Le Burundi au bord de la guerre civile

Editorial du « Monde ». Dans ce petit pays de l’Afrique des Grands Lacs, le Burundi, 10 millions d’habitants, il se passe des choses qui rappellent le pire que la région ait connu : le génocide des Tutsi dans le Rwanda voisin en 1994. Personne ne peut plus ignorer la rhétorique employée dans certains milieux du pouvoir à Bujumbura, la capitale, pour asseoir le régime contesté du président Pierre Nkurunziza. C’est un discours qui relève de l’appel au massacre dans une situation déjà extrêmement volatile.

Bref, il y a tout lieu de s’inquiéter, de s’alarmer même avant qu’il ne soit trop tard. De ce point de vue, la France a bien fait de déposer, lundi soir 9 novembre, une résolution devant le Conseil de sécurité de l’ONU, attirant l’attention sur la spirale de violences ethniques qu’attise le pouvoir burundais. Le pays pourrait bien retomber dans la guerre civile qu’il traversa à la fin des années 1990 et qui prit fin grâce à la médiation de Nelson Mandela. Elle déboucha sur des accords signés en 2000 à Arusha, en Tanzanie, établissant un savant équilibre politique entre la majorité de la population – des Hutu, à 80 % environ – et la minorité tutsi.

C’est cet équilibre que le régime Nkurunziza menace. « L’esprit d’Arusha » interdisait au président de solliciter un troisième mandat, comme il le fit en avril. Et, plus encore, d’organiser à cette fin une élection dans des conditions telles qu’elle se solda par une protestation qui a déjà coûté la vie à 200 personnes quand une police, aux allures de milice au service du pouvoir, ouvrit le feu sur les quartiers contestataires. L’opposition au président Nkurunziza n’est pas exclusivement tutsi, loin s’en faut. Mais les quartiers de la capitale où l’opposition à ce scrutin, et à son résultat, est la plus forte le sont majoritairement. Déjà 200 000 personnes au moins ont fui le pays.

Des habitants de Bujumbura fuient les violences au Burundi samedi 7 novembre. Crédits : AP

Des habitants de Bujumbura fuient les violences au Burundi samedi 7 novembre. Crédits : AP

Menace d’un massacre collectif

Devant un mouvement qui pourrait se transformer en rébellion armée, le pouvoir use maintenant d’un discours incendiaire. La menace formulée est celle d’un massacre collectif. Le président du Sénat, Révérien Ndikuriyo, a parlé de « pulvériser » les quartiers contestataires. Le ministre de la sécurité publique, Alain-Guillaume Bunyoni, a rappelé aux Tutsi qu’ils étaient minoritaires et ajouté : « Si les forces de l’ordre échouent, on a neuf millions de citoyens à qui il suffit de dire faites quelque chose”. » Après le génocide rwandais, ces mots-là ont une terrible résonance. Il faut les prendre au sérieux.

La contestation use aussi de violence. Il y a des armes dans les quartiers. Des proches du régime ont été assassinés. Mais la répression en cours dépasse toute mesure. La police tire à vue. Elle sème la terreur. Elle a interpellé, puis tabassé à mort un jeune homme de 25 ans, Welli Nzitonda, dont le seul tort était d’être le fils d’un opposant, célèbre militant des droits de l’homme, Pierre-Claver Mbonimpa, lui-même victime d’une tentative d’assassinat.

Dans ce climat, le pouvoir joue avec le feu en usant d’un discours criminel. Il prend le risque de déclencher une chasse à l’homme ethnique ou politique. L’ONG International Crisis Group évoque un pays au bord du gouffre. Le secrétaire genéral de l’ONU, Ban Ki-moon, fait part de sa grande inquiétude. Il est urgent de forcer M. Nkurunziza au dialogue, de renouer avec « l’esprit d’Arusha ». Si les choses empirent, personne ne pourra dire que l’« on ne savait pas ».

Lemonde.fr

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Une Réponse to “Le Burundi au bord de la guerre civile”

  1. Bouesso Says:

    Situation explosive à bien surveiller

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