Burkina-Faso: A Ouagadougou, une élève ingénieure veut produire de l’électricité avec la jacinthe d’eau

Traversée d’une Afrique bientôt électrique (20). La Nigérienne Mariama Mamane a créé la start-up Jacigreen, un projet récompensé et développé par l’école d’ingénieurs 2iE.

La jacinthe d’eau est une plante invasive qui asphyxie lentement mais sûrement faune et flore dans de nombreux pays en Afrique, en Asie ou en Amérique latine. Ici au Bangladesh.

La jacinthe d’eau est une plante invasive qui asphyxie lentement mais sûrement faune et flore dans de nombreux pays en Afrique, en Asie ou en Amérique latine. Ici au Bangladesh. Crédits : AFP
Pour Mariama Mamane, une nuisance peut être la solution à deux problèmes. Ce n’est pas de la magie mais de la chimie. La Nigérienne de 26 ans veut transformer une « mauvaise herbe » en électricité.

La jacinthe d’eau, plante envahissante originaire d’Amazonie, est un véritable fléau en Afrique. Dès la tombée des premières pluies de la saison, elle pullule à la surface des plans d’eau, les assèche et les pollue, asphyxiant petit à petit la faune et la flore. Chaque année, les pays tropicaux envahis mènent des campagnes géantes d’arrachage. Des tonnes de jacinthes sont déracinées et le plus souvent enfouies.

« On peut faire mieux et utiliser la jacinthe pour résoudre des problèmes, garantit l’étudiante, avec assurance. A partir des plantes arrachées, on peut produire un engrais naturel. La méthanisation produit un biogaz qui peut être transformé en électricité. »

Modèle économique

L’idée lui est venue en 2013. Après avoir obtenu une licence en biodiversité et gestion de l’environnement à l’université de Niamey, sa ville d’origine, l’étudiante intègre l’école internationale d’ingénieurs 2iE, à Ouagadougou, la capitale burkinabée. A côté du campus où elle suit ses cours en master eau et assainissement, un lac dont on ne distingue presque plus la surface retient son attention. Il est saturé de jacinthes.

« J’ai commencé à étudier tous les projets menés autour de la lutte contre cette plante depuis vingt ans. Je me suis rendu compte qu’ils étaient quasiment tous menés par des ONG ou par les gouvernements. Rares sont ceux qui ont abouti. Je me suis donc dit que le modèle économique de ces expérimentations n’était pas viable. »

Pour Mariama Mamane, seule une initiative privée peut régler le problème tout en étant rentable. En 2015, elle décide donc de créer sa start-up. En 2016, Jacigreen a remporté le concours « Parcours entrepreneur » organisé par 2iE. Une première place qui lui permet d’intégrer l’incubateur de l’école en 2017. « Pendant deux ans, je vais pouvoir mener mes tests sur l’efficacité du biogaz. A partir de la troisième année, nous commencerons à produire de l’électricité », affirme l’entrepreneuse.

Dans un premier temps, son objectif est d’arracher chaque année 3 000 tonnes de jacinthes − sur les quelques 28 0000 tonnes recensées dans les différents plans d’eau d’Ouagadougou en 2015 − pour à méthaniser en 500 000 m3 de biogaz. Selon ses estimations, la transformation permettrait de produire 1 700 000 kWh d’électricité. De quoi alimenter plus de 2 500 ménages.

Ce mois-ci, au Burkina Faso, l’agence de l’eau de Nakanbé a expérimenté un projet similaire de transformation de 4 500 tonnes de jacinthes arrachées en électricité. Mais dans un pays où le taux d’électrification atteint les 59 % en ville et à peine 3 % dans les campagnes, la concurrence est la bienvenue.

« A l’école, on nous parle tout le temps de protection de l’environnement. Nous nous asseyons pour réfléchir à la manière dont nous pourrions changer les choses, mais nous n’agissons pas, s’indigne Mariama. Moi, je veux agir, Ce qui m’intéresse, c’est l’acte que je peux poser et la contribution concrète que je peux apporter à la réalisation des objectifs de développement durable. »

Tapis et paniers en fibre recyclée

La passion de Mariama Mamane pour les problématiques environnementales n’est pas nouvelle. Enfant, elle lisait déjà les livres de biologie garnissant la bibliothèque de sa mère, titulaire d’une maîtrise en sciences de la vie et de la terre. Décrite par son entourage comme une jeune femme engagée et allant constamment de l’avant, l’étudiante ne semble jamais être à court d’idées : « Après la production d’électricité, j’aimerais ouvrir une bioraffinerie pour créer des tapis et des paniers en jacinthe recyclée. Et aussi transformer cette plante en nourriture pour animaux afin de mieux gérer le problème d’alimentation du bétail dont souffre les éleveurs dans les zones désertiques. »

L’élève ingénieure Mariama Mamane en 2016.

L’élève ingénieure Mariama Mamane en 2016. Crédits : DR

La détermination et l’esprit d’entreprise de Mariama Mamane ne passe pas inaperçu. Le mois dernier, sa jeune pousse a reçu le prix Coup de cœur du jury des derniers African Rethink Awards, un concours récompensant chaque année les initiatives africaines les plus innovantes.

La jeune Nigérienne est très fière de ce prix. Depuis des années, elle milite pour le développement des femmes africaines et de l’entreprenariat féminin. Cette nouvelle récompense est avant tout un symbole. « Cela me montre qu’il faut croire en soi, en ses idées et se batte encore plus. Chez moi, au Niger, la société a toujours véhiculé l’idée que les femmes devaient être dociles et prudentes. Mais il ne faut pas. Osons ! »

Avec Jacigreen, Mariama Mamane aimerait soutenir les femmes en les intégrant dans le processus de collecte des jacinthes, mais aussi directement au sein de sa start-up. « Le développement de l’Afrique en dépend. Mon combat, je le mène pour toutes les femmes africaines », déclare-t-elle. Pour la Nigérienne aux formules bien choisies, il n’y a pas de trop grandes phrases ni de trop petites entreprises, car le changement viendra d’en-bas.

Sa bataille ne fait que commencer et doit aussi se gagner sur le terrain financier. Pour mener à bien son projet, 88 millions de francs CFA (134 000 euros) lui sont nécessaires.

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Une Réponse to “Burkina-Faso: A Ouagadougou, une élève ingénieure veut produire de l’électricité avec la jacinthe d’eau”

  1. La petite revue de Claire Says:

    C’est audacieux

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