Congo: Pour le meilleur, osons changer de contexte constitutionnel

 

le professeur Théophile Obenga.

Un débat d’idées, sain, courtois, fructueux, proscrit l’invective, le préjugé, l’a priori partisan, la platitude courtisane, la déformation volontaire de l’opinion d’autrui. Un débat constructif -qui n’est pas un monologue mais un dialogue par nature- reste intellectuel et met face-à-face argument contre argument, selon les convictions et les techniques de persuasion. C’est du débat contradictoire, aime-t-on dire, que jaillit la lumière.

Une autre précaution de méthode et d’éthique, dans le contexte purement congolais. Ces temps-ci, le Congo vit dans une forte subjectivité collective. Les rumeurs fusent de partout et se font folles. Les imaginations s’envolent dans toutes les directions. Les supputations prennent l’allure de vérités contrôlées. Dans un tel moment de forte subjectivité, ce qui divise peut prendre aisément le dessus, minimisant la belle devise nationale: Unité-Travail-Progrès.

Il est arrivé, en ces temps de forte subjectivité nationale, d’entendre les guides spirituels: évêques, pasteurs et prophètes. Les jeunes aussi ont parlé, clamant leur impatience, leur douleur, leur souffrance, surtout leur inquiétude pour le futur. Les forces vives organisées -syndicats, associations, divers groupes de la société civile- ont également exprimé leurs réflexions. Les intellectuels du pays, prompts à l’écriture, ont dit ce qu’ils avaient à dire, en toute liberté, en toute franchise, en toute honnêteté. Des vœux éclairés ont été formulés. Les partis politiques -une multitude- ont formulé et présenté des stratégies, aussi pertinentes les unes que les autres.

Le bouillonnement de cette forte subjectivité a gagné tout le pays, jusqu’aux diasporas congolaises, jusqu’aux confréries, jusqu’aux clubs sportifs, jusqu’aux marchés de nos villes et villages, jusqu’aux sages des traditions ancestrales. Il n’y a pas de doute que le président de la République, chef de l’Etat, garant de l’unité nationale, protecteur de la paix sociale, défenseur constitutionnel de la sécurité sur tout le territoire national; il n’y a pas de doute que le président de la République a entendu cette immense clameur de la subjectivité sociopolitique du moment. Calmement.

Tout cela se greffe sur l’histoire contemporaine du Congo. Histoire particulière, en effet, avec des subjectivités parfois bien endiguées, parfois incontrôlées: multipartisme, indépendance, parti unique, révolution, coups d’Etat mi- réussis, mi-avortés, conférences nationales (deux), multipartisme, élections démocratiques, plusieurs guerres civiles (au moins 109.000 Congolais morts au total), paix sociale retrouvée, reconstruction du pays, dynamisme sous régional, africain et international.

Le Congo, après mille houles politiques, est maintenant sur le chemin de l’harmonie, de la paix et de la sécurité, du développement soutenu, de la réalisation de grandes ambitions nationales. Le Congo est, désormais, inscrit, assurément, dans la longue durée du progrès jusqu’aux émergences prochaines et au-delà. Mais, quel est l’objet de la subjectivité socio-politique actuelle?

La Constitution et le jeu politique: a- la Constitution dépend du peuple souverain; b- le jeu politique des acteurs politiques du pays;

La Constitution fait aussi partie du jeu politique, et le jeu politique tient également de la Constitution. En régime démocratique et républicain, la Constitution sépare les pouvoirs exécutif, législatif et judiciaire.

Pour le reste, les Constitutions démocratiques ne se ressemblent guère: la Constitution française prévoit le poste de premier ministre, chef du gouvernement et, en principe, pas de limitation de mandats présidentiels, alors que la Constitution fédérale des Etats-Unis n’institue pas le poste de premier ministre et limite le mandat présidentiel à deux termes.

Les Constitutions congolaises (près de vingt Constitutions et lois fondamentales déjà depuis l’Indépendance en 1960) suscitent périodiquement des querelles politiques, parce qu’elles sont très infirmes: – on copie sans discernement; – on privilégie des intérêts particuliers momentanés; – on exclut sans examen les opinions non désirées; – on fausse volontairement le jeu politique par des astuces juridiques égoïstes.

Il est, donc, temps de changer la Constitution actuelle en changeant, par là même, notre réflexion commune à propos de l’élaboration et la confection d’une Constitution. La Constitution n’est pas prioritairement une affaire de juristes, si compétents soient-ils. Les juristes sont des artisans, sinon des artistes: ils savent mettre en forme, de façon concise, parfois ambiguë. Ils savent écrire un texte de droit, ce qu’est bien la Constitution. Cependant, pour le fond, la Constitution est une affaire éminemment politique. Je propose, en ce moment de grande subjectivité collective, ce qui suit: – que la sagesse renforce le patriotisme congolais; – que le pilier des institutions républicaines, le président de la République, soit plus que jamais le centre de la confiance de tout le peuple dont il incarne la souveraineté, pour éviter les divisions meurtrières, les dissensions sanglantes, les déchirures irréparables; – que le président de la République, garant de l’autorité de l’Etat et de l’unité nationale, toute subjectivité nationale entendue et enregistrée, procède à un référendum consultatif en vue du changement de la Constitution actuelle; – qu’un Comité, large et varié, soit créé pour la réflexion et l’élaboration du contenu d’une nouvelle Constitution; – qu’un groupe de juristes constitutionnalistes soit institué pour la mise en forme et la rédaction de la nouvelle Constitution; – que la nouvelle Constitution soit adoptée par le peuple souverain par référendum universel; – que la nouvelle Constitution rentre en application.

 

Lasemaineafricaine.net par Théophile OBENGA

 

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