Gabon : jour J pour Ali Bongo et Jean Ping

Des supporteurs du président Ali Bongo, le 26 août à Libreville.

Des supporteurs du président Ali Bongo, le 26 août à Libreville. Crédits : STEVE JORDAN / AFP
Les Gabonais retiennent leur souffle et redoutent des violences mardi, jour de l’annonce des résultats de l’élection présidentielle : second septennat pour le président sortant Ali Bongo Ondimba ou alternance avec l’ex-patron de l’Union africaine Jean Ping ?

A partir de 17 heures (16 heures GMT), le ministre de l’intérieur doit lire les résultats dans les locaux de la commission électorale nationale (Cénap) alors que le pays tourne au ralenti depuis la fermeture des bureaux samedi soir.

Opposant tardif

Ex-baron du régime du président Omar Bongo, opposant tardif après l’élection de son fils Ali en 2009, Jean Ping, 73 ans, prétend renverser la famille au pouvoir depuis 1967 dans une région, l’Afrique centrale, où l’alternance politique est exceptionnelle.

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« Nous maintiendrons l’ordre », affirme le pouvoir. « Nous ne nous laisserons pas voler notre victoire », répètent les pro-Ping : les risques de troubles urbains sont réels dès l’annonce des résultats, puisque les deux camps revendiquent déjà la victoire.

« Je suis élu », a lancé dimanche Jean Ping, alors que le président-candidat attend « sereinement » les résultats. Son porte-parole a cependant affirmé dès samedi soir qu’« Ali Bongo est en tête avec une avance qui ne peut plus s’inverser ».

Morts, pillages, couvre-feu…

Habitués à la paix civile, les Gabonais n’ont pas oublié qu’en 2009 des violences post-électorales avaient éclaté à Port-Gentil la capitale économique (morts, pillages, couvre-feu, consulat de France incendié…).

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Persuadés de la victoire de Jean Ping, ses partisans préviennent qu’ils n’accepteront pas d’autre verdict : « Les esprits sont déjà surchauffés. Tous ces jeunes ne se laisseront pas faire », prévient un proche de Ping.

« Nous savons que des violences se préparent dans certains quartiers », confiait à l’AFP avant le vote une source gouvernementale, affirmant avoir identifié les meneurs.

Un chapelet de doléances

Réclamant « l’alternance », des électeurs pro-Ping ont aussi égrené un chapelet de doléances dans ce petit pays pétrolier frappé par la chute des cours du baril : « pas d’emplois pour les jeunes », « accès difficiles aux médicaments », « routes à moitié construites », coupures d’eau et d’électricité…

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Ali Bongo, 57 ans, a défendu son bilan avec des « investissements sans précédent » et la diversification de l’économie, en promettant « l’égalité des chances » et de faire mieux pour le logement.

En face, Jean Ping, ex-patron de l’Union africaine (UA), a mené sa campagne en deux temps. Jusqu’à fin juillet, il a demandé avec une grande partie de l’opposition l’invalidation de la candidature d’Ali Bongo, au motif qu’il serait un enfant du Nigeria adopté par Omar Bongo.

Poids lourds politiques

Coup d’éclat mi-août : le métis sino-gabonais rallie à sa cause deux autres candidats et poids lourds politiques, l’ex-premier ministre Casimir Oye Mba et l’ex-président de l’Assemblée pendant vingt ans, Guy Nzouba Ndama. Fini l’émiettement de l’opposition, le rapport de force s’est rééquilibré.

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Le jour de vote, sans incident majeur, a été une parenthèse civique entre une campagne délétère et des accusations de fraudes qui ont fusé dès la fermeture des bureaux. « Je félicite les électeurs gabonais, qui ont exprimé leur volonté démocratique dans un processus dont la gestion a manqué de transparence », a commenté lundi la chef de la mission des observateurs de l’Union européenne (UE) Maryia Gabriel.

Le gouvernement gabonais a surtout retenu les quelques satisfecit au milieu d’une déclaration de l’UE souvent sévère : « Scrutin dans la paix et le calme, sans incident majeur, et secret du vote garanti. »

Ex-puissance coloniale

Passionnant l’Afrique francophone, l’élection au Gabon intéresse évidemment la France, l’ex-puissance coloniale qui compte encore 10 000 ressortissants sur place. M. Ping a été reçu à l’ambassade de France dimanche à Libreville. A Paris, le Parti socialiste (PS, au pouvoir) a prévenu qu’il « serait d’une extrême vigilance » à l’heure des résultats.

« Voilà plus d’un demi-siècle que la famille Bongo gouverne le Gabon. Une alternance serait signe de bonne santé démocratique et un exemple », ajoute le PS. « Ingérence et néocolonialisme », dénonce le porte-parole d’Ali Bongo.

Lemonde.fr

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