Burundi: aucun président ne peut aller au-delà de deux mandats

Bujumbura (Burundi) – Toute personne élue à la tête du Burundi ne peut aller au-delà de deux mandats de cinq ans chacun, a estimé samedi la puissante Église catholique du Burundi à propos d’une éventuelle troisième candidature du président sortant Pierre Nkurunziza.

Il s’agit de la première prise de position officielle de l’Église catholique, à moins de quatre mois de l’élection présidentielle, prévue en juin dans ce petit pays de l’Afrique des Grands Lacs.

Les tensions croissantes au Burundi à l’approche du scrutin se cristallisent notamment autour de l’intention prêtée à M. Nkurunziza, au pouvoir depuis 2005, de briguer un troisième mandat, ce qui serait inconstitutionnel selon l’opposition, mais pas selon le camp présidentiel.

Après analyse de l’accord de paix d’Arusha (Tanzanie) et de la Constitution qui en est issue, en interrogeant notre cœur comme des citoyens qui aiment leur pays et comme des bergers de l’Église qui ne veulent pas voir le Burundi retomber dans les divisions, les affrontements ou la guerre, nous disons que les Burundais ont convenu sans aucune ambigüité que toute personne élue pour diriger le Burundi ne peut aller au-delà de deux mandats de cinq ans chacun, a déclaré Mgr Evariste Ngoyagoye, archevêque de Bujumbura, dans un discours en kirundi (langue nationale) distribué à la presse samedi.

Cette déclaration, signée de tous les responsables de l’Église, a été adoptée vendredi au cours d’une réunion de la Conférence des évêques catholiques du Burundi, selon Mgr Ngoyagoye, vice-président de cette conférence.

A l’approche des scrutins (présidentielle en juin, mais aussi législatives et communales en mai), le Burundi, dont l’histoire post-coloniale est marquée par des massacres interethniques et une longue guerre civile (1993-2006), a aussi vu une recrudescence de la violence armée, dont plusieurs incursions de groupes rebelles basés en République démocratique du Congo (RDC) voisine.

Nous demandons donc à nos dirigeants et aux autres politiciens de lire et d’interpréter la Constitution en tenant compte de l’accord (de paix d’Arusha) qui l’a engendré, et qui nous a d’ailleurs permis de sortir des affres de la guerre, a souligné l’archevêque. Qu’ils ne tombent pas dans le piège de lire la Constitution avec malignité, juste pour préserver leurs propres intérêts.

L’Église catholique appelle donc la population à refuser toute intimidation et ne pas donner un prétexte à ceux qui seraient heureux d’empêcher la tenue des élections.

Nous demandons aux curés de toutes les paroisses d’organiser des prières qui vont durer neuf jours, du 13 au 21 mars 2015, pour demander à notre seigneur Jésus qu’il donne au Burundi une alternance au sommet dans la sérénité et la paix, à travers des élections transparentes, a ajouté Mgr Ngoyagoye.

Jeudi, l’ambassadeur de l’Union européenne au Burundi, Patrick Spirlet, avait déclaré qu’une troisième candidature de M. Nkurunziza pourrait créer un certain nombre de tensions et présenter un certain nombre de risques, appelant également au respect de l’accord de paix signé à Arusha en 2000. Les États-Unis ont également pris clairement position contre un troisième mandat du président sortant.

Le chef de la diplomatie burundaise, Laurent Kavakure, a rétorqué que l’accord d’Arusha ne doit pas être considéré comme une Bible. Nous les Burundais, nous sommes les mieux placés pour évaluer ces risques et y trouver des solutions, a-t-il dit.

Romandie.com avec(©AFP / 07 mars 2015 11h11)

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