L’incroyable histoire du Français qui a retrouvé son père G.I après cinq ans de recherches

David Zapata et son père biologique, Kelly, lors de leur première rencontre aux Etats-Unis, le 7 mars 2017.

David Zapata et son père biologique, Kelly, lors de leur première rencontre aux Etats-Unis, le 7 mars 2017. Crédits photo : DR

Né à Saïgon pendant la guerre, d’un père GI et d’une Vietnamienne, puis adopté par des Français, David Zapata a mis cinq ans à identifier ses parents biologiques au terme d’une longue enquête.

L’histoire est heureuse, digne d’un film. À 48 ans, David Zapata a rencontré son père biologique pour la première fois le 7 mars dernier. Pour le retrouver, il lui aura fallu plus de cinq ans, cinq tests ADN et des centaines d’emails. Né au Vietnam et adopté par un couple français, David Zapata ignorait tout de ses parents biologiques. Ce comptable de Saint-Raphaël (Var) connait aujourd’hui son histoire grâce à sa patience, mais aussi la science et la chance.

David Zapata est né à Saïgon en 1968. Deux jours après sa naissance, il est abandonné dans un orphelinat. Celui qui s’appelle encore Tuan y passe deux ans, avant d’être adopté par une famille française. Il grandit en banlieue de Saint-Etienne, et apprend qu’il est adopté vers 8 ans. À 12 ans, il commence à s’interroger sur ses parents biologiques. «Malgré une naissance malchanceuse pendant la guerre du Vietnam, j’ai été chanceux depuis», raconte David au Figaro. «Neuf enfants sur dix mourraient en bas âge là-bas. J’ai survécu et j’ai été adopté en France. Mes parents adoptifs ont toujours été transparents et compréhensifs avec moi. Mon père a parfois eu un peu de mal, mais on en a parlé. Je lui ai dit qu’ils restent ma famille, je les aime et rien ne change», poursuit-il.

Coup de chance: une cousine généalogiste

La recherche de son père accélère en 2012, quand David découvre les tests ADN. «Je voulais connaitre mes origines raciales. On m’a suggéré de faire un test ADN, ce que j’ai fait. Le résultat a été comparé sur une banque de données mondiale. J’ai “matché” avec des cousins de ma lignée paternelle, avec qui je suis entré en contact. De là, ma curiosité s’est développée.»

Coup de chance: David découvre qu’il a une cousine généalogiste, qui va l’aider pendant ces cinq années de recherches. Grâce à son ADN, elle identifie un autre cousin, fils de la soeur de son père biologique. Il peut alors remonter le fil jusqu’à son père, Kelly Dean Dowden. L’ancien GI vit à Southville, dans l’Ohio, une région rurale de l’est des Etats-Unis. «Ce n’était pas un engagé mais un appelé, comme beaucoup de jeunes à l’époque, il vibrait pour la bannière étoilée. Il est parti là-bas à 19 ans en pensant que la guerre ne durerait que quelques semaines», raconte David qui a mis du temps à convaincre son père de le rencontrer. Une photo a finalement raison des réticences de Kelly, lorsqu’il s’aperçoit que David lui ressemble.

David craignait d’être le fruit d’un viol

La rencontre a lieu le 7 mars dernier, à l’aéroport de Columbus (Ohio). «J’étais un peu stressé, mais je pensais avoir un bon feeling avec au moins un ou deux membres de la famille. Au final, il n’y a eu aucun bémol. A l’aéroport, mon père est venu me chercher avec mes deux demi-soeurs, j’ai rencontré mon demi-frère peu après. C’était un moment fort mais qui n’avait rien de solennel. Il n’y a pas eu de larmes versées, même si elles étaient au bord des yeux. Je m’étais tellement blindé pendant ces cinq ans, pour éviter d’être déçu, que je n’avais pas trop d’attentes.»

David a emmené une question délicate dans ses valises: est-il le fruit d’un viol? «Mon père m’a rassuré. Il était jeune, mais il a eu une vraie relation avec ma mère. Ça a duré un mois, puis il a été affecté ailleurs.»

David s’est parfaitement entendu avec sa famille américaine. Un mois après, il semble encore surpris lorsqu’il en parle. «Ce sont des gens ni riches ni pauvres, qui m’ont accueilli en toute générosité. Ils sont très ouverts, très positifs. Kelly me considère comme son fils, et je l’appelle dad (papa en anglais, ndlr). Je fais partie de sa famille.»

«La preuve qu’il ne faut pas se démoraliser»

Revenu à Saint-Raphaël, David maintient le contact avec Kelly. «Il n’est pas très réseaux sociaux et ce genre de choses, mais on échange une fois par semaine.» David aimerait maintenant que son père rencontre ses quatre petits-enfants.

«C’est la preuve qu’il ne faut pas se démoraliser. Ça m’a tenu en haleine pendant plus de cinq ans, et j’ai eu beaucoup de chance d’être aidé et soutenu. Si on ne partage pas nos recherches, qu’on est seul dans son coin, on finit par se décourager. Quand j’ai commencé, je ne connaissais rien», explique David qui insiste sur l’importance des progrès de la technologie du génome, qui lui a permis de retrouver son père biologique.

David cherche toujours sa mère

L’histoire n’est pas pour autant terminée, car David cherche toujours sa mère. Dès 1998, il s’est rendu en Suisse pour rencontrer les soeurs de Saint-Paul-de-Chartres, qui administraient l’orphelinat où il a vécu. «C’est là que j’ai appris une chose incroyable. Je croyais m’appeler Van Nam Nhan. En fait, Van Nam Nhan est un petit garçon qui est décédé avant d’être adopté. Comme les papiers étaient prêts pour l’adoption, on a mis ma photo dessus et on m’a envoyé à sa place. C’est comme ça que j’ai appris mon vrai prénom, Tuan, et ma véritable date de naissance, le 3 juin. Sans cette information, je n’aurais rien pu faire.»

Au Vietnam, en 2014, il a visité l’orphelinat où il a vécu. Dans les archives, il a trouvé un dossier correspondant aux informations récupérées en Suisse. Et surtout, un nom: Xuan Trinh Thi. Pour le moment, ses trouvailles s’arrêtent là. David s’est heurté au silence de l’administration vietnamienne, mais il va bientôt entamer des recherches plus poussées pour retrouver sa mère.

Aujourd’hui, David envisage de réaliser un court-métrage pour faire connaitre son histoire. «J’ai aussi un projet de livre. Avec tous les rebondissements et flash-backs que j’ai vécus, il y a de quoi faire un beau roman.»

Lefigaro.fr par Léo Caravagna

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