Cléopâtre ferait-elle un meilleur exemple que Kim Kardashian ?

Cléopâtre et Kim Kardashian

C’est une étrange injonction, proférée par la directrice du lycée de Wimbledon, à Londres, et largement reprise par la presse britannique, qui en a fait le point de départ d’un débat sur le féminisme moderne.

Pour Jane Lunnon, les filles devraient prendre exemple sur les grandes héroïnes tragiques, ces femmes qui « exercent du pouvoir dans un monde d’hommes », plutôt que sur Kim Kardashian. Son école a lancé un projet, en collaboration avec la troupe Royal Shakespeare Company, pour encourager les élèves à imaginer les héroïnes de Shakespeare dans un environnement contemporain.

L’idée lui est venue après les résultats d’un sondage auprès des élèves du lycée montrant que beaucoup d’adolescentes considéraient Taylor Swift et Kim Kardashian comme des exemples.

« J’ai trouvé ça un peu inquiétant », a dit Jane Lunnon lors d’un congrès des directeurs d’écoles des plus grandes institutions privées. L’histoire ne dit pas si cette relecture féministe des héroïnes de Shakespeare lui a été inspirée par la ville qui accueillait le congrès : Stratford-upon-Avon, ville d’origine du célèbre dramaturge.

Féminismes, pouvoir et téléréalité

Shakespeare is watching.

Shakespeare is watching. © Dylan Martinez / Reuters / REUTERS

L’argumentation de Jane Lunnon n’est pas binaire. Elle pense que le « problème n’est pas tellement que Kim Kardashian soit un exemple pour les jeunes filles, mais qu’elle devienne le seul exemple ». « L’absence de variété dans les modèles à suivre pour les jeunes filles dans la société occidentale a été largement documentée », dit-elle. D’où l’idée d’aller chercher des histoires de femmes fortes et indépendantes ailleurs que sur les écrans. Dans la littérature, par exemple.

Car comme Cléopâtre, Kim Kardashian utilise son image pour réussir : « Cléopâtre vend le mythe de Cléopâtre et Kim Kardashian fait peu ou prou la même chose. » La différence cruciale, selon Jane Lunnon, se situe dans le fait d’être capable d’incarner le pouvoir. Cléopâtre est aussi la reine d’Egypte, « au-delà de son amour pour les hommes », Jules César puis Marc Antoine.

A cette démonstration, le contre-argument est simple. Kim Kardashian, qui a accédé à la notoriété par l’émission de téléréalité L’incroyable famille Kardashian, ne se contente pas d’être l’épouse du rappeur Kanye West. C’est aujourd’hui une richissime businesswoman qui a su jouer sur son statut d’icône populaire pour devenir l’une des femmes les plus influentes du monde (à tel point que son braquage à Paris est une information reprise partout). En montrant sa plastique parfaite et en investissant à fond l’image de la femme-objet ? Certes.

Un certain courant du féminisme admet un argument que l’on pourrait résumer ainsi : l’hyperféminité, dans un monde dominé par les hommes, est aussi une façon de retourner le rapport de domination à son avantage. A condition d’user du pouvoir ainsi gagné. C’est un peu ce qui s’est produit pour Beyoncé, artiste maîtrisant parfaitement les mécanismes à l’œuvre dans sa propre ascension, si réducteurs soient-ils, qui a attendu d’avoir atteint l’apogée de sa carrière pour assumer un point de vue politique, notamment en faveur de l’égalité raciale.

Cordelia, jouée par Pauline Knof à Vienne en 2013...

Cordelia, jouée par Pauline Knof à Vienne en 2013… © Heinz-Peter Bader / Reuters / REUTERS

Une image plus complexe de la féminité

... et Beyoncé.

… et Beyoncé. © Andrew Kelly / Reuters / REUTERS

Autre argument de Jane Lunnon : l’image standardisée d’un corps féminin est érigée en modèle par les jeunes filles, alors que les héroïnes shakespeariennes, elles, offraient une image plus complexe de la féminité, avec ses défauts, et ses forces.

Elle évoque Béatrice, dans Beaucoup de bruit pour rien, Rosalinde dans Comme il vous plaira, et Viola dans La Nuit des Rois.

« Leur capacité à affronter les défis, les dilemmes, la douleur, leur capacité à aimer, à être vigoureuses et à trouver de la ressource, leur capacité de résilience (…) c’est un message très fort. »

Il y a cependant un léger problème, c’est que cette « résilience » se révèle justement face aux terribles épreuves auxquelles font face les héroïnes shakespeariennes, qui, pour la plupart, finissent plutôt mal.

Un internaute s’est chargé de dresser une liste assez édifiante. Ophélie de Hamlet se noie. Juliette se plante un couteau dans le cœur car la famille de Roméo ne veut pas d’elle. Cordelia (Le Roi Lear) est assassinée, Desdémone (Othello) est tuée par son propre mari, et la fameuse Cléopâtre, reine d’Egypte, femme de pouvoir, se suicide en se faisant mordre par un serpent. Un rêve d’avenir.

Lemonde.fr par  Violaine Morin, Journaliste au Monde

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4 Réponses to “Cléopâtre ferait-elle un meilleur exemple que Kim Kardashian ?”

  1. Cléopâtre ferait-elle un meilleur exemple que Kim Kardashian ? – salimsellami's Blog Says:

    […] via Cléopâtre ferait-elle un meilleur exemple que Kim Kardashian ? — World Vision […]

  2. La petite revue de Claire Says:

    Moi, mon modèle est Cléopâtre

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