RDC : la justice française se penche sur les mystères du meurtre d’opposants de Kabila en 2000

Une salle de cour d'assises.
Une salle de cour d’assises. © AFP

Le procès de trois hommes accusés de complicité dans l’assassinat, il y a 14 ans en France, de deux opposants congolais suspectés d’avoir voulu intenter un putsch contre Laurent-Désiré Kabila s’est ouvert lundi après-midi près de Lyon.

Trafic d’uranium, putsch contre Kabila ou barbouzerie… voire les trois en même temps ? La cour d’assises de l’Isère va examiner cette semaine la sordide affaire du meurtre de Philémon Naluhwindja, fils d’un chef Maï Maï, et d’Aimé-Noël Atembina, capitaine de la garde présidentielle de Mobutu. Tués de deux balles dans la tête et le cou, ils avaient été découverts à l’intérieur d’une voiture incendiée dans un village situé à une trentaine de kilomètres de Lyon, le 29 décembre 2000. Leurs corps étaient carbonisés, comme si l’on avait voulu effacer tous les indices laissés par les assassins.

Selon l’instruction, les deux opposants cherchaient des financements pour monter un coup d’État contre Laurent-Désiré Kabila, président de la RDC, qui sera finalement assassiné 18 jours plus tard. Philémon Naluhwindja, qui dirigeait la société minière du Congo, aurait aussi cherché à vendre des barres d’uranium pour financer l’achat de munitions.

Le mystère Benoît Chatel

Un des avocats de la défense, actuellement hospitalisé, avait demandait le renvoi du procès mais celui-ci a bien été maintenu. La cour a décidé de disjoindre le cas de son client et de juger les deux autres accusés. Dont un par défaut puisqu’il est porté disparu. Un mystère de plus dans un dossier qui a fait couler beaucoup d’encre. À l’ouverture du procès, lundi, le président de la cour d’assises a ainsi indiqué n’avoir “aucun renseignement” sur ce que devenait Benoît Chatel, âgé de 51 ans aujourd’hui.

Benoît Chatel a passé une grande partie de sa jeunesse dans l’ancien Zaïre, où il a établi plusieurs sociétés dans l’extraction des diamants, les télécommunications ou le PMU.

“Le dernier renseignement utile sur Benoît Chatel date d’avril 2012 en République démocratique du Congo », a t-il ajouté en diffusant à l’audience une photo de l’intéressé prise à cette date en RDC avec des hommes d’affaires et un ancien ministre congolais. Né en Belgique, Benoît Chatel a passé une grande partie de sa jeunesse dans l’ancien Zaïre, où il a établi plusieurs sociétés dans l’extraction des diamants, les télécommunications ou le PMU.

Familier des principaux dirigeants de la nouvelle RDC, Benoît Chatel a revendiqué par le passé devant les enquêteurs aussi un statut d’informateur auprès des services secrets congolais et français. Déjà condamné à de nombreuses reprises pour des faits d’escroquerie et d’abus de confiance par les justices française et belge, Benoît Chatel ne sera cette fois pas là pour répondre aux accusations dont il fait l’objet, car « il est sans doute mort », selon son avocat, qui dit être sans nouvelle de lui depuis trois ans.

Une affirmation catégoriquement rejetée par la défense du second accusé, l’architecte d’intérieur monégasque Alain Deverini, avec qui Benoît Chatel aurait selon l’accusation fomenté l’assassinat des deux opposants à Kabila, afin de protéger leurs intérêts en RDC. Pour l’avocat de Deverini, Benoît Chatel « a manifestement bénéficié d’un certain nombre de concours en tant qu’honorable correspondant de la DGSE » (direction générale de la sécurité extérieure).

L’ancien numéro deux de la DGSE entendu mercredi

Gérard Martinez, ancien numéro deux de la DGSE, doit d’ailleurs être entendu à la barre mercredi. Selon les avocats de la défense, l’enquête n’a pas suffisamment creusé les autres pistes envisagées un temps, comme une implication des services secrets, les conséquences d’un trafic d’uranium, voire même un très hypothétioque rôle d’Al-Qaïda…

Un « manipulateur » et un « joueur » à la « pensée égocentrique »

Lundi, l’audience s’est concentrée sur les personnalités des principaux accusés. Benoît Chatel a été décrit par un expert comme un homme « manipulateur » au « fonctionnement de type pervers » qui suscite la « fascination ».

Alain Deverini a lui été qualifié de « joueur » à la « pensée égocentrique ». « Je suis non coupable », a lancé ce dernier à l’audience.

L’homme de main sera jugé plus tard

Le troisième accusé, Domenico Cocco, 62 ans, un Italien impliqué dans des affaires de proxénétisme, était lui aussi présent à l’ouverture du procès, mais sans son avocat qui est hospitalisé pour une durée indéterminée.

Homme de main du duo Chatel-Deverini, c’est lui qui se serait chargé de recruter deux tueurs lyonnais pour effectuer la basse besogne, moyennant la somme de 200 000 francs (30.500 euros).

D’après le scénario retenu par l’instruction, Chatel aurait donné rendez-vous aux deux victimes à la gare de Lyon en leur promettant une importante somme d’argent pour financer leur coup d’État. Mais c’est Domenico Cocco et deux « maghrébins » qui se seraient rendus sur place pour les abattre. Les deux tueurs n’ont jamais été retrouvés.

Le cas de Domenico Cocco sera examiné “au cours d’une autre session », a décidé le président de la cour d’assises.

Pour Benoît Chatel et Alain Deverini, le verdict est attendu vendredi.

Jeuneafrique.com avec AFP

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  1. valentin10 Says:

    A reblogué ceci sur Mon site officiel / My official website.

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