Charlie Hebdo : au moins 200 incidents signalés dans les écoles

Najat Vallaud-Belkacem, la ministre de l'Éducation nationale. Crédits photo : FRANCOIS GUILLOT/AFP

Najat Vallaud-Belkacem, la ministre de l’Éducation nationale. Crédits photo : FRANCOIS GUILLOT/AFP

De nombreuses perturbations ont eu lieu dans les 64.000 établissements scolaires français les jours suivants les attentats, notamment lors des minutes de silence pas toujours respectées.

Angélisme ou volonté de fermer les yeux pour ne pas «en rajouter»? Les enseignants ont été les premiers à ironiser depuis lundi sur un chiffre, à leurs yeux largement sous-estimé, celui de ces «100 cas de perturbations lors de la minute de silence» déclarés dans un premier temps par le ministère de l’Éducation nationale. Mercredi après-midi, Najat Vallaud-Belkacem faisait finalement état d’une estimation à la hausse avec plus de 200 incidents survenus depuis le 8 janvier dans les 64.000 établissements scolaires français. «Les jours suivant les événements ont également fait l’objet d’une vigilance particulière et d’une demande de remontée d’informations qui complète ce panorama d’une centaine d’autres incidents signalés», détaille le ministère.

Quarante cas graves ont été transmis aux services de police et de justice, a précisé la ministre lors des questions d’actualité à l’Assemblée. «Ces incidents sont nombreux et ils sont graves. Aucun de ces incidents ne sera traité à la légère. Pour certains, il s’agissait même d’apologie du terrorisme. Nous ne pouvions pas laisser passer cela», a-t-elle dit. Seules cinq condamnations ont pour l’instant été prononcées. Trente-sept procédures concernent l’apologie du terrorisme et 17 des menaces verbales d’actions terroristes.

Les incidents se sont multipliés au sein des établissements scolaires mais aussi à leurs abords. Au collège Gabriel-Péri d’Aubervilliers (Seine-Saint-Denis), une quinzaine d’élèves n’auraient ainsi pas voulu rester en classe pendant la minute de silence. Au lycée Blaise-Pascal de Châteauroux, un élève a été violemment agressé par trois camarades de 15 et 16 ans qui se sont sentis attaqués dans leur religion après une conversation privée sur Facebook au sujet de deux des valeurs de la République: la tolérance et la laïcité.

Dans des dizaines d’établissements, notamment dans les quartiers sensibles, la discussion sur les attentats oppose des élèves «pour ou contre les terroristes». «Ils auraient dû tuer tous les journalistes de Charlie Hebdo», s’est ainsi entendu dire une enseignante dans un collège de Rueil-Malmaison (Hauts-de-Seine). Une enquête a été ouverte mercredi au parquet de Senlis (Oise) concernant des menaces en lien avec l’attentat contre Charlie Hebdo proférées par des lycéens. L’ouverture de cette enquête fait suite à la publication d’un article dans Le Parisien faisant état d’une agression physique et d’insultes de la part d’élèves du lycée professionnel Amyot d’Inville contre des jeunes scolarisés dans l’établissement voisin, le lycée général Hugues Capet. Des jeunes auraient en fin de semaine dernière crié qu’ils allaient «continuer à buter du Charlie Hebdo» en direction d’élèves du lycée Hugues Capet. Lundi, l’un d’eux a été frappé par le même groupe qui l’attendait à la sortie des cours.

Le ministère précise que les données sont déclaratives et ne concernent que des incidents qui n’ont pas pu être réglés en classe par des enseignants. Elles ne «constituent donc pas un recensement exhaustif». Les cas de perturbations «pris très au sérieux» ont été traités localement, entre dialogue éducatif et «sanctions allant du rappel à l’ordre à la convocation de conseil de discipline».

Dans son collège d’Évry (Essonne), ce professeur de français a passé trois heures avec chacune de ces classes de 6e, 4e et 3e à décrypter les événements de la semaine dernière. «J’ai décidé de me coltiner le problème. Il ne s’agissait pas de faire la morale aux élèves mais de les faire réfléchir sur la portée de leurs propos, souvent très violents», explique-t-il au Figaro, «mais je suis un cas à part. Aucun enseignant de l’établissement n’y a passé autant de temps que moi. La plupart de mes collègues se sont contentés de ne pas en parler par peur ou parce qu’ils ne se sentent pas en mesure d’en parler.»

Lexpress.fr par Marie-Estelle Pech

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