Brésil: Dilma Rousseff seule en première ligne face à la rue

Brasilia – Fragilisée par le scandale de corruption Petrobras, la présidente brésilienne Dilma Rousseff se retrouve seule, en première ligne du mécontentement populaire au lendemain de manifestations massives, alors que son propre camp digère mal sa conversion à l’austérité budgétaire.

Trois mois seulement après avoir entamé un second mandat, le camp présidentiel de gauche a été visiblement pris de cours par l’ampleur des manifestations de dimanche.

A l’appel de trois mouvements officiellement apolitiques, mais au discours proche de la droite, ces manifestations ont réuni jusqu’à 1,7 million de personnes, selon les estimations de la police militaire. Soit autant que lors du pic de la fronde sociale historique de juin 2013 contre la facture du mondial de football, la corruption et la misère des services publics.

A la différence près que ce mouvement spontané et diffus stipendiait l’ensemble de la classe politique. Dimanche, les manifestants n’avaient qu’une seule cible, l’héritière politique de l’ancien président Luiz Inacio Lula da Silva (2003-2010).

Le chiffre de la participation à la manifestation de Sao Paulo, capitale économique d’un géant sud-américain au bord de la récession, faisait polémique lundi. L’institut Datafolha a estimé que 210.000 personnes avaient défilé, et non un million comme l’affirme la police militaire de cette ville contrôlée par le Parti social-démocrate brésilien (PSDB) du rival malheureux de Mme Rousseff à la présidentielle de novembre, le sénateur Aecio Neves.

– ‘Très grande frustration’ –

Il n’empêche que la participation a été massive.

Dans plus de 80 villes, de très nombreux manifestants ont réclamé tout haut ce que soupèse en coulisses une partie de l’opposition : l’engagement d’une procédure de destitution contre Mme Rousseff, après les révélations en cascade sur le scandale de corruption au sein du groupe étatique pétrolier Petrobras, dont les ramifications politiques ébranlent sa majorité parlementaire.

Un courant nettement plus minoritaire, mais néanmoins fourni, arborait des pancartes en faveur d’une intervention de l’armée pour mettre fin à 12 ans de règne du Parti des travailleurs, réveillant les fantômes de la longue dictature militaire qui a pris fin il y a exactement 30 ans dimanche.

La présidente a remporté de peu l’élection de 2014, très polarisée et marquée par de vives attaques personnelles.

Une partie de l’opinion estime que ce résultat lui confère une moindre légitimité. Il existe une très grande frustration liée à ce processus électoral, attisée par la corruption et la détérioration économique, analyse Michael Mohallem, politologue et professeur à la Fondation Getulio Vargas de Rio de Janeiro.

Mme Rousseff a vu chuter sa popularité de 19 points en février, à seulement 23%. Elle a été huée début mars à une réunion d’entrepreneurs à Sao Paulo. Son discours lors de la Journée de la femme a été salué par des concerts de casseroles, tout comme l’intervention télévisée de deux ministres envoyés dimanche soir au front pour commenter les manifestations à la télévision.

Le ministre de la Justice, José Eduardo Cardozo, a annoncé que la présidente proposerait dans les prochains jours un paquet de mesures contre la corruption. Il a prôné l’interdiction du financement des campagnes par les entreprises, première porte d’entrée de la corruption politique au Brésil.

– L’austérité passe mal –

Les organisateurs des marches de dimanche appellent à manifester encore le 12 avril. L’opinion publique est entrée en jeu et c’est le fait le plus important. Le gouvernement va devoir analyser à fond ce que cela signifie, prévient l’analyste politique André Cesar.

Les conditions juridiques d’une destitution semblent loin d’être réunies. Mais Dilma Rousseff est confrontée à des difficultés politiques immédiates et sérieuses dans son propre camp.

En sourdine, certains secteurs du PT lui reprochent son manque de capacité d’articulation avec son puissant et indiscipliné allié centriste PMDB, de plus en plus enclin à bloquer ses projets au Parlement.

L’austérité budgétaire engagée en janvier pour redresser les comptes publics passe mal auprès de la gauche car la présidente avait exclu tout ajustement pendant sa campagne.

Certains médias évoquent une dégradation de ses relations avec Lula, qui souhaiterait pouvoir se représenter, en conditions de l’emporter, à la présidentielle de 2018.

Il est clairement apparu aujourd’hui qu’un cycle politique est en train de s’achever au Brésil. Le gouvernement Dilma a épuisé ses munitions et ne sait plus quoi faire pour calmer les masses, commentait dimanche sur son blog le journaliste Ricardo Kotscho, ancien secrétaire de presse de Lula.

Romandie.com avec(©AFP / 16 mars 2015 20h22)

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