Lamine Diack confesse une corruption à des fins politiques

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Le Monde s’est procuré les déclarations de Lamine Diack, le président de la Fédération internationale d’athlétisme, auprès des enquêteurs chargés du scandale liant corruption et dopage en Russie. Des aveux pour le moins détonants en matière de… politique internationale.

Le scandale frappant la Fédération internationale d’athlétisme (IAAF) a pris, ce vendredi, une tournure pour le moins étonnante après les révélations du Monde. En effet, le quotidien est parvenu à se procurer les déclarations de Lamine Diack, le président de l’IAAF mis en examen pour «corruption passive» et «blanchiment aggravé», auprès des enquêteurs de l’Office central de lutte contre les infractions financières et fiscales (OCLCIFF). Plutôt que de déclarations, il convient cependant de parler d’aveux pour le moins édifiants. Et très embarrassants sur le plan politique car ce que révèle l’ex-président, âgé de 82 ans, s’avère digne d’un film hollywoodien.

Diack voulait remporter la «bataille de Dakar»

Ainsi, l’argent qu’aurait perçu Diack lui aurait servi à faire chuter ni plus ni moins que le président du Sénégal, Abdoulaye Wade, lors des élections présidentielles de 2012 face à Macky Sall. Ce qu’il expliquait dans ces termes lors de son audition le 2 novembre dernier : «Je vous ai dit qu’il fallait à cette période gagner la « bataille de Dakar », c’est-à-dire renverser le pouvoir en place. Il fallait pour cela financer notamment le déplacement des jeunes afin de battre campagne, sensibiliser les gens à la citoyenneté (…) J’avais donc besoin de financements pour louer les véhicules, des salles de meetings, pour fabriquer des tracts dans tous les villages et tous les quartiers de la ville.» Des financements qu’il estime devoir être d’une valeur d’1,5 million d’euros. C’est alors qu’intervient Valentin Balakhnichev, le président de la Fédération russe, désireux de «protéger» un certain nombre de ses athlètes présentant des passeports biologiques anormaux…

«Nous nous sommes entendus, la Russie a financé, déclare Diack au juge Van Ruymbeke, chargé de l’instruction. C’est Balakhnichev qui a organisé tout ça. Papa Massata Diack (Ndlr : l’un des fils de Lamine Diack toujours activement recherché par les enquêteurs) s’est occupé du financement avec Balakhnichev.» Une accusation dont se défend le Russe dans les colonnes du Monde : «Ni moi ni ma fédération n’avons été impliqués dans une telle discussion ou affaire avec M. Diack. Ce type de business n’est pas de notre intérêt et pouvoir. Nous ne pouvons pas interférer dans les affaires intérieures du Sénégal.» Sauf qu’évidemment, le but recherché par la Fédération russe n’était pas de soutenir l’opposition sénégalaise mais bien de couvrir ses propres dérives en matière de dopage. Et la corruption ne s’est pas arrêtée là puisque Diack a également révélé que la Russie avait aussi donné une somme comprise entre 400.000 et 450.000 euros en 2009, une somme qui avait permis la défaite du fils d’Abdoulaye Wade lors des élections municipales à Dakar.

J’ai accepté de ralentir la procédure.

Gabriel Dollé

Autre personne impliquée dans ce scandale, le Français Gabriel Dollé, le médecin chargé de la lutte antidopage à l’IAAF jusqu’en décembre 2014, est lui aussi passé par la case aveux : «Il m’a été suggéré pour le cas de dopage de Lilya Shobukhova (Ndlr : une marathonienne russe) d’être accommodant afin de ralentir la procédure. A cette époque-là, il y avait des discussions avec un sponsor et Papa Massata Diack, et il m’avait dit qu’une mauvaise publicité nuirait aux négociations avec ce sponsor, dans la perspective des Jeux de Londres. J’ai accepté de ralentir la procédure la concernant.» Bref, comme un résumé de cet accord gagnant-gagnant entre l’IAAF et la Fédération russe, Diack conclut : «Il fallait reporter la suspension des Russes soupçonnées de dopage après les Championnats du monde 2013. S’il n’y avait pas eu de droits de télévision, de droits marketing et si des athlètes avaient été suspendus, c’était une catastrophe.» Finalement, la catastrophe, c’est maintenant pour l’athlétisme mondial, et de manière aggravée…

Lefigaro.fr par Cédric Callier

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