les 29 États du continent membres de plein droit versent conjointement moins de 2,3 millions d’euros au budget de l’OIF. Mais le véritable mauvais élève reste le Qatar, qui rechigne à payer sa part (pourtant modeste au regard de ses moyens) depuis son accession au statut de membre associé en 2012.

Dans ces conditions, qui aurait réellement pu s’opposer à l’élection de la candidate d’Ottawa ? « Je ne pense pas que cela ait réellement pesé, assure une source française. Les Canadiens n’auraient pas osé réduire fortement leur contribution en cas de déconvenue. » Mais s’ils l’avaient fait, nul doute que les conséquences auraient été lourdes pour l’organisation

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