France: Henri Emmanuelli, ancien président PS de l’Assemblée nationale, est mort

Le député socialiste et président du conseil départemental des Landes est mort à 71 ans. Mitterrandiste authentique, il se voulait le gardien de la gauche du PS.

Le député socialiste des Landes Henri Emmanuelli répond aux questions des journalistes, lors de son arrivée, le 30 novembre 2010, au siège du Parti socialiste, à Paris, avant une réunion au lendemain de l’annonce de la candidature de Ségolène Royal aux primaires pour 2012.

Le député socialiste des Landes Henri Emmanuelli répond aux questions des journalistes, lors de son arrivée, le 30 novembre 2010, au siège du Parti socialiste, à Paris, avant une réunion au lendemain de l’annonce de la candidature de Ségolène Royal aux primaires pour 2012. FRED DUFOUR / AFP
L’ancien secrétaire d’Etat et ancien président PS de l’Assemblée nationale, Henri Emmanuelli, est mort à l’âge de 71 ans, a fait savoir mardi 21 mars sa famille à l’Agence France-Presse (AFP). Député socialiste, il avait décidé de ne pas se présenter pour les législatives de juin. Il était également toujours président du conseil départemental des Landes.

« Henri Emmanuelli incarnait le département depuis trente-cinq ans, c’est un grand vide qui se présente devant nous », a déclaré Xavier Fortinon, vice-président du conseil départemental des Landes, lors d’une séance consacrée au budget, avant une minute de silence très émouvante avec des élus en larmes. M. Emmanuelli ne s’était pas rendu à cette réunion lundi, étant hospitalisé à Bayonne depuis trois jours pour une double bronchite.

Elu pour la première fois député des Landes en 1978, l’homme à la voix rocailleuse, doté d’une très forte personnalité, avait été, entre 1981 et 1986, secrétaire d’Etat chargé des DOM-TOM puis du budget du président François Mitterrand. Trésorier du PS en 1987, il avait présidé l’Assemblée nationale de 1992 à 1993 avant d’être brièvement premier secrétaire du Parti socialiste (PS) entre 1994 et 1995. Il avait alors été battu par Lionel Jospin pour porter les couleurs socialistes à l’élection présidentielle de 1995.

Rattrapé par les affaires, Henri Emmanuelli avait été condamné en 1997 à deux ans de privation de ses droits civiques dans l’affaire Urba de financement illégal du PS en tant que trésorier. Il avait retrouvé en 2000 ses mandats de député et de président du conseil général des Landes.

Hostile aux thèses « sociales-libérales »

Mitterrandiste authentique, hostile aux thèses « sociales-libérales », cet ancien de la Compagnie financière de Banque d’Edmond de Rothschild se voulait le gardien de la gauche du PS. Militant en 2005 pour le non au référendum sur le traité constitutionnel européen, il était le père spirituel de Benoît Hamon.

Le candidat socialiste à l’élection présidentielle a d’ailleurs réagi à cette annonce mardi matin depuis Bruxelles, à la sortie de sa rencontre avec Jean-Claude Juncker, le président de la Commission européenne. Très ému, il a déclaré qu’il était « très dur pour [lui] d’en parler » :

« Il était très malade, je lui ai parlé au téléphone encore récemment. Il a eu un rôle extrêmement important pour moi, pour ce que je suis. Je lui dois beaucoup, il était plus âgé que moi, mais il était pour moi comme un frère, une âme sœur. »

Dimanche lors de son meeting à Bercy, M. Hamon avait encore cité M. Emmanuelli comme l’un de ses modèles politiques. En 2005, au congrès du Mans, M. Emmanuelli avait décidé de s’associer au Nouveau Parti socialiste, porté par la génération des quadras, Vincent Peillon, Arnaud Montebourg et Benoît Hamon. L’attelage n’avait pas tenu, mais les liens avec Benoît Hamon perdurèrent. « J’entretiens avec lui une relation de très grande confiance, confiait Benoît Hamon en 2010. J’écoute ses conseils. A Reims, il m’a évité de commettre des erreurs. » Plus récemment, en janvier, alors qu’il tenait meeting dans sa circonscription de Mugron (Landes), Benoît Hamon confirmait : « C’est une personne qui a beaucoup compté dans mon histoire politique. »

