Jean Elvis Ebang Ondo : « La nouvelle loi sur les crimes rituels au Gabon doit être appliquée »

Jean Elvis Ebang Ondo, président de l’Association de lutte contre les crimes rituels (ALCR). © DR

Jean Elvis Ebang Ondo, président de l’Association de lutte contre les crimes rituels (ALCR). © DR

Par une ordonnance présidentielle, Ali Bongo Ondimba vient de modifier le code pénal gabonais pour rendre les crimes rituels imprescriptibles et punis de prison à perpétuité. S’il se réjouit de cette avancée, Jean Elvis Ebang Ondo, président de l’Association de lutte contre les crimes rituels (ALCR), estime toutefois que beaucoup de choses restent à faire. Interview.

Alors qu’une initiative de loi traînait depuis des années dans les tiroirs de l’Assemblée nationale du Gabon, Ali Bongo Ondimba, président de la République, « a pris les devants pour que les choses aillent vite », salue Jean Elvis Ebang Ondo, président de l’Association de lutte contre les crimes rituels (ALCR).

Une ordonnance présidentielle a en effet été prise le 11 août pour rendre le code pénal plus répressif en matière de crimes rituels. Désormais, au Gabon, « les crimes de sang avec prélèvement d’organes et autres mutilations de victimes sont dorénavant imprescriptibles et condamnés de la perpétuité », selon le communiqué publié à l’issue du conseil des ministres présidé lundi par Ali Bongo Ondimba.

Réagissant à cette avancée de la législation pénale gabonaise, Jean Elvis Ebang Ondo explique à Jeune Afrique pourquoi ceux luttent contre les crimes rituels au Gabon ne sont que « partiellement satisfaits ».

Jeune Afrique : Qu’est-ce que les modifications annoncées du code pénal apportent de nouveau dans la répression des crimes rituels au Gabon ?

Jean Elvis Ebang Ondo : Avant ce nouveau texte, il y avait un vide juridique. Les crimes rituels n’étaient pas reconnus au Gabon comme tels. À la place, on parlait plus du meurtre avec prélèvement d’organes. Nous nous battons depuis plus de 10 ans pour essayer de faire bouger ces lignes.

L’imprescriptibilité permettra de poursuivre certaines personnalités qui se cachent très longtemps derrière leurs immunités, une fois celle-ci levée.

Autre changement majeur : c’est la teneur de la peine. Avant, les auteurs des crimes rituels encouraient une peine de prison de six mois à cinq ans, mais aujourd’hui celle-ci va de 30 ans à la prison à perpétuité. Nous nous en réjouissons. Il en est de même de l’indemnisation des familles des victimes. Avant le nouveau texte, le dédommagement s’étendait de 200 000 francs CFA (environ 304 euros) à 500 000 francs CFA. Désormais, il ne peut être alloué une indemnisation en deçà de 5 millions de francs CFA (environ 7 500 euros).

La dernière avancée majeure, c’est l’imprescriptibilité des crimes rituels. Même après dix, vingt ou cinquante ans, les auteurs présumés de ces actes peuvent être poursuivis devant la justice gabonaise. Cela permettra de poursuivre certaines personnalités qui se cachent très longtemps derrière leur immunité, une fois celle-ci levée.

Peut-on considérer que ce nouveau texte satisfait ceux qui luttent contre les crimes rituels au Gabon ?

Nous ne sommes que partiellement satisfaits. Parce qu’il faut des hommes pour appliquer cette nouvelle législation. C’est là où le bât blesse au Gabon. Nos juges chargés d’instruire les cas des crimes rituels sont souvent corrompus. Prétextant défendre leur « morceau de pain », ils se laissent également intimider. Sans une justice libre et indépendante, cette nouvelle législation ne produira pas ses effets.

Que préconisez-vous pour que ces nouvelles dispositions légales soient réellement appliquées ?

Pour qu’une loi soit appliquée, elle doit être accompagnée d’autres mesures. Tenez, devant les cours et tribunaux, les juges insistent sur des preuves. Or des officiers de police judiciaire (OPJ), habilités à mener des enquêtes, ne sont pas équipés d’outils modernes pouvant leur permettre de bien faire leur travail. Pis, ils sont souvent intimidés, puisque sous la domination des personnes qui les nomment pour occuper ces fonctions.

Le pays n’a pas non plus suffisamment de médecins légistes. Alors que pour déposer une plainte en matière des crimes rituels, il faut procéder à une autopsie des victimes. Et le coût de celle-ci est très élevé. Où est-ce qu’un villageois peut trouver les 300 000 francs CFA exigés souvent pour une telle opération ?

À l’approche des élections prévues en 2016, quelle est la situation sur le terrain ?

Les crimes rituels persistent au Gabon, mais leurs auteurs ont changé de tactique. Les méthodes ne sont plus les mêmes : désormais, on tue une personne, on la dépèce, puis on prélève ce qu’on appelle ici les « pièces détachées » et après, on l’enterre. Six mois plus tard, on vient récupérer les ossements humains. Une trentaine de crimes rituels ont été répertoriés depuis le début de l’année dans quatre des neuf provinces du Gabon. Malgré cette persistance du phénomène, l’entourage du chef de l’État ne joue pas un franc-jeu : lorsqu’il s’agit de voter une loi, et alors que tout le monde parle de crimes rituels, il préfère parler de simples crimes de sang.

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