Intervention de Serge BERREBI à la conférence du 9 janvier 2016 sur le Congo à l’Assemblée Nationale française

 

Monsieur le Député,

Mesdames, Messieurs,

Je me présente Serge Berrebi. Je suis un ancien opérateur économique au Congo et lanceur d’alertes à plein temps sur ce pays depuis le début des années 2000.

La situation économique du Congo est cauchemardesque et aucun autre pays au monde n’en connait de pareille. C’est un véritable état voyou dont la dictature, qui est à sa tête, a instauré le culte de l’apparence grâce à des recettes pétrolières substantielles pour un petit pays de 4 millions d’habitants ; recettes qu’elle a dilapidées à son profit et à celui de quelques membres d’une même famille. En plus de l’accaparement des revenus pétroliers, les institutions internationales ont été manipulées pour bénéficier indûment d’avantages conséquents et un système de corruption généralisé a été instauré. Le seul progrès, si l’on peut dire, que le Congo ait pu enregistrer ces vingt dernières années c’est d’être passé de pays corrompu à celui de corrupteur.

Jusqu’à l’assassinat du président Marien N’Gouabi, en Mars 1977, ce pays n’était que très peu touché par la corruption.

Aujourd’hui le Congo, 4ème producteur de pétrole d’Afrique subsaharienne se situe dans les profondeurs de tous les classements. La corruption, la concussion et les détournements y sévissent ouvertement. Ils s’y sont institutionnalisés. La principale cible en est la production pétrolière maintenant majoritairement assurée par l’Italien ENI qui a pris l’ascendant sur le français TOTAL grâce à des acquisitions et d’importantes découvertes sur le permis Marine XII.

A son retour au pouvoir, par les armes, en 1997 le général Sassou Nguesso avait décidé de ne plus s’embarrasser de principes dans la gouvernance du pays conquis.

En Afrique, bien plus qu’ailleurs, l’accession au pouvoir est synonyme d’enrichissement personnel. Ce qui s’est passé au Congo Brazzaville ces 17 dernières années n’est ni plus, ni moins qu’un pillage systématique d’un pays ; le pillage de toutes ses ressources pétrolières, forestières, minières, fiscales, douanières ! Cette période correspondait à une flambée des prix des matières premières et celui du pétrole tournait autour de 110 dollars. Aujourd’hui, toutes les caisses publiques, comme en 1992, sont vides. Les banques n’ont plus d’argent et les trésoreries des entreprises sont complètement asséchées. Pire, les prochaines recettes pétrolières, du fait de l’effondrement du prix du baril, sont hypothéquées au moins pour les 5 prochaines années en raison de préfinancements dont les montants, 1 milliard deux cents millions de dollars ont eux aussi disparus.

Ce petit pays qui était riche de ses ressources naturelles a été mis sous les coupes réglées impitoyables d’un tout petit clan familial : celui de Denis Sassou Nguesso.

Impitoyables, dis-je, parce qu’il a fallu priver la quasi-totalité de la population congolaise de l’essentiel : l’eau potable, l’alimentation, les soins de santé, l’éducation…et du minimum de bien-être dont a besoin tout être humain.

Dernièrement, Jean François Bayart, politologue et directeur de recherche au CNRS concluait ainsi un article du journal suisse le Temps sur les monarchies pétrolières : « En Arabie saoudite, il n’y a que le lignage et les mercenaires ». C’est malheureusement bien plus vrai pour le Congo Brazzaville.

Avec le recul que l’on peut prendre maintenant sur toute cette période, le Général Sassou Nguesso n’avait d’autre but ni d’autre motivation qu’un enrichissement personnel sans limite. Au début, le camp des vainqueurs, avec Sassou, put se servir. Puis, très rapidement, seule la famille présidentielle eut droit au magot. Elle en eut le monopole ! Et elle s’en est servie sans la moindre retenue.

Déjà, il y a 7 ou 8 ans, un neveu du président, en charge du « Domaine présidentiel » disait à qui voulait l’entendre qu’il «  était tellement riche qu’il ne pouvait plus compter ses milliards ». Aujourd’hui il a entrepris la construction d’un palais de 20.000 mètres carrés.

C’est dire si la corruption de bas étage a vite été dépassée. Les pourcentages n’ont plus connu de limites. La surfacturation devint démentielle. Souvent 10 fois le coût réel d’un service ou d’une prestation. Les exemples ne manquent pas pour des marchés dépassant la centaine de millions de dollars, parfois 300 ou 400 millions de dollars comme cela a été le cas avec la société brésilienne Asperbras et ses 4000 forages hydrauliques à 100 000 dollars l’unité pour une eau presque toujours imbuvable.

