France/Adama Barrow à Sciences-Po : le discours d’un débutant

Invité par François Hollande en janvier, le nouveau président gambien effectue, depuis la mi-mars, son premier voyage officiel en dehors du continent africain.

Le président de la Gambie, Adama Barrow, lors de son passage à Sciences-Po Paris, le 15 mars 2017. Crédits : Marie Lechapelays
« S’il vous plaît, levez-vous pour accueillir le président de la Gambie, Adama Barrow ! » C’est la tête basse qu’un monsieur rond vêtu d’un grand boubou blanc se fraie lentement un chemin parmi les hommes de la sécurité. En guise de salut, l’homme lève la main gauche vers l’assemblée comble de l’amphithéâtre Boutmy de l’université de Sciences-Po Paris, sourit timidement et cherche où s’installer.

Sous les yeux de sa délégation, dont six de ses ministres, et du directeur de la prestigieuse institution, Frédéric Mion, le nouveau président gambien prend la parole. La voix est grave. Les mots sont hésitants. Les phrases hachées. Celui qui symbolise désormais l’avènement de la démocratie en Gambie n’a rien d’un tribun populiste. Il lit consciencieusement son discours, page après page, et ne lève les yeux que pour chercher du regard le soutien de son voisin, Julien Vandriessche, responsable des conférences de l’association des Etudiants de Sciences-Po pour l’Afrique (ASPA), qui organise l’événement.

Un pays en quête de démocratie

Le but de sa visite ? Partager des « leçons apprises de la transition politique » chèrement acquise en Gambie, précisent les affiches de communication qui annoncent sa venue. Cette conférence dans une université française, c’est lui qui l’a sollicitée. Pour témoigner de l’aventure d’un pays en quête de démocratie. « C’est encourageant qu’en venant en France il veuille rencontrer des jeunes », estime Noé Michalon, un membre de l’ASPA.

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Alors l’ancien homme d’affaires raconte, « un peu platement », ose une étudiante de cinquième année présente ce soir-là : la situation dictatoriale en Gambie pendant les vingt-deux ans du règne de Yahya Jammeh ; son élection en décembre 2016 et les premiers mois de sa présidence en exil au Sénégal, à cause du refus de son prédécesseur de céder le fauteuil présidentiel ; son serment à l’ambassade de la Gambie au Sénégal, le 19 janvier. Et finalement ses espoirs démocratiques. « Je veux vous dire que la Gambie est de retour », conclut-il avec une voix égale au reste de son discours.

A peine a-t-il lâché la parole qu’au fond de l’amphithéâtre, on entonne l’hymne national gambien. Enthousiastes, les membres de la diaspora gambienne installée en France qui se sont déplacés pour l’occasion se sont levés pour faire résonner son chant, repris en chœur par le président et sa délégation. Très vite, c’est l’assemblée tout entière qui se lève. L’atmosphère est donc chaleureuse lorsque débute l’échange avec l’assemblée.

« Un président de transition »

Mais les réponses aux quelques interrogations des étudiants sont lapidaires, plus courtes même que les questions. Quelques mots reviennent dans chacune de ces phrases qui sonnent un peu comme des répliques : « paix », « démocratie », « bonne gouvernance », « réformes », « espoir ». Vainqueur contre toute attente de la dernière présidentielle, grâce à une coalition de sept partis prêts à tout pour évincer Yahya Jammeh du pouvoir, l’ancien chef d’entreprise est visiblement peu à l’aise dans cet exercice. « C’est un président de transition, tout le monde le sait, lui-même le sait, justifie Omar Jabang, le seul étudiant gambien à Sciences-Po. Mais les Gambiens s’en foutent, du moment que le dictateur est parti », assure le jeune homme de 27 ans.

Heureusement pour Adama Barrow, l’assistance n’a pas été très mordante : à trois semaines des élections législatives, prévues le 6 avril, aucune question ne lui a été posée sur l’implosion de la coalition qui l’a conduit au pouvoir et qui pourrait permettre au parti de l’ancien dictateur de maintenir son influence sur la scène politique gambienne. Rien non plus sur une éventuelle soumission à Macky Sall, le président sénégalais, à qui il doit en partie son accession au pouvoir.

Alors qu’environ 500 soldats sénégalais, mandatés par la Communauté économique des Etats d’Afrique de l’Ouest (Cédéao), devraient quitter la Gambie d’ici deux mois, Adama Barrow a demandé sur Radio France Internationale, jeudi matin, « au Sénégal de nous envoyer plus de soldats pour assurer notre sécurité. Cela aussi longtemps que nécessaire ».

En somme, sa venue à Sciences-Po Paris aura eu pour principale vertu d’incarner devant les jeunes la transition gambienne. « L’idée devait être de marquer le coup, car tout ce qu’il a dit, j’aurais pu le trouver sur Internet », conclut une étudiante en sécurité internationale.

Lemonde.fr par Marie Lechapelays

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