Conte : Le Python de la Fournaise

 

 

Il était une fois, dans l’île de la Réunion, vivait un Python primaire et solitaire en manque de nourriture.

Un jour pendant qu’il se promenait, au bord de l’Océan Indien, Constant le Python, aux couleurs beige, jaune, noir et beige, surprit une Tortue géante sortie de l’eau. Il se cacha, entre les feuilles mortes et les herbes folles, fit semblant de dormir en guettant et surveillant silencieusement tous ses mouvements. L’animal marin, au regard prudent de félin, marchait lourdement à quatre pattes sur le sable fin de la mer, à la recherche d’un endroit sûr pour pondre ses œufs, qu’elle enfouissait avec les rackets de ses pattes. Cocotue la Tortue posa son ventre sur le sable fraîchement remué de sa ponte, colla son oreille orientale et occidentale, située à l’intérieur derrière ses yeux, puis répartit dans les profondeurs abyssales des eaux chaudes de l’océan.

Le vieux Python, après sa disette et son jeûne involontaire, de trois jours, se réveilla, redressa son long corps, regardant, à gauche et à droite, puis se faufila doucement, doucement, suivant les pas de la Tortue qui le conduisirent jusqu’au lieu de sa cachette. Là, il enfonça sa tête sous le sable et découvrit le trésor frais de tous les œufs de la Tortue ancestrale qu’il commençait à manger goulûment. Il éprouva une grande satisfaction.

Repu, au moment où il termina sa soustraction frauduleuse, il fût surpris par un Tec-tec, au plumage beige dessus et clair dessous, au bec fin et pointu, à la poitrine rousse qui volait à basse altitude pour se poser allégrement sur un palmier rouge, non loin des lagons.

Un mois après la saison sèche, Cocotue la Tortue, qui fouinait son bec entre les coraux pour chercher sa nourriture, rencontra au cours de cette randonnée, une belle et élégante Murène, au corps allongé,  s’apprêtant d’entrer dans sa cachette rocheuse. Hélène la Murène, vêtue d’une longue robe blanche, plissée et dentelée, avec des cauris gris, par endroits, l’interpella en lui envoyant des bulles d’eau pour lui parler : fro, fro, fro.

  • Chère Tortue je te cherche depuis longtemps en sortant parfois ma tête à ma porte, pour voir si daventure tu pouvais passer par-ci, car j’ai une bonne nouvelle à t’annoncer : « J’ai rêvé que tes œufs pondus sur le rivage ont été la proie d’un Serpent vivant sur la terre ferme. Je tenais à t’aviser pour aller sur le lieu de ta ponte, vérifier la vision de mon rêve. Car ma perception onirique est souvent exacte ».

Ayant entendu ses propos, la Tortue fondit en larmes. Ses lamentations  produisirent un écho retentissant dans les oreilles de la Baleine à bosse qui la croisa au moment où elle partait vérifier l’information. Irène la Baleine à bosse, la mastodonte des mers avec sa robe bleue marine confectionnée par le plus grand couturier de la Polynésie française, à Tahiti, lui conseilla de faire des fétiches avec des œufs des rayons du soleil. Par solidarité, tous les poissons se réunirent, pendant trois jours, à la pleine lune, pour des invocations aux dieux de la Nature et des Océans. Lorsque leurs prières parvinrent aux oreilles du dieu Sol, celui-ci appela en concertation le dieu Faunus et le dieu Neptune pour statuer sur la sanction à infliger contre le Serpent.

Le Soleil proposa à ses deux compères Neptune et Faunus, dieu des Océans et de la Nature, qu’il sacrifierait un diadème de sa couronne royale pour fabriquer des œufs brûlants de fer. Mais il était nécessaire d’inviter et d’associer le dieu du Fer, Vulcain, pour lui confier ce travail relevant de sa compétence.

Quand arriva le dieu du Fer, le Soleil descendit la couronne de sa tête, la tendit au dieu Vulcain pour qu’il puisse en couper le diadème situé à l’arrière afin de le fondre et de fabriquer autant d’œufs qui serviraient au piège contre le Serpent. Avec son chalumeau brûlant, il coupa le diadème indiqué qu’il plaça dans sa fonte. Il obtint un produit malléable qu’il disséqua en de menus points ronds sous formes d’œufs contenant un liquide lavé.

Après son laborieux façonnage de l’ouvrage demandé, il partit remettre les œufs auprès du Soleil qui appela Cocotue la Tortue ainsi que les deux autres dieux Faunus et Neptune. Il prit la parole et lui dit :

  • Prends ces faux œufs métalliques soufrés et lavés que tu iras placer au lieu habituel de ta ponte. Connaissant les habitudes de Constant le Serpent, nous allons envoyer Tec-tec pour le conduire à ta cachette.

Des jours et des nuits passèrent, le Serpent eût encore faim puis il commençait à perdre les écailles de sa peau. De sa superbe. Arriva Tec-tec qui lui dit avoir vu Cocotue la Tortue ensevelir sa nourriture préférée des œufs. Il n’eût pas terminé sa conversation que Constant le Serpent courut, survolant les herbes et passant entre les branches pour se ravitailler de ses friandises.

Avant de commencer le rituel de son repas, il dansa, chanta et secoua sa queue pour manifester sa joie. Vint ensuite avec la lenteur de son vol, Tec-tec pour l’assister audit festin. Le Serpent creusa de sa bouche, pointa sa queue pour retourner le sable avant d’arriver sur les premiers œufs qui brillaient d’un éclat surprenant comme s’ils étaient induits d’huile. C’étaient des œufs frais. Des œufs d’une rare beauté qu’il avalait jusqu’à se remplir l’estomac. Lorsqu’il termina sa fête, il s’étira, frottant son dos et son ventre contre un palmier rouge.

Au-dessus de sa tête, le Soleil le regardait au zénith sur l’orbite de son observation. Il esquissait un sourire narquois faisant bouger ses cheveux et sa barbe.

  • Tu verras ce qui va t’arriver, voleur indésirable et indélicat des amis de la Nature, monologuait-il ?

Après le coucher et le lever du Soleil, le dieu Sol invita Faunus, Neptune, Vulcain et la Tortue pour leur signifier d’avoir vu et été le témoin lors de son passage du régal des œufs de la part du Serpent. Il leur dit de ne pas en parler à personne que désormais il frappera le Serpent depuis le magma de sa cachette sous terre.

Un jour de la semaine, pendant que le Soleil illuminait le ciel, il tint le diadème remplacé ayant servi à la fabrication des faux œufs de Cocotue la Tortue. Des rayons se dégagèrent, chauffèrent le sol de la cachette de Constant le Serpent. Il se tordait le ventre suite à la chaleur perçante qui lui parvenait du Soleil. La terre formait à cet endroit une bosse sous forme de volcan qui fumait au-dessus du piton des gaz au moment où il vint exposer la bouche circulaire de son cratère d’où soudain, il vomissait de la fournaise, coulant sous forme de laves brûlantes et rutilantes. Ces laves descendaient vers l’Océan Indien détruisant tout sur leurs passages et dégageaient un panache de fumée.

Depuis lors, chaque fois que le Soleil veut punir le Python de la Fournaise, il lui envoie ses rayons, et les œufs piégés, avalés qui sont dans son ventre, se transforment en vomissures de feu et en coulées de laves chaudes et puissantes.

 

© Bernard NKOUNKOU

 

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2 Réponses to “Conte : Le Python de la Fournaise”

  1. Gyslaine LE GAL Says:

    Magnifique

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