Le pétrole ne pouvait échapper à l’appétit insatiable de cette famille. Il avait toujours été le domaine réservé de Denis Sassou Nguesso. C’est lui qui attribuait les cargaisons et qui faisait les fortunes des traders, de Jean Claude Gandur, d’Addax dont il sauva la vie à Claude Dauphin, le fondateur de Trafigura qui vient de décéder. Il y avait également Patrick Maugein le Corrézien, « l’homme de Chirac chez Total » comme certains l’appelaient, disparu prématurément avant qu’il n’ait eu le temps de développer le permis Marine XI qui lui avait été confié.

La SNPC, la Société Nationale des Pétroles du Congo avait été créée dès le retour de Sassou pour gérer les prérogatives de l’Etat dans le domaine des hydrocarbures. Denis Christel, son fils surnommé Kiki, avait été formé au négoce pétrolier par cette structure. Très vite, il était apparu comme l’héritier de son père et le véritable bénéficiaire, sans aucun compte à rendre, du négoce pétrolier congolais

En même temps que naissait la SNPC, il y eut la décision emblématique prise dès 1998 de la création de la SOCOTRAM confiée au neveu Willy Nguesso via Trading and Shipping, une société enregistrée au Liechtenstein. Depuis cette structure a émigré au Luxembourg. Elle est maintenant au Canada au nom d’un avocat.

Il s’agissait de l’instauration d’une taxe sur tout transport maritime ou aérien de marchandises, au départ ou à destination du Congo.

A une vingtaine de millions d’euros par an, en un peu plus de 15 ans, plus de 300 millions d’euros de taxes sans contrepartie aucune ont été encaissés par SOCOTRAM dans des paradis fiscaux. Mais ce montant n’est qu’une infime fraction de ce qui a été détourné, pillé, volé par le petit clan familial.

Ce racket systématique par SOCOTRAM a réussi à faire plier ENI et TOTAL les principaux opérateurs pétroliers au Congo. Les pays partenaires, la France, l’Italie, l’avait accepté comme l’Europe et même les Etats-Unis, au travers de Chevron.

Le pire a été le manque de réaction du FMI et de la Banque Mondiale tous deux impliqués dans l’effacement de la dette congolaise. C’était un cadeau de 5 milliards de dollars dont près de 3 milliards d’euros rien que pour la République française et ses contribuables. Un cadeau que le Congo ne méritait pas !

Le processus du programme PPTE (pays pauvre très endetté) avait été démarré au début des années 2000 pour être finalement accordé en janvier 2010 par Monsieur Strauss Kahn. Durant toute cette période, outre le racket de la Socotram, il y eut des tas d’opérations minières, forestières, pétrolières qui portaient sur des milliards de dollars sur lesquelles comme par magie, le Congo pays pauvre très endetté, ne percevait aucun impôt sur les profits exceptionnels, en centaines de millions, parfois en milliards de dollars, réalisés par certains opérateurs nationaux ou étrangers. Sassou Nguesso, ses enfants, ses neveux, ses gendres s’enrichissaient mais l’Etat congolais, lui, ne percevait rien.

Le FMI et la Banque Mondiale avaient été alertés. Au premier rang, Dominique Strauss Khan et ses collaborateurs. Ils ont fermé les yeux sur tout cela. A quel prix ?

Des faux rapports avaient été rédigés notamment par Monsieur Reza Moghadam en septembre 2009. Il était alors le Directeur de Cabinet de Strauss Khan. Il bénéficia d’une promotion à l’arrivée de Madame Lagarde, en pleine crise de l’Euro, et devint, tenez vous bien, le Chef du Département Europe au FMI jusqu’en 2014.

Que faire ? Que dire ? J’avais déposé « seul » une plainte documentée à Paris contre Strauss Kahn. Patate chaude, elle a été baladée pendant un an et demi entre deux parquets, celui de Paris et celui de Grasse. Finalement elle a été rejetée par la section « Délinquance astucieuse et cybercriminalité » du Parquet de Paris.

« Délinquance astucieuse et cybercriminalité » ? Le casse de 5 milliards de dollars mené par un dictateur africain, une grande banque d’affaires conseillère criminelle, des fonctionnaires d’institutions internationales volontairement aveugles et sourds, avec une rétro-charité très généreuse largement répandue n’avait rien de virtuel.

