Législatives anticipées au Royaume-Uni, le pari de Theresa May

 

La Première ministre britannique Theresa May devant le 10 Downing Street à Londres, le 18 avril 2017 / © AFP / DANIEL SORABJI

Dans une annonce surprise, la Première ministre conservatrice britannique Theresa May a appelé mardi à la tenue d’élections législatives anticipées le 8 juin, un pari destiné à renforcer sa majorité en vue des négociations du Brexit.

Les divisions au parlement de Westminster « menacent nos chances de faire du Brexit un succès. Tenir ces élections est l’unique moyen d’assurer la stabilité pour les années à venir », a-t-elle expliqué dans une déclaration solennelle devant sa résidence officielle du 10, Downing Street.
Pour valider la tenue du scrutin, trois ans avant sa date prévue, Mme May doit encore obtenir mercredi l’aval du parlement à la majorité des deux tiers.

Cela ne devrait poser aucun problème puisque le leader de l’opposition travailliste, Jeremy Corbyn, a immédiatement « accueilli favorablement » l’annonce.

La perspective d’élections anticipées et le scénario possible d’une Première ministre confortée par le vote populaire a aussitôt fait grimper la livre sterling qui a atteint son plus haut en deux mois face au dollar.

Côté UE, le scrutin anticipé « ne change pas les plans » des 27, a réagi un porte-parole du président du Conseil européen, alors que les négociations devraient commencer fin mai/début juin pour un divorce effectif prévu fin mars 2019.

Mme May compte tirer profit de l’extrême faiblesse des travaillistes dans les sondages pour asseoir son autorité et conforter sa majorité.

Elle a pris les rênes de l’exécutif, sans être élue, quelques jours après le coup de tonnerre du référendum du 23 juin 2016 où les Britanniques se sont prononcés à près de 52% pour un Brexit, conduisant son prédécesseur David Cameron à la démission.

Le leader du parti travailliste, Jeremy Corbyn, à Londres le 23 mars 2017 / © AFP/Archives / DANIEL LEAL-OLIVAS

– Popularité au zénith –

Les prochaines élections législatives n’étaient prévues que pour 2020. Mais Theresa May, dont la popularité est au zénith, a estimé que c’était le bon moment pour renforcer sa légitimité et avoir les coudées franches.

« Nous avons besoin de nouvelles élections et nous en avons besoin maintenant. Nous avons une opportunité unique de le faire avant d’entrer dans le vif des négociations » avec l’UE, a-t-elle déclaré.

Actuellement, le parti conservateur ne dispose que d’une courte majorité de 17 députés au parlement de Westminster et le gouvernement n’est pas à l’abri d’une rébellion dans son propre camp susceptible de freiner son action.

La tentation était grande d’accroître cette majorité avec des sondages qui prédisent tous un boulevard aux Tories face aux travaillistes et leur leader radical Jeremy Corbyn en cas d’élections anticipées.

Deux enquêtes d’opinion publiées au cours du week-end par les instituts YouGov et ComRes donnent 21 points d’avance aux conservateurs.

« Elle est au plus fort politiquement et elle a tout intérêt à empocher ce soutien politique aujourd’hui » avant que cela ne devienne « extrêmement difficile pour elle », a commenté une source diplomatique d’un pays européen. « La bonne nouvelle côté européen c’est que du coup elle sera moins fragile pour encaisser toutes les concessions qu’elle devra faire », a ajouté cette source.

Theresa May appelle à des législatives anticipées le 8 juin / © AFP / Kilian Fichou, Audrey Letendart

– « Revirement spectaculaire » –

Un mandat renforcé permettrait également à Mme May d’aborder plus sereinement la question de l’Ecosse qui s’est engagée sur la voie d’un nouveau référendum d’indépendance en réponse au Brexit, rejeté par une majorité d’Ecossais.

Réagissant à l’appel à des élections anticipées, La Première ministre écossaise Nicola Sturgeon a dénoncé « un des revirements les plus spectaculaires de l’histoire politique récente » destiné à « forcer un Brexit dur et imposer de nouvelles coupes budgétaires en chemin ».

Le risque -considéré comme faible par les analystes- pour Theresa May, qui a longtemps écarté le scénario d’élections anticipées, est que les europhiles se mobilisent fortement contre elle.

Le leader du parti libéral-démocrate, Tim Farron, a d’ores et déjà appelé les pro-UE à saisir « cette chance pour changer la direction de notre pays » et « éviter le désastre d’un Brexit dur », qui verrait une sortie du pays du marché unique.

« Chaque vote pour les conservateurs rendra les choses plus difficiles pour l’opposition qui veut nous empêcher de faire le boulot », a insisté Mme May.

Si elle a fini par se résoudre à ce scrutin « avec réticence », c’est seulement parce que « c’est l’unique moyen d’apporter de la stabilité pour les années à venir », a-t-elle assuré.

Romandie.com avec(©AFP / 18 avril 2017 15h07)

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