M. Emmanuelli avait apporté son soutien à Benoît Hamon lors de la primaire de la gauche, bien qu’il critiquât le concept de primaires ouvertes. M. Emmanuelli avait également souligné, dans une courte déclaration à une journaliste de Sud Ouest confirmée à l’AFP, n’être « pas du tout d’accord avec son projet de revenu universel », qu’il jugeait « déresponsabilisant ».

Hommage de Hollande et réactions des hommes politiques

Le président de la République, François Hollande, a salué dans un communiqué la mémoire de l’ancien ministre, « une belle figure morale » :

« Henri Emmanuelli était un homme droit. Socialiste de cœur, de raison et d’action, il a exercé les plus hautes fonctions sans jamais transiger avec ses idées, ni avec ses principes. (…) Au gouvernement entre 1981 et 1986, il a incarné la gauche au pouvoir, rigoureuse dans la gestion, solide sur ses valeurs, ambitieuse dans sa volonté.

« Il exprimait ses convictions avec fermeté parfois avec rudesse, toujours avec sincérité, il avait une grande exigence de justice et d’égalité. Il s’exprimait avec liberté mais toujours en fidélité avec sa famille politique. »

Benoît Hamon s’est montré très ému à l’annonce de la mort de M. Emmanuelli. En déplacement à Bruxelles, le candidat socialiste à l’élection présidentielle a rendu hommage à celui qu’il considère comme un de ses modèles politiques :

« Il a eu un rôle extrêmement important pour moi, pour ce que je suis. Je lui dois beaucoup, il était plus âgé que moi, mais il était pour moi comme un frère, une âme sœur.»

« La mer a emporté le rocher »

Une personnalité « exigeant(e) mais fidèle aux valeurs de la gauche » pour Jean-Marc Ayraut ; « un homme de conviction » pour Michel Sapin ; « une grande conscience de gauche et l’ardent avocat d’un socialisme exigeant et ambitieux » pour Najat Vallaud-Belkacem : le gouvernement a aussi salué M. Emmanuelli.

« Henri Emmanuelli nous quitte. La mer a emporté le rocher », a réagi Jean-Luc Mélenchon, ex-compagnon de route de l’ancien président de l’Assemblée.

A droite, Alain Juppé a qualifié M. Emmanuelli, qui était toujours président du conseil départemental des Landes, d’« adversaire politique, dur et parfois même un peu sectaire ». Mais selon le maire de Bordeaux, « Henri Emmanuelli était aussi un homme politique qui savait assumer ses responsabilités jusqu’au bout ».

Une « figure incontournable de la vie politique »

Bernard Accoyer, le secrétaire général des Républicains, a salué dans un communiqué une « figure incontournable de la vie politique de notre pays depuis quarante ans ».

« Homme de gauche, républicain exigeant, élu de conviction et militant dans l’âme, il a toujours défendu ses idées avec toute la passion et l’énergie que l’on lui connaissait. Sa voix aura marqué de nombreux débats parlementaires. »

François Bayrou, le maire de Pau, dans les Pyrénées-Atlantiques, département voisin des Landes, a aussi tweeté un hommage : « Henri Emmanuelli était un combattant. Pour ses idées, qu’il défendait sans jamais céder, et pour les Landes. À ces deux titres, respect ! »

« C’était un homme empreint d’humanité et toujours soucieux de l’intérêt général », a salué Christian Estrosi, président Les Républicains de la Provence-Alpes-Côte d’Azur.

 

Lemonde.fr

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