L’effacement de la dette, autorisé par un FMI que beaucoup de témoins disent corrompu, a été un feu vert pour Sassou Nguesso pour encore plus de prédations, encore plus de vols et encore plus de détournements. Et plus de misère encore pour les Congolais !

Le pays est aujourd’hui en état de cessation de paiement. Une faillite que personne ne veut déclarer. Mais c’est surtout une crise humanitaire qui ne saurait tarder à exploser !

Pour terminer, l’appropriation des recettes pétrolières par le fiston à la direction effective de la SNPC n’était pas suffisante. Enfants, neveux, gendres sont devenus des sous-traitants. Les opérateurs pétroliers acceptèrent de recourir à leurs services dans tous les domaines nécessaires à leur présence au Congo et à l’exploitation de leurs permis. Tous les véhicules, camions, engins, avions, bateaux, hélicoptères dont ils ont besoin, ainsi que leurs logements, leur sont obligatoirement loués et au prix fort par le gang. Toute cette surfacturation renchérit le coût de production du baril de pétrole congolais qui dépasserait aisément celui du baril produit en Alaska. Le premier perdant est l’Etat congolais qui en voit sa part diminuer d’autant, et même davantage !

Aussi Père et fils voulaient des participations dans les champs pétroliers. Ils ont obtenu gain de cause, dernièrement auprès d’ENI et TOTAL au travers de sociétés qu’ils contrôlent. Les pétroliers l’Italien et le Français refusent de reconnaître cette évidence.

Alors, il faut se pencher sur l’une de ces sociétés bénéficiaires, la société Kontinent (avec un K) qui a eu droit à une participation de 10% dans la reconduction récente de certains permis en production. J’insiste : en production ! Elle a été créée à Washington par Monsieur Yaya Moussa, Camerounais d’origine, ancien Représentant Résident du FMI à Brazzaville de 2004 à juillet 2009, « Monsieur PPTE » comme certains le surnommaient. A son retour à Washington, il démissionna du FMI et s’offrit une année de MBA au prestigieux MIT dont le coût minimum est de 200 000 dollars sur un an. MBA en poche, il n’est pas rentré dans une grande banque comme il aurait pu le prétendre, il s’est occupé du lobbying de Denis Christel Sassou Nguesso, il a monté une chaine de télévision qui a servi essentiellement à la promotion du président congolais aux Etats Unis, puis il a fondé une banque au Bénin, en compagnie de deux partenaires, deux acolytes l’un Portugais et l’autre Gabonais, cités par des ONG et des médias pour leurs relations d’affaires douteuses avec le fils Sassou Nguesso…..

Bien entendu, dans tout cela, il n’y a rien qui puisse éveiller les soupçons d’ENI et de TOTAL ou de mettre en branle des enquêtes sur d’éventuels blanchiments d’argent !

En conclusion, comme il a été dit en introduction, il est possible d’affirmer que d’être passé de CORROMPU à CORRUPTEUR c’est le seul et unique progrès que le Congo ait accompli sous Monsieur Denis Sassou Nguesso au cours de ces presque 20 dernières années.

Un de ses proches amis, dans une interview à Paris-Match, il y a un an, disait « pour lui  l’argent ne compte pas. Il s’en sert comme d’un moyen de sa politique ».

Jolie politique ! On ne saurait être plus clair !

Le mal du Congo, la corruption, est un cancer généralisé. A bien regarder, le grand nombre de personnalités politiques pas toujours françaises, en fonction ou pas, qui se rendent à Brazzaville au prétexte de saluer le dictateur, laisse penser que Sassou Nguesso a largement répandu son « mal congolais » bien au-delà de ses frontières.

Il faut également compter parmi ses victimes, ses compatriotes devenus migrants en le fuyant, qu’il a éparpillés, par centaines de milliers à travers le monde et qui n’ont qu’un souhait : retourner vivre et travailler dans leur pays libéré des quelques parasites qui se l’accaparent…

Vous pouvez faire en sorte, Monsieur le Député et Cher Maître, que par votre voix et celle de votre parti, il soit mis fin au drame que subissent les Congolais dans leur pays et que l’espoir de retour d’un très grand nombre de franco-congolais dans un Etat démocratique enfin se réalise. Par avance, nous vous en remercions !

Diffusé le 10 janvier 2016, par www.congo-liberty.com

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Une Réponse to “Intervention de Serge BERREBI à la conférence du 9 janvier 2016 sur le Congo à l’Assemblée Nationale française”

  1. Bouesso Says:

    Quelles révélations?

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