Décès de l’islamologue tunisien Mohamed Talbi, « libre » penseur

Mohamed Talbi le 6 mai 2000 à Tunis / © AFP/Archives / STRINGER

L’historien et penseur tunisien Mohamed Talbi, un « intellectuel libre » qui a combattu durant des décennies l’obscurantisme religieux, est décédé dans la nuit de dimanche à lundi à l’âge de 95 ans, a annoncé le ministère de la Culture.

Né en 1921 à Tunis, agrégé d’arabe et docteur en histoire de l’université de Paris-La Sorbonne, Talbi était l’un des « fondateurs de l’université tunisienne moderne », souligne dans un communiqué ce ministère.

Premier doyen de la Faculté des Lettres de Tunis, ce « grand intellectuel » de la Tunisie indépendante est l’auteur d’une trentaine d’ouvrages et de centaines d’articles, essentiellement en arabe et en français, qui lui ont valu nombre de distinctions.

Dans une déclaration transmise ultérieurement à l’AFP, le président Béji Caïd Essebsi a exprimé sa « profonde tristesse », saluant un « intellectuel libre » et un « réformiste audacieux ». Mohamed Talbi était « un militant national qui a toujours lutté pour la liberté et l’humanité », a-t-il dit.

Durant plus d’un demi-siècle, Talbi, lui-même profondément croyant, aura combattu sans relâche les versions rigoristes de l’islam, en prônant une vision rénovée de la pensée musulmane.

La charia (loi islamique) est une « production humaine » qui n’a « rien à voir » avec l’islam, clamait-il ainsi en 2006 au quotidien français Le Monde, arguant que « la religion, quelle qu’elle soit, ne doit pas être une contrainte ». « Je ne cesserai jamais de dire que l’islam nous donne la liberté », ajoutait-il.

« Nulle contrainte en matière de religion. Le Coran est le seul qui dise cette phrase, si claire, si laïque », insistait-il dans un récent entretien à l’hebdomadaire Jeune Afrique.

Soucieux de ne pas se mêler de politique sous la présidence du père de l’indépendance Habib Bourguiba (1957-1987), Talbi s’était en revanche rapidement opposé au régime de Zine el Abidine Ben Ali (1987-2011), entrant notamment en 1995 au Conseil national pour les libertés (CNLT), une ONG de défense des droits de l’Homme.

Persuadé que « l’islam est compatible avec la démocratie », il avait également pris position, après la chute de la dictature, contre le parti islamiste Ennahdha, qu’il avait accusé de chercher à opérer un coup d’Etat pour imposer une dictature théocratique.

Sans concession envers le salafisme, qu’il qualifiait d' »anti-islam », Mohamed Talbi n’était pas tendre non plus envers « le péril de l’islamophobie, nourri » par certains courants du christianisme. Pour eux, le prophète « Mohamed n’a apporté au monde que des choses mauvaises et inhumaines », dénonçait-il à Jeune Afrique.

En France, durant les années 1980, Talbi avait été fait chevalier puis officier de la Légion d’honneur, au nom notamment de son combat pour le dialogue inter-religieux.

Romandie.com avec(©AFP / 01 mai 2017 17h40)                

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Une Réponse to “Décès de l’islamologue tunisien Mohamed Talbi, « libre » penseur”

  1. Bouesso Says:

    Grand islamologue, repose en paix !

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